Tag - le sacre du printemps

jeudi 29 mars 2012

Saison 2012-2013 : le Théâtre des Champs-Elysées

Après l'Opéra de Paris, le Théâtre des Champs-Elysées a dévoilé le 29 mars sa saison complète 2012-2013. Une saison bien particulière, puisqu'elle marquera les 100 ans de cette institution, ainsi que ceux de la création du ballet Le Sacre du Printemps, qui a eu lieu dans ce même théâtre.

Je ne détaille ici que la saison danse, l'intégralité de cette très riche programmation (concerts, opéras, récitals...) est à découvrir sur le site du Théâtre des Champs-Elysées.

Gala des Etoiles du XXIe siècle

Avec Polina Semionova et Dimitri Semionov (Ballet de l'Opéra de Munich), Rasta Thomas et Adrienne Canterna (étoiles internationales), Hélène Bouchet et Thiago Bordin (ballet de Hambourg), Evan McKie (Ballet de Stuttgart), Fabrice Calmels et Victoria Jaiani (Joffrey Ballet), Jason Janas et Juaane Taylor (New York Tap Stars) et Julien Lestel et Gilles Porte (Compagnie Julien Lestel).

Du 21 au 23 septembre 2012, trois représentations (Musique enregistrée).

C'est une habitude au Théâtre des Champs-Elysées : commencer sa saison danse par le Gala des Etoiles du XXIe siècle. Pour son édition 2012, on y retrouve avec plaisir quelques habitué-e-s, Hélène Bouchet, Polina Semionova et son frère Dimitri Semionov. Ses deux derniers sont d'ailleurs indiqués comme venant du Ballet de Munich. Est-ce dont la destination l'année prochaine de l'Etoile Russe, qui a annoncé quitter le Ballet de Berlin ? Evan McKie, présent cette année uniquement pour remplacer un danseur, est cette fois-ci d'office sur la liste, bravo ! Du côté des nouveaux, Fabrice Calmels et Victoria Jaiani représenteront le Joffrey Ballet, et je me réjouis de les découvrir (pour l'anecdote, lui est le frère d'une camarade de promotion). 

Le reste du casting est plus surprenant. J'avoue rester de marbre face aux duos que dansent Julien Lestel et Gilles Porte, déjà vus lors de galas. La présence de Rasta Thomas et Adrienne Canterna me laisse aussi plus que perplexe. Ce couple est connu pour porter le spectacle Rock the Ballet, certes sympathique mais pas vraiment ce qu'on attend d'un beau duo classique. La New York Tap Stars a l'air d'être du même acabit.



Sara Baras Ballet Flamenco

La Pepa, création 2012

Avec José Serrano, danseur invité, et le Sara Baras Grupo Flamenco.

Du 21 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 18 représentations.

Je ne connais pas du tout cette compagnie, mais j'aime beaucoup ce qui se fait en ce moment du côté du flamenco moderne, je suis curieuse de découvrir leur spectacle.



Eifman Ballet Théâtre de Saint-Pétersbourg

Auguste Rodin, création en France, sur des musiques enregistrées de Ravel, Debussy, Massenet et Saint-Saëns.

Du 16 au 18 mars 2013, trois représentations.

J'avais raté cette compagnie lors de leur dernier passage, à regret vu les très bons échos qu'elle rencontre sur le web. J'essayerai de ne pas les rater pour cette création. Rodin inspire les chorégraphes décidément, Russell Maliphant s'y est essayé cette saison à Chaillot, avec un succès mitigé.



Ballet du Théâtre Mariinsky

Trois ballets : Le Sacre du Printempsde Vaslav Nijinski, Le Sacre du Printemps de Sasha Waltz (création) et Le Fils Prodigue de George Balanchine. 

Orchestre du Théâtre du mariinsky, direction musicale Valery Gergiev.

Du 29 au 31 mars 2013, trois représentations.

Même si j'aurais préféré voir la troupe dans un grand ballet classique, c'est toujours un plaisir de voir danser le prestigieux Mariinsky, accompagné de plus par son orchestre. Ce spectacle s'inscrit dans la pleine lignée du 100e anniversaire, avec un double hommage au Sacre du Printemps. On y verra ainsi la première version, celle de Nijinski, qui avait tant fait scandale en 1913, et une nouvelle, celle de Sasha Waltz. Le tout sera accompagné par Le Fils Prodigue de Balanchine, que donnera également le Ballet de l'Opéra de Paris quelques mois plus tôt, il sera intéressant de comparer les deux styles.



Tanzttheater Wuppertal

Le Sacre du Printemps de Pina Bausch (musique enregistrée).

Un documentaire de 1987, Répétition du Sacre du Printemps, sera diffusé en guise de première partie.

Du 4 au 7 juin 2013, quatre représentations.

Voilà une soirée à ne pas manquer : le chef-d'oeuvre de Pina Bausch, sa vision du Sacre d'une puissance infinie, donnée par sa propre compagnie. Le documentaire diffusé avant, sur les répétitions, devraient être intéressant. Dommage que cette soirée, qui ne comprend finalement que 35 minutes de danse sur une musique enregistrée, soit au tarif le plus élevé.



Akram Khan Dance Compagny

In the mind of Igor, création inspirée du Sacre du Printemps de Stravinsky (musique enregistrée).

Du 24 au 26 juin 2013, trois représentations.

Allez, encore un peu de Sacre, c'est pour la centième ! Akram Khan aussi s'essayera donc à revisiter cette œuvre. Vertical Road, la dernière création avec sa troupe, avait été l'un de mes plus beaux spectacles la saison dernière, j'aime vraiment beaucoup le travail de ce chorégraphe. A ne pas manquer.



Sacred Monsters

Spectacle dansé en duo par Sylvie Guillem et Akram Khan.

Du 28 au 30 juin 2013, trois représentations.

Ce spectacle aurait dû être donné cette saison, mais une blessure d'Akram Khan a reporté le projet à l'année prochaine. Ce spectacle, un duo du chorégraphe avec Sylvie Guillem, a tourné dans le monde entier. Les critiques n'ont pas toujours été unanimes, mais je reste vraiment curieuse de voir le travail de ces deux artistes qui savent, au moins séparément, beaucoup me toucher



Les Saisons Russes du XXIe siècle

Le Coq d'or de Michel Fokine.

Avec Ilse Liepa, Evguenia Obraztsova, Andreï  Merkuriev, Andreï Batalov et Mikhail Lobukin.

Du 9 au 12 juillet 2013, quatre représentations.

Il s'agit là encore d'une des grandes habitudes du Théâtre des Champs Elysées. Les Saisons Russes du XXIe siècle durent depuis quelques années. Il s'agit de remonter le plus fidèlement possible des spectacles des Ballets Russes. Cette année, c'est donc Le Coq d'Or qui a été choisi, projet ambitieux. Méfiez-vous toutefois des distributions, les stars sont souvent annoncées au début avant de disparaître quinze jours avant la première.


En résumé, pas mal de choses intéressantes à voir la saison prochaine. J'aime bien cette programmation autour du Sacre, avec ni plus ni moins que la vision de quatre chorégraphes différents sur ce ballet qui a tant marqué l'histoire de la danse. Un grand colloque sur cette pièce sera d'ailleurs organisé au Théâtre des Champs-Elysées, les 30 et 31 mai 2013. D'autrs opérations spéciales pour le public, visites, rencontres, conférences, seront aussi organisées, et dévoilées en septembre prochain.

On peut toutefois regretter que, presque à chaque fois, les séries ne durent que trois ou quatre soirées. On peut également regretter les prix, élevés, surtout avec de la musique enregistrée, encore plus quand beaucoup de places sont pièges au Théâtre des Chmaps-Elysées. Dernier petit regret, il n'y aura pas de grands ballets classiques. Le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre s'en chargeait en général, mais il n'est pas invité cette année.

Et vous, que pensez-vous de cette saison ? Quel spectacle aimeriez-vous voir ?

lundi 12 décembre 2011

Le petit bilan d'actu, S05 EP11

Après quelques semaines d’absence, le petit bilan d’actu est de retour… en mode très réduit, en retard, et pour deux semaines, puisqu’il partira ensuite en vacances de Noël.

Le manque de temps m'a même fait rater les Démonstrations, que j'affectionne pourtant beaucoup. N'hésitez pas, à l'image de Jigara, de venir me raconter en commentaire de cet article vos impressions sur les prestations des Petits Rats, je suis curieuse de connaître vos avis.

En attendant, place à un nouveau livre, un parfum, une valse des distributions... et les gagnant-e-s qui ont remporté des places pour Rock The Ballet.

COTE ACTU

- La valse des distributions

Ces derniers jours ont été mouvementés du côté des distributions. La semaine dernière, Nicolas Le Riche se blesse dans Cendrillon. Tout est alors chamboulé, mais aussi pour le spectacle d’en face, Onéguine, où il devait faire quelques dates. Surprise, ce n’est pas un remplaçant qui prend sa place, mais une étoile de Stuttgart, Evan McKie. Volonté des ayant-droits de Cranko ou véritable impossibilité de trouver quelqu’un à sa hauteur ? Mystère.

oneguine-ciaravola.jpg
Mercredi, quelques heures avant la générale, une rumeur commence à courir, et sûrement à achever la Direction. Evan McKie, se serait blessé au dos, et resterait incertain. Sur Twitter, ça s’affole : qui va pouvoir sauver Onéguine ? L’habituel Superman, Karl Paquette, ne peut pas tout faire sur ce coup-là, étant déjà sur presque toutes les représentations. Même si, comme l’a twitté Jigara, "Peut-être que Karl Paquette dansera le Prince Grémine ET Onéguine ? Après tout il est plus à ça près". Le danseur de Stuttgart a néanmoins assuré la générale, et tout le monde croise les doigts pour que cela continue.

Le corps de ballet a aussi été mis à rude épreuve. Programmer deux grands ballets classiques, qui demandent beaucoup de monde, reste complexe. Tous les surnuméraires sont sur scène, ainsi qu’un certain nombre d’élèves de première division. Mais cela ne semblait pas suffire, puisque l’idée de recruter des élèves du CNSMDP a été évoquée par la Direction, avant finalement d’être abandonnée. Dure, dure cette fin d’année.

- Un projet Stéphane Bullion/Anne Deniau

Les amateur-rice-s de photographie vont être ravi-e-s. La photographe Anne Deniau, qui travaille régulièrement pour le Ballet de l’Opéra de Paris, publie lundi prochain un nouveau livre, 24 hours in a man's life, autour du danseur étoile Stéphane Bullion. Un projet très particulier, comme l’explique la photographe. "Une histoire sans paroles, ou presque. Une histoire transcendée par les musiques de Michael Nyman. Variations dans l’unité, variations nées d'un seul homme, variations pour un homme seul. Cet homme solitaire c'est un homme en mouvement, sous le regard d'une femme. 24 heures à passer seuls, ensemble, pour donner à voir ce que disent les heures".

24_hours_in_a_man__s_life.jpgLe livre sera disponible dès le 11 décembre à la boutique de l’Opéra de Paris, ainsi que sur Amazon.

Ce projet multiforme se déclinera également sous la forme d’une exposition et d’un film au printemps prochain. Un trailer est déjà disponible.   

- 2012/2013, l’année du Sacre du Printemps

En 2013, Le Sacre du Printemps, œuvre majeure dans l’histoire de la danse, fêtera ses 100 ans. Chorégraphié par Vaslav Nijinski pour les Ballets Russes, il a ensuite été réinterprété par de nombreux chorégraphes, et ça n’est pas près de s’arrêter en cette bientôt année anniversaire.

Jean-Claude Gallotta s’y est mis ainsi cette année. Son Sacre du Printemps a été créé en octobre 2011 à la MC2 de Grenoble, avant de passer par le Théâtre de Chaillot à Paris en avril. Julien Lestel prépare également une version de ce ballet pour l’automne 2012, comme il l’a récemment déclaré dans une interview aux Nouvelles Calédoniennes.

Du côté des rumeurs, Akram Khan pourrait se lancer la saison prochaine, tandis que le Théâtre des Champs-Elysées pourrait inviter le Tanztheater de Wuppertal, pour la célèbre version de Pina Bausch.

sacre.jpg
- Repetto se met en parfum

Après les tutus, les ballerines de ville, les sacs à main et une collection pour enfants, Repetto se lance désormais dans le parfum. La marque et le créateur de cosmétiques Interparfums ont ainsi signé un accord pour le développement et la création de lignes de parfums, qui devrait voir le jour en 2013. Ce produit devrait être "dans un registre poétique, glamour et ultra féminin", comme l’a expliqué Philippe Benacin, Président Directeur Général d'Interparfums. Les paris peuvent déjà être lancés : quelle étoile pourrait en être l’égérie ?


COTE AGENDA

Benjamin Pech
sera l’invité de l’émission culturelle de France 2 Avant-Premières, pour parler d’Onéguine. A voir le mercredi 14 décembre à 22h20.


COTE BLOG

- Qui remporte des places pour Rock The Ballet ?

Voici le nom des gagnantes. Emilie remporte deux places pour le 13 décembre, Audrey deux places pour le 14 décembre et Virginie deux places pour le 15 décembre. Merci de répondre au plus vite au mail que je vous ai envoyé. Merci également à tout-e-s les participant-e-s ! Je vais essayer de continuer ce genre de choses l'année prochaine, et de faire également gagner des places pour des spectacles en province.

- A lire la semaine prochaine sur Danses avec la plume

Plus de jeu-concours, mais de multiples comptes-rendus : Onéguine épisode 1 et 2, le Junior Ballet du CNSMDP, Forsythe… Et un point sur les spectacles à voir pendant les Fêtes de fin d’année. Bonne semaine tout le monde !

mercredi 6 avril 2011

La sortie ciné de la semaine : Pina de Wim Wenders

La chorégraphe allemande Pina Bausch est morte le 30 juin 2009. Depuis, elle n'a jamais semblé aussi vivante, tant ses ballets sont dansés. Les documentaires et films sur son travail se sont également multipliées. Le dernier en date ? Le très particulier Pina, réalisé en 3D par Wim Wenders, et qui sort le 6 avril dans les salles françaises. 

19679780.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110222_051742.jpg

Pina, ce n'est pas un film sur la danse, mais véritablement un film de danse. La danse en est le centre, et le reste, les personnages, le synopsis, tout se construit autour. Pina n'est pas un documentaire sur Pina Bausch, mais véritablement un film, une oeuvre cinématographique. Elle n'est plus là, et pourtant présente à chaque plan, dans chaque parole et chaque geste. Elle et sa danse sont l'essence du film. La question de comment filmer un ballet est donc posée. Et la réponse de Wim Wenders est parfois surprenante, avec de nouvelles approches très intéressantes. 

Pina se construit en quatre parties, autour de quatre de ses principales oeuvres : Le Sacre du Printemps, Café Müller, Kontakthof et Vollmond. La troupe les interprète presque en intégralité sur leur scène du Tanztheater de Wuppertal. Les ballets sont régulièrement entrecoupés des paroles des danseur-se-s. Ils-elles passent chacun-e- à leur tour devant la caméra. Ils-elles sont incroyablement différent-e-s, d'âge, de couleur de peau, de nationalité. Et ils-elles parlent de Pina. Il y en a qui racontent leur première rencontre, d'autres des traits de son caractères. Certain-e-s se souviennent des créations, de certains ballets. Tous et toutes ont en tête quelque chose qu'elle leur a dit un jour, et qui les a profondément marqué.

D'autres scènes, bien plus étranges, viennent s'intercaler. Seule-e, en duo ou par petits groupes, des danseur-se-s de la troupe dansent un extrait qu'ils-elles aiment bien, un ballet de la chorégraphe qui leur tiennent à coeur, ou juste une improvisation. Ils-elles sont filmés dans Wuppertal. Certaines scènes sont tournées en pleine forêt, mais la plupart ont lieu dans la ville. Qui n'est pas vraiment une réussite architecturale. Mais ces lieux dénués de charme, un carrefour plein de voitures, une rame de métro suspendu, une plaque de béton, prennent tout d'un coup une dimension poétique dès que les artistes se mettent à danser. 

19679778.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110222_051741.jpg

Les quatre ballets sont filmés de façon bien distinct. Le Sacre du Printemps, qui ouvre le bal, est pour moi le plus intéressant cinématographiquement. Pour la première fois, le ballet n'est plus filmé à plat, de face, mais de l'intérieur. La caméra n'est plus juste un instrument de captation, elle devient un regard omniscient, comme lors de son long travelling descendant vers la terrifiante robe rouge. Elle prend ensuite la place d'un danseur, devenant un personnage du ballet. Résultat : le public est plongé au coeur de l'oeuvre, au coeur de l'action. J'ai vu un certain nombre de fois Le Sacre du Printemps, mais jamais de cette façon là. C'est saisissant.

Café Müller montre plutôt le côté danseuse de Pina Bausch. Elle était aussi sur scène, surtout à ses débuts. La chorégraphie d'aujourd'hui se mélange à de nombreuses images d'archive. Les deux se superposent à trente ans d'écart. C'est bien le même ballet, et pourtant tout est différent.

Kontakthof, c'est plutôt la danse sans frontière. Pina Bausch faisait danser des gens de tous horizons sur scène. Cette version est un autre mélange, celle de la version d'aujourd'hui, celle dansée par les séniors et celles des ados immortalisée par le film Les rêves dansants d'Anne Linsel et Rainer Hoffmann. Le montage est fait d'une telle façon qu'aux yeux du-de la spectateur-rice, il ne s'agit que d'un seul ballet, et les trois troupes se mélangent à l'écran avec un stupéfiant naturel. 

Vollmond est peut-être le ballet tourné de la façon la moins originale. L'idée est d'être au plus près des danseur-se-s, dans un ballet qui fait beaucoup appel aux choses terriennes, avec beaucoup d'eau et une énorme pierre en guise de décor.

19679776.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110222_051740.jpg

Le tout est filmé en 3D. Je ne suis pas experte en cinéma, mais j'ai toujours été très réticente à cette technologie. Je ne vois pas ce que ça apporte, et ça me fait mal aux yeux. Lors de la rencontre avec Wim Wenders, le réalisateur semblait transporté par la 3D. Pour lui, c'était la solution pour sortir de la froideur que sont souvent les captations de danse. Pina est tout sauf un film froid. Mais ce n'est pas grâce à la 3D, mais à la formidable façon qu'a le réalisateur de filmer ce qu'il voit. Et c'est encore plus marquant dans Le Sacre du Printemps. Si l'on vit si intensément ce passage, ce n'est pas grâce à la nouvelle profondeur de champs, mais à cause de la caméra qui se glisse au coeur du ballet. Rien qu'à cause de l'inventivité du réalisateur. Gros manque d'orgueil pour Wim Wenders.

L'oeuvre de Pina Bausch n'est pas forcément très facile d'accès. Le film non plus d'ailleurs. Certain-e-s spectateur-rice-s vont peut-être se perdre en route. Il reste tout de même que Pina est l'un des plus formidables documentaires sur la danse que j'ai pu voir. Le réalisateur n'a pas cherché à retracer la vie de la chorégraphe ou de faire une rétrospective de son oeuvre. Il a voulu montrer qui elle était au plus profond. Et quoi de plus révélateur que ses chorégraphies ? 

dimanche 19 décembre 2010

Soirée Balanchine/Brown/Bausch, épisode 2

On ne perd pas le rythmez avant les vacances de Noël, et on enchaîne avec le compte-rendu de la soirée Balanchine/Brown/Bausch au Palais Garnier, du mardi 14 décembre.

Apollon, de George Balanchine

Mathieu Ganio était sans conteste un très bon Apollon. Mais face à Nicolas Le Riche (à qui il faudrait que je trouve un pseudo à la hauteur de son talent, quelqu'un aurait-il une idée ?), il montre qu'il a encore du chemin à faire, surtout sur le plan de l'interprétation.

Nicolas Le Riche joue un Apollon tout en finesse, avec ce qu'il faut de second degré et de profondeur pour rendre ce ballet, apparemment sans prétention, un très joli moment. Plus qu'un Dieu Soleil, l'étoile joue plutôt un Dieu des arts, qui intronise les trois muses plus pour la nécessité de la création que pour le plaisir d'avoir trois groupies à ses pieds. Il donne en plus une modernité très particulière à la chorégraphie, on aurait dit une rock-star au début avec son instrument de musique (qu'est-ce que c'est, d'ailleurs ?), faisant le show avec sa guitare électrique.

Les rois muses de ce soir étaient très différentes de la première, moins homogènes, mettant plus en avant leur personnalité. Aurélia Bellet et Ludmila Pagliero sont restées dans le premier degré, mais s'amusant beaucoup avec la chorégraphie. Un plutôt bon moment que leur variation, sans toutefois crier au génie.

Agnès Letestu apparait clairement comme leur chef. Délicieuse à chacun de ses pas, Reine Agnès a encore dominé, par son style, son élégance, et son interprétation tout en finesse et en humour. Car ne nous y trompons pas, celle qui décide, c'est elle, certainement pas Apollon. Si elle obéit à ses gestes au début, elle prend le contrôle au moment du pas de deux de façon très clair. C'est elle finalement qui inspire Apollon, qui lui donne l'impulsion, la force et l'imagination d'introniser ces trois muses. Un très joli moment.

O Zlozony / O Composite de Trisha Brown

danse_zlozony_garnier.jpg
Malgré la présence de la sublime Isabelle Ciaravola, très en forme, encore une fois je n'ai pas accroché. Le trio, complété par Vincent Chaillet et Josua Hoffalt, était assez homogène, contrairement à la première qui montrait plutôt trois fortes personnalités en opposition. Mais rien n'y fait, je reste sur le palier.

J'avais un peu bossé le programme avant. D'après ce que j'ai compris, la chorégraphe a inventé plusieurs alphabets corporels, liés à la musique. J'ai essayé de les retrouver, pour passer le temps, mais sans véritable succès. J'ai en fait plus l'impression d'avoir assisté à une sorte d'expérience chorégraphique, presque scientifique. Je ne doute pas que cela ait été très intéressant pour Trisha Brown et ses interprètes, mais ne s'agirait-il pas là d'un plaisir égoïste, qui ne tient pas vraiment compte du public ?

Le Sacre du Printemps de Pina Bausch

Deuxième Sacre, deuxième grand frisson... Je sens que c'est le genre d'oeuvre dont je ne pourrais jamais me lasser, que j'aurais l'impression de redécouvrir à chaque fois.

J'étais placée assez différemment de la première, et je me rendais beaucoup mieux compte des ensembles. Je ne sais pas si c'est à cause de ça, mais j'ai perçu une dimension féministe que je n'avais pas vu la première fois. Les femmes font preuve de plus de personnalités, quand les hommes sont plus sous l'emprise du grand maître, ou du destin. Pourtant, ce sont eux qui dominent, par leur violence (notamment dans la scène du viol), leur force et la tradition, donnant au spectateur-rice-s, tout du moins à moi, un sentiment de colère et d'injustice.

Eleonora Abbagnato est une Elue très différente de Miteki Kudo, il est très difficile d'établir une référence entre les deux interprétations.

eleonora-abbagnato-sacre-du-printemps.jpg
Eleonora Abbagnato se sacrifie d'elle même. Elle n'hésite pas à aller vers le Gourou avec la robe rouge. Peut-être n'a-t-elle pas peur de mourir. Elle ne craint pas en tout cas d'être choisie, parce qu'elle est persuadée d'une chose : ses camarades, si solidaires face aux hommes, vont forcément venir l'aider.

Sauf que, dès qu'elle est choisie, les voici qui font front contre l'Elue, et se remettent sous l'emprise du maître. 

Pour l'Elue, c'est l'incompréhension, l'hébétude, la colère, le refus d'y croire. Et enfin la folie face à une tel retournement, quelque chose qu'elle n'avait jamais voulu croire possible. Une folie qui finit par la tuer, plus que l'acte sacrificiel. Tout ça ne vous rappelle rien ? Et oui, nous sommes en plein dans Giselle, la scène du sacrifice m'a en tout cas énormément fait pensé à celle de la folie.

Ainsi, quand Wilfried Romoli la pousse par les épaules, lui fait faire le tour de la scène, Eleonora Abbagnato ne se débat pas. Trop terrassée d'être laissée tomber, elle se laisse faire, se contentant de dévisager chacune des personnes, demandant de l'aide. Et comprenant à la fin qu'elle ne viendra pas, sombre dans la folie. Et meurt dans l'indifférence, et un certains soulagement de ses anciennes comparses.

Encire une fois, je parle beaucoup de la soliste, mais chacun-e- des danseur-se- est à féliciter. J'espère pourvoir retourner voir cette soirée fin décembre, je suis curieuse de savoir quel parti pris aura choisi Alice Renavand. 

© Photos 1 : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

- page 1 de 2