Mercredi 7 décembre 2011. Cendrillon de Rudolf Noureev, par le Ballet de l’Opéra de Paris, à l’Opéra Bastille. Avec Agnès Letestu (Cendrillon), Stéphane Bullion (L'acteur vedette), Mélanie Hurel et Ludmila Pagliero (Les deux sœurs), Stéphane Phavorin (La mère), Yann Saïz (Le producteur) et Christophe Duquenne (Le professeur). 

Cendrillon_Agnes-Letestu_1.jpg
Les représentations se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. Ce deuxième épisode fut bien différent du premier, non moins perfectibles, mais les motifs de satisfaction et de déception furent différent.

Cette version de Noureev, ambiance année 1930, où Cendrillon devient ne devient princesse mais star de ciné, où la Fée est un producteur et le Prince Charmant un jeune Premier, garde un certain charme. Certes, il y a des longueurs, mais cette vision un peu surannée reste globalement plaisante, et sûrement moins nunuche que des versions premier degré. 

Malgré les cris d’horreur qu’a arraché la première, Agnès Letestu fut ce soir, en tout cas pour ma part, une très belle Cendrillon, parfaitement crédible. L’étoile joue ce personnage comme l’est un conte de fée à l’ancienne. La princesse est déjà princesse, avant même de rencontrer son prince. Même en souillon, tout dans son allure et son caractère indiquent qu’elle est de la graine de princesse. Certes, ce n’est pas très lutte des classes et égalité des chances, mais on ne va pas réécrire Charles Perrault.

Cendrillon_Agnes-Letestu.jpg

Agnès Letestu n’est pas une enfant, ou une jolie brune pétillante comme peut l’être Dorothée Gilbert. En robe grise et balaie à la main, c’est déjà une Grande Dame. Qu’importe, quand elle-même y croit, ses qualités d’actrice font tout. Cela marche d’autant mieux que le décalage avec la mère et les deux sœurs, excellent-e-s Stéphane Phavorin, Mélanie Hurel et Ludmila Pagliero qui savent très bien jouer les idiot-e-s, fonctionnent très bien.

Le premier acte s’écoule donc de la plus charmante des façons. L’histoire est lisible, les danseurs-ses investi-e-s, voilà un joli conte qui nous est raconté. Le clou reste sûrement le numéro de claquette. Après tout, il est temps que Cendrillon prenne son destin en main. C’est décidé, elle ne se laissera pas faire, et prend le droit aussi de s’amuser. Après tout, dans cette version, Cendrillon s’émancipe grâce à son talent d’actrice et son charisme face à la caméra, et non pas par le bon vouloir d’un prince. 

Cendrillon_Agnes-Letestu_Stephane-Bullion.jpg

Passons sur les saisons décidément longuettes pour arriver au deuxième acte, lui aussi très sympathique. Le corps de ballet semble s’être réveillé depuis la semaine dernière. Tout le monde semble plus joyeux, plus investi, plus en ligne aussi. Tout le monde y croit et tout le monde s’amuse, y compris le public dont les rires fusent durant les scènes de cinéma de pacotille (le King Kong fait toujours son petit effet).

Même Stéphane Bullion a quitté sa triste mine pour endosser le rôle de l’Acteur Vedette. Oh surprise, il peut donc être drôle. Il s’amuse même beaucoup dans le personnage du nunuche de l’histoire (pour une fois que ce n’est pas la jeune fille en fleur aussi). Voilà un acteur vedette qui se sait beau gosse, qui connaît son importance, et qui se demande ce qu’il fait avec ses deux gourdasses de sœurs pour partenaires.

Cendrillon_Stephane-Phavorin_Melanie-Hurel_Ludmila_Pagliero.jpg
Bref, tout se déroule pour le mieux, jusqu’au pas de deux du tabouret. Alors qu’Agnès Letestu et Stéphane Bullion forment le coule des tragédies, dans les contes de fée, cela semble moins passer. Peut-être sont-ils un peu trop âgés, peut-être se prennent-ils un peu trop au sérieux… mais la brillance du partenariat Le Riche/Gilbert manque assez cruellement.

Le troisième acte pâtit de la même chose. La course-poursuite est bien jolie, mais les danses de caractère paraissent singulièrement peu inspirées. Quand au pas de deux final, mis à part un joli moment de tendresse lorsque Cendrillon amène sa chaussure, il manquait là-aussi de quelque chose. Voilà la Nouvelle Star du cinéma et l’acteur chéri de Hollywood… Mais où sont donc les paillettes et tout ce qui brille ? Une absence qui n’est pas aidé par la longueur du pas de deux. 

Cendrillon_Agnes_Letestu_Stephane-Bullion.jpg

Dommage, la soirée se termine moins bien qu’elle n'avait commencé. La troupe est néanmoins chaleureusement applaudie, mention spéciale à la mère et aux deux sœurs qui jouèrent le jeu des chipies jusqu’à la fin des saluts.