Elle est celle qui a ali­menté nos con­ver­sions toute l’année, celle qui a mis un peu de piment dans nos repas de Noël. Elle est celle qui nous a donné un bon nom­bre de nou­vel­les bla­gues, cel­les sur Kadafi com­men­çant un peu à fati­guer. Elle est celle qui a fourni l’inté­gra­lité des sujets de l’émis­sion Capi­tal pen­dant 12 mois, qui a sur­chargé les con­seillers Pôle Emploi. Elle est celle qui a fait oublié aux JTs l’expres­sion “Pou­voir d’achat”, pour­tant grande cham­pionne de l’année 2007/2008. Elle est celle par qui tous nos pro­blè­mes de l’année trou­vent sou­dain une excuse.

Aujourd’hui, elle fête ses 1 an. Vous l’avez recon­nue et je vous demande de l’applau­dir : La Crise !

A ce pro­pose, j’ai un grand ques­tion­ne­ment. Je date le début de La Crise au 15 sep­tem­bre 2008, à la chute de Leh­man Bro­thers. Pour­tant, j’ai l’impres­sion en regar­dant les infos que cer­tains la datent du 14 sep­tem­bre. Quelqu’un aurait-il la réponse exacte ?

La Crise, chez nous, on con­nait. Parce que je crois pou­voir dire sans me van­ter que j’en suis l’une de ses vic­ti­mes. Jamais en retard d’une ten­dance, j’étais même un peu en avance sur les autres, puis­que mon Entre­prise m’a gen­ti­ment dit au revoir dès juin 2008. On a par­fois accusé le staff de ne pas être tou­jours très réac­tif, mais sur ce coup, ils ont été des pré­cur­seurs, recon­nais­sons-le.

Je me vois déjà, dans 60 ans, racon­ter à mes petits-enfants cette som­bre période. “C’était ter­ri­ble. Les gens n’avaient plus de tra­vail, per­sonne ne vou­lait les embau­cher. Il fal­lait par­fois faire des heu­res de queue au Pôle Emploi pour obte­nir une attes­ta­tion. La loi Hadopi pour­chas­sait ceux qui, accu­lés par la faim, télé­char­geaient leurs séries et le der­nier album de Mika illé­ga­le­ment. La nou­velle Taxe Car­bonne dépouillait les rares famil­les qui avaient encore quel­ques menues res­sour­ces. Comme si nous n’avions pas assez de mal­heurs, le ter­ri­fiant virus de la grippe A s’est ensuite abattu sur nous, déci­mant la popu­la­tion et pro­vo­quant une rup­ture de stock des mas­ques pro­tec­teurs”.

Lors­que j’ai dit au revoir à mon entre­prise, j’avais décidé de me pren­dre deux mois à la cool avant de repren­dre en sep­tem­bre ma recher­che de taff. Je pense que dans quel­ques temps, cette déci­sion me fera bien rire. Pas tout de suite, hein, mais dans 10 ans, je devrais peut-être avoir digéré. Tout comme la phrase de mon copain : “Nan, mais ça ne peut pas trop chu­ter. Et même si ça chute, on devrait pou­voir s’en tirer. Fau­drait vrai­ment que le CAC tombe à 2 500 points pour qu’on soit dans la merde”.

Le 15 sep­tem­bre (ou le 14, met­tez-vous d’accord), le temps s’est arrêté, sus­pendu au rumeurs de Wall Street. Ensuite, jusqu’à Noël, je m’étais trouvé mon amu­se­ment quo­ti­dien : che­cker la news­let­ter du Monde de 12h15, con­sa­crée à l’éco­no­mie. Ou quand la meilleure per­for­mance du jour était attri­bué à L’Oréal, avec -15 %, et qui le len­de­main aug­men­tait de 32 %. On se lan­çait des devi­net­tes : alors, com­bien de licen­ciés ce soir au 20 h ? On orga­ni­sait des petits jeux, comme tra­duire en plus de lan­gues pos­si­bles l’expres­sion La Crise. Pour l’ins­tant, je n’en ai trouvé que deux : The Reces­sion aux Etats-Unis et La Crisi en Ita­lie.

Et puis le temps a passé, on s’est tous un peu lassé. Année morose où même la Nou­velle Star n’arri­vait pas à nous met­tre un peu de baume au cœur, c’est tout dire.

Alors oui, la Crise, elle nous a par moment bien fait rire (mieux vaut en rire qu’en pleu­rer). Néan­moins, si le 15 sep­tem­bre (ou le 14… ) pro­chain, on pou­vait fêter les 1 an de La Reprise pour que les 2 ans de La crise, j’avoue, je pré­fè­re­rais.