Donc tout le monde va se poser cette question : mais j'étais où le 9 novembre 1989 ?
Et là, la réponse tombe comme un couperet : je n'en ai aucune idée.
A vrai dire, j'étais jeune, 7 ans 1/2. Mais aujourd'hui, alors que tout le monde se remémore l'événement, je ne peux que me demander pourquoi je n'en ai aucun souvenir. Quelques mois plus tard, la Guerre du Golfe éclatait, et ça je m'en souviens très bien. Il faut dire que notre vie quotidienne en avait été un tout petit peu affectée. Mais si, souvenez-vous, la Guerre du Golfe, c'était les grands débuts du plan Vigipirate, avec les parents qui ne pouvaient plus entrer dans l'école et encore moins stationner devant pendant qu'ils nous déposaient le matin. Mais mise à part ces perturbations enfantines, je crois que nous avons tous en tête ces images de guerre en plein désert. Pour en avoir un peu parlé autour de moi, j'ai l'impression que c'est la même chose pour les gens de ma génération.

Et donc me viens une autre question : pourquoi n'avons nous aucun souvenir de la chute du Mur de Berlin, et encore moins de la réunification, alors qu'on se souvient très bien du conflit irakien, et qu'un an à peine sépare ce deux événements ? L'Allemagne était-elle si éloignée de nous, alors que nous avons une frontière commune ? Pour excuse personnelle, il se trouve que ma petite sœur a eu la bonne idée de naître le jour de la réunification de l'Allemagne, et donc le 3 octobre 1990, on n'en avait encore plus rien à faire que le 9 novembre 1989. Sachez-le, à l'école du Sacré-Cœur de Paris, à la récré du matin, on ne parlait que de ça, et surtout pas de nos voisins allemands.
Je passe en tout cas tout mon primaire sans entendre parler du Mur. Mon premier cours sur le sujet remonte en 3ème en cours... d'allemand. La prof décide de nous faire quelques cours d'histoire sur cette période. Elle parle non seulement du Mur d'un point de vue politique, mais aussi de la séparation des familles, des projets pour tenter de le traverser, le début de l'Ostalgie et le "Mur des têtes" qui n'était pas complètement tombé. Il y a un mot précis en allemand, je ne me souviens plus lequel, pour designer les préjugés qui restaient entre Wessis et Ossis. Les cours d'histoire-géo se passent par contre sans Mur de Berlin. Idem au lycée, où 1989 est perdu entre les différentes révolutions des pays de l'Est et la cavalcade pour finir le programme avant les épreuves du Bac.
Bref, je passe ma scolarité sans presque entendre parler de ça, et je n'imagine même pas ce que ça a dû être pour ceux et celles qui avaient choisi espagnol, les flemmard(e)s.
J'ai mieux saisi de ce qu'a pu être ce mur en allant à Berlin, il y a quelques années. La différence entre Est et Ouest est moins visible, mais présente. Le Mur est omniprésent, dans les musées, les endroits de commémoration, par le liseré sur le trottoir et jusque dans les boutiques de souvenirs. Le Mur de Berlin, en fait, c'était deux murs, séparés par un no man's land de 200 m. Un truc totalement infranchissable. Dans ce no man's land, il y avait l'un des symboles de Berlin, la porte de Brandebourg. Comme si la Tour Eiffel était toujours à Paris, mais entourée de murs, et donc interdite du moindre visiteurs pendant des années. C'est assez étrange d'imaginer cela.
Tout ça pour dire qu'à l'heure des multiples commémorations, je trouve ça dommage d'en n'avoir aucun souvenir et de connaître si mal le sujet. C'est après tout l'un des événements majeurs du XXe siècle, la fin de la Guerre Froide, un symbole de liberté et une étape importante dans l'UE, qui prend de plus en plus de place dans nos vies. A 9 ans, je me souviens donc d'une guerre en plein désert, mais j'oublie un mur qui tombe. Sans virer dans le pays des Bisounours, je me demande tout de même si l'inverse n'aurait pas été préférable.

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