Tag - fabien revillion

jeudi 21 avril 2011

Roméo et Juliette : épisode 2

Mardi 19 avril 2011. Roméo et Juliette de Noureev par le Ballet de l'Opéra de Paris, à l'Opéra Bastille. Isabelle Ciaravola (Juliette), Karl Paquette (Roméo), Vincent Chaillet (Tybalt), Mallory Gaudion (Mercutio). 

ciaravola-paquette-romeoetjuliette.jpg

Les Roméo et Juliette se suivent mais ne se ressemblent pas. Cette représentation Ciaravola/Paquette étaient comme les autres, une belle soirée sans être exceptionnelle, mais pour tout un tas d'autres raisons. 

Roméo et Juliette, c'est tout de même l'histoire d'un couple. Et ce soir, enfin, il y en avait un, de vrai couple. Isabelle Ciaravola et Karl Paquette étaient à l'écoute, attentif-ve à l'autre, en osmose. Il-elle dansaient véritablement ensemble. Séparément, il-elle étaient peut-être un peu moins bons que les autres distributions, mais les pas de deux d'amour faisaient enfin passer quelque chose. 

Le ballet ne démarre d'ailleurs véritablement que lorsque le couple se croise. Alors que j'avais un peu de mal à rentrer dans l'histoire, tout d'un coup, tout s'éclaire. Ils se voient, se regardent, se touchent. L'histoire commence enfin. C'est ça que ce ballet va nous raconter, un drame d'amour, entre lui et elle. Le pas de deux du premier acte étaient ainsi rempli de douceur et de complicité, celui du troisième acte de passion et de douleur. A la réflexion, c'était tout de même étrange de quitter les précédentes représentations en se disant que Roméo et Juliette étaient mieux lorsqu'il-elle dansaient seul-e-s. 

Mais malgré cette complicité, la soirée ne fut pourtant pas mémorable. Les deux étoiles ne m'ont pas totalement convaincue sur la durée, et les seconds rôles étaient plus éteints.

C'est d'ailleurs pour ça que ballet met du temps à s'installer, le premier acte repose beaucoup sur eux. Vincent Chaillet fait ce qu'il peut en Tybalt. Il y croit, et sa danse est élégante. Mais il n'a ni la froideur, ni la profondeur, ni surtout la présence de Stéphane Bullion. Il est dur de passer après lui, mais la différence est assez criante. Le premier danseur n'a en plus pas su instaurer une véritable relation avec Juliette, qui fait pourtant tout le sel de ce premier acte. Mallory Gaudion est un très honorable Mercutio, prenant son rôle très à coeur et avec beaucoup d'humour, même s'il n'a pas la puissance de feu d'Emmanuel Thibault ou de Mathias Heymann. Plutôt que grand soliste face à Benvolio (plutôt bon Fabien Révillion), il donne avec lui un duo assez équilibré et complice.

Karl Paquette n'est plus un jeune premier, et heureusement, il n'essaye pas de jouer à ça. Plus qu'un jeune homme fringuant, son Roméo est perdu dans ses pensées, mélancolique, peut-être déjà marqué par la tragédie qui se prépare. Sa relation avec Rosaline semble assez poussive, et on a du mal à y croire. Laura Hecquet, qui interprète cette dernière, a une très belle danse. Mais après 18 mois sans danser, le stress semble être encore un peu trop présent pour vraiment la laisser jouer son personnage. 

karl-paquette-romeo.jpg

Du côté de Juliette, même si j'aime beaucoup Isabelle Ciaravola, je dois reconnaître que son premier acte n'est pas forcément ce qui se fait de mieux. Est-elle angoissée par le fait qu'elle n'a pas vraiment l'âge de l'héroïne ? Elle en fait beaucoup en tout cas dans le côté juvénile, beaucoup trop pour être totalement crédible. 

Bref, malgré un corps de ballet toujours aussi investi et une musique toujours aussi belle, le drame a un peu de mal à s'installer. Jusqu'à la danse des Chevaliers, heureusement qu'elle est là. Malgré un Tybalt décidément pas transcendant, il y a quelque chose dans ce passage, un sens de la mise en scène et de la dramaturgie assez fantastique. Juliette et Roméo se croisent, tout commence à prendre sens. Quel joli pas de deux final... 

Le deuxième acte passe à toute vitesse. Karl Paquette est très crédible dans son rôle d'amoureux transi, avec toujours ce petit quelque chose de mélancolique, comme s'il se doutait de ce qui allait arriver. Le duo Gaudion/Révillion se dépasse, la scène de mort de Mercutio est prenante. C'est un peu comme la danse des Chevaliers ce passage, tout est tellement en symbiose, entre la musique, la chorégraphie et la mise en scène, que l'on se demande s'il est vraiment possible de le rater. 

Et puis Isabelle la tragédienne arrive. Il y a Tybalt mort à sa gauche, Roméo incapable de faire un geste à sa droite, comme foudroyé. Et elle, au milieu, rattrapée de plein fouet par le destin. Moment où le temps se suspend. Cette image finale le poignard à la main est depuis toujours dans ma tête (et la musique dans mes enceintes, mes voisin-e-s sont ravi-e-s). 

Troisième acte magnifique. Pour une fois, je n'ai pas trouvé le temps long, où qu'il y avait des scènes inutiles. Tout était à sa place, comme d'inéluctables marches vers cette tragique destinée. Un mot au passage sur celui qui porte en parti cet acte : Pâris, aka Florimond Lorieux. Il a réussi à donner de l'épaisseur à ce rôle ingrat, et pas seulement pendant son morceau de bravoure technique. Après tout, de son point de vue, c'est aussi un drame. Voilà un jeune homme courtois, gentil, qui n'essaye pas de tuer ceux de la famille adverse à chaque coin de rue, amoureux d'une fille qui, visiblement, ne veut pas de lui. Il n'est pourtant même pas jaloux de Roméo, l'idée d'avoir perdu sa bien-aimée l'emporte sur tout le reste. 

Ce troisième acte, c'est le moment de Juliette, le moment d'Isabelle Ciaravola, décidément plus à l'aise dans ce genre de registre. Elle porte le drame sur ses épaules, vivant chaque instant, intensément. Tous ses moments sur scène furent extrêmement touchants, de son pas de deux à la scène de l'indécision, de sa rébellion à sa mise à mort. Tout est juste, tout est là. Prenant, encore une fois. 

ciaravola-juliette.jpg

Prochain épisode de Roméo et Juliette, le mardi 26 avril, avec Dorothée Gilbert et Josua Hoffalt. En attendant, histoire de se mettre les idées au clair, quelques petits Top 3. 

Le top 3 du Roméo - 1 : Mathieu Ganio / 2 : Karl Paquette / 3 : Florian Magnenet.

Le top 3 de la Juliette - 1 : Agnès Letestu / 2 : Isabelle Ciaravola / 3 Laëtitia Pujol.

Le top 3 du couple - 1 : Ciaravola et Paquette / 2 : Pujol et Ganio / 3 : Letestu et Magnenet.

Le top 3 de la soirée (tout compris, distribs complètes, etc.) - 1 : la soirée Pujol et Ganio / 2 : La soirée Ciaravola et Paquette / 3 : la soirée Letestu et Magnenet.

© Photos 1 et 3 : Dansomanie. Photo 2 : Fomalhaut 

mercredi 26 janvier 2011

Un gala Karl Paquette et sa révélation Marine Ganio

Dimanche 23 janvier, une foule d'habitué-e-s de Garnier s'est courageusement aventurée en banlieue parisienne, à Saint-Maur, pour un gala réunissant plusieurs artistes du Ballet de l'Opéra de Paris dans des grands pas de deux classiques, sous la houlette de Karl Paquette.

Ces galas sont l'occasion idéale pour découvrir de jeunes danseur-se-s dans des rôles de solistes, ce qu'ils/elles n'ont pas vraiment l'habitude de faire le reste de l'année dans la compagnie. Et là encore, ça n'a pas raté. Une personne que l'on ne voit jamais seule en scène a véritablement brillé cet après-midi, et a révélé sa vraie nature de soliste. J'ai nommé Marine Ganio.

Marine, sœur de l'étoile, jamais mises en valeur dans le corps de ballet. Elle m'avait déjà fait forte impression lors de la soirée Danseur-se-s/Chorégraphes quelques jours plus tôt, elle m'a ici vraiment impressionné.

Deuxième extrait du spectacle, La Belle au Bois Dormant, pas de deux du troisième acte. Marine Ganio est d'abord très sûre techniquement. Elle avance, sans faille, avec facilité et grâce. Surtout, elle en impose. Elle arrive sur scène, elle ne s'excuse pas d'être là. Elle est Aurore, la jeune femme devenue adulte dans les bras de son prince. Elle rayonne sur scène, charme le public et emballe le tout avec beaucoup de brio et de naturel. Bravo !

labelle.JPG
Son partenaire Pierre-Arthur Raveau n'a pas démérité non pus. Certes, il a les défauts de sa jeunesse, une allure de jeune fougueux bondissant à mèche (syndrome Mathieu Ganio en force) qui peut parfois être énervant, ou cette pointe d'anxiété dans le regard et cette légère crispation de la mâchoire avant d'entamer une prouesse technique. Mais tout de même, il est difficile de résister à ses sauts qui s'envolent, son aisance sur scène, sa fraîcheur, son enthousiasme et ses facilités à la belle danse. Et puis, avec son air un peu naïf de jeune premier, il est vraiment trop choupinet. A suivre de près.

Ce couple est revenu un peu plus tard pour un pas de deux du deuxième acte de La Sylphide. S'il n'y a rien non plus à leur reprocher, je suis moins rentrée dans leur histoire, et me suis un peu ennuyée. Mais cette impression n'est que pure subjectivité.

sylphide.JPG
Bref, Marine Ganio m'a fait passé une belle après-midi. Et pourtant, ce n'était pas gagné au vu du premier extrait du spectacle, le pas de six de Raymonda. Ou une pure monstruosité technique. C'était fébrile, crispé, et pas très à l'aise. Les deux garçons Fabien Révillion et Yann Chailloux nous ont fait un vaste portnawouak dans leur duo, tandis que les jeunes Marion Barbeau et Silvia Saint-Martin ne semblaient pas totalement maîtriser leur variation, au demeurant, vraiment difficiles et longues. Héloïse Bourdon a fait une jolie variation de la claque, mais c'est vraiment lors du final que les danseur-se-s lâchent enfin la pression, et se mettent véritablement à danser. Le tout sous l'impulsion de Karl Paquette, très investi artistiquement dans son rôle. 

raymonda.JPG
Le spectacle a continué, après Raymonda et La Belle, par le célèbre pas de deux du deuxième acte du Lac des Cygnes. Exercice difficile que de transmettre de l'émotion, sans tout ce qu'il y a avant et les 32 cygnes (c'est quand elles ne sont plus là que l'on se rend compte de leur importance). Karl Paquette et Héloïse Bourdon forment un très joli duo, tendre et complice. La jeune danseuse semble déjà faire un vrai travail sur Odette, que ce soit artistiquement ou au niveau des bras. Tout n'est bien sûr pas abouti, mais il y a déjà une véritable réflexion, et je suis vraiment curieuse de la voir à l'œuvre un de ses jours dans le ballet complet.

lac.JPG
Vient ensuite Giselle, le pas de deux de l'acte II, interprété par Silvia Saint-Martin et Yann Chailloux. Là encore, l'exercice n'est pas évident. Les deux danseur-se-s y ont mis beaucoup d'eux, et cela a donné un plutôt joli moment. Silvia Saint-Martin semble faite pour les rôles romantiques, et elle a vraiment le physique de sa Giselle. Yann Chailloux se défend des difficultés techniques. Bref, il/elle s'en tirent bien.

giselle.JPG
La Sylphide enchaîne, suivi d'un pas de deux de Roméo et Juliette, par Marion Barbeau et Fabien Révillion. Les deux artistes ont choisi la voie de la gaieté. Il/elle sont jeunes, frais, pleins d'amour et d'espoir dans la vie... et ça s'arrête un peu là. Le pas de deux est plutôt long, et la monotonie des sentiments exprimés nous le fait un peu sentir. Marion Barbeau se distingue toutefois. Voila une danseuse sûre techniquement, fraîche comme une rose, rayonnante, heureuse d'être sur scène. Et cela fait plaisir à voir.

r_j.JPG
Le spectacle se termine en beauté avec le duo d'Esmeralda, interprété par Karl Paquette et Héloïse Bourdon, qui ont eu décidément tous les morceaux de bravoure. Les deux artistes sont brillant-e-s et nous offre un joyeux moment de danse. ça tourne, ça saute, ça fouette à toute vitesse et ça nous emporte sans aucune difficulté.

esmeralda.JPG
Les applaudissements sont nourris et mérités, non seulement pour ce beau final, mais pour l'ensemble du spectacle, plutôt sympathique et qui a su mettre en valeur chacun-e des jeunes danseur-se-s présent-e-s.

final.JPG
© Photo : Danses avec la plume

vendredi 20 novembre 2009

Concours interne de promotion de l'Opéra de Paris 2009 : résultats des danseurs

Le concours interne de promotion de l'Opéra de Paris 2009 des femmes a donné lieu, comme d'habitude, à de gros débats. Une conversation a même dévié, je ne sais plus trop comment, sur la main de Thierry Henry. En même temps, quelle conversation n'a pas dévié sur la main de Thierry Henry ces deux derniers jours, je vous le demande.  

Bref, après les danseuses, voici aujourd'hui le concours des danseurs

Quadrilles
3 postes de Coryphées à pourvoir. La variation imposée est celle de la Mazurka dans Etudes.

Variations libres :

- Alexandre Gasse : Le Lac des Cygnes, variation de Rotbbart

- Alexandre Labrot : Les Mirages, variation du Jeune homme

- Mickaël Lafon : Suite en Blanc, variation de la Mazurka

- Erwan Le Roux : Speaking in Toungues

- Samuel Murez : Andréauria

- Hugo Vigliotti : La Sylphide, 1ère variation de James (acte II)

- Alexandre Carniato : Raymonda, 2ème variation d'Abderam (acte II)

- Yann Chailloux : Esméralda, variation du pas de deux

- Jean-Baptiste Chavignier : Giselle, variation d'Albrecht (acte II)

- Cyril Chokroun : variation du Grand pas classique

- Takeru Coste : La Fille mal gardée, variation de Colas (acte I)

- Adrien Couvez : Le Rire de la Lyre

- Julien Cozette : La Belle au Bois Dormant, 1ère variation du prince Désiré (acte II)

Résultats :

1. Yann Chailloux : promu

2. Adrien Couvez : promu

3. Mickaël Lafon : promu

4. Alexandre Gasse

5. Erwan Leroux

6. Cyril Chockroun

Je ne connais pas très bien le corps de ballet niveau garçon, et encore moins la jeune génération. Donc difficile pour moi de donner un avis. D'après ce que j'ai lu, tout le monde semble être d'accord sur la première place de Yann Chailloux, un peu moins sur les deux autres.

Corypphées
2 postes de Sujets sont à pourvoir. La variation imposée est celle de Drosselmeyler dans Casse-Noisette (acte II)

Variations libres :

- Yvon Demol : In the Middle, Somewhat Elevated

- Grégory Dominiak : Marco Spada, 1ère variation (acte I)

- Grégory Gaillard : Approximate Sonata

- Axel Ibot : Dances at a Gathering, 2ème variation de l'Homme en brun

- Florimond Lorieux : Don Quichotte, 1ère variation de Basilio (acte I)

- Allister Matin : Roméo et Juliette, 1ère variation de Roméo (acte I)

- Cyril Mitilian : Notre-Dame de Paris, variation de Frollo (acte I)

- Marc Moreau : Paquita, variation de Lucien d'Hervilly du Grand pas (acte II)

- Fabien Revillion : Paquita, variation de Lucien d'Hervilly (acte II)

- Daniel Stokes : Vaslaw

- Sébastien Bertaud : Arépo

- Yannick Bittencourt : Le Lac des Cygnes, variation de Siegfried (acte I)

- Matthieu Botto : Etudes, variation de la Mazurka

Résultats :

1. Florimond Lorieux : promu

2. Fabien Révillion : promu

3. Yannick Bittencourt

4. Cyril Mitilian

5. Sébastien Bertaud

6. Marc Moreau

Je suis plutôt contente de ces deux promotions, spécialement celle de Fabien Révillion. Petite déception pour Marc Moreau, que j'imaginais tout de même mieux classé, ainsi que pour Sébastien Bertaud. Il y a en fait trop de personnalités intéressantes dans cette classe pour pas assez de place. Allister Madin n'est pas classé, je ne le connais pas très bien, mais il me semblait pourtant plutôt bien apprécié de la direction.

Sujets
2 postes de Premiers danseurs sont à pourvoir. La variation imposée est celle de Solor dans La Bayadère (acte II)

Variations libres :

- Mallory Gaudion : A Suite of Dances

- Josua Hoffalt : Carmen, variation de Don José

- Aurélien Houette : Raymonda, 2ème variation d'Abderam (acte II)

- Julien Meyzindi : Le Fantôme de l'Opéra, variation du Fantôme (acte I)

- Yann Saïz : Other Dances

- Audric Bezard : L'Histoire de Manon, 1ère variation de Des Grieux

- Bruno Bouché : Sylvia, variation d'Orion (acte II)

- Vincent Chaillet : Arépo

Résultats :

1. Josua Hoffalt : promu

2. Vincent Chaillet : promu

3. Audric Bezard

4. Yann Saïz

5. Mallory Gaudion

6. Julien Meyzindi

La promotion de Josua Hoffalt me semble tout à fait normale, même si d'après ce que j'ai lu il n'a pas forcément totalement survolé ce concours. C'est totalement subjectif, mais j'aurais préféré voir monter Audric Bezad, que j'apprécie toujours beaucoup.

Pour finir sur ce concours, félicitations tout de même à tou(te)s les danseurs et danseuses, promu(e)s, classé(e)s ou pas, d'avoir préparé ce concours ces dernières semaines tout en assurant sur scène presque chaque soir.