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jeudi 1 mars 2012

Mamma mia, here I go again…

Mardi 21 février 2012. Mamma Mia ! de Bjorn Ulvaeus, Benny Anderson et Catherine Johnson, au Théâtre Mogador. Avec Gaëlle Gauthier (Sophie), Sophie Delmas (Donna), Francis Boulogne (Paul), Jérôme Pradon (Sam) et Alain Wilmet (Henri).

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Mamma Mia !... We were in Greece. We danced, I was gay and we were happy”. Le discours de Colin Firth lors de la dernière cérémonie des Oscars est plutôt approprié pour démarrer cette review de Mamma Mia ! Une comédie musicale sucrée, légère, où le second degré est obligatoire pour passer une plutôt bonne soirée.

Stage Entertainment, la maison de production, a appliqué à Mamma Mia ! les mêmes méthodes infaillibles qui ont fait le succès du Roi Lion. A savoir :

- un spectacle international, compréhensible par les touristes, pouvant donc se poser pour plusieurs mois dans un même théâtre, et avoir ainsi plus de moyens.

- Des chansons ayant déjà prouvé leur efficacité depuis au moins une dizaine d’années (on est plutôt dans la bonne trentaine pour ce cas présent, le temps passe les enfants). 

- Un vrai bon casting. En France, les véritables artistes de comédie musicale, donc des gens capables de chanter, danser et jouer la comédie, sont rares. Et c’est simple, ils-elles sont tous et toutes et toutes engagé-e-s dans les productions de Stage Entertainment.

- Une adaptation française intelligente. Pas facile de traduire en français des chansons aussi connues, le travail de Nicolas Nebot (chansons) et Stéphane Laporte (livret) reste toujours réussi. J’avais pu interviewer ce dernier il y a quelques temps, ses propos sont très intéressants.

- Une mise en scène copiée-collée sur la version originale. Pas de prise de risque, pas de propos politiquement incorrect mais beaucoup de bon sentiments… et un minimum d’humour. 

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Le résultat donne un spectacle pour le moins efficace. Chacun-e  connait l’histoire avant de venir. Une jeune femme, vivant sur une île grecque paradisiaque, va se marier. Elle invite trois anciens compagnons de sa mère, dont l’un doit être son père. Sa mission ? Savoir qui est son géniteur en 24 heures, pour lui tenir le bras devant l’autel. Le tout sur les chansons dAbba.

L’histoire reste bien ficelée, et il faut reconnaître que l’énergie – et le bon niveau – de la troupe mettent irrémédiablement de bonne humeur. Des pointes d’humour, une touche de gay friendly et des chorégraphies sympathique emportent le tour facilement. 

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Mais même si les tubes d’Abba sont d’une efficacité redoutable, musicalement, cela reste parfois difficile. On se prend à regretter les thèmes jazzy des comédies musicales à l’ancienne, ou la certaine finesse de la partition d’Avenue Q vue récemment. Surtout que la sonorisation, poussée à fond sans beaucoup de nuance, ne facilite pas l'écoute. C'est vite l'overdose de synthés et de guitares électriques grésillantes.

Cams le faisait remarquer justement en commentaire de la chronique de Shrek. Même si ces musicals restent bien ficelés, quel dommage que les productions françaises se contentent d’importer les grands succès commerciaux d’aujourd’hui, en laissant de côté tous ces petits bijoux des années 1960. Les véritables classiques des comédies musicales.

samedi 24 juillet 2010

Fame, Le Roi Lion, Mamma Mia ! ... Comment traduit-on toutes ces comédies musicales en français ?

La comédie musicale Fame a repris du service depuis le 21 juillet, au Casino de Paris. Il s'agit de la version traduite en français. Pour mon job, j'ai pu interviewer Stéphane Laporte, celui qui s'est justement occupé de son adaptation. Il s'était également occupé, ente autres, de la traduction du Roi Lion, d'Un violon sur le toit, et sera chargé à la rentrée de celle de Mamma Mia ! Voici l'nterview dans son intégralité.

Comment êtes-vous arrivés à travailler sur toutes ces comédies musicales ?

J’ai une passion qui dure depuis longtemps. Sans prétention, je me sens investi d’une mission. Il faut que la France se rende compte à quel point ce genre est formidable ! Oui, on peut raconter des choses en mélangeant chansons et théâtre. Ma première adaptation a été celle de Titanic, en 2000, bien avant que le genre ne débarque en France.

Qu'est-ce qui est globalement le plus dur dans ce travail ?

C'est différent à chaque fois. Parfois c’est le livret, comme pour Grease ou Fame. Parfois ce sont les chansons. Il faut en tout cas trouver quelque chose à mettre sous la dent des comédiens.


Comment êtes-vous arrivés sur la comédie musicale Fame en 2008 ?

De façon très simple, par une commande trouvée par mon agent. J'ai rencontré l'équipe. Sur ce projet, j’ai travaillé avec Danielle Mathieu-Bouillon, à l’époque co-directrice du Théâtre Comédia, où a été joué Fame.

Traduire Famevous a pris combien de temps ?

Le travail a duré trois mois, plus toute la durée des répétitions.

Beaucoup de choses changent durant les répétitions ?

C'est un travail aussi important. On a changé pas mal de choses, aussi bien des petits détails, quelques mots, de petites révisions, que des choses plus importantes. C’est aussi une question de sonorité. Le français est plus dur à chanter que l'anglais, il y a certains son très particuliers. On a aussi dû faire avec la technique des chanteurs, différente selon chacun. Par exemple, une femme pourra plus facilement chanter le son "i" dans les aigus.

Les chansons ont donc été moins dures à traduire que le livret ?

Contrairement à ce qu'on pense, le plus dur à faire n’a pas été les chansons, puisqu’elles étaient toutes originales. Le plus difficile a été le livret. Sans vouloir être péjoratif, ce n’est pas vraiment du Shakespeare. C’est écrit dans un langage très parlé, très utilisé dans les chansons et les comédies musicales américaines, mais dont on n’a pas forcément l’habitude en France. Et puis il faut non seulement trouver un ton général à la pièce, mais aussi un ton pour chacun des personnages. Ce sont pratiquement tous des jeunes, mais ils ne parlent pas tous de la même manière. Par exemple Tyrone, le danseur afro-américain qui vient des quartiers pauvres, ne s'exprime pas de la même façon que le comédien Nick.

La chanson Famequi porte le spectacle est connue de tou(te)s. Elle est chantée en français durant le spectacle, et en anglais pour le final. Comment s'est fait ce choix (ndlr : dans le sens inverse dans la version 2010) ?   

La chanson était même chantée en français et en espagnol lors des premières représentations. Je l’avais laissé en français car elle racontait quelque chose dans le spectacle, elle servait l'histoire. On doit traduire les chansons, il est important que les gens comprennent ce qui se passe. Pour la fin, je l’ai laissée en anglais, pour laisser une impression beaucoup plus forte aux spectateurs, comme lors d'un concert. 

Dans Greasepar contre, il y a beaucoup plus de chanson en anglais...

C'est vrai, car toutes ne racontaient pas l’histoire. J’avais même traduit l’une des chansons en français, l’un des gros tubes du film. Mais la production m’a demandé de la laisser en anglais.

Le Théâtre du Châtelet s'est lui aussi remis aux comédies musicales, mais en les laissant dans leur texte d'origine, avec sous-titre. Qu'en pensez-vous ? 

Le Châtelet est avant tout une maison d’opéra, et fait donc des choses très différentes. Dans un opéra, l'histoire est un moyen, la musique est une fin. C’est l’inverse pour les comédies musicales. Ça ne nous viendrait pas à l’esprit de jouer une pièce anglaise en version originale. C’est pareil pour les comédies musicales.


Le Roi Liona été la pièce que vous avez traduite qui a connu le plus gros succès (1 million de spectateurs en trois ans). Beaucoup de spectateurs ont été surpris de retrouver les mêmes chansons que dans le dessin animé, mais avec des paroles différentes.

Julie Taymor, la metteuse en scène, considérait que le spectacle et le dessin animé étaient deux choses différentes. Par exemple au début, elle a insisté pour que ce soit Le cercle de la vie, et pas L’histoire de la vie, comme dans le film. C’était très important, car basé sur des aspects visuels du spectacle, qu’on ne retrouvait pas dans le long-métrage.

Comment fait-on pour ne pas être influencé par le film ?

Je me suis obligé à ne pas voir le dessin animé en français avant la première de la comédie musicale. Mais c'est vrai que ce changement a parfois choqué de façon très violente les spectateurs, j’ai eu parfois des critiques très dures. Mais quand on travaille avec Julie Taymor, qui est une telle personnalité dans le monde des comédies musicales, on ne se pose pas de question.

Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans ce spectacle ? 

Pour moi, ça a vraiment été la chanson Can you feel the love tonight. Elle a été oscarisée, elle est connue de tous. Elle m’intimidait beaucoup. C’est d’ailleurs la chanson que j’ai travaillé en dernier. Je n’ai rendu ma copie que quelques jours avant le début des répétition.

Votre prochain projet est l'adaptation de Mamma Mia !, une comédie musicale basée sur les grands tubes d'Abba. La question de la nécessité de la traduction ne s'est-elle pas posée ?
 
Pour Mamma Mia !, je ne fais que le livret. Les chansons sont adaptées par une autre personne. On est parti du principe que la production a toujours traduit le spectacle, dans tous les pays où le spectacle a été donné. En Suède, le pays d’Abba, les chansons ont donc été traduites en suédois. C’est une obligation.

Ce n'est pas trop dur de traduire des chansons aussi connues ?

Le livret est vraiment bien fait, et toutes les chansons sont très bien intégrées à l’histoire. Comme elles racontent vraiment quelque chose, ce n’est pas gênant de les traduire. Et puis les gimmick restent, comme "Dancing Queen" ou "Gime, Gime, Gime".

Comment se passe cette adaptation ?

On a commencé à travailler début juin. On vient de rendre nos copies, et on démarre les répétitions début septembre. On a d'abord travaillé avec la production française. Puis on enverra à la production anglais, qui supervise toutes les adaptations, une version traduite en anglais de notre travail.

Autrement dit, vous allez traduire un livret de l'anglais au français, puis le retraduire du français à l'anglais pour la production. Il y a de si gros changements ?

Pas mal en fait. On ne peut pas traduire mot à mot, on est obligé d'adapter. La langue anglaise ne fait par rire sur les mêmes choses. C’est une langue très précise, il suffit parfois d’une syllabe, d’une sonorités pour faire rire. Ce qui n’est pas du tout le cas du français. 

Deux mois avant le début du spectacle, cela donne quoi ? 

La personne qui s'est occupée des chansons a terminé l'adaptation. On a beaucoup travaillé ensemble, on était notre premier public. Je peux vous dire qu'il a fait un excellent job. Il a beaucoup travaillé sur les sonorités équivalentes, pour rappeler les sons anglais des chansons, malgré les nouvelles paroles en français. Quand au livret, maintenant qu’on a les dialogues, c’est devenu une sortie de vaudeville. Un genre très français finalement.