La première de Roméo et Juliette de Noureev, par le Ballet de l'Opéra de Paris, a eu lieu le lundi 11 avril à Bastille. Beaucoup d'habitué-e-s dans la salle, dont moi.

Ce Roméo et Juliette fut une belle soirée. Je pousse même jusqu'à écrire une très belle soirée. Mais pas une représentation inoubliable. Des gens autour de moi sont ressortis complètement enthousiastes, et je suis pourtant globalement d'accord avec leurs impressions. Il y manquait néanmoins un tout petit truc, difficilement explicable. Comment passe-t-on d'une très belle représentation à une représentation inoubliable ? Voilà ma question philosophique de ma journée d'anniversaire (introduction qui souligne tout en finesse mes 29 ans aujourd'hui).
Le ballet Roméo et Juliette, en soi, c'est déjà une oeuvre. Le genre de chose dont on ne pourra pas ressortir déçu-e, parce que le fond est un chef d'oeuvre. D'abord, le drame shakespearien dans toute sa splendeur, universel. Ensuite, la partition de Prokofiev, l'une des plus belles de ballet, magnifiquement interprétée par l'Orchestre de l'Opéra de Paris. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas écoutée dans son intégralité, j'avais oublié combien elle savait me toucher. Rajoutons la chorégraphie de Noureev, inspirée, lisible, une forme (décors, costume...) très belle, un corps de ballet en place et investi, et un cast très équilibré avec du répondant. (Laëtitia Pujol en Juliette, Mathieu Ganio en Roméo, Stéphane Bullion en Tybalt, Mathias Heymann en Mercutio, Christophe Duquenne en Benvolio, Julien Meyzindi en Pâris et Myriam Ould-Braham en Rosaline). Vous ne pouvez avec tous ces ingrédients qu'obtenir une recette qui marche (ou alors il faut beaucoup de mauvaise volonté).

Laëtitia Pujol a été totalement dans son personnage, de bout en bout, sans jamais relâcher. Elle a choisi la veine dramatique à fond, et avec, un tout petit peu mais quand même, du surjeu. Surjouer, c'est exagérer. Ce n'est donc plus être son personnage, le jouer. Si cela passait dans le premier acte, c'était plus dur pour la fin du deuxième et le troisième. Au fond, je ne peux donc pas totalement adhérer à ce qu'elle me propose. Ou alors je cherche une vague excuse pour expliquer pourquoi Laëtitia Pujol me touche globalement moins qu'une autre, ce n'est qu'une impression subjective, et la subjectivité ne peut pas s'expliquer.
En clair, il n'y a rien à reprocher à Laëtitia Pujol, mais le fait est là, je n'ai pas adhéré à 100 % à son histoire. Contrairement à Agnès Letestu, une mémorable Juliette, il va falloir que j'en parle (dommage que son Roméo soit si fadasse, mais quel gâchis tout de même).
En face, il y avait Mathieu Ganio. Très en forme Mathieu Ganio, et quelle belle danse ! C'était propre, élégant, fluide, facile. Il est en plus un très bon acteur, émouvant, prenant, passant du rire avec ses amis à la passion, puis à la douleur et au drame. Dommage, il ne sait apparemment pas faire les deux en même temps, danser et jouer. Dès qu'il entamait une variation, son visage se fermait aussitôt. Un dernier tout petit manque de confiance ?

Leur partenariat était plutôt réussi. Il y a eu des très hauts, mais aussi des plutôt bas, et c'était assez déstabilisant (il m'en faut peu, n'est-ce-pas ?). Leur pas de deux final du premier acte était ainsi très très beau, et 30 minutes plus tard, celui qui ouvrait le 3e acte, très très longuet. Globalement, je les ai préféré-e-s seul-e-s, Roméo avec ses amis et Juliette face à ses parents et Tybalt.
Tybalt, parlons-en. Un incroyable, formidable Stéphane Bullion. Il porte la haine de la famille adverse à lui seul. Sans même savoir pourquoi, il est programmé pour ça. Son emprise étrange sur Juliette était très bien jouée, j'ai adoré. La danse des Chevaliers était magnifique, et c'était en grande partie grâce à lui.
Mathias Heymann était très à son aise dans Mercutio. Techniquement, il s'éclate, et plus surprenant, il semblait à l'aise dans la pantomime. Le côté gaudriole du personnage lui plaisait bien apparemment. Christophe Duquenne, et surtout Julien Meyzindi, ont réussi à se faire remarquer dans des rôles un peu ingrats. Myriam Ould-Braham a joué une très jolie Rosaline, un peu mutine, un peu aguicheuse, avec comme d'habitude une très belle danse. Impossible également de ne pas citer Delphine Moussin, impériale en Dame Capulet, son charisme sur scène est intacte, et Ghyslaine Reichert impeccable en nourrice.

Ce vaste mélange a donné de magnifiques moments : la danse des Chevaliers (oui, je le redis, elle est dans mon top 5 des moments de ballets préférés), la scène de mort de Mercutio et Tybalt, l'hésitation de Juliette... mais aussi des moments un peu plus longuets, où j'ai limite décroché. Peut-être, finalement, un peu d'inégalité, barrière fatidique pour passer dans la catégorie supérieure des représentations réussies.
Le problème, c'est qu'en voyant les autres distributions, j'ai peur qu'il y ait toujours un truc qui cloche, un petit détail qui fait que. Ou alors c'est moi qui devient trop difficile.
Prochain Roméo et Juliette le 19 avril, avec Isabelle Ciaravola et Karl Paquette, mais avec des seconds rôles peut-être un peu moins réjouissants.
© Photos : Agathe Poupeney








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