Comme bonne télé­spec­ta­trice qui ne rate aucun grand évé­ne­ment que nous vend nos chaî­nes de télé­vi­sion, j’ai regardé cette semaine les cham­pion­nats du monde de nata­tion à Rome.

Et dans tout ce tas de lon­gueurs, une chose m’a émue : la faculté des nageurs, ces bou­les de mus­cles, ces Mus­clors vivants, à se trans­for­mer en petits gar­çons lar­moyants dès les pre­miè­res notes de leur hymne.

Pre­nez Cesar Cielo, par exem­ple, récent cham­pion du monde sur 100 m et 50 m nage libre. Il arrive au bord de la pis­cine, le regard qui tue, les mâchoi­res ser­rées, la com­bi­nai­son bien mou­lante là où il faut. Le coup de sif­flet reten­tit. Le temps de même pas une minute, il se trans­forme en fauve mêlé d’un hors-bord. Une fois tou­ché le mur, il sort de l’eau en bon­dis­sant, les mus­cles saillants et des flam­mes dans les yeux. Il pousse un cris de guerre vic­to­rieux censé défi­ni­ti­ve­ment poser sa supé­rio­rité face à ses adver­sai­res et aux télé­spec­ta­teurs éblouis. La réin­car­na­tion de Mus­clor, je vous dis.


Et bien donc, ce Cesar Cielo, habi­tué à la pres­sion, ramas­sant tout sur son pas­sage, le voila qui fond en larme à l’écoute de son hymne bré­si­lien, les pieds sur la plus haute mar­che du podium. On sent d’abord qu’il se retient. Au début de la céré­mo­nie, il se con­tente de souf­fler, un homme ne pleure pas en public. Puis les yeux se bais­sent, la bou­che se tord, les yeux piquent. Et les van­nes s’ouvrent. Ce tas de mus­cles qui sem­blait invin­ci­ble se met d’un coup à san­glo­ter comme un petit enfant. Le Ken le Sur­vi­vant qui fai­sait peur se trans­forme en gros nou­nours qu’on a envie de pren­dre dans ses bras en lui tapo­tant les che­veux pour le con­so­ler.

Cesar Cielo m’était tota­le­ment inconnu il y a de cela quel­ques jours. Mais je dois dire que lors­que je l’ai vu pleu­rer sans retenu, sa médaille d’or au cou, “j’ai eu les poils” comme disait notre ami Sin­clair.