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dimanche 20 mai 2012

Le petit bilan d'actu, S05 EP29

Cette semaine, on réserve pour aller voir Ouliana Lopatkina et prendre un cours avec Jérémie Bélingard, on regarde les variations du Concours d'entrée de l'Opéra de Paris ou on prend des nouvelles des danseuses du Crazy Horse. Avec toujours la revue de presse (Clairemarie Osta, Roméo et Juliette...) et l'agenda.

COTE ACTU

- Ouliana Lopatkina de retour à Paris

Alerte du spectacle à ne pas manquer ! La grande danseuse du Mariinsky Ouliana Lopatkina donnera un gala au Théâtre Montansier de Versailles, les 22 et 23 juin prochains, dans le cadre du festival Mois Molière. Le contenu précis de ce spectacle n'est pas encore connu, si ce n'est que ce sera un hommage à trois ballerines russes,  Anna Pavlova, Maya Plisetskaya et Galina Ulanova.

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Ouliana Lopatkina
est déjà venue dans ce festival, il y a deux ans, pour le même genre de spectacle. Elle était venue juste accompagnée d'un danseur du Mariinsky, avait dansé quatre pièces, et c'était un instant de grâce. Au-delà d'être une magnifique danseuse, Ouliana Lopatkina est une formidable musicienne et interprète. Quand elle danse La Mort du Cygne, son tube, ce n'est pas qu'elle joue un cygne. Elle est cygne, ses bras sont cygne, ses jambes sont cygnes. Son travail est d'une finesse comme j'en ai rarement vu, d'un très grand sens musical. En sortant de cette soirée, je m'étais que qu'elle n'était pas danseuse, mais musicienne. Sauf qu'au lieu d'apprendre le violon, elle avait décidé que son instrument de musique serait son corps.

Ce programme, au-delà d'être un très beau moment de danse, était aussi d'une grande intelligence. Ouliana Lopatkina avait choisi ses pièces avec beaucoup de soin, chacune démontrant à sa manière ce qu'était l'âme russe. C'était une démarche presque philosophique.

Le spectacle prévu pour juin irait a priori dans le même sens que celui vu il y a deux ans. Versailles n'est pas si loin que ça et les prix sont parfaitement accessibles, 25 euros la première catégorie ! S'il n'y a qu'un spectacle à voir en juin, vous l'aurez compris, c'est bien celui-là. Les réservations sont ouvertes sur le site du Théâtre Montansier.

- Le Concours d'entrée 2012 du Ballet de l'Opéra de Paris

En général, le Concours d'entrée pour le Ballet de l'Opéra de Paris a lieu début juillet. En raison d'une tournée d'une bonne partie de la troupe aux Etats-Unis à ce moment-là, le concours aura lieu cette année à la mi-juin. Le Concours Interne (réservé aux élèves de première division de l'Ecole de l'Opéra de Paris) aura lieu le mardi 12 juin. Le Concours externe, ouvert à tou-te-s les candidat-e-s, se tiendra le jeudi 14 juin.

Le Concours Interne sera composé d'un pas d'école et d'une variation imposée, le Concours externe d'un cours et de la même variations imposée. Les danseuses devront danser la sixième variation du pas de six des fées, extrait de La Belle au Bois Dormant. Les danseurs s'affronteront sur la variation du Grand pas classique. L'Opéra a mis en ligne une vidéo de ces deux variations. Et c'est Marie-Agnès Gillot, dans un extrait d'il y a de cela au moins 10 ans, qui a été choisie comme exemple pour les filles. Un véritable petit régal.

A priori, quatre places seront disponibles cette année.

- Jérémie Bélingard professeur de danse

Prendre un cours de danse avec Jérémie Bélingard, ça vous tente ? Depuis plusieurs années, le Centre National de la Danse de Pantin ouvre sa saison avec le week-end Danse Partagées : des cours de tous styles de danse, pour tous les niveaux, assurés par des grands noms de la danse. Traditionnellement, les cours de danse classique et l'échauffement sont assurés par un danseur ou une danseuse Etoile de l'Opéra de Paris. En 2012, ce sera donc Jérémie Bélingard le professeur.

Ce week-end aura lieu les 6 et 7 octobre. Chaque jours, trois séances d'échauffement, dirigées donc par Jérémie Bélingard, auront lieu à 13h30, 14h et 14h30. Les cours de danse classique auront lieu à 15h30 et 17h30. Une quantité d'autres cours est proposée, beaucoup d'ateliers de danse contemporaine, mais aussi de claquettes ou de comédie musicale. Le tout bien sûr à petit prix (12 euros le cours, échauffement offert). Le samedi, la journée se terminera par un spectacle à 19 heures, autour d’œuvres de quelque uns des professeur-e-s du jour. Réservation et programme complet sur le site du CND.

- Les danseuse du Crazy Horse en grève

Cela n'était jamais arrivé depuis la création du Crazy Horse, en 1951. Les danseuses se sont mises en grève plusieurs jours cette semaine, et deux soirées de spectacle ont dû être annulées. La troupe se plaint de trop bas salaires (2.000 euros brut pour six soirs par semaine), ne prenant pas en compte le fait qu'elles dansent nues (elles n'ont pas de droit à l'image) et d'une clause d'exclusivité, entre autres. Les danseuses ont expliqué leurs revendications au Nouvel Obs, tandis que Le Figaro résumait l'affaire.

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Après deux jours de grèves, les danseuses ont finalement obtenu une augmentation de salaire de 15 %, et d'une "flexibilité sur les opérations de promotion", selon l'un des propriétaires du Crazy Horse.


COTE MEDIA

- Le retour de La Meilleure Danse

Après un départ raté sur M6,La Meilleure Danse est finalement de retour, mais sur W9. Rendez-vous dès le mardi 22 mai, à 20h50, pour les premières 1/4 de finale. Il parait que la production aurait fait quelques changements au montage, pour laisser plus de place à la danse. A voir, en tout cas le livetweet est lancé !

- Les adieux de Clairemarie Osta

Le dimanche 13 mai dernier, Clairemarie Osta a fait ses adieux au Palais Garnier. Plusieurs blogs ont bien sûr fait un compte-rendu de cette très émouvante représentation, à lire sur Danse-Opéra, La Loge d'Aymeric et Une Saison à l'Opéra. Quelques jolies photos sont aussi à voir sur Rêves impromptus. Dans la presse plus institutionnelle, AltaMusica a pour l'instant été le seul à revenir sur cette soirée, dans une chronique signée de Gérard Mannoni, plus sobre que d'habitude.

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- Le Kabuki du Tokyo Ballet

Le Tokyo Ballet est au Palais Garnier jusqu'au 22 mai, pour présenter Kabuki de Maurice Béjart. Quelques compte-rendus, aux avis divers, sont à lire sur Envie d'ailleurs, Impressions londoniennes ou Dansomanie. Ce ballet n'a pas forcément plu à tout le monde, mais n'a en tout cas pas laissé indifférent. CultureBox a aussi mis en ligne un article sur le ballet, agrémenté de quelques vidéos d'archive.

- Roméo et Juliette de Sasha Waltz

Roméo et Juliette de Sasha Waltz a eu droit à ses dernières représentations cette semaine, qui ont donné lieu à des comptes-rendus dans Le Canard Enchaîné et chez AltaMusica. Les journalistes ont tous les deux bien aimé ce ballet, et ont beaucoup salué le retour sur scène de Hervé Moreau.

Le Petit Rat a vu pour sa part la deuxième distribution, Vincent Chaillet et Mélanie Hurel, et a aussi beaucoup apprécié sa soirée. Un petit sujet a également été diffusé dans l'émission Entrée Libre (France 5) le 14 mai. Attention, à défaut de voir ma tête, on y entend mon avis. Enfin l'Opéra de Paris a mis en ligne quelques belles photos de la première distribution. Dommage qu'il faille attendre les dernières représentations, et quand elles ne sont pas remplies, pour voir ce genre de diaporamas.

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- En vrac

Les Echos et ResMusica sont restés mitigés face au Cesena d'Anne Teresa De Keersmaeker. CultureBox a consacré un article à Blaze The Show, un spectacle de danse urbaine à la Broadway dont je n'ai pas eu le temps de faire la chronique. Terpsichore à Barcelona a passé un excellent moment face au groupe Incidence Chorégraphique (Stéphane Bullion, Agnès Letestu, Alice Renavand, Mathilde Froustey...) venu donner il y a quelques semaines un gala en Espagne. Enfin pour un petit voyage en coulisses, Une libanaise à Paris vous emmène dans les ateliers du Palais Garnier, tandis que Pink Lady s'est glissée derrière la scène de l'Opéra Bastille.


COTE AGENDA

- Sur scène

C'est assez calme cette semaine sur Paris pour voir de la danse. Le Tokyo Ballet est encore au Palais Garnier jusqu'au 22 mai, pour Kabuki. Pour espérer trouver des petites places, mieux vaut tenter le guichet le soir-même. Au Théâtre de la Ville, le collectif Grenade (groupe d'enfants et d'adolescents entre 8 et 19 ans) fête ses 20 ans, autour d'une pièce mélangeant des extraits de pièces signées Philippe Decouflé, Jean-Claude Gallotta ou Angelin Preljocaj.

Les élèves du Junior Ballet du CNSMDP passent également cette semaine leur Certificat d'interprétation, qui marque la fin de leurs études. Les classes classiques passent le lundi 21 mai à 19 heures, les classes contemporaines le lendemain, à la même heure. L'entrée est libre, réservation par mail pour y assister, reservation@cnsmdp.fr, ou directement sur place.

Enfin ne manquez pas les dernière représentation d'Avenue Q, comédie musicale savoureusement politiquement incorrect, à voir jusqu'au 26 mai au Théâtre Bobino. L'un de mes coups de coeur de ce printemps !

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- Rencontre

Le Théâtre de la Ville présente au public sa saison 2012-2013 le mercredi 23 mai, à 18h30. Les inscriptions sont pour l'instant closes, reste à tenter le coup le jour-même, devant le théâtre.

- Il est temps de réserver

La Cinémathèque de la Danse présentera, pour la première fois en France, le film Claude Bessy, lignes d'une vie de Fabrice Herrault. Ce documentaire consacrée à la célèbre danseuse est programmé pour le lundi 4 juin, à 20h00. Les réservations sont ouvertes sur le site de la Cinémathèque.

Enfin pour un joli spectacle en cette fin de saison, ne manquez par le retour de La Vie Parisienne de Jacques Offenbach, dans la mise en scène d'Alain Sachs. Un vrai régal de bonne humeur, inventif musicalement, sans jamais tomber dans le lourdingue. La pièce reprend dès le 1er juin, au Théâtre de Paris, avec de sympathiques promotions sur Internet.


COTE BLOG

A lire la semaine prochaine sur Danses avec la plume... A vrai dire, trop de choses en une semaine, entre l'actu chargée du moment et mes chroniques en retard, on ne pourra pas parler de tout. Articles à piocher parmi : une review du Kabuki de Béjart, un  compte-rendu du Certificat d'interprétation danse du CNSMDP, une rencontre avec Clairemarie Osta, le livetweet du prime de La Meilleure Danse, et les saison 2012-2013 du Ballet de Bordeaux, du Ballet du Capitole ou du Théâtre de la Ville. Bonne semaine tout le monde !

vendredi 27 avril 2012

L'Histoire de Manon : épisode 1

Lundi 23 avril 2012. L'Histoire de Manon de Kenneth MacMillan par le Ballet de l'Opéra de Paris, au Palais Garnier. Avec Aurélie Dupont (Manon), Josua Hoffalt (Des Grieux), Jérémie Bélingard (Lescaut), Muriel Zusperreguy (La maîtresse de Lescaut), Aurélien Houette (Monsieur de G.M.) et Viviane Descoutures (Madame).

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Que de choses à dire sur cette représentation de L'Histoire de Manon... Il s'agissait pour moi d'une découverte, je l'avoue. Et les impressions sont quelques peu mitigées. A force d'entendre parler de ce ballet, d'écouter les souvenirs émus, les "De toute façon, L'Histoire de Manon, c'est mon ballet préféré", l'attente était peut-être trop grande. La soirée a défilé à toute vitesse, prise par l'histoire qui se déroule sans encombre, les beaux costumes et les décors qui savent raconter une époque. Mais la révélation ne s'est pas produite. Pas de bouche grande ouverte, pas de souffle coupé, pas de larmes aux yeux, contrairement à la claque reçue par la découverte de La Dame aux Camélias.

Alors à qui la faute ? Au regard qui doit s'éduquer et se faire au style MacMillan ? A la compagnie ? Aux interprètes du soir ? Verdict lors des prochaines distributions.

Mais ce manque d'emportement, comme je l'ai dit plus haut, n'a pas empêché la soirée d'être bonne. Découvrir un ballet a toujours quelque chose d’excitant. Il y a la découverte, l’œil qui ne sait pas où se poser tellement il y a de choses à voir et la chorégraphie à découvrir. Kenneth MacMillan aimait les pas un peu tarabiscotés visiblement, et surtout les longs pas de deux, acrobatiques, mais si romantiques et passionnés.

Le premier acte défile ainsi avec beaucoup de séduction entre une ville de province et la capitale. Un mail attentif m'a un peu mieux expliqué l'histoire, bien plus noire que ce que j'écrivais lors de la présentation des distributions. Ce n'est pas de mariage avec Monsieur de G.M. dont on parle, mais bien de prostitution.

Jérémie Bélingard, alias Lescaut, le frère de Manon, se révèle être la star de ce premier acte. De par sa fougueuse variation qui ouvre la soirée, mais aussi par son sen théâtrale. Lescaut sait très bien l'empreinte qu'il a sur sa jeune sœur, et comprend très vite l'argent qu'il a à en tirer. C'est lui qui choisit ses clients, dirige indirectement la sexualité de sa benjamine en bon frère incestueux, et la persuade de sombrer dans le vice. Un peu d'argent, une vie sociale et des beaux bijoux contre quelques nuits avec Monsieur de G.M., cela peut valoir le coup.

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La Manon d'Aurélie Dupont n'est pas vraiment innocente de toute façon, mais déjà exaltée. Sa tête tourne, et elle croit le dernier qui lui parle. Mais elle y croit à fond. Le pas de trois entre elle, Lescaut et G.M. reste ainsi sûrement le moment le plus intense de l'acte. Les acrobaties de MacMillan, qui font passer Aurélie Dupont de l'une à l'autre main des deux danseurs, se transforme en une étrange ambivalence, malsaine et un peu mystérieuse.

Le duo des amoureux était malheureusement un ton en-dessous. Pourtant, Josua Hoffalt campe un Des Grieux très crédible. Coup de foudre face à cette si belle inconnue, déclaration enflammée, fuite main dans la main, nuit passionnée. Le tout dans un mode, comme sait si bien le faire le danseur, assez intériorisé et naturel. Aurélie Dupont a pour sa part choisi l'expressivité, les grands emportement, et il faut bien dire qu'elle était plutôt sublime. Chacun était donc parfaitement dans son rôle, mais absolument pas, sur le plan dramatique, sur la même longueur d'onde que l'autre.

Difficile donc de croire à ce coup de foudre, ou à être émue par ces élans de passion. Le pas de deux de la chambre était néanmoins parfaitement exécutés, entre portés périlleux et abandons d'Aurélie Dupont. Mais cela restait un plaisir purement esthétique. 

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L'acte 1 se termine toutefois sur une note assez forte, par une belle scène dramatique. Alors que Manon, convaincue, s'en va au bras de G.M., Des Grieux revient et tombe sur Lescaut. Celui-ci lui fait bien comprendre qu'il n'aura plus rien de sa sœur, à peine quelques pièces d’or. Rideau sur une torsion du bras gauche pour l’amoureux esseulé.

Le deuxième acte se déroule dans le Salon de Madame. Sur le papier, il s’agit d’un bordel de Paris où se réunit la haute société décadente. Sur scène, cela ressemble plutôt à un charmant tea-time. Malgré leurs perruques rousses et leurs robes défroquées, le corps de ballet reste en effet dans une élégance retenue. Un ensemble très joli et charmant, et qui manquait singulièrement de souffre. Idem du côté de ces messieurs, qui semblaient en plus, pour un pas de trois, avoir un certain mal avec la chorégraphie.

Heureusement, Impératrice Aurélie est en scène. Pour le deuxième acte, ce sera donc elle la star. Chez elle, tout est beau, sublime, aérien… et expressif. Trop, diront peut-être certains, mais pour moi cela me va. Sa variation d’hésitation (l’argent ou l’amour de Des Grieux, retrouvé dans ce bordel ?) laisse le temps en suspend. Là encore, les périlleux portés prennent sens, et montrent véritablement les tourments de l’esprit de Manon. 

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Le Lescaut de Jérémie Bélingard aurait pu lui piquer la vedette lors de sa variation bourrée (oui, en plus d’être proxénète, Lescaut boit. Un homme charmant). Mais il manquait un petit quelque chose. Sa variation ivre, suivie d’un pas de deux, m’avait beaucoup fait rire en répétition. Et puis ici ? Il y manquait peut-être un peu de finesse dans la drôlerie, ou un peu de désespoir (Lescaut a l’alcool triste). A l’image du corps de ballet, Muriel Zusperreguy (La maîtresse de Lescaut) était un peu trop belle, un peu trop sage, un peu trop élégante. Sa variation était très réussie, mais il manquait là encore un certain piquant pour attiser l’attention.

Appuyons sur l’accélérateur. Manon ne veut pas choisir entre l’argent et l’amour. Elle persuade donc Des Grieux de s’initier au jeu pour ramasser une petite somme. Mais l’amoureux transi triche pour mieux réussir, et se fait prendre par G.M. Le couple s’enfuit, retrouvé par G.M. qui a dénoncé Manon pour proxénétisme, et tue Lescaut au passage.

Pour le troisième acte, direction la Louisiane. La coutume de l’époque était d’envoyer bien loin les filles de mauvaise vie. Manon a donc dû partir, accompagné de Des Grieux qui n’a pas voulu l’abandonner. Un geôlier zieute sur Manon, la viole, avant que ne surgisse Des Grieux qui le tue. Mais malgré une histoire assez chargée en peu de temps, cet acte III semble un peu longuet. Tout le monde pleure, se prend la tête dans les mains, Manon est visiblement au bord du suicide. Nous ne sommes pas dans une grande finesse d’interprétation.

La deuxième partie est plus surprenante, visuellement parlant. Tient, une lumière verte, tiens, des cordes qui pendent du plafond, tiens, un épais nuage de fumée. Nous somme dans les marécages bien sûr (vous n’aviez pas deviné ?), où a du s’enfuir le couple. 

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Mais passé le premier choc, l’effet est plutôt réussi. Manon, malade, voit défiler sa vie. Son frère, G.M., Madame, les prostituées de Paris… chacun apparait et disparait dans la fumée avant une dernière agonie. Peut-être plus relâché, Josua Hoffalt est pour le final bien plus en osmose avec sa partenaire. Et la scène de la mort, à défaut de tirer des torrents de larmes, apparaît tout de même comme un moment dramatique réussit.

Longue chronique pour une seule représentation ! Mais comme je l’avais écrit en préambule, que de choses à dire. Malgré une impression un peu mitigée, l’envie reste grande de mieux connaître ce ballet et d’y voir les différentes distributions. Le prochaine, le 30 avril.

mercredi 11 janvier 2012

Gros plan sur les 20 ans de Suresnes cités Danse

Envie d’idées de spectacles qui sortent un peu des sentiers battus ? Et si vous alliez faire un tour à Suresnes cités danse ? Le festival fête ses 20 ans cette année, et a concocté une chouette programmation, entre chorégraphes renommé-e-s, jeunes talents et créations. Suivez le guide !

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Suresnes cités Danse, c’est quoi ?

Commençons par la base. Suresnes cités Danse a été créé en 1993 par Olivier Meyer, qui en est toujours le directeur artistique. Il a lieu Théâtre de Suresnes Jean Vilar.

Ce festival est l’un des premiers à avoir mis le hip hop au cœur de sa programmation, et à accueillir ce style réservé à la rue dans les salles de spectacle institutionnelles. Cela a permis à toute une génération de chorégraphes et d’interprètes hip hop d’émerger, et de se faire une place sur les scènes françaises.

Dès le début, Suresnes cités danse a voulu être une passerelle entre la danse contemporaine et le mouvement hip hop. De grand-e-s chorégraphes sont ainsi régulièrement invité-e-s, pour des créations ou pour travailler avec des jeunes danseur-se-s de street dance, qui ne sont en général pas passé-e-s par le cursus classique.


Suresnes Cité Danse, comment on y va ?

Qui dit "Suresnes cités danse", dit "Suresnes", dit "Banlieue". Et ça, ça peut tout de suite faire fuir un-e francilien-ne, ce qui serait dommage. Alors, avant même de parler du programme, éliminons tout de suite les craintes : oui, ce n’est pas très compliqué d’aller au Théâtre de Suresnes Jean Vilar. Une navette (testée et approuvée) part de Charles de Gaulle Etoiles 45 minutes avant le spectacle, et vous ramène au même endroit après, tout ça gratuitement.

Un parking est aussi installé à 5 minutes à peine du Théâtre. Il y a aussi le train, mais qui oblige à une demi-heure de balade sur la colline de Suresnes. Très sympathique, surtout de nuit sous la pluie.


Suresnes Cité Danse, quoi voir ?

27 représentations, 28 chorégraphes, 106 danseurs et danseuses et 10 créations. 

Soirée anniversaire (du 12 au 15 janvier)

Pas de noms forcément connus du grand public, mais une flopée de chorégraphes et danseur-se-s hip hop qui sont passé-e-s par ce festival. Une première partie mise en scène par Sylvain Groud, la deuxième par José Montalvo, le tout composé de solos d’une dizaine de chorégraphes.

Soirée Robyn Orlin / Angelin Preljocaj (du 20 au 24 janvier)

Deux créations pour l’une des soirées les plus attendues du festival.  

La chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin propose With astonishment we note the dog... part 3 / remix.. (sic) avec huit interprètes déjà passé-e-s par Suresnes cités danse.

Pour Angelin Preljocaj, ce sera Royaume Uni , avec quatre danseuses. C’est la première fois que le chorégraphe français s’essaye au hip hop. Si ses dernières créations n’ont pas forcément fait l’unanimité (Suivront mille ans de calme, Siddharta…), une nouvelle œuvre de Preljocaj reste toujours un petit événement.

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Soirée Farid Berki / Monica Casadei / Blanca Li (du 27 au 29 janvier)

Au programme : Elektro Kif de Blanca Li (dans sa version courte), Rigoletto de Monica Casadei (création, un duo avec Verdi en toile de fond) et Vaduz 2036 de Farid Berki (pour cinq danseurs et deux danseuses).

Soirée Cités danse variations - 20 ans ! (du 2 au 5 février)

C’est l’une des spécificités du festival : inviter un-e chorégraphe, pas forcément issu-e du monde hip hop ou contemporain, et le-la faire travailler avec de jeunes danseur-s-es pour créer de courtes pièces.

Cette soirée regroupe quatre chorégraphies créées dans ce cadre lors des éditions précédentes : Bye Bye Vénus de Jérémiiiiiiiiiiie Bélingard (ça ne révolutionne pas la danse, mais ça se laisse voir) (et puis il vient saluer à la fin, le public est tout près, pourquoi se priver ?), Elles de Sylvain Groud, Passage d’Abou Lagraa et Quelque part par là de Laura Scozzi. Le tout est accompagné par Standards, une création de Pierre Rigal dont j’ai pu apprécier le travail l’année dernière

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Soirée Cités danse connexions #1 (du 4 au 6 février)

Créé en 2007, Cités danse connexions est un véritable pôle de production, proposant à une soixantaine d’artistes des studios de répétition, des ateliers, des conférences… pour leur permettre de mener au mieux leurs projets. La soirée en propose quelques-uns.

Au programme : Chamaillerie de John Degois (création), Juste 1 cygne de Céline Lefèvre (solo), Crossroads (1ère partie) d'Amala Dianor et AP15 de Sébastien Ramirez et Hyun-Jung Wang.

Soirée Cités danse connexions #2 (du 10 au 12 février)

La soirée est composée de trois créations : Animus de Sandra Sainte Rose, Existe de Simhamed Benhalima et Momen'z'en un de Mehdi Ouachek.

Rencontres Hip Hop : les champions du monde (du 9 au 13 février)

Rencontres au sommet entre deux collectifs français devenus champions du monde. Silence, on tourne ! des Pockemon Crew, et (R)évolution (spécial 20 ans !) des Wanted Posse.

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Battle - 20 ans ! (le 12 février)

Pour conclure le festival, place à une Battle géante (on se croirait presque dans La Meilleure danse). Tous les danseurs et danseuses sélectionné-e-s sur audition de cette 20e édition sont invités à participer. En solo ou en duo, chacun disposera d’une minute pour improviser sur la musique de Fish... et convaincre le public qui, avec l’applaudimètre, déterminera le-la gagnant-e, qui sera programmé-e lors de l’édition 2013 de Suresnes cités danse.
 

Suresnes Cité Danse, détail pratique

Rendez-vous sur le site de Suresnes cités danse pour toutes les informations pratiques. Niveau tarifs, les places les plus chères sont à 27 euros, avec possibilité d’abonnements.

Et vous, qu'est-ce qui vous tente dans ce programme ?

mercredi 21 décembre 2011

2011, le bilan danse

La fin de l’année appelle aux mêmes marronniers : les articles bilan. Que s’est-il passé dans le monde de la danse 2011 ? Quel spectacle retenir ? Rétrospective subjective.

Janvier

Les danseurs et danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris chorégraphes… avec plus ou moins de succès.

La soirée Danseur-se-s/chorégraphes organisée à l’amphithéâtre Bastillen, a révélé le jeune Florent Melac, qui à même pas 18 ans, montre une inventivité et une science des déplacements assez impressionnantes.

Jérémie Bélingard s’est lui lancé avec un certain mérite avec sa pièce Bye Bye Vénus au festival Suresnes Cité danse. Nicolas Le Riche a vu pour sa part son ballet Caligula re-re-pris à Garnier. La fois de trop, pour un ballet aux multiples faiblesses.

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Février

Sortie du film Black Swan en France

Il est rare qu’un film grand public a pour décor la danse classique, et comme personnage principale une danseuse de ballet. Black Swan de Darren Aronofsky était donc très attendu par les balletomanes, et a suscité de nombreux débats. Sert-il vraiment la danse ? Comment le grand public perçoit le monde du ballet avec ce genre de film ?

Si personne n’est encore tombé d’accord (un père d’élève m’en a parlé pas plus tard que la semaine dernière), il a sacralisé Natalie Portman, et révélé son compagnon Benjamin Millepied, désormais chouchou des médias et des publicitaires.

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Mars

Le Départ à la retraite de Patrice Bart

L’annonce a été faite presque en catimini. Le Maître de Ballet associé à la direction de la danse, que tout le monde pensait indéboulonnable, a tiré sa révérence à l’issue de la dernière de Coppélia. Patrice Bart a été très critiqué par les habitué-e-s à la fin de sa carrière, mais sa soirée d’adieux a pourtant fait le plein, démarrée par un beau Défilé. Je garde pour ma part des souvenirs passionnants de répétitions publiques avec lui, où il livrait de nombreuses anecdotes et histoires sur les ballets de Noureev. 

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Avril

Sortie du film Pina de Wim Wenders

Grande première ! C’est la première fois que la technique de la 3D s’attaquait à la danse. Wim Wenders, un ami de Pina Bausch, a voulu lui rendre un dernier hommage en filmant quatre de ses ballets, entrecoupés de confidences de ses danseur-se-s. Si le sujet n’était pas forcément grand public - l’œuvre de Pina Bausch n’est pas toujours facile d’accès - le film a rencontré un grand écho dans la presse et le monde du cinéma. Un documentaire unique, et une vraie réflexion sur l’art de filmer la danse. 

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Mai

Le Bolchoï au Palais Garnier de Paris

Ahh, que n’a-t-on écrit sur cette tournée ? Il fallait ressentir cette énergie fantastique sur scène (Ivannnnnnn), il fallait entendre les cris de délire du public à chaque fin de représentation. Et il fallait voir la tête désabusée des danseur-se-s de l’Opéra de Paris, ne comprenant pas vraiment cet enthousiasme. Toutes ces soirées du Bolchoï furent fantastiques, et creusèrent un peu plus le fossé d’incompréhension qui règne entre la direction de Paris et le public. 

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Juin

Le retour d’Aurélie Dupont sur scène

Evénement très parisiano-parisien, je l’accorde. Mais quel retour ! Après un an loin de la scène, Aurélie Dupont a rechaussé ses pointes pour L’Anatomie de la Sensation, dernière création de Wayne McGregor. Si le ballet n’était pas mémorable, la danseuse étoile irradiait la scène. Elle est depuis apparue en très grande forme depuis le début de la saison. Aurélie Dupont n’a plus que quatre saisons à danser, et compte visiblement en profiter au maximum.

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Juillet

Le Miami City Ballet à Paris

Après 10 ans loin des scènes européennes, le Miami City Ballet s’est installé trois semaines au Théâtre du Châtelet, dans le cadre des Etés de la danse. Dès la première représentation, le public a été conquis : par leur style poussé de Balanchine et Robbins, par leur enthousiasme, par leur qualité… Toutes les représentations ont été autant de succès, avec même plusieurs standing ovation. Galvanisée par ce succès, la troupe devrait revenir dans ce même festival en 2014.

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Août

Décès de Christiane Vaussard

Christiane Vaussard est morte le 4 août, à l’âge de 87 ans. Ancienne grande danseuse étoile du Ballet de l’Opéra de Paris sous l’ère de Serge Lifar, elle s’était consacrée à l’enseignement dès ses adieux à la scène. En tant que professeure au CNSMDP et à l’Ecole de Danse de l’Opéra, elle avait formé de nombreuses étoiles de ces dernières années, comme Isabelle Guérin, Isabelle Ciaravola ou Clairemarie Osta.

Sa mort fait suite à celle du grand chorégraphe Roland Petit, décédé le 10 juillet 2011. 

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Septembre

La Meilleure Danse

Tiens, tiens, voilà que la danse s’incruste à la télévision. Mi-septembre, un nouveau télé-crochet voit le jour sur W9, La Meilleure danse, avec dans le jury Marie-Agnès Gillot. Le but ? Des groupes de danse de tous styles (classique, hip hop, contemporain…) s’affrontent deux par deux, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un, en l’occurrence le couple de swing Yann-Alrick et Flore.

Si le choix de Marie-Agnès Gillot d’apparaître dans un télé-crochet n’a pas séduit tous les balletomanes, l’émission fut un succès, avec un million de téléspectateur-rice-s chaque semaine. Les projets ont depuis fleuri : Danse avec les stars a fait un retour fracassant sur TF1, tandis que M6 réfléchit à une adaptation de So You Think You can Dance. La Meilleure Danse devrait en tout cas revenir en septembre 2012, pour une deuxième saison.

LA MEILLEURE DANSE
Octobre

Création de La Source

La Source, c’est en soi une véritable histoire. Voilà un ballet typiquement français, datant de plus d’un siècle, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui. Jean-Guillaume Bart, chorégraphe maison, décide de le remonter pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Après des années de bataille, le projet a enfin vu le jour en 2011, auréolé de costumes dessinés par Christian Lacroix.

Les avis furent unanimes, cette création a été une réussite. Réalisée dans un style purement classique, elle montrait on ne peut plus clairement qu’il était encore possible de créer avec le langage académique. Une impression mitigée est toutefois restée, à la vue des distributions pour le moins déséquilibrées, voir assez incohérentes. Un grand problème de la compagnie depuis quelques temps.

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Novembre

L’Affaire Ossipova/Vassiliev

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils ont le monde à leurs pieds… et n’ont pas peur de prendre des décisions pour le moins surprenantes. Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev, les stars du Bolchoï, ont claqué la porte pour le Théâtre Mikhaïlovsky, son directeur le chorégraphe Nacho Duato et un salaire sensiblement plus élevé.

Le monde de la danse serait-il devenu comme celui du foot ?  Le débat a fait rage depuis, entre ceux et celles qui saluent leur courage de prendre des risques, et les autres qui parlent d’une lente descente vers la fin de ce couple vedette. Reste à voir où il-elle-s seront dans un an.

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Décembre

L’Onéguine EvanMcKie/Aurélie Dupont

La danse réserve bien des surprises. Alors que chacun-e plissait du nez devant les distributions d’Onéguine, ce ballet a donné l’une des meilleures soirées de l’année. EvanMcKie, étoile de Stuttgart remplaçant au pied levé Nicolas Le Riche, forma avec une Aurélie Dupont transcendée un couple splendide, émouvant et très juste. Le genre de soirée dont on se souvient longtemps après.

Globalement, les différentes distributions se sont montrées (pour l’instant) toutes convaincantes er équilibrées. Cet Onéguine est en tout cas, et sans aucun doute, la meilleure production de la troupe en 2011.

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Et pour compléter le tout, mon Top 5 des spectacles de l'année.

1- Don Quichotte Ossipova/Vassiliev
Si le taux de décibels des applaudissements reste l’échelle principale, nul doute, le spectacle est en tête.

2- Impressing the Czar de William Forsythe par le Ballet de Flandre
Deux heures de pur bonheur, tout simplement.

3- Onéguine de John Cranko McKie/Dupont/Hoffalt/Ould-Braham
Allez, à égalité avec la soirée du dessus. Rien de manquait à ce spectacle, un casting sans faute et beaucoup d’émotion.

4 - Vertical Road d'Akram Khan
De l’inventivité, du mystère et une folle énergie. Très belle découverte.

5 - Roméo et Juliette de Noureev, Ould-Braham/Duquenne
Cette distribution ne fut pas forcément l’idéal, comme toutes celles de cette série, toute bancales. Mais ce fut ma Juliette préférée. Et j’aime beaucoup ce ballet, où le mélange si réussi entre la musique de Prokofiev et la mise en scène lui donne une force toute particulière.

Et vous, quels sont les événements danse qui ont pour vous marqué l’année ? Quel serait votre Top 5 ?  

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