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jeudi 2 décembre 2010

Le Lac des Cygnes, épisodes 1

La déception fut grande en arrivant à Garnier. J'avais un peu pris la Première du Lac des Cygnes, le lundi 29 novembre, en espérant y voir Agnès Letestu et José Martinez. Comme le deuxième s'est blessé, j'ai eu droit à une toute autre distribution, celle qui m'emballait le moins : Emilie Cozette et Karl Paquette.

Que dire de cette soirée ? Il y a eu de très beau, du moins beau, du glacial. Une représentation mitigée, qui ne m'a pas tiré les larmes, ni fait oublier le ballet Novossibirsk en juillet dernier. Mais une soirée à l'Opéra n'est jamais complètement ratée. Il y a un tel niveau qu'il y a toujours quelque chose pour rattraper une déception.

Le premier acte commence, et j'ai peur. C'est glacial. Le corps de ballet est admirablement en place, alors que la chorégraphie de Noureev est des plus complexes. Mais il y manque quelque chose d'important : le feu sacré. Ils-elles dansent, c'est beau esthétiquement parlant, mais ça ne va pas plus loin. Etait-ce la concentration, alors que la troupe se lançait dans ce ballet si attendu, était-ce moi, était-ce la volonté de poser une ambiance lourde, au vu des événements futurs ? J’ai eu bien peur d'attraper froid et de m'endormir d'ennui. Seul Emmanuel Thibault a sauvé les meubles avec une variation du pas de trois généreuse et très emballante. Je suis plus réservée sur ses deux partenaires.

Heureusement, il y a eu la bonne surprise : Stéphane Bullion, dans le rôle de Wolfgang/Rotbbart. Je ne suis pas une fan de la première heure de ce danseur. Mais pour le coup, il m'a cloué sur mon siège dès son premier regard à la scène. Noureev lui a donné de l'importance pour rajouter de l'ambiguïté à Siegfried, et il va y en avoir de l'ambiguïté. C'était Gay Friendly Power à fond cette soirée... Mais pas moins intéressante. J'ai aimé cette ambivalence.

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Le premier acte a en tout cas été sauvé par leur duo. Durant toute la fête, ils échangent des regards, et Wolfgang prend de plus en plus d'emprise sur lui. Siegfried est totalement perdu dans ses pensées. J'ai bien aimé la vision de Karl Paquette. Ce n'est pas un grand technicien, mais il a été habité toute la soirée, et je pardonne plus facilement avec ça les essoufflements techniques. Sa version lente était très belle. Comme l'expliquait Patrice Bart lors de la répétition publique, cette variation, c'est le passage de la réalité à autre chose, le monde du rêve, le champ des possibles. Et Karl Paquette a très bien su ressortir ça. Au fur et à mesure de ses pas, une autre ambiance s'installe, quelque chose d'assez étrange... j'ai bien aimé cette transition.

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Deuxième acte. Même frayeur. Les cygnes sont très, très bien en place, mais que c'est froid. Où est la magie ? Pas sur scène en tout cas. Les quatre petits cygnes étaient très fébriles, et j'ai craint durant tout leur passages qu'elles ne se décalent par rapport à la musique. Cette angoisse a primé sur tout le reste durant leur deux minutes de prestation. Les quatre grands cygnes étaient beaucoup mieux, avec beaucoup de lyrisme et de musicalité.

Quand à Odette... Oui, techniquement, c'était en place. Cela semble un miracle lorsqu'on parle d'Emilie Cozette, mais ça se tenait. Tout juste. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de gros plantages techniques, mais que l'ont ne peut pas vraiment parler non plus d'amplitude. Des développées riquiqui, 30 fouettés à la place de 32 (oui, on saute de joie quand une danseuse en fait plus, notons celles qui en font moins). C'était maitrisé au minimum syndical, ce que l'on demande tout de même à une danseuse de l'Opéra de Paris. Pour l'interprétation, j'en reviens toujours au même. Emilie Cozette fait les pas tels qu'on lui a demandé, en musique. Mais rien, aucun sentiments, aucune intention ne la porte.

Pourquoi fait-elle ce geste, va-t-elle par ici, baisse-t-elle la tête ? Chaque geste doit être porté par quelque chose. Chez elle, il n'y a rien. C'est creux, scolaire. Donc ennuyeux. La danse, c'est avant tout transmettre des émotions. Etre donc habité par un personnage, sublimer la technique par une interprétation. Il n'y avait rien de tout ça lundi soir chez cette danseuse.

Un exemple me vient à l'esprit. Durant l'acte II, Siegfried fait le signe de jurer son amour. Odette se précipite sur son bras pour l'en empêcher. Emilie Cozette a attendu 1 seconde 1/2 avant de prendre le bras de Karl Paquette. Pourquoi ? Parce qu'on lui a dit de faire ce geste sur un temps précis de la musique. Karl étant un poil en avance, elle a attendu la musique. Elle n'a pas fait ce  geste parce qu'elle avait peur, parce qu'elle voulait empêcher Siegfried de faire une bêtise. Elle l'a fait parce qu'on lui avait dit de le faire, sur cette note musicale. C'était abyssalement creux. J'ai regretté Reine Agnès toute la soirée. D'autant plus, et là, c'est plus personnel, mais je n'ai pas du tout aimé son travail de bras, que je trouvais trop crispé. J'avais toujours l'impression qu'elle dansait les épaules relevées. 

Inutile dans ce cas d'en attendre beaucoup du si lyrique pas de deux. Le corps de ballet, malgré tout, et la si belle musique (même si le violon n'était pas d'un merveilleuse justesse) ont sauvé le tout.

Le troisième acte est beaucoup mieux. Je ne sais pas si c'est la présence de nombreux premier-ère-s danseur-se-s qui a porté le tout, mais les danses de caractère, en plus d'être parfaitement en place, était enfin pleine de vie. Etait-ce le corps de ballet qui avait besoin de deux actes pour se détendre, ou moi qui était enfin dans le spectacle, mais ce fut un très beau moment. Et quel plaisir de retrouver Princesse Myriam, malgré sa scandaleuse sous-distribution.

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J'ai beaucoup aimé le pas de trois, qui a atteint des sommets de Gay Friendly Power. Car ce n'est pas Odile qui hypnotise le prince, c'est bien Rotbbart. Ils se croisent, se cherchent du regard, Siegfried ne sait plus où il en est. Et le cygne n'est qu'un outil dans leur jeu, quelque chose qu'ils se passent de mains en mains pour mieux de frôler. Si Karl Paquette a commencé à un peu faiblir techniquement, Stéphane Bullion était royal. Non seulement implacable dans son regard et dans son jeu, mais éblouissant dans sa variation. L'un des plus beaux moments du ballet. Ce danseur me surprend de spectacles en spectacles.

Quand à la fin, elle marche à tout les coups. Entre le sardonique Rotbbart, l'intensité dramatique et la musique sublime, j'ai eu le souffle coupé. 

Quatrième acte. Même très bonne surprise, le corps de ballet est enfin vivant. Les 32 cygnes sont parfaitement alignés, et nous font vivre quelque chose. Elles sont résignées, tristes, et nous sommes définitivement dans un autre monde. Leur passage seuls était très beau, très poétique et poignant. L'un de mes moments préférés de la soirée avec la variation de Rotbbart.

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Le final ne fait que rendre hommage à la vision si particulière de Noureev. Ce n'est pas Odette que le prince veut sauver. C'est l'objet hypnotisant, la chose qui le relie à  Rotbbart. Ce dernier s'est amusé avec lui. Comme un amoureux cynique, il s'est penché sur un cœur faible, l'a manipulé, l'a attiré avec des illusions, pour mieux le laisser tomber cruellement.

La fin, encore une fois marche toujours, entre la musique, les 32 cygnes, la fumée qui envahit la scène, l'envolée des cygnes finale... Ce ballet est magique. Même avec une Odette/Odile transparente, il arrive toujours, à un moment où à un autre, à nous prendre aux tripes.

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Stéphane Bullion a été le plus applaudi, et avec raison. Il a porté la soirée tout du long, portant véritablement la vision de Noureev. Les 32 cygnes ont également été salués chaleureusement.  Mes réserves du début se sont vite envolées, elles ne peuvent que s'améliorer au fil des représentations, et j'ai déjà hâte de les retrouver le 21 décembre.

© Photos 1, 3 et 5 : Rêves impromptus. 2 et 4 : Anne Deniau / Opéra national de Paris

dimanche 31 octobre 2010

Le petit bilan d'actu, S04 Ep07

Au programme, des nouvelles des lauréat(e)s du Prix de l'AROP 2010, une petite revue de presse, et les tous nouveaux modèles des ballerines Repetto.

L'ACTU COTE DANSE

- Charline Giezendanner et Marc Moreau, Prix de l'AROP 2010

Aux dernières nouvelles, Charline Giezendanner et Marc Moreau seraient les deux lauréat(e)s du Prix de l'AROP 2010 (pas encore confirmée par l'AROP elle-même). J'avais pour ma part voté pour Audric Bezard et Héloïse Bourdon. Le premier m'avait fortement impressionné dans Triadeet La Bayadère. La seconde parce qu'elle rayonne en scène, et s'impose comme l'une des espoirs de la compagnie. Concernant les deux prétendus lauréats de cette année, je dois dire que je connais assez peu Charline Giezendanner. La direction semble en tout cas l'apprécier, puisqu'elle lui donne de temps en temps des rôles principaux (La Petite Danseuse de Degas dernièrement). Si Marc Moreau ne démérite pas, il m'avait fait plus forte impression il y a quelques temps. Lui remettre le prix l'année dernière aurait peut-être été plus juste qu'en 2010. Les garçons ont du mal à faire l'unanimité en ce moment, aucune personnalité n'arrive vraiment à se dégager du lot.

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- Le Ballet du Théâtre Mariinski est à Paris

Et pour une seule date ! La troupe danse en effet Le Petit Cheval Bossu, au Théâtre au Châtelet le lundi 1er novembre. S'il n'est plus possible de réserver sur Internet, le spectacle n'était pas complet samedi, vous pouvez donc tenter votre chance aux guichets. Moi qui ne suis pas spécialement une balletomane voyageuse, c'est la première fois que je vais voir cette troupe mythique sur scène. Nous aurons droit dans les rôles principaux à Alina Somova (passablement critiquée sur le net) et Leonid Sarafanov (passablement encensé dans ce même lieu).

- Les magazines Danser
et Danse du mois d'octobre sont en kiosque

Les deux magazines ont tous les deux fait leur couv sur Paquita. Même si dans Danser, il faut attendre pas mal de pages avant d'entendre parler du ballet. L'article évoque la longue création, puis retrouvailles de ce ballet. "Cela nous fait tous du bien de danser ce ballet", y dit Laurent Hilaire. Pas sûr que la troupe soit de son avis, elle a surnommé le ballet "Paquitue", en référence aux nombreuses blessures que ce spectacle engendre à chaque fois. L'article est entrecoupé de témoignages de danseur(se)s, assez lisses, si ce n'est Elisabeth Platel qui explique la complication de la Polonaise pour ses Petits Rats. A lire également dans Danser, un article sur la dernière création de Preljocaj, un reportage assez bizarre sur les animaux dans les ballets, et un reportage sur le festival Le temps d'aimer, avec une chouette photo d'un cours public au bord de la mer. Je veux y participer !

Les énormes efforts de la direction pour tenter de donner un peu crédibilité à Emilie Cozette dans son titre d'Etoile ont atteint le magazine Danse. Le magazine fait sa couv avec elle et Bullion dans Paquita. Je trouve pour ma part cette photo assez moche et très disgracieuse. Je n'ai pas encore trouvé cette revue. Selon le blog A petits pas, on y trouve une critique enthousiaste de l'œuvre (en même temps, c'est Danse), un gros teasing sur un futur article sur Stéphane Bullion, et une critique des soirées Hommage à Roland Petit.

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L'ACTU COTE MODE

- Repetto et sa collection printemps-été 2011

Repetto a dévoilé sur sa page Facebook les modèles de sa collection printemps-été 2011. Je craque personnellement pour la paire de babies rouge ketchup, et le modèle Infante en bleu, même si la hauteur du talon me fait un peu peur. Ces modèles sont à retrouver dès le 8 novembre sur l'e-boutique, et petit à petit dans les magasins. Et vous, quels sont les modèles qui vous tentent ?

L'ACTU COTE FEMINISME

- le Festival MEUF'ELLES du 29 octobre au 14 novembre à Paris

"Je ne suis pas infâme, je suis une femme", tel est le slogan de ce festival féministe. Exposition, spectacles, performances, projections, concerts, tournage interactif, conférences-débats, MEUF'ELLES reste multi-carte, avec comme thème la femme par les femmes. Il a commencé vendredi, il se termine le 14 novembre, et il a lieu au Carrosse, dans le 20ème arrondissement de Paris.

vendredi 27 février 2009

Entre Balanchine, Noureev et Forsythe

Mon Pass’ Opéra jeune m'a souvent laissé dans la file d'attente plutôt que dans la salle. Mais rien que pour ma place au deuxième rang de l'Opéra Bastille vendredi dernier, je le reprendrais la saison prochaine.

Les spectateurs adorent les ballets complets. Les soirées "pots-pourris" rencontrent souvent moins de succès. Tant pis pour eux, moi ça me permet de découvrir des chorégraphes et des ballets pas trop connus mais hyper intéressants.

La soirée Balanchine/Noureev/Forsythene déroge pas à la règle.



Tout commence avec Les Quatre Tempéraments de Balanchine. Il est censé montrer quatre facettes de l'âme humaine. Bon, moi, j'ai pas vu beaucoup de différences entre les tableaux. Mais le tout reste intéressant par la mise en valeur des lignes des danseurs, qui ne sont pas loin d'être parfaites à l'Opéra de Paris. Dorothée Gilbert était très bien comme d'hab', et dans le corps de ballet, Mathilde Froustey se démarque vraiment des autres. Mais là encore ce n'est pas une surprise. La personne que j'ai vraiment découverte, c'est Mathieu Ganio. Avant, je trouvais juste que c'était le jeune fougueux qui faisait des effets de mèche. Là, j'ai vu un grand danseur avec une véritable autorité sur scène, chacun de ses gestes portés par quelque chose. J'ai hâte de le voir dans un rôle complet.

Vient ensuite des extraits de Raymonda de Noureev, en prélude à la saison prochaine où il sera donné en entier. C'est assez bizarre de ne montrer que des extraits. Il ne peut pas y avoir de trame dramatique, c'est juste pour la beauté de la technique classique. Surtout qu'avec ces lustres, ces décors chargés et cette musique pompeuse, on n'est pas loin du kitch. Néanmoins, les danseurs s'en sortent pas mal puisqu'ils donnent envie de voir le ballet en entier. Le Jean de Brienne de ce soir (Karl Paquette) m'a laissé complètement indifférente... contrairement au duo de Bernard et Béranger (Axel Ibot, Adrien Bodet) qui ont été  très brillants. Le rôle de Raymonda était tenu par Emilie Cozette, que je n'ai jamais vraiment appréciée (c'est juste pas elle qui aurait du être nommée Etoile). Là, je dois avouer qu'elle m'a séduite dans sa variation très difficile, où on dirait que Petipa s'est amusé à créer un truc où sa danseuse redescendrait le moins souvent possible de ses pointes. Mais bon, je n'avais encore pas d'éléments de comparaison... Depuis, j'ai regardé la prestation de Sylvie Guillem dans le même passage, et c'est sûr que ce n’est pas la même chose.


La soirée se termine avec Artifact Suite de William Forsythe. Un ballet sans véritable histoire où le corps de ballet est particulièrement mis en valeur. Comment faire simple ? J'ai tout simplement adoré. La chorégraphie, les costumes, les lumières, l'expressivité des danseurs... Tout est en place pour vous hypnotiser et vous emmener très loin pendant 40 minutes. C'est juste... Beau et totalement captivant. Un peu difficile à décrire tout ça, surtout que je n’ai pas de bonnes vidéos, mais j'ai trouvé ce ballet vraiment magnifique.



En résumé ? Une très belle soirée qui est passée comme de rien. Pour une fois, il n'y a pas vraiment de grandes personnalités qui ressortent, ni de grands rôles. On ne voit que le corps de ballet. Ils sont là, ensemble, un groupe très homogène et qui montre pourtant une vraie personnalité, où chaque danseur s'investit à fond. C'était d'autant plus éclatant dans L'Artifact Suite. C'est aussi plutôt impressionnant que voir que cette troupe peut interpréter aussi bien des styles très différents : le néo-classique pour Balanchine, l'académique technique pour Noureev et le moderne pour Forsythe.