Tag - josua hoffalt

vendredi 27 avril 2012

L'Histoire de Manon : épisode 1

Lundi 23 avril 2012. L'Histoire de Manon de Kenneth MacMillan par le Ballet de l'Opéra de Paris, au Palais Garnier. Avec Aurélie Dupont (Manon), Josua Hoffalt (Des Grieux), Jérémie Bélingard (Lescaut), Muriel Zusperreguy (La maîtresse de Lescaut), Aurélien Houette (Monsieur de G.M.) et Viviane Descoutures (Madame).

L-histoire-de-Manon-Aurelie-Dupont_Josua-Hoffalt.jpg
Que de choses à dire sur cette représentation de L'Histoire de Manon... Il s'agissait pour moi d'une découverte, je l'avoue. Et les impressions sont quelques peu mitigées. A force d'entendre parler de ce ballet, d'écouter les souvenirs émus, les "De toute façon, L'Histoire de Manon, c'est mon ballet préféré", l'attente était peut-être trop grande. La soirée a défilé à toute vitesse, prise par l'histoire qui se déroule sans encombre, les beaux costumes et les décors qui savent raconter une époque. Mais la révélation ne s'est pas produite. Pas de bouche grande ouverte, pas de souffle coupé, pas de larmes aux yeux, contrairement à la claque reçue par la découverte de La Dame aux Camélias.

Alors à qui la faute ? Au regard qui doit s'éduquer et se faire au style MacMillan ? A la compagnie ? Aux interprètes du soir ? Verdict lors des prochaines distributions.

Mais ce manque d'emportement, comme je l'ai dit plus haut, n'a pas empêché la soirée d'être bonne. Découvrir un ballet a toujours quelque chose d’excitant. Il y a la découverte, l’œil qui ne sait pas où se poser tellement il y a de choses à voir et la chorégraphie à découvrir. Kenneth MacMillan aimait les pas un peu tarabiscotés visiblement, et surtout les longs pas de deux, acrobatiques, mais si romantiques et passionnés.

Le premier acte défile ainsi avec beaucoup de séduction entre une ville de province et la capitale. Un mail attentif m'a un peu mieux expliqué l'histoire, bien plus noire que ce que j'écrivais lors de la présentation des distributions. Ce n'est pas de mariage avec Monsieur de G.M. dont on parle, mais bien de prostitution.

Jérémie Bélingard, alias Lescaut, le frère de Manon, se révèle être la star de ce premier acte. De par sa fougueuse variation qui ouvre la soirée, mais aussi par son sen théâtrale. Lescaut sait très bien l'empreinte qu'il a sur sa jeune sœur, et comprend très vite l'argent qu'il a à en tirer. C'est lui qui choisit ses clients, dirige indirectement la sexualité de sa benjamine en bon frère incestueux, et la persuade de sombrer dans le vice. Un peu d'argent, une vie sociale et des beaux bijoux contre quelques nuits avec Monsieur de G.M., cela peut valoir le coup.

L-histoire-de-Manon-Jeremie-Belingard.jpg
La Manon d'Aurélie Dupont n'est pas vraiment innocente de toute façon, mais déjà exaltée. Sa tête tourne, et elle croit le dernier qui lui parle. Mais elle y croit à fond. Le pas de trois entre elle, Lescaut et G.M. reste ainsi sûrement le moment le plus intense de l'acte. Les acrobaties de MacMillan, qui font passer Aurélie Dupont de l'une à l'autre main des deux danseurs, se transforme en une étrange ambivalence, malsaine et un peu mystérieuse.

Le duo des amoureux était malheureusement un ton en-dessous. Pourtant, Josua Hoffalt campe un Des Grieux très crédible. Coup de foudre face à cette si belle inconnue, déclaration enflammée, fuite main dans la main, nuit passionnée. Le tout dans un mode, comme sait si bien le faire le danseur, assez intériorisé et naturel. Aurélie Dupont a pour sa part choisi l'expressivité, les grands emportement, et il faut bien dire qu'elle était plutôt sublime. Chacun était donc parfaitement dans son rôle, mais absolument pas, sur le plan dramatique, sur la même longueur d'onde que l'autre.

Difficile donc de croire à ce coup de foudre, ou à être émue par ces élans de passion. Le pas de deux de la chambre était néanmoins parfaitement exécutés, entre portés périlleux et abandons d'Aurélie Dupont. Mais cela restait un plaisir purement esthétique. 

L-histoire-de-Manon_Aurelie-Dupont_Josua-Hoffalt_3.jpg
L'acte 1 se termine toutefois sur une note assez forte, par une belle scène dramatique. Alors que Manon, convaincue, s'en va au bras de G.M., Des Grieux revient et tombe sur Lescaut. Celui-ci lui fait bien comprendre qu'il n'aura plus rien de sa sœur, à peine quelques pièces d’or. Rideau sur une torsion du bras gauche pour l’amoureux esseulé.

Le deuxième acte se déroule dans le Salon de Madame. Sur le papier, il s’agit d’un bordel de Paris où se réunit la haute société décadente. Sur scène, cela ressemble plutôt à un charmant tea-time. Malgré leurs perruques rousses et leurs robes défroquées, le corps de ballet reste en effet dans une élégance retenue. Un ensemble très joli et charmant, et qui manquait singulièrement de souffre. Idem du côté de ces messieurs, qui semblaient en plus, pour un pas de trois, avoir un certain mal avec la chorégraphie.

Heureusement, Impératrice Aurélie est en scène. Pour le deuxième acte, ce sera donc elle la star. Chez elle, tout est beau, sublime, aérien… et expressif. Trop, diront peut-être certains, mais pour moi cela me va. Sa variation d’hésitation (l’argent ou l’amour de Des Grieux, retrouvé dans ce bordel ?) laisse le temps en suspend. Là encore, les périlleux portés prennent sens, et montrent véritablement les tourments de l’esprit de Manon. 

L-histoire-de-Manon-Aurelie-Dupont.jpg
Le Lescaut de Jérémie Bélingard aurait pu lui piquer la vedette lors de sa variation bourrée (oui, en plus d’être proxénète, Lescaut boit. Un homme charmant). Mais il manquait un petit quelque chose. Sa variation ivre, suivie d’un pas de deux, m’avait beaucoup fait rire en répétition. Et puis ici ? Il y manquait peut-être un peu de finesse dans la drôlerie, ou un peu de désespoir (Lescaut a l’alcool triste). A l’image du corps de ballet, Muriel Zusperreguy (La maîtresse de Lescaut) était un peu trop belle, un peu trop sage, un peu trop élégante. Sa variation était très réussie, mais il manquait là encore un certain piquant pour attiser l’attention.

Appuyons sur l’accélérateur. Manon ne veut pas choisir entre l’argent et l’amour. Elle persuade donc Des Grieux de s’initier au jeu pour ramasser une petite somme. Mais l’amoureux transi triche pour mieux réussir, et se fait prendre par G.M. Le couple s’enfuit, retrouvé par G.M. qui a dénoncé Manon pour proxénétisme, et tue Lescaut au passage.

Pour le troisième acte, direction la Louisiane. La coutume de l’époque était d’envoyer bien loin les filles de mauvaise vie. Manon a donc dû partir, accompagné de Des Grieux qui n’a pas voulu l’abandonner. Un geôlier zieute sur Manon, la viole, avant que ne surgisse Des Grieux qui le tue. Mais malgré une histoire assez chargée en peu de temps, cet acte III semble un peu longuet. Tout le monde pleure, se prend la tête dans les mains, Manon est visiblement au bord du suicide. Nous ne sommes pas dans une grande finesse d’interprétation.

La deuxième partie est plus surprenante, visuellement parlant. Tient, une lumière verte, tiens, des cordes qui pendent du plafond, tiens, un épais nuage de fumée. Nous somme dans les marécages bien sûr (vous n’aviez pas deviné ?), où a du s’enfuir le couple. 

L-histoire-de-Manon-Aurelie-Dupont_Josua-Hoffalt_2.jpg
Mais passé le premier choc, l’effet est plutôt réussi. Manon, malade, voit défiler sa vie. Son frère, G.M., Madame, les prostituées de Paris… chacun apparait et disparait dans la fumée avant une dernière agonie. Peut-être plus relâché, Josua Hoffalt est pour le final bien plus en osmose avec sa partenaire. Et la scène de la mort, à défaut de tirer des torrents de larmes, apparaît tout de même comme un moment dramatique réussit.

Longue chronique pour une seule représentation ! Mais comme je l’avais écrit en préambule, que de choses à dire. Malgré une impression un peu mitigée, l’envie reste grande de mieux connaître ce ballet et d’y voir les différentes distributions. Le prochaine, le 30 avril.

mercredi 28 mars 2012

Soirée Jerome Robbins/Mats Ek : épisode 2

Mardi 27 mars. Soirée Jerome Robbins/Mats Ek par le Ballet de l’Opéra de Paris, au Palais Garnier.

Dances at a Gathering de Jerome Robbins, avec Clairemarie Osta (Rose), Eve Grinsztajn (Mauve), Nolwenn Daniel (Jaune), Agnès Letestu (vert), Mélanie Hurel (Bleu), Josua Hoffalt (Marron), Nicolas Le Riche (Violet),  Mathieu Ganio (vert), Daniel Stokes (Brique) et Nicolas Paul (Bleu).

Appartement de Mats Ek, avec Marie-Agnès Gillot (Le bidet), Muriel Zusperreguy (La cuisinière), Alice Renavand (La porte), Caroline Robert (Pink), Letizia Galloni (Sac à dos), Charlotte Ranson (Hat), Vincent Chaillet (la TV), Alessio Carbone (la cuisinière), Nicolas Le Riche (la porte), Vincent Cordier (Romoli), Alexandre Gasse et Daniel Stokes (Embryon).

Appartement_Marie-Agnes-Gillot_2.jpg
Dances at a Gathering
de Jerome Robbins ne se voit pas de la même façon selon les soirs. Pour ce deuxième épisode, ce fut un petit régal, au moins pendant la première demi-heure. Les étoiles absentes la première fois ont non seulement apporté toute leur personnalité, mais aussi transcendé les solistes déjà présents, bien meilleurs que lors de la première.

Ce fut d’abord une suite de solo et pas de deux tous plus ravissants les uns que les autres. Josua Hoffalt a ouvert la voie. Il n’a pas (encore) cette science de la finesse de Mathieu Ganio, mais il n’usurpe pas sa place, et offre un joli moment de danse. Mathieu Ganio justement, est passé de Marron à Vert (pas de blague Bioman SVP), et danse toujours de façon aussi magique et musicale, très bien accompagné par une piquante Nolwenn Daniel.

Dances-at-aGathering_Agnes-Letestu.jpg
Pas de répit, le ballet enchaîne avec un désarmant duo entre Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche. Quand on pense qu’elle s’en va dans un mois et que lui s’abonne aux absents, cela fend mon cœur de groupie.

Néanmoins, passée la fameuse demi-heure, le temps semble de nouveau passer lentement. Si une véritable histoire se crée entre les couples, les passages de groupe souffrent d’un certain manque de souffle. Il y a bien Agnès Letestu qui tranche toujours par sa singularité, la très belle prestation de Daniel Stokes et le retour de Mathieu Ganio, mais cela ne suffit pas pour retenir l’attention finale. 

Dances-at-a-Gathering_Eve-Grinsztajn.jpg
Appartement
de mats Ek aussi ne se voit pas de la même façon selon les soirs, même si c’est toujours aussi bien, même vu debout derrière un pilier (la faute à une place, payée 25 euros tout de même, qui m’empêchait complètement de voir le solo de la télévision).

Ahhh, Appartement. Son bidet, sa gigue d'aspirateur, sa cuisinière et son Fleshquartet. Vous connaissez cette sensation, celle de se vider la tête après une heure de course, un bon cours de danse, un kilomètre de natation ? Voir Appartement, c’est la même chose, même si l’on reste immobile. On se sent débarrassé des tensions de la journée, comme si nous aussi nous nous étions lâchés comme jamais sur la scène.

Appartement.jpg
La litanie des compliments est la même, mais pourquoi se priver ? Marie-Agnès Gillot est toujours époustouflante de présence, Nicolas Le Riche est toujours en rose, toujours aussi magique. Et quel plaisir de voir ces gens du corps de ballet en pleine lumière, Letizia Galloni, Charlotte Ranson ou Daniel Stokes (qui est passé en une soirée de brique-romantique à kaki-brut-de-décoffrage) (pas de blague Bioman on a dit).

dimanche 11 mars 2012

Le petit bilan d'actu, S05 EP21

Cette semaine, retour sur la nomination de Josua Hoffalt, mais aussi sur les adieux d'Agnès Letestu, les saisons 2012-2013, quelques nouvelles des étoiles internationales, un agenda plus que chargé et la revue de presse.  

COTE DANSE

- La nomination de Josua Hoffalt

Sans l'ombre d'un doute, la nomination de Josua Hoffalt en tant que Danseur Etoile est la grande nouvelle de cette semaine. Tout le monde s'y attendait, mais personne n'a envie de bouder son plaisir. 

La_Bayadere_josua_hoffalt_nomination.jpg

Dès le lendemain, la presse s'est penchée sur cet événement. Culturebox a ainsi publié un petit article sur cette nomination, et surtout une interview du danseur, la seule à ce jour en tant que Danseur Etoile. Josua Hoffalt revient sur cette soirée très particulière ("C’était comme si j’étais sonné") et son parcours. Le Figaro dresse également un joli portrait de l'artiste, tout comme Le Monde, agrémenté du témoignage de Dorothée Gilbert. Un sympathique reportage, où l'on peut revoir des images de cette nomination, a également été diffusé dans un des JTs de TF1 ce week-end. 

Les blogs ont bien sûr été nombreux à relater cet événements, agrémentés de nombreuses photos et vidéos personnelles de l'instant T. A lire sur A petits pas, Envie d'ailleurs, Les Chroniques d'un Petit Rat Parisien, Rêves Impromptus et Une saison à l'Opéra.  

- Les adieux d'Agnès Letestu

Une Etoile arrive, une autre s'en va... Agnès Letestu devrait faire ses adieux à la scène au cours de l'année 2013. Les dernières rumeurs évoquaient une reprise du Lac des Cygnes la saison prochaine, rôle phare de la Danseuse Etoile. Finalement, elle partira, comme elle le souhaitait, sur La Dame aux Camélias. Le ballet sera en effet donné dans deux saisons, en septembre 2013, et Agnès Letestu devrait le danser avec Stéphane Bullion, son deuxième partenaire de prédilection après José Martinez.

La-dame-aux-camelias_Agnes-Letestu_Stephane-Bullion.jpg

Agnès Letestu a livré cette information dans une récente interview donnée au site espagnol Ballet y mas. Elle y évoque également ses prochains projets en tant que costumière... et glisse en passant que c'est elle qui a dessiné la robe de mariée de Dorothée Gilbert

- Les saison 2012-2013

A noter dans votre agenda ! La saison complète 2012-2013 de l'Opéra de Paris sera dévoilée le 12 mars. Les abonnements seront disponibles dès le lendemain. Le Théâtre des Champs-Elysées dévoilera la sienne le jeudi 29 mars, qui pourrait bien comprendre le Mariinsky. Pour le Théâtre de Chaillot, il va falloir attendre un peu, puisque la prochaine saison ne sera dévoilée que le 9 mai

- La danse à l'étranger

Quelques nouvelles des danseurs et danseuses internationales. Evan Mckie, le nouveau chouchou du public parisien, danse pour la première fois La Belle au Bois Dormant de Rudolf Noureev, avec le Ballet National du Canada. Il en a profité pour donner quelques interviews, dont une très intéressante au Globe and Mail, où il revient en détail sur son parcours. Comme annoncé il y a quinze jours, Polina Semionova quitte bien le Ballet de Berlin... pour rejoindre a priori le Théâtre Mikhaïlovski, la nouvelle troupe des stars. Jean-Lucien Massot, le danseur français du Ballet du Danemark que le public parisien a pu admirer dans Napoli, tire pour sa part sa révérence. Il fera ses adieux à la scène le 5 mai, dans une soirée mixte.

Evoquons pour finir deux danseurs de l'Opéra de Paris que l'on ne voit plus beaucoup dans la capitale, Eleonora Abbagnato et Hervé Moreau. Ils participeront tous les deux à un gala hommage à Roland Petit, le samedi 23 juin prochain, en Espagne. Eleonora Abbagnato dansera le pas de deux de Carmen avec Lienz Chang. Cela devrait être son retour sur scène après un an d'absence, mais elle ne devrait être de retour à Paris qu'en septembre prochain. Hervé Moreau interprétera pour sa part un court solo de trois minutes, Dancer in love. Mais il s'agirait plutôt d'un one-shot, et non pas d'un véritable retour. 


COTE AGENDA

- Sur scène

Pour ceux et celles qui aiment la danse, il n'y aura que l'embarras du choix cette semaine. Le programme Jerome Robbins/Mats Ek du Ballet de l'Opéra de Paris démarre dès le 13 mars, au Palais Garnier. Une autre partie de la compagnie sera dans le même temps à l'Opéra Bastille, pour les suites de La Bayadère. Le 17 mars, ce sera ainsi le retour de Josua Hoffalt dans le rôle de Solor, sa première représentation officielle en tant que Danseur Etoile. 

La-Bayadere_Josua-Hoffalt_Aurelie-Dupont_2.jpg

L'autre grand programme qui fera courir les balletomanes reste bien sûr 6.000 miles away, autour de Sylvie Guillem, dès le 15 mars au Théâtre des Champs-Elysées. Malgré les années qui passent, cette danseuse a toujours quelque chose d'invraisemblable. Elle danse comme elle respire, elle envahit la scène comme si elle y était née... Ce programme a été fait sur mesure sur elle : un solo de Mats Ek crée pour l'occasion et un duo de William Forsythe, dansé en compagnie de Nicolas Le Riche les 15, 16, 18 et 22 mars et Massimo Murru les 17 et 21 mars. Le tout est complété par un duo de Kylian dansé par Aurélie Cayla et Lukas Timulak, et fait exceptionnel, un duo de Mats Ek dansé par lui-même et sa femme la lumineuse Ana Laguna. Autant dire que, même à l'article de la mort, je serais présente à cette soirée. 

Au Théâtre de Chaillot, deux programmes seront présentés cette semaine : La jeune fille et la mort de Thomas Lebrun du 15 au 21 mars, et Made in Taiwan de Joanne Leighton, du 15 au 17 mars. Ce dernier spectacle m'a tout particulièrement intrigué par sa présentation. "Durant cette pièce, unique à chaque représentation, les spectateurs se retrouvent à choisir la musique sur laquelle Joanne dansera ou le costume qu’elle portera. Et par la suite, des noms de grands chorégraphes seront lancés au vol, comme une mémoire partagée. Il n’est pas question de refaire à la manière de, mais plutôt de recycler ces influences pour donner matière à ce solo et créer une œuvre originale". 

Enfin pour quelque chose d'un peu plus "musical", rendez-vous aux Folies Bergère de Paris dès le 13 mars pour voir Shadowland de la compagnie Pilobolus. Un spectacle qui mêle "danse, acrobatie, jeux de lumière et théâtre d'ombre".

- Rencontres

Comme évoqué un peu plus haut, l'Opéra de Paris dévoile sa prochaine saison le 12 mars. Elle sera plus amplement présentée au public le dimanche 18 mars, à 10h30, à l'Opéra Bastille. Il n'y a plus de place actuellement disponible sur le site Internet de la Maison, mais cela ne devrait pas être trop compliqué d'entrer le jour-même. 

Au CNSMDP, un Journée découverte autour de la notation du mouvement est organisée le samedi 17 mars, dès 10 heures, au Conservatoire. Ce stage est ouvert à tout le monde, gratuitement, mais l'inscription préalable est obligatoire au 01-40-40-46-47. Une conférence sur ce même thème a lieu au Théâtre de la Ville le lundi 12 mars à 19 heures (5 euros). Elle fait partie d'un cycle de conférences qui s'étale sur toute cette saison, et aura particulièrement pour thème "Le-la chorégraphe et la notation". 

- Dans les médias

Sylvie Guillem sera l'invitée de l'émission La Grande Table, sur France Culture, pour évoquer son spectacle 6.000 miles away. Rendez-vous le mardi 13 mars, à 20h50. 

sylvie-guillem_bye.jpg


COTE MEDIA

- A voir

Myriam Ould-Braham était à Londres le week-end dernier pour un grand gala hommage à Anna Pavlova. Elle y a dansé l'adage du Cygne Blanc, en compagnie d'Alessio Carbone. Des photos sont à retrouver ici et ici. La marque Merlet a également mis quelques photos de son nouveau catalogue sur sa page Facebook. La modèle est Perle Vilette, Petit Rat de troisième division. Enfin le Malandain Ballet Biarritz a mis, également sur sa page Facebook, une vidéo de présentation d'Une dernière chanson, la prochaine création de Thierry Malandain, sur scène dès le 14 avril.  

- A lire

aris Match a réalisé un portrait de Mats Ek, qui revient globalement sur sa carrière. Les Echos ont publié pour leur part un alléchant article sur le spectacle de Sylvie Guillem, donné au Théâtre des Champs-Elysées. Le même journal s'est penché d'une plutôt intéressante façon sur le marketing de deux comédies musicales à l'affiche à Paris la saison prochaine : West Side Story et Sister Act. Ce dernier spectacle a d'ailleurs mis en ligne cette semaine sa bande-annonce. Enfin Le Parisien revient sur l'engouement récent des cours de claquettes, qui affichent complets depuis le succès de The Artist

- Critiques

La presse s'est surtout penchée sur la nomination de Josua Hoffalt, évoqué plus haut, mais pas encore sur le spectacle de La Bayadère en lui-même. Seul AltaMusica, pour l'instant, a fait une critique de la première. Comme d'habitude, tout y était sublime, et les noms des danseurs ont été passablement écorchés. Pour lire des comptes-rendus de la première, il faut surtout aller du côté des blogs : A Petits Pas, Danse-Opéra, Les Chroniques d'un Petit Rat Parisien ou Les Balletonautes (qui racontent aussi leurs souvenirs de la créaton de ce ballet, passionnant). 

Concernant la danse contemporain, ResMusica a publié une critique très élogieuse de la performance d'Anne Teresa de Keersmaeker au Centre Georges Pompidou, tandis qu'AltaMusica n'a pas tari d'éloges sur la reprise d'Orphée de Dominique Hervieu et José Montalvo. 

Orphee.jpg

COTE BLOG

Que de choses à venir sur Danses avec la plume la semaine prochaine ! Du moins s'il y a assez de temps... Lundi, la semaine démarrera sur les chapeaux de roues avec la publication de la saison 2012-2013 du Ballet de l'Opéra de Paris. J'essayerais également de faire un article sur les différents abonnements, puisque cela m'a été souvent demandé. Un point sur les nouveaux tarifs devraient aussi, malheureusement, être indispensable. Il y aura également la soirée Robbin/Mats Ek, avec le point sur les distributions et le compte-rendu de la première. Enfin, à lire vendredi, la review du spectacle de Sylvie Guillem, 6.000 miles away. Je suis déjà en mode groupie hystérique... Bonne semaine tout le monde ! 

vendredi 9 mars 2012

La Bayadère, épisode 1

Mercredi 7 mars 2012. La Bayadère de Rudolf Noureev par le Ballet de l’Opéra de Paris, à l’Opéra Bastille. Avec Aurélie Dupont (Nikiya), Josua Hoffalt (Solor), Dorothée Gilbert (Gamzatti), Emmanuel Thibault (L'Idole dorée), Héloïse Bourdon, Charline Giezendanner et Aurélia Bellet (les trois Ombres). Mathilde Froustey (Manou), Alexis Renaud (L'Esclave), Allister Madin (Le Fakir), Stéphane Phavorin (Le Rajah), Yann Saïz (Le grand Prêtre), Sabrina Mallem et Julien Meyzindi (les Indiens).

La-Bayadere-Josua-Hoffalt-Aurelie-Dupont.jpg
Dans une représentation, tout est une question de son propre vécu. J’ai lu plusieurs avis négatifs sur cette reprise. Pour ma part, je connais mal le ballet, vu une seule fois, il y a deux saisons. Une scène de Garnier trop petite, un José Martinez essoufflé, une Agnès Letestu esseulée, un corps de ballet en manque de repère. A côté de ce bilan, la première de mercredi m’a forcément semblé d’une très haute qualité.

La Bayadère, quel ballet aux pouvoirs étranges. L’œuvre raconte une histoire invraisemblable dans une Inde de pacotille, telle que la rêvait les gens du siècle dernier avec tous les clichés du genre. Et pourtant, sans aucun effort, tout le monde y croit avec le plus grands des enthousiasmes. Pas un rire lorsque les gardes tout de vert vêtus s’avancent sur scène d’un pas martial, pas un regard levé au ciel face aux esclaves rampant au sol (et pourtant, il y aurait de quoi dans un autre contexte). Juste des regards écarquillés d’un public qui a juste envie de rêver.

La-Bayadere_Josua-Hoffalt_Aurelie-Dupont_2.jpg
L’ambiance devait être étrange en coulisses, tant les rumeurs de nominations étaient persistantes. Le corps de ballet a en tout montré un investissement total. Le premier acte était ainsi très plaisant, porté par un trio en forme.

Ahh, Aurélie Dupont. Certain-e-s ont râlé à l’entracte sur une nouvelle raideur de sa part, d’autres ont repensé avec nostalgie à sa prestation  il y a cinq ans. Je n’étais pas là il y a cinq ans, et mercredi soir, je l’ai trouvé sublime. Chaque geste était beau, respirant l’intention. Sa Nikiya est pure, l’amour qu’elle porte à Solor est pur. Trop de pureté pour ce monde réel, cela ne pouvait que mal finir.

Dorothée Gilbert en Gamzatti, c’est assez étrange quand on ne l’a connait qu’en personnage de jeune fille en fleur pétillante. Son interprétation manque peut-être d’une certaine hauteur, c’est une princesse de sang royal avant d’être une femme amoureuse. Mais sa présence dans ce lumineux sari violet rattrape le tout. La confrontation avec Nikiya ne manquait pas en tout cas d’intensité.

Et Solor, la star de la soirée ? Très crédible dans le jeu, comme à son habitude. Mais Josua Hoffalt n’a pas lâché les chevaux. On ne pourrait pas parler de crispation, mais plutôt d’une certaine prudence dans ses pas. Peur de se blesser et de tout gâcher ? Le danseur ne semblait pas en tout cas complètement libéré.

La-Bayadere_Josua-Hoffalt.jpg
Le deuxième acte
a été le meilleur de la soirée. Aurélie Dupont m’a toujours autant ravie. En plus de sa présence, Dorothée Gilbert a pu montrer toute sa brillante technique, qui explose dans la coda. Malgré une jolie variation, Josua Hoffalt semblait toujours dans une certaine retenue. Son Solor paraissait ainsi un peu pâlot, et avait du mal à exister entre ces deux fortes personnalités féminines.

Néanmoins, le pas de deux Gamzatti/Solor avait une sacrée allure et reste le plus beaux moment de la soirée (allez, le deuxième plus beau après la nomination). Ces deux-là vont bien ensemble, à retenir pour une prochaine fois.

Les danses du corps de ballet étaient également très en place. Emmanuel Thibault ne saute peut-être plus aussi haut, mais son style dans l’Idole Doré garde toujours son certain charme. Mathilde Froustey était piquante-comme-on-aime en Manou, accompagnée de deux adorables Petits Rats qui ne manquaient pas d’assurance malgré leur jeune âge, tandis que Sabrina Mallem et Julien Meyzindi ont donné un duo d’Indiens survolté.

Le final a, malgré tout, laissé un petit goût d’inachevé. Aurélie Dupont semblait jouer toute seule sur scène, avec un Josua Hoffalt un peu en retrait et une Dorothée Gilbert qui manquait d’autorité.

Il est difficile de parler du troisième en faisant totalement abstraction de ce qui pouvait se passer. Josua Hoffalt semblait mystérieusement plus libéré, et (enfin) profiter pleinement de cette prise de rôle. Son duo avec Aurélie Dupont fonctionnait ainsi bien (le danseur semble être de toute façon un bon partenaire), sans que l’on puisse non plus parler d’une flopée d’émotion.

La-Bayadere_Josua-Hoffalt_Aurelie-Dupont_3.jpg
C’est un peu cette même impression qu’a laissé le corps de ballet. Pouvait-on vraiment parler de sentiment profond lors de la descente des Ombres, admirablement réglée ? Non. Mais la beauté du geste, celle qui fait aussi que l’on aime la danse classique, était bien là. Charline Giezendanner a survolé les trois Ombres avec sa deuxième variation, éclipsant ses deux consœurs un peu crispées.

La soirée se termine sur l’habituelle clémence de Nikiya, qui pardonne dans son songe les errements de Solor. La suite, elle, a déjà été racontée.

Josua-Hoffalt_Nomination_3.jpg
Il serait intéressant de revoir Josua Hoffalt lors des prochaines représentations, il sera certainement beaucoup plus libéré. La production a en tout cas tenue toutes ses promesses de la répétition publique, avec un décidément excellent corps de ballet. Place maintenant aux autres distributions

La Bayadère, à l'Opéra Bastille jusqu'au 15 avril.

- page 1 de 4