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mardi 13 décembre 2011

Onéguine : épisode 1

Samedi 10 décembre 2011. Onéguine de John Cranko, par le Ballet de l’Opéra de Paris, au Palais Garnier. Avec Clairemarie Osta (Tatiana), Benjamin Pech (Eugène Onéguine), Josua Hoffalt (Lenski), Mathilde Froustey (Olga) et Christophe Duquenne (Prince Gremine)

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La loi des comparaisons est cruelle. Seule, la version Noureev de Cendrillon apparaît comme une soirée sympathique. Mise à côté de l’Onéguine de John Cranko, elle semble soudainement beaucoup vieillotte et ennuyeuse. Le deuxième est pourtant de 30 ans plus âgé que la première, mais la modernité est définitivement de son côté.

Quelle belle soirée, car quel beau ballet. Dans cet Onéguine, la danse est belle, pure, et elle n’est jamais là par hasard. Chaque pas, chaque élément de virtuosité et chaque porté plus ou moins dangereux sont avant tout mis au service de l’histoire. Le livret est limpide, la construction clairvoyante, la mise en scène remplie de sens. Tout y est, rien n’est de trop.

Mais encore faut-il qu’un chef d’œuvre soit porté par une troupe à sa hauteur. Et, ô miracle, c’est le cas dans cette série. Le corps de ballet de l’Opéra de Paris apparaît très en forme et investi. Chacun-e est à sa place, apportant ce qu’il-elle doit apporter pour que cette si triste histoire se déroule. Les scènes de groupe sont joyeuses et enlevées au début, implacables dans le bal. Tout y est extrêmement vivant. Et ce, dès la première représentation, alors qu’il a fallu une bonne semaine pour que leurs collègues de Cendrillon se réveillent.

En voilà un paradoxe. A la vue de ces deux œuvres, le ballet de l’Opéra de Paris semble beaucoup plus à l’aise pour danser du Cranko que ce Cendrillon. Onéguine n'est arrivé dans la compagnie qu'il y a deux ans, Noureev est censé faire partie de l’ADN de la troupe.

Du 9 au 31 Décembre 2011
Mais reprenons cette flopée de compliments. Nous avons donc un ballet sublime, une troupe excellente… et des solistes magnifiques. Ou presque.

Commençons par le seul petit point noir : Benjamin Pech. Ce dernier est très crédible dans le personnage d’Eugène Onéguine, véritable acteur empreint de son personnage. Le problème est qu’il ne garde par le même parti-pris entre chaque acte, ce qui provoque quelques interrogations.

Plus triste qu’égoïste au début, l’Onéguine de Benjamin Pech ne rejette pas vraiment Tatiana. Son geste de déchirer sa lettre d’amour au second acte, tout rempli de cynisme, ne semble donc pas d’une grande logique, à la vue du personnage qu’il a proposé précédemment. D’où une impression étrange, celle de voir deux rôles différents. Dommage, car il fut à chaque fois très investi, mais ce manque de cohérence était gênant dans la deuxième partie.

Les trois autres solistes furent formidables, à commencer par Clairemarie Osta. Son interprétation ne fut pas surprenante, elle a suivi l’évolution classique de Tatiana. Mais le tout fut fait avec une conviction et une émotion qui ne pouvaient laisser de marbre. J’aime quand les danseur-se-s savent si bien me raconter une histoire.
 
Tout commence dans les jardins Madame  Larina. Des jeunes gens s’amusent, élégants, insouciants. Parmi ce joli monde, il y a ses deux filles, Olga et Tatiana. La première est joyeuse, mutine, et fiancée à Lenski. Mathilde Froustey connaît bien ce genre de rôle de jeune fille espiègle. Elle a appris à ne pas trop en faire, et règne véritablement par sa présence sur ce premier acte, très bien accompagnée par Josua Hoffalt en charmant et fougueux amoureux.

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La deuxième sœur, Tatiana, est plongée dans ses rêves… Clairemarie Osta est ailleurs, totalement crédible malgré ses 41 ans dans le rôle de l’adolescente en fleur. Quand je disais que rien n’était une question d’âge. La seule chose qui peut la sortir de ses songes est un miroir, dans lequel apparaît, dit-on, le visage de l’être aimé… qui est celui d’Onéguine. Celui-ci, ami de Lenski, cherche à s’occuper dans cette partie de campagne.

Tatiana s’isole avec Onéguine, qui ne semble pas la rejeter. Esseulé, il semble porter le deuil, et ne trouver quelques consolations qu’aux bras de Tatiana. Voilà un homme doux, rempli de nostalgie, mais certainement pas cynique.

Le soir venu, Tatiana ne peut s’empêcher de laisser cours à sa passion. Après une très belle scène de songe, où Onéguine la rejoint pour un pas de deux amoureux, elle lui écrit une lettre enflammée, pour lui faire part de ses sentiments.

L’acte deux, l’anniversaire de Tatiana, s’ouvre sur une charmante scène de bal. La jeune et l’ancienne génération se retrouvent pour danser, constituant par moment des couples pour le moins improbables, qui laisseront échapper quelques rires au public. Tatiana, radieuse, n’a d’yeux que pour Onéguine. Mais celui-ci apparaît sous un tout autre visage. Froid, distant, il la rejette et déchire la lettre. Pour se venger, il décide même de séduire Olga, tout fiérote que ce beau ténébreux s’intéresse à elle. De rage et de jalousie, Lenski finit par provoquer son ami en duel.

Beaucoup de choses se passent dans cette scène. La reine est cette-fois Clairemarie Osta, qui entre la joie, le doute, la tristesse et l’effroi, passent par toutes les émotions. Mathilde Froustey joue très bien la jeune frivole, flattée par cette marque d’attention, un peu égoïste elle-aussi. Josua Hoffalt, très crédible, porte toute la tension du passage. Sa lutte intérieur se lit sur son visage, la fureur monte petit à petit avant d’éclater et de commettre l’irréparable.

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Le deuxième acte se termine sur la scène du duel. Josua Hoffalt a droit à une variation, seul. Cela sera son passage à l’âge adulte. Il comprend la sagesse, il comprend ses erreurs. Il sait aussi qu’il va mourir ce soir. Malgré deux ou trois vacillements, le danseur a donné là l’un des plus beaux moments du spectacle. S'il y a six mois la question pouvait encore se poser, la réponse ce soir est clair : la future étoile masculine de l’Opéra de Paris, c’est bien lui.

Coup de feu, cris d’effroi, pleurs. Lenski s’effondre. Onéguine comprend son erreur, et perd en une seconde tout cynisme et légèreté.

10 ans ont passé en arrivant au troisième acte. Tatiana a choisi la sagesse, un mariage avec le Prince Gremine. Onéguine, lui, est toujours hanté par ses souvenirs. Les deux se retrouvent dans un bal. Mais les rôles s’inversent. Tatiana est distante, Onéguine  enflammé. Il lui écrit une lettre qu’elle rejette.

Onéguine retrouve finalement Tatiana dans sa chambre. Celle-ci n’a pas perdu la flamme, mais elle tient à rester fidèle à ses vœux de mariage. Cet indicible dilemme porte toute cette dernière scène. La raison l’emporte finalement, Onéguine s’enfuit. Reste Tatiana, en proie à l’effroi, sombrant presque dans la folie. Une dizaine de secondes qui valent presque à elles-seules la soirée entière.

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Prochain épisode ce soir, avec le très attendu couple quatuor Aurélie Dupont/Evan Mc Kie/Myriam Ould Braham/Josua Hoffalt

vendredi 9 décembre 2011

Onéguine : qui voir danser sur scène ?

Décidément, il est plus sûr de ne pas parler des distributions d’un spectacle avant le jour-même de la première. Comme d’habitude, ce fut une valse des noms pour Onéguine, entre les blessures, Cendrillon en face et ceux et celles qui répètent déjà pour 2012.

Au final, le public a tout de même droit à quatre belles distributions, avec deux prises de rôle, dont l’une qui devrait être particulièrement intéressante. 

Aurélie Dupont (Tatjana), Evan Mc Kie (Eugene Oneguine), Myriam Ould Braham (Olga), Josua Hoffalt (Lenski) et Karl Paquette (Prince Gremine) : les 9, 11 et 13 décembre. Avec Vincent Cordier (Prince Gremine) : les 16 et 19 décembre.

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Nicolas Le Riche
devait au départ danser avec Aurélie Dupont, mais une blessure sur Cendrillon l’éloigne de la scène pour deux mois. Il est donc remplacé par une étoile de Stuttgart, la troupe qui a créé ce ballet.

Pour ma part, je suis ravie de voir Evan Mc Kie dans ce rôle, il devrait en plus donner un très joli et crédible couple avec Aurélie Dupont. Avoir un invité pour la première ne me choque pas non plus, tant il est légitime pour ce ballet. Mais attendre qu’il y ait un blessé pour le faire venir me semble plus contestable. Il y a beaucoup de données dans cette histoire, entre les blessés, les ayants-droit de John Cranko particulièrement tatillons, celles qui veulent la première, les plannings de chacun-e et toutes les choses que nous ne savons sûrement pas. Mais tout ça me semble particulièrement mal organisé et pensé.

Bref, cela n’empêche pas que cela donne une très intéressante distribution. J’avais beaucoup aimé Aurélie Dupont dans le personnage de Tatjana. Myriam Ould-Braham convient parfaitement à Olga, Josua Hoffalt devrait être un très bon Lenski, les deux forment un couple bien assorti et Karl Paquette ne devrait pas démériter en Prince Gremine. L’ensemble me paraît plutôt harmonieux.


Clairemarie Osta Tatjana), Benjamin Pech (Eugene Oneguine), Mathilde Froustey (Olga), Josua Hoffalt (Lenski) et Christophe Duquenne (Prince Gremine) : les 10 et 14 décembre. Avec Fabien Revillion (Lenski) : les 20, 22 et 24 décembre.

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Je suis un peu plus partagée pour cette distribution. Je ne la raterai pas en tout cas pour Clairemarie Osta. J’aime beaucoup cette étoile, qui fournit toujours un travail d’interprétation très juste, sincère et personnel. C'est une personnalité intéressante, il se passe quelque chose. Tout subjectivement parlant, je ne suis pas touchée par Benjamin Pech. Mais leur partenariat est en général plutôt convainquant.

Les seconds rôles sont là aussi intéressants. Mathilde Froustey avait été convaincante en Olga, plus mutine que Myriam Ould-Braham. Fabien Revillion en Lenski devrait également donner quelque chose d’intéressant, il est assez peu distribué sur ce genre de rôle, et pourrait créer la surprise.


Isabelle Ciaravola (Tatjana), Mathieu Ganio (Eugene Oneguine), Muriel Zusperreguy (Olga), Florian Magnenet (Lenski) et Christophe Duquenne (Prince Gremine) : les 21, 24, 26, 28 et 30 décembre.

Du 9 au 31 Décembre 2011

Pour moi, ce couple est LE couple à voir dans ce ballet. Rien de moins. Je n’ai pas vu Isabelle Ciaravola dans ce rôle, mais nul doute que le personnage de Tatjana est taillé pour elle, à lire les multiples éloges sur ses prestations il y a deux ans pour ceux et celles qui en douteraient.

Je crois également très fort en Mathieu Ganio. Malgré ses tics et sa mèche de cheveux, il sait  me toucher et me surprendre. Ses gros bobos il y a quelques années l’ont peut être fait oublier, mais c’est un danseur rare, à la fois élégant et très sincère interprète. Le couple devrait embarquer le public.

Les seconds rôles sont néanmoins un peu plus faibles. Je ne doute pas que Muriel Zusperreguy et Florian Magnenet s’empareront avec sérieux et sincérité de leur personnage, mais il-elle-s ne jouent pas pour moi dans la même classe. Et Mignonet/Magneniait m’énerve. Mais je vais faire un effort et garder mon esprit ouvert.


Dorothée Gilbert (Tatjana), Karl Paquette (Eugene Oneguine), Eve Grinsztajn (Olga), Audric Bezard (Lenski) et Nicolas Paul (Prince Gremine) : les 23, 27, 29 et 31 décembre. 

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Peut-être la distribution qui m’attire le moins sur le papier. Il n’y a pas d’âge pour interpréter un rôle. Mathieu Ganio s’empare d’Onéguine à 27 ans. Dorothée Gilbert a le même âge que lui, mais sa maturité d’interprète n’en est pas encore au même point. Toutefois, sa Juliette l’année dernière était restée prometteuse, même si elle surjouait encore pas mal à certains moments. Son association avec Karl Paquette, plus mesuré et crédible, devrait jouer en sa faveur. Il y aura peut-être une bonne surprise au final.

J’ai de l’admiration pour la danseuse Eve Grinsztajn, mais je ne suis pas sûre que sa personnalité s’accorde le mieux pour Olga. Audric Bezard devrait donner quelque chose d’intéressant en Lenski, c’est un  soliste que j’apprécie.

Au final, je vais aller voir les trois premières distributions. Je ne renonce à la quatrième que par faute de temps, mais je reste curieuse de lire les avis.

Et vous, quelle distributions vous tente le plus ? Laquelle allez-vous voir ?

vendredi 25 mars 2011

Coppélia : épisode 1

Plus d'une semaine après la première de Coppélia au Palais Garnier, il serait grand temps que je me mette à ma première critique de ce ballet de Patrice Bart, dansé par le Ballet de l'Opéra de Paris.

Cette matinée du samedi 19 mars fut bien. Pas top, pas mémorable, mais sympathique. Bien sans plus. Comme ce n'est pas vraiment grâce au couple principal (Mélanie Hurel et Christophe Duquenne) que le spectacle fut sauvé, passons directement à l'histoire.

Beaucoup critiquent la version de Coppélia de Patrice Bart. Mauvais découpage, livret pas intéressant et sans idée directrice, version brouillonne. Ce n'est pas le chef-d’œuvre du siècle, mais je continue à lui trouver un certain charme, malgré les pas compliqués et malgré l'histoire qui se cherche un peu.

Le but de Patrice Bart était de la rendre cette Coppélia plus sombre. Freud vient en effet se mêler à tout ça, ou tente en tout cas, mais le tout reste tout de même plus charmant que terrifiant.

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Tout commence dans la maison de Coppélius, peuplées d'automates et d'étranges créatures. Il est désespéré par la mort de sa femme, Coppélia (seule allusion au titre, le ballet dans cette version reste bien mal nommé), et pas aidé par le professeur Spalanzani (Fabrice Bourgeois) qui lui fournit alcool et opium (la drogue, c'est mal). Dans un coin, une poupée et un livre représentant sa bien-aimée.

Acte1, place du village. Frantz revient tout fiérot de la ville où il est étudiant. Il compte bien sur sa collection de papillons pour impressionner Swanilda, sa chérie. Sauf que cette dernière n'en a 1) rien à faire et 2) est étrangement attiré par le mystérieux Coppélius. Tomber dans les bras d'un homme plus âgé, mystérieux et un brin inquiétant, pourquoi pas ? Le premier acte est un éternel pas de trois entre ces personnages, entrecoupé de nombreuses danses de caractère. Car Coppélius voit bien qu'il a du pouvoir sur cette jeune fille, qui ressemble d'ailleurs beaucoup à sa chère défunte. Il l'hypnotise, la séduit et décide de lui tendre un pièce, en bon personnage névrosé. Spalanzani donne la clé de chez lui à Swanilda pour la jeter dans la gueule du loup.

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Le tout est so charming, et en grande partie grâce au corps de ballet. Les huit amies de Swanilda (Bance, Froustey, Giezendanner, Westermann, Clément, Gestin, Levy et Verdusen) en font des tonnes et des tonnes, mais cela fonctionne très bien avec l'esprit suranné du ballet. Les amis de Frantz (Bodet, Ibot, Madin et Bertaud) ne sont pas en reste, et les deux groupes passent leur temps à se tourner autour avec un humour auquel il est difficile de résister. En bonne ancienne danseuse de caractère, j'ai beaucoup aimé la czardas, très vivante et colorée. J'ai dû beaucoup danser sur cette musique, les chaussons me démangeaient. L'ambiance est assez étrange, car quand Coppélius envoûte Swanilda, les autres personnages se figent. S'agit-il d'un rêve ? 

Mélanie Hurel est par contre totalement mono-expressive. Elle est jolie, gracieuse, mais garde le même visage durant sa variation, face à Frantz ou sous la coupe de Coppélius. Pas terrible dans un ballet où la pantomime a son importance. Christophe Duquenne n'est lui pas vraiment crédible en étudiant fringuant. C'est mou du genou, quand ça ne se casse pas carrément la figure. C'est terrible à dire, mais ce couple est un parfait assortiment de premier-ère danseur-se : ça assure, ça tient la route, mais ça ne passe pas forcément la rampe. Benjamin Pech domine tout le monde en Coppélius. Je ne suis pas sa première fan, loin de là, mais il faut reconnaître qu'il sauve le ballet, avec toute la noirceur et la présence qu'il faut.

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Deuxième acte, la maison de Coppélius. Les neuf copines découvrent avec un peu de frayeur, puis très vite beaucoup d'amusement, les poupées grandeur nature qui se mettent en mouvement. Spalanzani met un terme à la fête et chasse tout le monde, sauf Swanilda. Cette dernière n'a peur de rien, ni de se transformer en poupée le temps d'une variation, ni d'un Coppélius très entreprenant. Elle comprend finalement où il veut en venir : la tuer pour donner son âme à la poupée Coppélia, et la faire ainsi revenir à la vie (quand je disais plus haut qu'il s'agissait d'un personnage névrosé). Les huit amies, plutôt fut-fut, ont compris le danger et alertent Frantz, qui va bien finir par servir à quelque chose. Son arrivée fait sombrer la maison, qui s'écroule. S'agissait-il d'un songe ou de la réalité ? Les deux tourtereaux finissent dans un grand pas de deux, et reviennent petit à petit au village. Même si l'ombre de Coppélius semble toujours planer sur eux. 

Un deuxième acte pas mal, mais qui m'a semblé curieusement un peu long, malgré son temps très court (à peine 1/2 heure). Le début est plutôt bien emmené par les amies et les automates. La relation Swanilda/Coppélius prend tout son sens, d'autant que Mélanie Hurel semble plus en forme dans la pantomime.

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Mais le grand pas de deux final n'arrive pas à passer. Il n'y a plus rien, plus de décors, plus de figurant-e-, juste le couple de danseur-se. Et pour tenir plus de cinq minutes en scène seulement à deux, il faut y aller dans le lyrisme et la passion. Ce que n'avait décidément ni elle ni lui. C'est long, très long. Trop long, mes yeux commencent imperceptiblement à se fermer. Dommage, l'impression finale n'est pas terrible, alors que le ballet en lui-même garde un certain charme. Heureusement qu'il y avait la musique, qui m'a fait tenir jusqu'au tombé du rideau. Oui, au risque de me faire huer par les musicien-ne-s pointilleux-ses, j'ai bien aimé le charcutage de la partition d'origine.

© Photo 2 : Sébastien Mathé / Photo 3 : Colette Masson – Roger Viollet / Photo 4 : Laurent Philippe / fedephoto.com

samedi 12 mars 2011

Un avant-goût de Coppélia

Après quelques semaines de disettes, la danse classique reprend ses droits au Palais Garnier avec, dès la semaine prochaine, la Coppélia de Patrice Bart.

Opéra national de Paris
La série a été précédée de plusieurs répétitions publiques, qui ont plutôt joué en faveur de mes souvenirs. A savoir que c'est un ballet très agréable, avec pas mal de jolis moments. Je me demande d'ailleurs comment est-il possible qu'une seule personne ait à la fois chorégraphié cette pièce pleine de fraîcheur et l'horripilante Petite danseuse de Degas. Vatse débat.

Premier rendez-vous, l'amphithéâtre de l'Opéra Bastille au début du mois, pour une heure de répétition. Patrice Bart, évidemment, est le répétiteur, tandis que Dorothée Gilbert est Swanilda, Mathias Heymann Frantz et Yann Saïz Coppélius

Contrairement au Lac des Cygnes, où Patrice Bart avait beaucoup fait travailler deux extraits, il a cette fois-ci montré pas mal de passages différents, pour donner au public une vision globale du ballet. Seul le pas de deux final a été plus particulièrement travaillé.

Le maître de ballet commence tout d'abord par quelques explications, sa volonté de retourner aux racines, un peu noires, du conte, et du nouveau découpage musicale qui en a découlé. J'avoue que, malgré un discours intéressant, mon œil était plutôt attiré par les trois danseur-se-s dans le coin gauche, qui s'étiraient et pirouettaient. 

Les passages exécutés mettent surtout en avant l'inspiration des danses de caractère dans la chorégraphie, et pas mal de pas de deux et pas de trois (avec des portés très tarabiscotés).

Pendant que les artistes dansent, Patrice Bart raconte l'histoire, et met des mots sur la pantomime. Les danseur-se-s semblent déjà bien à l'aise avec leurs personnages. Yann Saïz montre beaucoup d'aisance dans ses différents passages, avec de belles lignes et, déjà, une véritable interprétation. Il est déjà dans son personnage. Irrésistible, Dorothée Gilbert est fraîche comme une rose, Swanilda lui va à ravir. Techniquement très à l'aise, elle s'amuse beaucoup avec la pantomime, cela promet un joli spectacle. Je réalise que cela fait longtemps que je ne l'ai pas vu sur scène, et que ça commençait à me lasser. Mathias Heymann semble moins à l'aise avec le jeu d'acteur. Entre se glisser dans un Frantz jaloux et sauter partout, je crois qu'il préfère la deuxième solution. La blessure de début de saison a dû lui donner des fourmis dans les jambes. Il tourne et saute à n'en plus finir, reprenant certains passages, et faisant le spectacle. Cela aurait vite pu devenir énervant sans ses grandes facilités et son enthousiasme, il est décidément difficile de lui résister.

Voici un petit extrait des répétitions, qui montre à la fois l'inspiration des danses de caractère et une idées de ce que donnent les nombreux pas de deux.



Deuxième rendez-vous, direction le Palais Garnier. Le ballet est ici donné en entier, en costumes, avec décors et orchestre. Chacun sait ce qu'il doit faire sur scène, il s'agit plus ici de détails, que le public ne perçoit pas forcément, mais qui sont pourtant capitaux. Ainsi, un couple de figurants qui se place un mètre trop à droite provoque l'exaspération du maître de ballet. Chaque chose doit être à sa place pour une bonne raison, "C'est comme une peinture" assène Patrice Bart, Ce dernier a l’œil sur tout : une ligne pas très droite, le soliste qui avance un peu trop, un léger retard sur la musique, la lumière ou le rideau qui tarde, un cercle de danseuses qui ne se ferment pas bien. C'est passionnant de le voir ainsi agir par petite touche, d'avoir cette rigueur pour que le tout soit le plus excellent possible.

La distributions était ici très différente. Mélanie Hurel m'a agréablement surprise. Légère, enjouée, elle était très crédible en Swanilda, prenant visiblement plaisir à être en pleine lumière. Benjamin Pech était lui aussi impeccable en Coppélius. Le corps de ballet était plaisant, les amies de Swanilda bien en place avec une Mathilde Froustey particulièrement survoltée.  De jolies soirées en perspective.

© Photo : Cosimo Mirco Magliocca/Opéra national de Paris

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