Dans les sorties ciné de la semaine, tout le monde n'a d'yeux que pour Les Petits mouchoirs (qui, perso, me tente assez moyen).

Il y a pourtant d'autres longs-métrages de prévus, dont le fait-maison Picture Me.

Sara Ziff est une top-modèle. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais faites une recherche avec votre ami Google, vous verrez que vous connaissez très bien sa bouille.
 
Sara Ziff se fait remarquer dans les rues de New York par un photographe. Elle devient mannequin. Sa carrière décolle à 18 ans, et jusqu'à ses 24 ans, elle n'arrête pas, de défilés en shooting. Dès le début de sa carrière, elle demande à son petit ami Ole Schnell, de la filmer dans son quotidien. Pendant six ans, il la suit. Petit à petit, Sara prend elle-même la caméra, et interroge ses copines mannequins. Après l'arrêt de sa carrière, elle monte le tout, y met des petites animations, et en fait Picture me, un docu caméra à l'épaule sur les coulisses de la mode.

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En ce moment, tout le monde crie au scandale sur la maigreur des tops. Sara Ziff se penche un peu sur le problème, mais  préfère aborder d'autres thèmes non moins intéressants : le rapport au corps étrange des filles, la dangerosité du métier, le plein pouvoir des agents, la cadence infernal, les énormes sommes d'argent, les abus sexuels des photographes. Et comment gérer tout ça quand on a tout juste 18 ans, et qu'on est loin de tout.

Sara Ziff aime son métier, surtout qu'elle marche bien. Mais a du mal à se voir en peinture. A 18 ans, elle est affichée en grand sur Broadway. Et ne se reconnait pas dans cette fille au regard absent. Les filles témoignent : l'impression d'être des objets permanents, d'être critiquées sans arrêt. Comment se la jouer sexy quand on a 14 ans et jamais eu de petit copain ? Et puis Sara touche son premier chèque, 80.000 dollars. Elle le regarde, le soupèse, et a un peu de mal à se rendre de compte de l'énormité de la somme.

Les chèques se succèdent, 100.000 dollars, ce n'est plus si étonnant. La caméra la filme à 20 ans. Elle hésite à prendre ses cartes de crédit, elle dépense trop. Et si c'était son copain qui l'invitait pour une fois ? Les filles se demandent : pourquoi on m'aime. Pour mon argent ? Sara essaye de faire la part des choses. Beaucoup sont là pour gagner facilement de l'argent. Et puis c'est un métier qui fait rêver. Comment refuser quand une grande agence vous propose un contrat ? Mais elles se demandent  aussi jusqu'où elles sont prêtes à aller pour gagner leur chèque.

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Sara aborde très vite le problème du fond du métier : l'incroyable jeunesse des filles. Gérer autant d'argent, c'est faisable. Mais pas à 15 ans, quand on a quitté sa famille. Les filles sont prises très jeunes, et donc facilement influençables. Elles ne font plus d'étude. Elles obéissent à leur agent. Ne savent pas dire non. Certaines racontent les abus sexuels, et comment elles ont faits ce que leur demandaient les photographes pervers parce que leur agent leur avait demandé de faire "bonne impression". Elles ne connaissent que ça, obéissent comme de bons petits soldats, même à 25 ans.

Cela m'a fait penser à l'entretient L'art, la joie, l'effort, où Joël Laillier interroge une danseuse de l'Opéra de Paris. Elle raconte, comment, à 35 ans, les danseuses obéissent encore au doigt et à l'œil du professeur, parce que, dès l'enfance, on leur a appris que c'était comme ça et pas autrement. Et qu'aller au delà de ses limites physique, et s'abimer, n'est pas un problème si on le leur demande.

La psychologie dans la mode est la même, l'agent, le photographe, le créateur sont tout puissants. Un sentiment encore plus exacerbé que, souvent, ces jeunes filles ne parlent pas forcément anglais, et n'ont plus leurs parents à côté pour leur dire ce qui est bien ou pas.

Sara Ziff aime son métier, mais elle craque. Cela fait un mois qu'elle dort 5 heures par nuit, 7 jours sur 7, pour les défilés. La veille, un photographe l'a photographiée nue, alors qu'elle se changeaient en backstage, il n'a pas voulu arrêter malgré ses demandes. Aujourd'hui, elle a un shooting en petite robe d'été dans les rues de Paris en pleine hiver. Elle a une crise d'acné à cause de la fatigue. Elle pleure d'épuisement. Mais elle y va, on le lui demande.