Et dans tout ce tas de longueurs, une chose m'a émue : la faculté des nageurs, ces boules de muscles, ces Musclors vivants, à se transformer en petits garçons larmoyants dès les premières notes de leur hymne.
Prenez Cesar Cielo, par exemple, récent champion du monde sur 100 m et 50 m nage libre. Il arrive au bord de la piscine, le regard qui tue, les mâchoires serrées, la combinaison bien moulante là où il faut. Le coup de sifflet retentit. Le temps de même pas une minute, il se transforme en fauve mêlé d'un hors-bord. Une fois touché le mur, il sort de l'eau en bondissant, les muscles saillants et des flammes dans les yeux. Il pousse un cris de guerre victorieux censé définitivement poser sa supériorité face à ses adversaires et aux téléspectateurs éblouis. La réincarnation de Musclor, je vous dis.

Et bien donc, ce Cesar Cielo, habitué à la pression, ramassant tout sur son passage, le voila qui fond en larme à l'écoute de son hymne brésilien, les pieds sur la plus haute marche du podium. On sent d'abord qu'il se retient. Au début de la cérémonie, il se contente de souffler, un homme ne pleure pas en public. Puis les yeux se baissent, la bouche se tord, les yeux piquent. Et les vannes s'ouvrent. Ce tas de muscles qui semblait invincible se met d'un coup à sangloter comme un petit enfant. Le Ken le Survivant qui faisait peur se transforme en gros nounours qu'on a envie de prendre dans ses bras en lui tapotant les cheveux pour le consoler.
Cesar Cielo m'était totalement inconnu il y a de cela quelques jours. Mais je dois dire que lorsque je l'ai vu pleurer sans retenu, sa médaille d'or au cou, "j'ai eu les poils" comme disait notre ami Sinclair.

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