
Il fallait être motivé-e pour se rendre à Versailles en cette pluvieuse soirée de novembre. La bonne heure de trajet ainsi que les 20 minutes sous la pluie pour aller au Château auraient de quoi en décourager plus d'un-e. Et il n'est pas vraiment sûr que cette soirée valait de tels efforts. Ou tout du du moins par pour le ballet en lui-même, loin d'être l'oeuvre du siècle.
Commençons toutefois par quelque chose de positif : le lieu. Rentrer par la grande allée au Château de Versailles est en soi un petit plaisir, même en escarpins sous les pavés glissant. Un hall banal avec des panneaux rappelant que nous sommes dans un musée, un couloir de vielles pierres nues...
Et l'émerveillement une fois la porte poussée. L'Opéra Royal de Versailles est un superbe écrin baroque, tout d'or et de taffetas vêtus. Un véritable petit saut dans le temps. Ici, le public n'a pas le droit de poser un parapluie mouillé par terre, de mettre son manteau sur la rambarde, ou de prendre des photos de la salle en flash, même avant que le spectacle ne commence. Tout est là pour rappeler que nous sommes dans un lieu historique, et que cette Marie-Antoinette, avant d'être sur scène, occupait nos sièges.

Si la salle est magique et haute de plafond, elle reste petite, et peut accueillir à peine 500 spectateur-ri-ce-s. Le bruit est ainsi étrangement feutré, comme si personne n'osait parler. Manuel Legris est au premier rang, pas forcément le plus à l'aise du monde dans son costume-cravate, et visiblement tendu. Il s'agit après tout de son retour à Paris.
Depuis 1 an 1/2 qu'il a pris la tête du Ballet de Vienne, il n'a eu droit qu'à de bons échos dans la presse. Mais le public de Garnier veut désormais se faire sa propre idée. Dans le public, beaucoup de gens du coin, et sûrement beaucoup d'habitué-e-s à entendre les chaleureux applaudissements que l'étoile a recueilli en fin de spectacle. Agnès Letestu, qui a fait les costumes, est là, Mathias Heymann aussi, Brigitte Lefèvre a séché.
Donner le ballet Marie-Antoinette dans cet Opéra de Versailles, il n'y avait pas meilleure idée de programmation. Pour ce ballet, son premier long spectacle, Patrick de Bana n'a pas voulu raconter historiquement la vie de la souverain décapitée, mais plutôt son état d'esprit. L'oeuvre reste tout de même très linéaire, avec des scènes bien définies (A la cour de Vienne, Bienvenue en France, Attaque de Versailles, La prison, etc.). Mais les scènes sont entrecoupées de duos entre l'ombre de Marie-Antoinette et le destin, présent-e-s également dans de nombreuses scènes pour jouer avec l'avenir des personnages.

L'idée en soi est bonne, et fonctionne plutôt bien. Dommage que la chorégraphie soit d'un ennui abyssale. Patrick de Bana a choisi du néo-classique très classique, e qui en soi n'est pas un mal, mais sans inventivité, musicalité, et très répétitif, ce qui l'est beaucoup plus. Le tout n'est pas aidé par des extraits musicaux archi-basiques et archi-entendus.
Le chorégraphe semble en plus avoir eu du mal à se poser dans un style. Tout le monde est sur demi-pointe, mais la chorégraphie, tout en élévation et en bas de jambe, n'appelle que les pointes. Ce choix de chaussons reste difficilement compréhensible, et m'a personnellement gênée une bonne partie de la soirée. Les duos entre le destin et l'ombre, dans une veine contemporaine bien plus affirmée, restent ainsi les moments les plus intéressants du ballet. On y voyait enfin un peu de personnalité, ce qui manquait cruellement au reste de la chorégraphie.
Patrick de Bana a visiblement voulu une chorégraphie grand public, qui ne heurte surtout pas le-la spectateur-rice. Mais faire un ballet très accessible en utilisant le langage classique n'empêche pas la créativité, comme le montre depuis deux semaines Jean-Guillaume Bart au Palais Garnier.

Toutefois, la soirée fut tout de même intéressante grâce à la compagnie, une très bonne troupe dotée de fortes personnalités. Le livret étant tout de même bien pensé, chacun a pu proposer une interprétation, et faire vivre l'histoire malgré tout.
Olga Esina est ainsi une délicieuse Marie-Antoinette, avec une ressemblance avec Kirsten Dunst non dissimulée. C'est au début une gamine, qui ne se rend compte ni de sa féminité, ni de son pouvoir. La jeune fille s'amuse, se retrouve poussée dans les bras de Louis XVI par le destin, devient femme au Trianon avec Fersen, regarde horrifiée l'attaque de son Château, et finit par une longue nuit de réflexion en prison. Les deux rôles masculins ne sont pas moins investis, tout comme Madame Elisabeth, la compagne des tous les instants.
Mais les deux révélations de la soirée furent sûrement, avec Olga Esina, le couple destin/ombre, à savoir Kirill Kourlaev et Alice Firenze. Peut-être aussi parce qu'il-elle-s avaient la partie la plus intéressante à danser, et étaient donc mieux mis en valeur. Le duo a fait preuve de beaucoup de présence et de virtuosité, apportant toute la violence à l'histoire. Kirill Kourlaev fut d'ailleurs, et de loin, le plus applaudi des artistes.

Mention spéciale toutefois à toute la troupe, qui affichaient beaucoup d'envie et d'investissement, doublée d'une belle ligne classique pour tou-te-s. Vivement de les voir dans un ballet plus consistant.
Marie-Antoinette par le Ballet de l'Opéra de Vienne, à l'Opéra Royal de Versailles jusqu'au 5 novembre.









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