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mardi 1 mars 2011

Caligula, épisode 2

Ou une soirée du 16 février au Palais Garnier qui pourrait se sous-titrer par "La soirée de l'ennui".

On prend vite goût à revoir un ballet. Parce qu'il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Quel plaisir de découvrir, au fil des représentations, un détail, une gestuelle, un personnage que l'on n'avait pas vu la première fois. Il y a toujours quelque chose de nouveau.

L'effet sur le balletCaligula fut exactement l'inverse. A peine la musique a-t-elle démarré que j'ai eu la furieuse impression de déjà tout connaître. Je pouvais prédire la chorégraphie et les effets scéniques, les accents de la danse et les sentiments qu'elle voulait créer. Plus rien à découvrir après une seule représentation, c'est dur. Dur pour la deuxième, surtout, qui n'a donc plus aucune excitation.

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Caligula de Nicolas Le Riche ne dure qu'une heure et demie, mais que la soirée fut longue... Les passages de groupe me sont apparus particulièrement faibles. Dommage, il y en a beaucoup, beaucoup trop, il n'y a presque que ça. Les passages de Mnester, qui ne m'avaient pas passionnée la première fois, furent asse terrifiants. Et pourtant, je me suis bien concentrée face à Stéphane Bullion. Il ne manquait ni de charisme ni d'intentions, mais rien à faire, je n'adhère pas du tout à ces coupures. La musique de Louis Dandrel, qui m'ennuyait déjà bien fort la première fois, est cette fois-ci passée au stade de l'exaspération.

Le cinquième acte m'est apparu dans toute sa splendeur inutilité. Je sais bien, une tragédie racinienne, ça a cinq actes, mais quand on n'a pas grand chose à dire, est-ce bien nécessaire de suivre les règles ? Je ne reviens pas sur le personnage d'Incitatus (interprété cette fois-ci par Audric Bezard, et certain-e-s savent combien j'apprécie ce danseur), qui ne m'a pas fait meilleur impression que la première fois, malgré les applaudissements soutenus du public. 

Je n'ai même pas pu me rabattre sur la musique, la faute à mes voisines qui râlaient de ne rien voir, vu le prix qu'elles avaient mis dans leur place. Oui, les troisièmes rangs de loges sont une grosse arnaque, surtout quand il y a une géante au premier rang (et ce n'était pas moi).

Bref, une soirée pas folichonne, qui aurait viré à la grosse catastrophe s'il n'y avait pas eu Mathieu Ganio. Si je n'ai rien redécouvert de ce ballet, j'ai été par contre passionnée par le Caligula du danseur. Paradoxe, quand tu nous tiens. Il a fait quelque chose de très différent de Stéphane Bullion, ce qui finalement ne me fait pas regretter ma place.

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Mathieu Ganio suit plus la dramaturgie initiale de Caligula. Au début, il est un prince un peu pourri-gâté, beau comme un Dieu (son arrivée du haut des escaliers est assez scotchante). Il comprend petit à petit l'ivresse que peut avoir le pouvoir. Une ivresse qui va réveiller sa folie sanguinaire, qui ne demandait que ça pour se déployer. Plongé dans ses rêves étranges dans l'acte 2, il révèle toute sa noirceur dans l'acte 3, et ne sait plus trop où se situe la réalité. Mais il veut vivre, s'accroche coûte que coûte. Il est debout, continue à danser lors de son dernier solo, résiste crânement face à la mort avant de s'écrouler, lui-même surpris de ne pas lui avoir résisté.

Il est difficile de comparer Laetitia Pujol à Clairemarie Osta dans le rôle de la Lune, tant le personnage colle à la peau de la seconde. La première s'en est toutefois très bien sortie. Plus terrienne, Caligula est pour elle un objet de curiosité qu'elle a envie de découvrir. Leurs duos sont réussis, dommage qu'il y en ait si peu.

Yann Saïz en Chaera ne m'a pas fait grand chose. Habitude de la première déjà bien ancrée, je n'ai fait que regarder le crâne lisse d'Aurélien Houette. Miteki Kudo est apparue plus fragile qu'Eleonora Abbagnato, peut-être plus dans un rôle de femme traditionnelle. Mais il se dégage toujours d'elle une émotion, quelque chose d'assez sauve qui accroche le regard.

Dans leur ensemble, les interprètes ont donc en tout cas, en tout cas à moi, sauvé la mise de cette représentation. A défaut de ne pas avoir de grandes choses à danser, il y avait de beaux artistes sur scène.

Cette soirée de l'ennui a tout de même eu un effet assez étrange sur moi. Au lieu de me faire fuir Garnier à toutes jambes jusqu'à la première de Coppélia, j'y suis retournée une troisième fois, pour une soirée qui aurait pu s'intituler "la soirée des questionnements". A suivre dans quelques jours.

© Photos : Laurent Philippe / Opéra national de Paris

samedi 6 novembre 2010

Concours de promotion 2010 du Ballet de l'Opéra de Paris : résultats des danseurs

Ce concours de promotion interne masculin 2010 du Ballet de l'Opéra de Paris fut ma première expérience du genre. Très intéressante à vivre, aussi bien pour ce qu'on voit sur scène que dans la salle. J'y reviendrai dans un billet à venir. Pour l'instant, place aux résultat (celui des femmes est disponible PAR ICI). 

Résultats des quadrilles :

1. Pierre-Arthur Raveau, promu coryphée
Napoli, troisième variation du Pas de six 

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2. Hugo Vigliotti, promu coryphée
La Sylphide, acte II, première variation de James

3. Alexandre Gasse, promu coryphée
Push Comes to Shove

4. Julien Cozette, promu coryphée
Sept danses grecques

Seulement quatre places sur les cinq possibles. Hugo Vigliotti et Alexandre Gasse étaient pour moi un cran au dessus, avec à la fois une variation imposée très propre (Giselle, qui a fait beaucoup de dégâts) et d'engagement dans la libre (belle prestations artistique chez Gasse, bonne présence et technique impeccable chez Vigliotti). J'ai trouvé Pierre-Arthur Raveau un peu moins bon dans l'imposé, mais sa libre était vraiment bien et plutôt prometteuse. Même si je ne suis pas totalement d'accord sur le classement, rien à dire donc sur les trois premiers. Pour Julien Cozette, j'ai trouvé son imposée très moyenne et hasardeuse, et sa libre sans aucune présence. Assez propre, mais rien ne passait. Je n'avais pas forcément de préférence pour les autres places, mais en tout cas pas pour lui. A noter les très bonnes libres de Coste et de Rérif, tous deux dans Mats Ek.

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Résultats des coryphées :

1. Daniel Stokes, promu sujet
Carmen, variation de Don José

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2. Yannick Bittencourt, promu sujet

La Fille mal Gardée, acte I, variation de Colas

3. Marc Moreau, promu sujet
Arepo

4. Cyril Mitilian, promu sujet
Arepo

5. Allister Madin, promu sujet
L'Arlésienne, variation de Frédéri

6. Grégory Dominiak
Bhakti III

Deux grosses incompréhensions : la cinquième place de Madin, qui aurait mérité d'être plus haut. Il était l'un de ceux qui dominait la classe, même si je ne suis pas forcément fan de son style. Et surtout, l'absence de Sébastien Bertaud, magistral dans sa libre (Frollo). Il aurait vraiment mérité de passer. Surtout que j'ai trouvé Daniel Stokes globalement assez fébrile, et manquant beaucoup de style dans sa libre, et Bittencourt assez moyen dans son ensemble. A noter un intéressant Arepo de la part de Moreau.

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Résultats des sujets :

1. Florian Magnenet, promu premier danseur
Suite en Blanc, Mazurka

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2. Audric Bezard
Apollon, deuxième variation d'Apollon

3. Mallory Gaudion
Tchaikovsky - Pas de deux

4. Yann Saïz
Other Dances, première variation

5. Aurélien Houette
Dances at a Gathering

6. Fabien Révillion
Le Petit Cheval Bossu, variation du Pas de Trois l'Océan et les Perles

Ma préférence allait à Audric Bezard, pour l'ensemble de son travail durant la saison dernière. Mais pour être honnête, sa variation livre n'était pas top top. Le danseur revenait apparemment d'une blessure. Comme cela était attendu, Florian Magnenet a été nommé. Il n'a pas dominé le concours (personnes, d'ailleurs), mais ne s'est pas outrageusement planté. J'ai bien aimé l'engagement artistique de Saïz et Houette dans leur libre. Un gagnant qui ne fait pas vraiment vibrer grand monde, mais donc la nomination, au vue de sa classe, n'a pas grand chose de scandaleux.

Et vous, vers qui allaient vos préférences ?

© Photos : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

lundi 10 mai 2010

L'Hommage à Jerome Robbins par le Ballet de l'Opéra de Paris, épisode 1 et 2

A l'annonce de cette soirée Hommage à Jerome Robbins l'année dernière, je n'étais pas vraiment enthousiasmée. D'abord, pourquoi reprendre exactement le même programme d'une saison sur l'autre, alors que le répertoire de Robbins est si vaste ? Ensuite, cette soirée m'avait laissée assez mitigée en 2008.

La raison était peut-être que je ne connaissais pas bien Robbins. A l'époque, je n'avais vu qu'un ballet de lui, Fancy Free, par l'American Ballet Theatre. Entre temps, je suis partie à New York, et je me suis un peu plus plongée dans les œuvres de ce chorégraphe, surtout dans ses comédies musicales.

Est-ce grâce à ce rattrapage ? En tout cas, j'ai bien mieux apprécié cette programmation en 2010, qui, si elle n'est pas toujours au summum de l'émotion, reste un moment de fraîcheur et d'humour très agréables sous les ors de Garnier. Assez en tout cas pour m'y faire aller trois fois.

Ces soirées se sont aussi ponctuées de rencontres IRL comme on dit. Comment reconnaître une blogueuse que vous lisez régulièrement ? Vous ne connaissez ni son prénom, ni à quoi elle ressemble. Par contre, vous êtes au courant de précieuses informations que ses amies ignorent peut-être, comme le nom de son Etoile préféré(e) ou ce qu'elle a pensé d'Aurélie Dupont dans l'Eveil. Mimy a ainsi été démasquée (ou plutôt moi si je me remémore la conversation).

Place en tout cas au résumé des deux premiers épisodes, la soirée du 23 avril et du 27 avril.

En Sol
Même distribution lors des deux soirée : Marie-Agnès Gillot et Karl Paquette


1er épisode. Dès les premières notes, je suis entrée dans ce jeux des baigneurs, cette nonchalance, ces quelques flirts et cette envie de s'amuser. Les pas, l'énergie, ce léger décalage, tout me rappelle décidément les comédies musicales de Jerome Robbins. Même la musique de Ravel semble sonner comme celles des compositeurs américains (quoique historiquement, écrire l'inverse serait plus approprié). Après tout un passage de corps de ballet en tenue de baigneurs, Marie-Agnès Gillot entre sur scène. Malgré un léger choc esthétique (on ne peut pas vraiment dire que ce genre de tunique lui aille bien), je rentre dans son jeu. Mutine, elle s'amuse avec les baigneurs, joue la complicité avec les danseurs. Le vent du bord de mer et sa légèreté semblent souffler sur la salle, apportant une odeur de vacances. Karl Paquette a par contre un peu plus de mal à rentrer dans cette ambiance estival. Sérieux, il semble danser seul, à l'écart du groupe quand tout semble le pousser à se joindre à l'amusement général.

(Petit aparté : je me concentre à chaque fois qu'il entre en scène. J'entends tellement d'éloges sur lui que je me dis que je dois passer à coté de quelque chose. Et pourtant rien n'y fait, je n'accroche pas à ce danseur).

Si ces deux solistes semblent visuellement bien assortis, leur pas de deux souffre d'un manque de complicité. Rien ne se passe entre eux, erreur fatale face au dépouillement de ce passage, qui ne supporte aucune baisse de tension. Je m'y suis ennuyée, dommage.


2ème épisode. J'apprécie de plus en plus ce ballet, m'amuse à observer les pas et déhanchés de plus près, à comprendre ce style un peu plus en profondeur. Du côté des solistes, même topo. Le hasard des places m'a permis d'être beaucoup plus proche de la scène. Je me rends alors compte que si ce couple ne marche pas, ce n'est pas qu'ils n'ont rien à ce dire, c'est qu'ils ne fonctionne pas physiquement. Karl Paquette semble souffrir à chacun des portées, et son attitude distante ressemble plutôt due au stress face aux épreuves de force qui l'attendent. Gillot n'est pas faite pour ses bras. Si cette dernière arrive à en faire abstraction (elle a aussi le rôle le plus facile), le stress et l'effort visible de son partenaire à chaque portée en deviennent pénibles pour le spectateurs. Leur pas de deux continue de m'ennuyer, et ne me donne pas vraiment envie de me battre pour les voir dans La Bayadère.


Triade


1er épisode. Je me souvenais surtout des filles dans l'oeuvre de Millepied en 2008. Là, les garçons ont crevé l'écran (ou plutôt la scène). Audric Bezard est maître à bord, tout semble tourner autour de lui et de sa danse si féline. Marc Moreau semble être un peu plus à la traîne, sans que cela soit vraiment de sa faute. Stéphanie Romberg fait preuve d'une certaine autorité, mais après ? Muriel Zusperreguy semble être un peu plus effacée, n'arrivant pas à imprégner son personnages de véritables caractéristiques. Deux hommes, deux femmes, de multiples possibilités. ça  se croise, ça complote, se décroise. ça s'oppose, ça se jalouse, ça se combat un peu aussi. C'est intense par moment, ça se cherche parfois un sens. Mais ça interpelle.


2ème épisode. Même distribution. Est-ce le manque de surprise, un ballet qui ne supporte pas plusieurs visionnages, les danseurs un peu en dessous ? Il y a avait en tout cas un petit je-ne-sais-quoi indéfinissable, qui mettaitce Triade un tout petit cran au dessous du 1er épisode.


In The Night

ça soupire, ça s'envole : que c'est beau ce ballet ! Depuis la Dame aux Camélias, je redécouvre Chopin.


1er épisode. Clairemarie Osta joue le premier amour, et elle le fait bien. Il y a chez elle ce qu'il faut de lyrisme, et ce mélange d'emportement et de timide retenue des premiers émois. C'est une danseuse sans fard et fracas, mais que j'apprends à apprécier à sa juste valeur. Benjamin Pech restait un bon partenaire, même s'il m'a semblé plus en retrait au niveau de l'émotion. Mais place à la reine Agnès Letestu, qui survole ce ballet de sa présence. Elle danse avec Stéphane Bullion le couple lassé, qui reste un peu ensemble pour les conventions, mais qui garde parfois l'étincelle du premier amour sous les couches des années. Elle est là, impériale, sachant mélanger la prestance et la mélancolie avec une pointe de second degrés non malvenue. Chacun de ses pas est portés par quelque chose, chacun de ses regards est guidé par un sentiment. Et puis toujours chez elle cette élégance naturelle. Une grande dame de la danse s'il était besoins de le rappeler. L'équation du couple Letestu/Bullion+de beaux costumes romantiques+Chopin semble en tout cas toujours fonctionné.


Le troisième couple m'a laissé une fois de plus sur ma fin. Delphine Moussin et Nicolas Le Riche jouent la passion enflammée. Mais je n'y vois moi que du second degré mal dosé. Chacun en fait des caisses, sans que cela ne soit ni drôle ni touchant. Je passe à côté.

2ème épisode. Difficile pour les deux premiers couples de faire le poids face à la première distribution. Ludmila Pagliero et Jérémie Bélingard font de leur mieux. C'est beau, mais il manque peut-être un peu de légèreté dans l'interprétation. Emilie Cozette et Karl Paquette font un beau couple. Et puis c'est tout. En dehors de la raideur de ses bras, il y a quelque chose d'assez terrible chez Emilie Cozette. Je vous l'assure, je n'aime pas vraiment lui taper dessus, mais la conclusion était évidente. C'est une très belle danseuse, au premier sens du terme. Elle séduit aux premiers abords. Et après qu'y a-t-il ? Rien. La différence avec Agnès Letestu, dont chaque geste est inspiré, était flagrante. Cela m'avait déjà marqué lors de la retransmission TV de la soirée des Ballets Russes. Gros plans sur Emilie Cozette/la Nymphe et Le Riche/Le Faune. D'un côté, un beau regard. De l'autre, un regard habité. Et entre les deux, un fossé incommensurable...

Bref, retournons au troisième couple passionné, que, de toute façon, j'allais subjectivement adorer, et je pense que je n'étais pas la seule au vue de l'ovation qui a suivi leur prestation : Aurélie Dupont et Manuel Legris. Tout l'attrait de ce pas de deux m'est enfin apparu (révélation). Je saisis enfin la nuance, infime, entre les gestes outragés d'une passion sûrement dévastatrice, et ce minuscule second degré qui fait toute la richesse de ce ballet. Je suis emportée et applaudie à tout rompre.


The Concert
1er épisode. Un concert classique et ses spectateurs : deux copines, un couple, un garçon timide... Quel plaisir de retrouver ce petit bijou d'autodérision ! J'y ai autant ri qu'en 2008. Dorothée Gilbert tenait le rôle de la ballerine, truculente, savoureuse, sans aucune peur du ridicule. Si je n'avais vu qu'elle la saison dernière, j'ai pris plaisir à m'arrêter cette fois-ci sur chacun des personnages. Quel plaisir (re) de voir ces artistes (danseurs et pianiste) se moquer des travers de la danse classique. La partie la plus savoureuse reste peut-être celle du corps de ballet, où six danseuses chipies se mélangent allégrement les pinceaux. On passe par une scène de chapeaux drôlissime à un moment plus poétique-mélancolique, entre badauds et parapluies. Tout part en un vaste n'importe quoi entre papillons et meurtres plus ou moins prémédités, et le ballet s'arrête juste avant de devenir casse-pied. Les spectateurs de Garnier éclatent de rire tout du long, et repartent le sourire aux lèvres. 


2ème épisode. Surprise passée, on rit beaucoup moins lors de la deuxième représentation. Mais je ne pourrais pas dire pour autant que j'y ai passé un mauvais moment. Là encore, je me suis amusée à m'attarder sur les rôles secondaires, pas si secondaires que ça d'ailleurs. Eve Grinsztajn (j'ai appris à prononcer son nom) est une ballerine plus élégante, un peu plus bourgeoise que l'attitude bon enfant de Dorothée Gilbert. Malgré l'enthousiasmes, le sens de l'autodérision et l'aisance naturelle d'Eve, j'ai toutefois préféré la prestation de Dorothée, absolument irrésistible.


© Photos : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

vendredi 27 février 2009

Soirée Robbins au Palais Garnier

Premier ballet de la saison (je dis premier parce que j'espère que ça ne sera pas le dernier tout de même), avec l'Hommage à Jerome Robbins par le ballet de l'Opéra de Paris, hier soir à Garnier.

Je lis des critiques extrêmement variées sur le web. Pour ma part, j'ai passé une très bonne soirée, même si tout ne m'a pas plus complètement.

Au programme : 3 ballets de Robbins qui montrent les différentes facettes du chorégraphe, et une création de Benjamin Millepied, qui a beaucoup travaillé avec lui.

1er ballet : En sol
En sol, car sur un concerto de Ravel en sol majeur. Cela se passe au bord de la mer, mais il n'y a pas vraiment d'histoire dans ce ballet pour 14 danseurs. C'est une chorégraphie enjouée, solaire, et très inspirée du style de Broadway. Robbins n'est pas le chorégraphe de West Side Story pour rien.
Malgré l'énergie de la troupe, j'avoue que j'ai moyennement apprécié. Et pourtant, la soliste était Marie-Agnès Gillot. Et Dieu sait que j'aime beaucoup (énormément) Marie-Agnès Gillot. Mais mis à part la troisième partie où elle était rayonnante, elle ne m'a ni séduite, ni surprise. Une soliste comme les autres. Je dois même avouer que je me suis un peu ennuyée durant le fameux pas de deux. Ce qui m'a finalement vraiment plus dans En Sol, ce sont les passages du corps de ballet, en fait composé de 12 demi-solistes. Enthousiastes, enjoués et ensemble, j'ai beaucoup aimé leurs passages où l'inspiration comédie musicale se faisait bien sentir. Mathilde Froustey ressort encore une fois du lot, j'aurais bien aimé la voir en soliste sur cette pièce.



2ème ballet : Triade, la création de Millepied

Un ballet sans histoire là aussi, sur la rencontre et la confrontation de 4 personnages, deux femmes et deux hommes. Marie-Agnès Gillot, Laëtitia Pujol, Audric Bezard, Marc Moreau.
Et là, j'ai tout de suite pardonné à Gillot l'ennuie qu'elle m'avait procuré dans le premier ballet. Dans Triade, dès son arrivée sur scène, elle jauge ses comparses, prend tout l'espace, hypnotise les spectateurs. Sans faire un pas, juste par le regard, elle a déjà pris le pouvoir.
J'ai bien aimé son jeu avec Pujol. Ce sont deux danseuses très différentes physiquement, mais avec une forte personnalité, et qui se complétaient bien. Difficile pour les deux garçons à côté de faire le poids, ils jouaient plus le rôle d'accompagnateurs que de véritables partenaires. Mais ils s'en sont sortis bien plus qu'honnêtement, et Marc Moreau a plus particulièrement retenu mon attention. A suivre  de près.
J'ai mis un peu de temps avant de rentrer dans le ballet, je ne voyais pas trop où le chorégraphe voulait en venir. Mais le rythme s'est accéléré petit à petit jusqu'à un final superbe. Le solo de Laëtitia Pujol était inoubliable, très court mais éblouissant de virtuosité. Et quelle allure dans sa tunique rouge ! Et je ne parle même pas du manège de grands jetés de Gillot.
Malgré le manque d'intensité du début, j'ai applaudi vivement à la fin, et je n'étais pas la seule.



3ème ballet : In the Night

Sur des magnifiques Nocturnes de Chopin. 3 couples, 3 pas de deux, 3 étapes de la vie.
Le premier couple est le romantique, la jeunesse qui découvre l'amour, encore tout étonnée de ce qui lui arrive, et qui au fond croit encore au prince charmant/à la princesse à réveiller. Très bien dansé par Osta et Pech, très justes. Le deuxième couple est le mondain. Les années ont passé, et le couple s'est embourgeoisé, il doit être de bonne présentation en société. Même si l'amour, on le sent, reste toujours présent entre les deux, et apparaît à quelques moments. Letestu est juste sublime dans ce rôle, une danse qui mélange l'élégance et la retenu, une beauté glacée qui se laisse de temps en temps porter par les élans du cœur. Elle était tellement bien que j'ai à peine fait attention à son partenaire, Stéphane Bullion, qui pourtant n'avait pas l'air d'avoir démérité. Le troisième couple représente la passion, la fougue parfois déraisonnée. Delphine Moussin ne démérite pas, mais c'est Nicolas Le Riche qui m'a déçu (alors que lui aussi, d'habitude, je l'adore). Malgré ses portés virtuoses, j'ai trouvé qu'il en faisait trop, qu'il surjouait. Et son couple passionné était plus drôle qu'émouvant.
Mais je suis un peu pointilleuse, car globalement, j'ai vraiment beaucoup aimé ce ballet. Tout était en harmonie, la musique, les danseurs, la chorégraphie, les costumes, l'esprit. Un vrai tout, et plus profond qu'il n'y paraît.



4ème ballet : The Concert

J'ai rarement autant ri en allant voir un ballet. Toujours sur du Chopin, l'œuvre met en scène un public d'un concert et ses rêveries. Mais c'est surtout l'occasion de se moquer du ballet classique, et plus particulièrement du Lac des cygnes, ses grands élans romantiques et ses ensembles parfaits. Et moi, quand l'Opéra se moque de l'Opéra, j'adore, c'était vraiment très drôle. Tout le monde cite Dorothée Gilbert, géniale dans le rôle principal de la Ballerine, mais tous les danseurs sont excellents, et prennent à vrai plaisir à la dérision. Même la pianiste joue le jeu jusqu'au bout. Un vrai petit bijou de fantaisie !
Mais tout de même, même si tout le monde était très bien, je vais quand même mettre Dorothée Gilbert en avant. Parce que j'aime bien sa spontanéité, la façon dont elle a de prendre son titre d'Etoile sans se prendre la tête, avec naturel, la fraîcheur qu'elle insuffle à la compagnie, son bonheur de danser. Sans complexe. Et ça fait plaisir à voir.