Monday, Apr. 24, 2017

Soirée George Balanchine et hommage à Violette Verdy – Ballet de l’Opéra de Paris

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9 novembre 2016

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Héritage de Benjamin Millepied, le Ballet de l'Opéra de Paris propose cet automne une soirée entièrement consacrée à George Balanchine. Le programme met en scène trois oeuvres du maître américain qui ne sont pas les plus connus : Mozartiana (entrée au répertoire), Brahms-Schönberg Quartet et Violin Concerto. Sonatine a été rajouté pour les premières dates, en hommage à Violette Verdy décédée quelques mois plutôt. Le choix de ces ballets étaient plus tôt judicieux. Si Violin Concerto est un pur black & white, les autres font plus appel à la fibre académique du maître américain, style dans lequel le Ballet de l'Opéra de Paris excelle, et où il peut vraiment apporter une différence et une autre vision par rapport aux troupes américaines. Sauf que la compagnie parisienne a oublié le plus important. Chez George Balanchine, les interprètes ont l'immense liberté d'interprétation, c'est à eux.elles de créer un monde et une poésie, celui ou celle qu'ils.elles veulent, sur cette danse abstraite. Le Ballet de l'Opéra de Paris s'est contenté de danser George Balanchine en souriant. Cela a donc donné une soirée superbement dansée dans le geste, mais portée par un gentil ennui, sauvé toutefois par quelques prestations individuelles. 

Mozartiana de George Balanchine - Dorothée Gilbert

Mozartiana de George Balanchine - Dorothée Gilbert

Mozartiana est l'exemple-même du ballet américain que l'Opéra de Paris peut faire sien. Dans la musique, Tchaikovski rend hommage à Mozart. Dans la danse, George Balanchine rend hommage à la danse française et son art délicat de la représentation. Tout commence par une prière, puis une gigue très second degré, avant un pas de deux et sept variations masculines ou féminines, montant en difficulté. La construction est pour le moins bizarre, mais Dorothée Gilbert, la soliste du soir, a su lui donner toute sa cohérence. Dès la Prière, elle propose une danse intérieure, presque spirituelle, donnant comme aimait à le dire le chorégraphe "voir la musique et écouter la danse". Arthur Raveau lui apporte un beau contre-point avec une gigue joyeuse et tout en humour. Les variations évoluent et montent en tension, créant toute une histoire à ce ballet narratif. Si Mathieu Ganio reste assez effacé, Dorothée Gilbert joue le jeu du climax et grandit au fur et à mesure de ses variations, éclatante. 

Un court et joli film rend ensuite hommage à Violette Verdy, reprenant des extraits d'interviews où la danseuse explique comment l'art élève. On la voit danser, en silence, mais la musique se devine dans chacun de ses gestes. Sonatine arrive justement. Ce court ballet d'une quinzaine de minutes est une conversation entre une danseuse, un danseur et la pianiste, montrant justement ce constant rapport entre danse et musique. C'est l'art du badinage aussi, d'un certain glamour américain, d'une idée du romantisme. Vu quelques jours plus tôt, Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann en avaient été les magnifiques interprètes. Plus jeunes et aussi moins expériménté.e.s, Léonore Baulac et Germain Louvet sont resté.e.s assez scolaires, même si en soi leur danse était superbe. Elle n'a pas su se départir d'un air assez enfantin, quand Sonatine demande d'être une femme en scène. Lui restait effacé dans les pas de deux, même si efficace, et n'arrivait à prendre son envol qu'en soliste. Dont il y a trop peu de moments dans ce ballet pour vraiment en profiter. 

Sonatine de George Balanchine - Léonore Baulac et Germain Louvet

Sonatine de George Balanchine - Léonore Baulac et Germain Louvet

Ce défaut a persisté dans Brahms-Schönberg Quartet, dont le couple portait le premier mouvement. Entré au répertoire du Ballet de l'Opéra de Paris la saison dernière, ce ballet est une plongée dans l'Empire austro-hongrois en déclin. Il y a à la fois les splendeurs de Vienne, la nostalgie d'un monde qui se termine, la grandeur d'une vieille aristocratie et un clin d'oeil tzigane très second degré dont George Balanchine a le secret. Autant Brahms-Schönberg Quartet a été une délicieuse découverte en juillet, autant sa reprise cet automne est apparue bien peu inspirée, de la part des solistes comme du corps de ballet. Tout est en place, tout est beau, tout est bien dansé. Mais tout manque d'esprit. Seul.e.s Mathias Heymann et Myriam Ould-Braham - décidément un couple en forme, offrent une complicité touchante dans le troisième mouvement.

Violin Concerto clôture la soirée dans un tout autre genre. Il fait partie des ballets "black & white" : hommes en t-shirt blanc, femmes en justaucorps noir et une danse plus moderne, plus tranchée, avec des pieds flexes, des bassins qui bougent, des lignes qui se brisent. Violin Concerto aurait dû arriver comme un parfait contre-point face à l'avalanche de tutus, mais il sonne comme la pièce de trop d'une soirée un peu longue. George Balanchine y fait ses gammes avec facilités, mais sans grande surprise non plus, pour un ballet qui reste assez austère. Pour le premier pas de deux, les lignes interminables d'Amandine Albisson, son dos mouvant et son certain sens du glamour font leur petit effet. La danseuse est à l'aise dans ce genre de répertoire qui la met en valeur. Dommage que pour l'esprit, elle se soit contentée de gentiment sourire. Muriel Zusperreguy apporte plus de surprises dans l'interprétation, mais sa danse ne tranche pas assez dans une chorégraphie qui prend toute son ampleur dans la précision. L'esprit balanchinien est-il parti de l'Opéra de Paris avec Benjamin Millepied ? Ce serait dommage, car la troupe parisienne a beaucoup à apporter (et à apprendre) de ce répertoire. 

Violin Concerto de George Balanchine - Stéphane Bullion et Amandine Albisson

Violin Concerto de George Balanchine - Stéphane Bullion et Amandine Albisson

 

Soirée George Balanchine par Ballet de l'Opéra de Paris au Palais Garnier. Mozartiana de George Balanchine, avec Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio et Arthus Raveau ; Sonatine de George Balanchine, avec Léonore Baulac et Germain Louvet ; Brahms-Schönberg Quartet de George Balanchine, avec Léonore Baulac, Séverine Westermann et Germain Louvet (premier mouvement), Amandine Albisson et Stéphane Bullion (2e mouvement), Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann (3e mouvement) et Valentine Colasante et Karl Paquette (4e mouvement) ; Violin Concerto de George Balanchine, avec Amandine Albisson, Stéphane Bullion, Muriel Zusperreguy et Karl Paquette. Vendredi 28 octobre 2016. À voir jusqu'au 15 novembre.

 

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Amélie Bertrand

(4) commentaires

  1. Lili
    11 novembre 2016 at 2 h 33 min

    Nous y étions donc le même soir et comme il n'y a eu que peu de compte-rendus de cette date, je vous en remercie. Je partage totalement votre regard (ce qui me rassure un peu sur mes impressions de débutante des soirées Opéra...). J'ai trouvé tout de même que Dorothée Gilbert avait réussi à entraîner Mathieu Ganio dans son interprétation, ce qui a fait de ce ballet un moment agréable, avec un beau pas de deux. Et j'ai beaucoup aimé aussi Artus Raveau. D'autres interprètes ont apparemment été meilleurs sur d'autres soirées, tant mieux car ce programme en vaut la peine.

    • Amélie Bertrand
      16 novembre 2016 at 0 h 25 min

      @ Lili : Ah mais attention, ce n'est pas parce que mon regard est plus expérimenté qu'il est le seul à être juste ;). Chacun a sa vision des choses selon sa subjectivité propre. Dorothée Gilbert a vraiment illuminé cette soirée !

  2. Emma92
    19 novembre 2016 at 13 h 40 min

    J'ai apprécié cette soirée, vue le 12 novembre, notamment le brahms-schonberg quartet, auquel l'écrin de garnier sied mieux que bastille je trouve. Un bémol concernant myriam Ould-Braham, ce sont ses chaussons qui crissent beaucoup . Cela fait plusieurs ballets avec elle où le phénomène se produit et me gâche un peu le spectacle. Le violin concerto est intéressant, avec des gestes plus deconstruits.

    • Amélie Bertrand
      22 novembre 2016 at 22 h 51 min

      @ Emma92 : Merci de votre retour ! Pour les chaussons qui crissent, c'est effectivement un détail que d'autres ont remarqué. MOB est l'une des rares à Paris à utiliser des Gaynor, peut-être est-ce la raison, ou elle a spécialement peu de glisser et met beaucoup de colophanes.

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