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samedi 24 juillet 2010

Fame, Le Roi Lion, Mamma Mia ! ... Comment traduit-on toutes ces comédies musicales en français ?

La comédie musicale Fame a repris du service depuis le 21 juillet, au Casino de Paris. Il s'agit de la version traduite en français. Pour mon job, j'ai pu interviewer Stéphane Laporte, celui qui s'est justement occupé de son adaptation. Il s'était également occupé, ente autres, de la traduction du Roi Lion, d'Un violon sur le toit, et sera chargé à la rentrée de celle de Mamma Mia ! Voici l'nterview dans son intégralité.

Comment êtes-vous arrivés à travailler sur toutes ces comédies musicales ?

J’ai une passion qui dure depuis longtemps. Sans prétention, je me sens investi d’une mission. Il faut que la France se rende compte à quel point ce genre est formidable ! Oui, on peut raconter des choses en mélangeant chansons et théâtre. Ma première adaptation a été celle de Titanic, en 2000, bien avant que le genre ne débarque en France.

Qu'est-ce qui est globalement le plus dur dans ce travail ?

C'est différent à chaque fois. Parfois c’est le livret, comme pour Grease ou Fame. Parfois ce sont les chansons. Il faut en tout cas trouver quelque chose à mettre sous la dent des comédiens.


Comment êtes-vous arrivés sur la comédie musicale Fame en 2008 ?

De façon très simple, par une commande trouvée par mon agent. J'ai rencontré l'équipe. Sur ce projet, j’ai travaillé avec Danielle Mathieu-Bouillon, à l’époque co-directrice du Théâtre Comédia, où a été joué Fame.

Traduire Famevous a pris combien de temps ?

Le travail a duré trois mois, plus toute la durée des répétitions.

Beaucoup de choses changent durant les répétitions ?

C'est un travail aussi important. On a changé pas mal de choses, aussi bien des petits détails, quelques mots, de petites révisions, que des choses plus importantes. C’est aussi une question de sonorité. Le français est plus dur à chanter que l'anglais, il y a certains son très particuliers. On a aussi dû faire avec la technique des chanteurs, différente selon chacun. Par exemple, une femme pourra plus facilement chanter le son "i" dans les aigus.

Les chansons ont donc été moins dures à traduire que le livret ?

Contrairement à ce qu'on pense, le plus dur à faire n’a pas été les chansons, puisqu’elles étaient toutes originales. Le plus difficile a été le livret. Sans vouloir être péjoratif, ce n’est pas vraiment du Shakespeare. C’est écrit dans un langage très parlé, très utilisé dans les chansons et les comédies musicales américaines, mais dont on n’a pas forcément l’habitude en France. Et puis il faut non seulement trouver un ton général à la pièce, mais aussi un ton pour chacun des personnages. Ce sont pratiquement tous des jeunes, mais ils ne parlent pas tous de la même manière. Par exemple Tyrone, le danseur afro-américain qui vient des quartiers pauvres, ne s'exprime pas de la même façon que le comédien Nick.

La chanson Famequi porte le spectacle est connue de tou(te)s. Elle est chantée en français durant le spectacle, et en anglais pour le final. Comment s'est fait ce choix (ndlr : dans le sens inverse dans la version 2010) ?   

La chanson était même chantée en français et en espagnol lors des premières représentations. Je l’avais laissé en français car elle racontait quelque chose dans le spectacle, elle servait l'histoire. On doit traduire les chansons, il est important que les gens comprennent ce qui se passe. Pour la fin, je l’ai laissée en anglais, pour laisser une impression beaucoup plus forte aux spectateurs, comme lors d'un concert. 

Dans Greasepar contre, il y a beaucoup plus de chanson en anglais...

C'est vrai, car toutes ne racontaient pas l’histoire. J’avais même traduit l’une des chansons en français, l’un des gros tubes du film. Mais la production m’a demandé de la laisser en anglais.

Le Théâtre du Châtelet s'est lui aussi remis aux comédies musicales, mais en les laissant dans leur texte d'origine, avec sous-titre. Qu'en pensez-vous ? 

Le Châtelet est avant tout une maison d’opéra, et fait donc des choses très différentes. Dans un opéra, l'histoire est un moyen, la musique est une fin. C’est l’inverse pour les comédies musicales. Ça ne nous viendrait pas à l’esprit de jouer une pièce anglaise en version originale. C’est pareil pour les comédies musicales.


Le Roi Liona été la pièce que vous avez traduite qui a connu le plus gros succès (1 million de spectateurs en trois ans). Beaucoup de spectateurs ont été surpris de retrouver les mêmes chansons que dans le dessin animé, mais avec des paroles différentes.

Julie Taymor, la metteuse en scène, considérait que le spectacle et le dessin animé étaient deux choses différentes. Par exemple au début, elle a insisté pour que ce soit Le cercle de la vie, et pas L’histoire de la vie, comme dans le film. C’était très important, car basé sur des aspects visuels du spectacle, qu’on ne retrouvait pas dans le long-métrage.

Comment fait-on pour ne pas être influencé par le film ?

Je me suis obligé à ne pas voir le dessin animé en français avant la première de la comédie musicale. Mais c'est vrai que ce changement a parfois choqué de façon très violente les spectateurs, j’ai eu parfois des critiques très dures. Mais quand on travaille avec Julie Taymor, qui est une telle personnalité dans le monde des comédies musicales, on ne se pose pas de question.

Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans ce spectacle ? 

Pour moi, ça a vraiment été la chanson Can you feel the love tonight. Elle a été oscarisée, elle est connue de tous. Elle m’intimidait beaucoup. C’est d’ailleurs la chanson que j’ai travaillé en dernier. Je n’ai rendu ma copie que quelques jours avant le début des répétition.

Votre prochain projet est l'adaptation de Mamma Mia !, une comédie musicale basée sur les grands tubes d'Abba. La question de la nécessité de la traduction ne s'est-elle pas posée ?
 
Pour Mamma Mia !, je ne fais que le livret. Les chansons sont adaptées par une autre personne. On est parti du principe que la production a toujours traduit le spectacle, dans tous les pays où le spectacle a été donné. En Suède, le pays d’Abba, les chansons ont donc été traduites en suédois. C’est une obligation.

Ce n'est pas trop dur de traduire des chansons aussi connues ?

Le livret est vraiment bien fait, et toutes les chansons sont très bien intégrées à l’histoire. Comme elles racontent vraiment quelque chose, ce n’est pas gênant de les traduire. Et puis les gimmick restent, comme "Dancing Queen" ou "Gime, Gime, Gime".

Comment se passe cette adaptation ?

On a commencé à travailler début juin. On vient de rendre nos copies, et on démarre les répétitions début septembre. On a d'abord travaillé avec la production française. Puis on enverra à la production anglais, qui supervise toutes les adaptations, une version traduite en anglais de notre travail.

Autrement dit, vous allez traduire un livret de l'anglais au français, puis le retraduire du français à l'anglais pour la production. Il y a de si gros changements ?

Pas mal en fait. On ne peut pas traduire mot à mot, on est obligé d'adapter. La langue anglaise ne fait par rire sur les mêmes choses. C’est une langue très précise, il suffit parfois d’une syllabe, d’une sonorités pour faire rire. Ce qui n’est pas du tout le cas du français. 

Deux mois avant le début du spectacle, cela donne quoi ? 

La personne qui s'est occupée des chansons a terminé l'adaptation. On a beaucoup travaillé ensemble, on était notre premier public. Je peux vous dire qu'il a fait un excellent job. Il a beaucoup travaillé sur les sonorités équivalentes, pour rappeler les sons anglais des chansons, malgré les nouvelles paroles en français. Quand au livret, maintenant qu’on a les dialogues, c’est devenu une sortie de vaudeville. Un genre très français finalement.   

vendredi 27 février 2009

Le Roi Lion : c'est le cercle de la viiiiiiiiiiie

Saviez-vous que le célèbre site Ventes privées s'était mis à la vente discount de billets de spectacles ? C'est en tout cas par ce moyen que nous sommes allés voir hier soir la comédie musicale Le Roi Lion, au théâtre Mogador.

Bon, pour faire simple, j'ai adoré, c'était vraiment très bien, on s'en prend pleins les yeux et pleins les oreilles.



Bon, pour faire plus compliqué et entrer un peu plus dans les détails...

Sur le fond, la comédie musicale reprend l'exacte trame du dessin animé. L'histoire se suffit à elle-même, entre quête de soi, combat pour son destin, doutes et moments comiques. Idem pour la musique, qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années. Seuls quelques moments sont rajoutés, pour que ça tienne quand même 2h sur scène, comme le départ de Nala (très réussi d'ailleurs). Les personnages sont aussi les mêmes, et Zazou et les trois hyènes sont aussi drôles que dans le dessin animé.
Bref, sur le fond, ça se tient très bien, et même plus que ça, mais on le savait déjà.

La forme (les décors, la troupe, la mise en scène...) est extrêmement réussie. Et finalement, c'est ça qui va apporter la surprise, l'émotion, et ce petit plus qui fait que ce spectacle passe de Bien à Excellent.

Les costumes tout d'abord, sont le plus époustouflants. Ils mélangent corps humains et animaux, dans une vraie originalité où ne manque pas la poésie. Les scènes du début et de fin sont d'ailleurs à couper le souffle, avec l'arrivée sur scène de tous les animaux dans une procession très émouvante (sur le célèbre C'est l'histoire de la vie).



La musique se teinte quant à elle de percus africaines et reste envoûtante, même si, pour des raisons de budgets et de places, certains instruments ne sont là que par bande-son. Les chorées d'inspiration africaines sont vraiment chouettes, sans parler de la troupe hyper investie. Mention spéciale à Zazou, le singe, Nala petite et adulte, Simba petit, Mufasa et Scar. Ce dernier est vraiment excellent en grand méchant, même si chacune de ses apparitions m'a fait penser au sketch de Gad sur les comédies musicales (le méchant très méchant qui arrive sur une musique qui fait peur).
Simba adulte était un peu trop lisse pour moi, même si sur les quelques pas de chorégraphies qu'il effectuait, il avait l'air de danser comme un dieu.

Quelques petits défauts tout de même. La sono n'était pas toujours très bien réglée, et certains solistes étaient un peu masqués. Et puis, énorme frustration, les paroles des chansons ont été complètement changées. Alors que je m'apprêtais déjà à chanter à tue-tête "Je voudrais déjà être roi", "Quoi, il est malade ?", "C'est l'histoire de la viiiiiie", "La terre entière, en paaaarfaite harmonie", voila que j'étais obligée de me taire. Paradoxalement, certains dialogues parlés étaient la réplique exacte de ceux du film.

S'ils restent des places, n'hésitez vraiment pas à y aller. Oui, c'est grand spectacle, oui, c'est une histoire de bonne morale, mais la magie opère et l'émotion surgit plus d'une fois. J'ai même eu les larmes plus qu'aux yeux à la fin, et je n'étais pas la seule.
Et puis ce spectacle est une vraie madeleine de Proust. Lors de la scène de la mort de Mufasa, j'avais la gorge serrée. Et j'ai réalisé que ce n'était pas tellement dû à ce que je voyais, mais plutôt au souvenir qui revenait puissamment sur la tristesse que j'avais éprouvé la première fois que j'avais vu cette scène horrible au cinéma.

Un petit medley pour la route