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samedi 10 juillet 2010

Un avant-goût du ballet de Novossibirsk

J'avais un peu peur que mon mois de juillet soit pauvre en danse cette année. Je vais avoir vu les trois distributions de Kaguyahime le 13 juillet, et il est hors de question que je retourne une seconde fois à l'insupportable Petite danseuse de Degas.

Heureusement pour les balletomanes (et les autres d'ailleurs), cet été, il y a le ballet de Novossibirsk, qui viennent pour les Etés de la Danse 2010. Programme Balanchine cet après-midi, Le Lac des cygnes le 15 et La Bayadère le 20 pour ma part.

Mais je commence tout ça par le cours public de la compagnie, toujours au Châtelet, vendredi après-midi. Les Etés de la danse ont instauré ces sortes de démonstration il y a quelques années, chose que je trouve très intéressante. Ce n'est pas juste une série de spectacles, la compagnie se pose trois semaines, montre plusieurs aspects de son répertoire et sa façon de travailler. C'est finalement assez rare de pouvoir découvrir de telle façon une compagnie étrangère qui vient à Paris.

Première réflexion, importante tout de même, le Châtelet n'a pas l'air de connaître la climatisation. Je vais devoir me préparer psychologiquement pour cet après-midi. Deuxième réflexion, oubli de ma part. Comme pour les Démonstrations, j'ai avisé une place dans les premiers rangs d'orchestre. Sauf que la scène ici n'est pas en pente, et qu'on ne voit pas les pieds. Grosse frustration. Je me mets à réfléchir que je n'ai pris que des places en orchestre. Ceci-dit, si le plateau n'est pas penché, le parterre semble l'être, et les places du fond, celles que j'ai prises, semblent être surélevées. On verra cet après-midi.  

Mais revenons à vendredi. 13h, place au cours. Il faut tout de suite se sortir de la tête nos souvenirs des Démonstrations. Nous ne sommes pas à un spectacle, mais à un cours, les danseurs sont là avant tout pour travailler, pas pour se montrer. Très vite, une partie des spectateurs s'arrêtent d'applaudir entre chaque exercice. Nous sentons que nous ne devons pas les déranger en plein travail, qu'il faut rester discret. Sauf qu'une autre partie du public a par contre envie de saluer leur travail. Ce qui fait que, pendant les 3/4 de la barre, chaque fin d'exercice a été ponctué par des applaudissements mêlés de "chhhhuuuut" véhéments et de "Mais vraiment, ils ne comprennent rien" indignés. Il y avait beaucoup d'enfants dans la salle, ils étaient de loin les plus sages.

A la barre, difficile de ne pas remarquer une grande blonde. Une présence certaine, un pied à tomber par terre, des jambes interminables et une souplesse fascinante. Je repère aussi une danseuse de type espagnol (ce qui est bizarre puisque c'est une compagnie russe, mais c'est le premier adjectif qui me soit venu à l'esprit), plus petit gabarit, mais beau travail du haut du corps, et qui semble avoir une personnalité plus affirmée. Remarquée également, une jeune fille en rose, au visage plus banal mais au très beau travail de jambe.

Les exercices s'enchaînent. Sans esbrouffe je l'ai dit, mais c'est précis, musical, une très grande concentration émane de la scène. Une certaine chaleur aussi, les couche de vêtement volent de la barre aux coulisses régulièrement. Dommage, la professeure n'a pas de micro. ce n'est pas que je connaisse quoi que ce soit au russe, mais j'aime entendre les pas de danse prononcés avec un fort accent étranger ("jetéééééé, pliééééééé, rrrrrelevéééé").

Passage au milieu. Je ne suis pas spécialement frappée par le travail des bras, il parait que c'est une spécialité russe. Mais là encore, surtout pour les filles, ça tricotent bien sur pointe. Peu d'exercice extrêmement démonstratifs, mais du précis. Le travail du quotidien. Les adages, les tours, les fouettés, les petits sauts. La professeure semble plus aimer les garçon, elle termine la classe avec 10 minutes rien que pour eux. Le niveau me semble un peu plus disparâtre, c'est parfois du grand n'importe quoi, chacun met les bras où il veut et tourne dans le sens qui l'arrange. Mais leur énergie est plutôt communicative.

Le professeur veut faire plaisir au public. Les meilleurs éléments (dont un grand bouclé châtain clair) enchaîne des grands sauts et des manèges dans un ton un peu plus spectacle. Applaudissement chaleureux. "Merci pour votre enthousiasme et votre amour de la danse", conclue la professeur. La troupe est apparemment heureuse de l'accueil du public parisien.

lundi 14 juin 2010

"Mikhail Baryshnikov a le trouillomètre à zéro"

Demain, les addicts de la danse le savent, Mikhail Baryshnikov revient sur scène. Au Théâtre de la Ville. A 60 ans. Dans le cadre des Etés de la Danse. Pas pour danser Don Quichotte évidemment, mais pour un programme contemporain (Robbins, Millepied, Ratmansky et Mats Ek).

Pour mon taff, j’ai pu faire une interview de Valéry Colin, directeur des Etés de la Danse. Comme même sur le net tout est très calibré, je n’en ai utilisé qu’un petit bout. La voici dans son intégralité. Il évoque Mikhail Baryshnikov évidemment, mais aussi le gala, l’Opéra de Paris, le ballet de Novossibirsk et l’édition 2011 des Etés de la Danse, qui s’annonce prometteuse.

Pourquoi avoir voulu faire venir Mikhail Baryshnikov pour l’édition 2010 des Etés de la Danse ?

Nous sommes dans l’année France/Russie. Mikhail Baryshnikov est le seul grand danseur russe encore vivant, et dansant encore. Et pour un ex-danseur comme moi, c’était un rêve de le recevoir. Surtout que les Etés de la Danse reste un festival jeune, de six ans. Je ne pensais pas faire venir une star.


Son programme n’est pas complètement russe… (Robbins, Millepied, Mats Ek et Ratmansky)

C’est vrai que c’est un programme plus américain. Mais c’est intéressant, justement, de montrer un danseur russe sur ce continent.

A-t-il été facile à convaincre ?

On lui avait proposé le projet il y a un an. Il avait alors refusé. Puis il a dansé ce programme à Lyon, il a vu le public réagir face à son spectacle.  Ça a progressé dans sa tête.

Les Etés de la Danse ont lieu au Théâtre du Châtelet. Pourquoi le Théâtre de la Ville pour Mikhail Baryshnikov ?

Mikhail Baryshnikov a des idées bien précises de ce qu’il veut faire, le genre de spectacle, dans quel théâtre. Il disait : "Pas au Châtelet, c’est trop sous les ors". Après plusieurs mois de discussions, on a pu finalement l’organiser au Théâtre de la Ville. Cela a pris du temps pour des questions administratives. Ce n’est pas évident de bloquer une semaine dans un théâtre aussi rapidement. C’était compliqué. Mikhail Baryshnikov est une star, mais pour le théâtre, c’est une semaine de plus par rapport aux conventions collectives. Ça aurait pu ne pas se faire. Ça n’a pas été évident. Ça s’est décidé le 11 avril, ça a été chaud.

Dans quel état d’esprit est Mikhail Baryshnikov quelques jours avant de monter sur scène ?

C’est un risque pour lui. Je l’ai vu à l’aéroport lors de son arrivée à Paris vendredi matin. Il a le trouillomètre à zéro. Il n’a pas dansé à Paris depuis 25 ans. Et le public parisien est très exigeant. Il pense qu’à Paris, les gens sont connaisseurs. Le public le voit encore comme un grand danseur classique, avec tous ces grands rôles qu’il a marqués. Mais ce n’est plus la même chose.

Le fait que le spectacle soit déjà complet ne le rassure-t-il pas ?

Le public est déjà conquis, les places se sont vendues en 15 jours. Mais "Misha" reste un peu comme un débutant.  Ça le rend sympathique. Tout Mikhail Baryshnikov qu’il est, il reste fragile.

Vous pourriez faire venir un autre "guest" pour les éditions prochaines du festival ?

On pourrait faire venir d’autres personnes. Le rêve serait de recevoir Sylvie Guillem. On lui a proposé en 2006, mais elle n’est pas venue, ça n’a pas pu se faire. C’est un peu plus compliqué de l’avoir. 

Autre affiche des Etés de la Danse 2010, le ballet de Novossibirsk. Comment s’est fait le choix de cette compagnie ?

On a cherché une compagnie qu’on ne voit pas tous les jours. On est allé à Novossibirsk, on est tombé sous le charme. C’est une compagnie excellente. Le directeur Igor Zelensky a complètement renouvelé la compagnie depuis deux ans, a engagé 50 danseurs. C’est une compagnie jeune, qui en veut. Les artistes ont vraiment envie de danser. Et c’est de plus en plus rare. 

Pour cette compagnie, que représente une tournée à Paris ?

Pour Novossibirsk, danser à Paris des classiques est un challenge énorme. Ils ne sont pas venus depuis 1967. Paris reste une place à part, un endroit où il faut passer pour une compagnie.

Et pour le public parisien, cela ne reste pas un nom moins porteur que le San Francisco Ballet ou l'Alvin Ailey American Dance Theater venu en 2009 ?

En 2009, avec Alvin Ailey, on a eu 99,53 % de remplissage. Pour l’instant, nous sommes mieux placés au niveau des ventes avec le ballet de Novossibirsk… Peut-être aussi que les Etés de la Danse ont acquis une petite légitimité. Cette année encore, nous proposons quelques cours publics de la compagnie. Le spectateurs est vraiment sollicité. La compagnie vient s’installer à Paris pendant 3 semaines, c’est rare.

Nouveauté de cette année, le gala, qui réunit une pléiade d’étoile du monde entier. Pourquoi avoir pris cette initiative ?

On avait envie de faire un truc nouveau. Le mot "Gala" fait un peu pompeux, mais c’est vrai qu’il y aura un peu de monde sur scène ! On s’est fait plaisir en tout cas, et c’est quelque chose qu’on pourrait renouveler.

Comment avez-vous choisi les artistes présents ?

On voulait rendre hommage aux grands chorégraphes russes qui ont marqué le temps : Fokine, Balanchine, Petipa, Noureev … On a demandé au directeur de Novossibirsk de nous faire son programme et son casting idéal.

Agnès Letestu et José Martinez comptent parmi les étoiles invité(e)s. Les artistes de l’Opéra ne peuvent pas normalement danser sur une autre scène parisienne que celle de l’opéra. Comment avez-vous convaincu Brigitte Lefèvre ?

Ça a été très facile, Brigitte Lefèvre a été emballée. On la connaît bien, on se concerte très souvent. Car on ne veut pas faire la même chose que l’Opéra de Paris.

Le ballet de Novossibirsk dansepourtant La Bayadère, qui a été donné à Garnier au mois de mai.

La Bayadère devait être dansé par une compagnie russe, c’est un ballet qui fait tellement parti de leur histoire. Le ballet de l’Opéra de Paris est excellent. Mais ça danse aussi très bien ailleurs. C’est pour ça que j’ai créé ce festival. Chaque compagnie a ses qualités et ses défauts. 


Les Etés de la Danse 2011 prévoient un Hommage à Balanchine et Robbins par les plus grandes compagnies américaines. Qu’en est-il plus exactement ?

On voudrait rendre hommage à Balanchine et Robbins, en tant que chorégraphes. On cherche des compagnies américaines dirigées par des anciens du New York City Ballet. Pour l’instant, on réfléchit à faire venir le Miami City Ballet, ainsi qu’un groupe d’une vingtaine de solistes du New York City Ballet. Faire venir la compagnie dans son entier reste trop compliqué. Le programme serait composé d’œuvres de Balanchine et Robbins, mais aussi d’autres ballets de chorégraphes contemporains. Il y aura peut-être des créations.

On pense tout de suite à Benjamin Millepied…

Millepied, on y pense, son travail est marqué par Robbins, mais il n’y a rien d ‘arrêté. On compte aussi avoir des étoiles américaines, du San Francisco Ballet par exemple. Mais rien n’est encore fixé pour l’instant, si ce n’est le thème, hommage aux chorégraphes américains.

Crédits Photos : Julieta Cervantes/Ballet de Novossibirsk