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vendredi 30 mars 2012

La Bayadère : épisode 2

Mercredi 28 mars 2012. La Bayadère de Rudolf Noureev par le Ballet de l’Opéra de Paris, à l’Opéra Bastille. Avec Myriam Ould Braham (Nikiya), Florian Magnenet (Solor), Charline Giezendanner (Gamzatti), Allister Madin (L' Idole dorée), Héloïse Bourdon, Valentine Colasante et Sabrina Mallem (les trois Ombres), Eléonore Guérineau (Manou), Cyril Mitilian (L' Esclave), Axel Ibot (Le Fakir), Eric Monin (Le Rajah), Yann Chailloux (Le Grand Brahmane), Héloïse Bourdon et Sébastien Bertaud (les Indiens).

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N.B. : Les photos des saluts sont de Blog A Petits Pas.

Passer une bonne soirée, lorsque l’on s’attend à ce que cela soit une bonne soirée, est toujours agréable. Ouf ! Les espoirs placés dans la distribution choisie avec minutie n’ont pas été déçus. Se laisser surprendre et trouver une qualité là où on ne l’attendait pas se savoure également.

La représentation de La Bayadère du 28 mars est un peu un mélange de tout ça. Une réussite attendue et une surprise. Le public était majoritairement composé d’habitué-e-s, qui comme moi attendait avec impatience la prise de rôle de Myriam Ould-Braham en Nikiya. Mathilde Froustey aurait également dû y faire ses premiers pas en Gamzatti, mais pour cause de blessure, c’est finalement une autre Sujet, Charline Giezendanner, qui a eu la chance d’étrenner ce rôle. 

Dès son entrée, voilée, Myriam Ould-Braham a rayonné. Sa technique sûre et toute en finesse a fait des merveilles au premier acte. Sa variation de Nikiya n’est pas vraiment spectaculaire, mais son sens du mouvement, sa musicalité, le soin apporté à chaque détail des mains et des poignets, en ont fait un petit moment de grâce.

Artistiquement, Myriam Ould-Braham a choisi d’être une Nikiya très romantique, féminine, presque glamour dans ce bustier serré. Loin des héroïnes éthérées et farouches, elle en a fait une femme sûre d’elle et de son amour, véritable princesse sans en avoir le sang. Sa pantomime très lisible, comme toutes celles des seconds rôles d’ailleurs, ont fait passer cet acte à toute vitesse, malgré un corps de ballet féminin qui semblait fatigué.

Myriam Ould-Braham a en plus la qualité de bonifier ceux qui l’entourent. Florian Magnenet, dont je n’attendais rien, a ainsi beaucoup surpris. Sans parler d’une ébouriffante flamboyance dans ses variations, il a montré ce soir-là une qualité que je ne lui connaissais pas : de la crédibilité dans sa pantomime.

Sans en faire trop, il a su se glisser dans la peau de Solor, sincèrement amoureux de Nikiya, mais trop timide face au pouvoir. Leur couple fonctionnait ainsi très bien, et restait très touchant tout au long du ballet. L’adage du premier acte, bien souvent un peu longuet, était ainsi indéniablement l’un des plus jolis moments du ballet.

Visiblement, Myriam Ould-Braham et Florian Magnenet ont eu le temps de travailler ensemble. Remplacer quelqu’un au pied levé reste un exploit, mais voir un partenariat qui n’a pas l’air d’improviser sur scène, cela fait du bien aussi. L’entente était là, aussi bien techniquement qu’artistiquement.

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Le premier acte a aussi vu l’arrivée de Charline Giezendanner, qui n’a visiblement pas travaillé dans les mêmes conditions. Sa Gamzatti faisait bien plus enfant pourri-gâté que princesse altière. Ceci-dit, au début, cela ne gêne pas vraiment à l’histoire une fois la surprise passée. La confrontation avec Nikiya, par contre, manquait de force de son côté, la lutte était inégale. Difficile de se battre pour un homme lorsque l’on a l’impression qu’elle parle d’un  jouet. Mais l’on ne peut reprocher quoi que ce soit à la danseuse, qui n’a eu qu’une semaine pour répéter, et qui s’est sortie de cette difficile prise de rôle plus qu’honorablement.

Malgré la fatigue du corps de ballet, le deuxième acte a été sauvé par de très bons seconds rôles. Allister Madin a dansé une Idole Dorée de haute tenue, précise, avec beaucoup de style. Eléonore Guérineau était adorable en Manou, et Héloïse Bourdon surprenant en Indienne. On ne la voit que dans des rôles lyriques, mais elle en jette aussi dans un moment de caractère.

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La Gamzatti de Charline Giezendanner a un peu plus souffert. Si techniquement la danseuse s’est montrée très sûre, le résultat est resté trop scolaire, trop petite fille, et le public n’a pu être emporté. Florian Magnenet, qui n’avait personne pour le tirer vers le haut, s’est réduit au minimum. Dommage, ce grand pas d’action, qui fait tellement d’effet, est resté trop gentil.

Myriam Ould-Braham a par contre continué de tenir son rôle. Sa variation tout en cambrés était rempli d’émotion, et sa mort empoisonnée très juste. La danseuse n’en fait jamais trop dans le drame, et sait rester naturel. A tort ou à raison ?  Du dixième rang, son jeu était saisissant, mais atteint-il le fin fond du deuxième balcon…

Florian Magnenet a lui aussi été juste. On le sent tout du long toujours amoureux de Nikiya. S’il accepter d’épouser Gazmatti, c’est bien plus par la peur de désobéir que par pure tromperie. Son Solor, sans tomber dans la naïveté, y gagne en sincérité, et sait rester touchant. "So Cute" serait l'adjectif parfait

Le troisième acte fut un très beau moment. Si la descente des Ombres fut un peu laborieuse, le reste resta de haute tenue, et fit oublier les trois ombres honnêtes-sans-plus. Myriam Ould Braham y a pour sa part déployé tout son lyrisme, montrant comme jamais ses si belles qualités de ballerine classique. Véritable étoile, elle a illuminé ce troisième acte, porté par un orchestre qui a sublimé la musique de Minkus. Florian Magnenet a plus servi de faire-valoir pour le coup, mais leur partenariat est resté équilibré. 

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C’est définitivement ce couple, et leur façon de travailler ensemble, qui a porté cette soirée. Chacun y a déployé non seulement de l’assurance, mais aussi de la personnalité et beaucoup de complicité. En espérant qu’ils aient la même chance de travail sur L’Historie de Manon, même si Floriant Magnenet risque de montrer plus facilement ses limites de comédien dans ce prochain ballet.

mardi 6 mars 2012

La Bayadère : qui voir danser sur scène ?

Après avoir été donnée il y a à peine deux ans à Garnier, La Bayadère est de retour à l'Opéra de Paris, mais à Bastille. Ce grand ballet de de Rudolf Noureev, son dernier, y sera donné du 7 mars au 15 avril.

Et les distributions, pour un-e danse addict, sont plutôt alléchantes. Peu d'étoiles seront ainsi sur scène, mais beaucoup de Premiers et Premières danseuses ainsi que quelques Sujets prometteurs, que l'on attendait impatiemment dans un grand rôle. Enfin un peu de sang neuf, de nouveautés ! Et tant pis si le nombre d'étoiles n'atteint pas des sommets, je me réjouis d'avance de cette série, d'autant plus après la répétition publique.

A la veille de la première, faisons donc le point sur les distributions.

Les rôles principaux

Aurélie Dupont (Nikiya), Josua Hoffalt (Solor) et Dorothée Gilbert (Gamzatti) : les 7, 17, 20 et 22 mars.

Quelle belle distribution pour la première ! Aurélie Dupont, plus en forme que jamais cette saison, brille à chacune de ses apparition sur scène, et le rôle de Nikiya lui va particulièrement bien. Même constat pour Dorothée Gilbert, dont le piquant et les fabuleuses qualités techniques semblent être faites pour Gamzatti. Josua Hoffalt y fera sa prise de rôle, un début alléchant en vue de ses dernières prestations. Un beau trio, brillant, à la hauteur d’une compagnie d’excellence.

Les voix de l’Opéra de Paris sont impénétrables, mais pour beaucoup d’observateurs et observatrices, nul doute que cette distribution sera triplement étoilée lors de la diffusion en direct dans les cinémas, le 22 mars.

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Emilie Cozette (Nikiya), Karl Paquette (Solor) et Laura Hecquet (Gamzatti) : les 10, 19, 24 et  27 mars, le 9 avril.

Il suffit de peu d’arguments pour comprendre que cette distribution est celle qui m’enthousiasme le moins. Karl Paquette est un danseur honnête et sympathique, mais il lui manque à mon goût cette brillance pour faire rêver dans ce genre de rôle. Emilie Cozette ne m’a jamais inspirée, et au vu de la répétition publique, ce n’est pas avec Nikiya qu’elle me convaincra. Sans compter que leur partenariat, vu dans Le Lac des Cygnes la saison dernière, n’était pas particulièrement transcendantale.

Mais juger avant de voir, c’est mal. A force d’éviter Emilie Cozette, et aussi par sa blessure qui l’a longtemps éloignée de la scène, cela fait très longtemps que je ne l’ai pas vu danser. Je suis aussi très curieuse de découvrir le travail de Laura Hecquet dans Gamzatti, qui semble avoir une belle autorité pour donner toute la saveur à ce rôle. Une petite place pas chère shoppée sur Ze pass a achevé de m’emmener à Bastille pour ce trio.

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Myriam Ould-Braham (Nikiya), Florian Magnenet (Solor) et Mathilde Froustey (Gamzatti) : les 28 mars, 11 et 15 avril (matinée).

*Cris hystériques*. *Addict of Princesse Myriam forever*. C’est une règle : quand Myriam Ould-Braham a le droit à un grand rôle, ce qui est plutôt rare, on y va, et puis c’est tout. Quelle belle surprise aussi de laisser, enfin, Mathilde Froustey s’exprimer dans ce genre de personnage. Je ne suis pas la première fan de cette danseuse, que je trouve assez limitée artistiquement. Mais il faut bien reconnaître qu’elle a, indéniablement, ce qu’on appelle du charisme. Quand elle est là, on la voit. Sa technique de fer devrait aussi trouver toute sa place. C’est un beau challenge pour elle.

Alors bien sûr, au milieu de ce duo très prometteur, il y a Mignonet. Ahhh, Mignonet... Il va nous faire un Solor sans saveur et mou du genou (rappel : juger avant de voir, c’est mal, ce n’est que mon instinct qui parle). De toute façon, le meilleur danseur pour aller avec Myriam Ould-Braham, c’est Josua Hoffalt. Mais Aurélie Dupont lui a visiblement mis le grappin dessus (et elle n’a pas tort).  Et quand Impératrice Aurélie parle, le monde s’incline.


Svetlana Zakharova (Nikiya), Stéphane Bullion (Solor) et Marie-Agnès Gillot (Gamzatti) : les 2 et 4 avril.

Les balletomanes râlent un peu sur l’étoile invitée Svetlana Zakharova, déjà présente lors d’une précédente série. Égoïstement parlant, je suis ravie de la découvrir sur scène, même si ce n’est pas forcément la danseuse que j’admire le plus de par le monde. C’est une star en tout cas, qui ne laisse pas indifférent-e.

Stéphane Bullion a toutes les qualités pour apporter de la profondeur au rôle de Solor, il est vrai pas le plus élaboré du répertoire. Marie-Agnès Gillot devrait aussi en imposer en Gamzatti, cela promet une belle confrontation à la fin du premier acte. Globalement, il y a là un trio de fortes personnalités, ça peut faire des étincelles.

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Héloïse Bourdon (Nikiya), Stéphane Bullion (Solor) et Sarah Kora Dayanova (Gamzatti) : le 24 mars en matinée.

Quelle bonne idée de reprendre cette habitude : laisser une matinée rien que pour les petits d’jeunes. J’avoue que je connais très mal Héloïse Bourdon. Malgré les nombreux éloges que j’entends sut elle, je ne l’ai jamais vu en soliste, et j’ai donc beaucoup de mal à me faire une opinion sur sa danse. Sarah Kora Dayanova a fourni un travail très intéressant sur Gamzatti lors de la répétition publique. Ces deux jeunes solistes seront entourées de Stéphane Bullion, dommage pour Florimond Lorieux, le remplaçant du rôle.

Au final, voilà cinq trios qui ne manquent pas d’intérêt, même si chacun-e a toujours ses préférences subjectives. Par le jeu des retours, je pourrais les voir toutes, sauf celle des jeunes espoirs, faute de temps.


Les rôles secondaires

Dans La Bayadère, il n’y a pas seulement les trois rôles forts, mais aussi une multitude de seconds rôles, qui peuvent être très marquants lorsqu’ils sont bien dansés. La Bayadère, c’est ainsi vraiment un ballet de troupe : étoiles, solistes, demi-solistes, corps de ballets, élèves de l’Ecole… Chacun a sa place.

L’Idole Dorée : Emmanuel Thibault (les 7, 17, 20 et 22  mars, les 2 et 4 avril), Florimond Lorieux (les 10 et 27 mars), Allister Madin (le 19 mars, les 11 et 15 avril), François Alu (le 24 mars en matinée, le 9 avril) et Mallory Gaudion (les 24 et 28 mars).

Là encore, les jeunes ont la part belle. Sauf Emmanuel Thibault, mais formidable dans ce rôle si court mais si percutant. Florimond Lorieux et Allister Madin devraient y montrer toutes leurs qualités techniques. François Alu, le tout jeune espoir, sera aussi à observer de près, tout comme Mallory Gaudion, plus discret.

Manou : Mathilde Froustey (les 7, 17, 20 et 22 mars), Charline Giezendanner (les 10, 19, 24 et 27 mars, le 2 avril), Aubane Philbert (le 24 mars en matinée,  le 4 avril), Eléonore Guérineau (le 28 mars, le 9 avril) et Marine Ganio (les 11 et 15 avril).

Manou, c’est une seule variation au deuxième acte, mais qui ne manque certainement pas de piquant. Pour les danseuses, c’est aussi une occasion de briller. Mathilde Froustey a déjà dansé pas mal de fois ce passage, et devraient être très à l’aise. Charline Giezendanner était délicieuse lors de la répétition publique. Aubane Philbert, et à plus forte raison Eléonore Guérineau et Marine Ganio, ne sont pas souvent distribués seules en scène, voilà une belle occasion de les voir de plus près.

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Les petites filles accompagnants Manou. Deux élèves de cinquièmes division dansent (et sur pointes) autour de la danseuse soliste. Anouck Vallez et Louise Ducreux danseront ainsi en alternance avec Philippine Flahault et Charlotte Meier. Ces quatre apprenties danseuses avaient terminé en tête de leur examen de 6e division l’année dernière.

Toutes les distributions détaillés et tous les autres seconds rôles sont à retrouver sur le site de l’Opéra de Paris.

jeudi 15 décembre 2011

Onéguine : épisode 2

Mardi 13 décembre 2011. Onéguinede John Cranko, par le Ballet de l’Opéra de Paris, au Palais Garnier. Avec Aurélie Dupont (Tatiana), Evan Mc Kie (Eugène Onéguine), Josua Hoffalt (Lenski), Myriam Ould Braham (Olga) et Karl Paquette (Prince Gremine).

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Ce mois de décembre est décidément un bon cru. Les représentations se suivent, très différentes, mais toutes enthousiasmantes. Un vrai régal pour cette fin d’année.

Le premier attrait de cette deuxième représentation d'Onéguine était bien sûr la présence d’Evan McKie, l’Etoile de Stuttgart venu au secours de l’Opéra de Paris suite à la blessure de Nicolas Le Riche. Faisons simple, il fut fantastique. Comme le reste du casting en fait. Et tout le monde fut sur la même longueur d'onde, ce qui commence à se faire rare dans la compagnie parisienne.

Le personnage d’Onéguine est complexe, et surtout très différent des autres héros des grands ballets classiques. Si les Mr Darcy peuplent les romans, ils sont assez peu présents en chaussons et collants. Il n’est pas romantique, il n’est pas aimant. Il est juste indifférent au monde qui vit autour de lui, suite sûrement à de nombreuses blessures secrètes.

Evan McKie a su exactement rendre cette personnalité, bien mieux que les autres étoiles parisiennes que j’ai pu voir sur ce rôle (il est vrai aussi que j’ai raté Hervé Moreau) (RIP).

Aurélie Dupont fut également extrêmement convaincante et émouvante. Au premier acte, elle ne joue pas spécialement la jeune fille en fleur. C’est déjà une adulte, sage, mais toute remplie de pureté. Le rapport sororale est ainsi plus marqué face à Olga/Myriam Ould-Braham, encore enfantine.

Cette dernière, mais comment pouvait-il en être autrement, est craquante dans le personnage d’Olga. Contrairement à Mathilde Froustey, qui le dansait très bien mais d’une façon assez monocorde, Myriam Ould-Braham apporte une infime complexité à son personnage. Oui, elle aime Lenski, elle est joyeuse. Mais au fond d’elle-même son âme joueuse aimerait s’amuser un peu plus, prendre des risques. Son grand pas de deux est ainsi rempli de tendresse, mais avec un léger brin de mélancolie. Un sentiment que ne partage pas Lenski/Josua Hoffalt, l’esprit entièrement occupé par sa promise. La faille, déjà, apparaît dans ce couple d’amoureux pourtant bien sous tous rapports.

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L’Onéguine d’Evan Mc Kie connaît les bonnes manières, c’est un home du monde. Il est impensable pour lui de refuser son bras à Tatiana pour une promenade Mais très vite, ses babillages l’ennuient. La Tatiana d’Aurélie Dupont se heurte à cette indifférence, non pas par naïveté, mais par pureté. Cette histoire, c’est aussi celle de cette jeune fille au cœur si protégé, qui va se confronter à la dureté du monde.

La scène du songe qui suit est néanmoins le petit point faible de cette distribution. Le manque de répétition se fait sentir dans les portés acrobatiques, et chacun-e ne semble pas assez libéré-e pour véritablement se laisser aller.

Le deuxième acte passe à toute vitesse. Onéguine se montre irascible, moqueur et cynique en plus d’être froid. Tatiana-le-cœur-pur ne suit plus. Le flirt avec Olga n’en paraît que plus cruel, mais cette dernière a enfin trouvé le goût du danger. Quand le sombre personnage vous fait du charme, comment résister ?

Chacun joue son jeu, l’effroi s’empare du public lorsque la claque fuse, et c’est le désespoir lorsque le coup de feu part. Ce n’est pas du Jane Austen, Tatiana n’arrivera pas à percer la coque d’Onéguine. En Russie, ce genre d’histoire finit mal.

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Si l’acte 1 est porté par Myriam Ould-Braham et l’acte 2 par Josua Hoffalt, l’acte 3 est clairement celui d’Aurélie Dupont. La voilà radieuse, dix ans plus tard, au bras du Prince Gremine. Son sourire ne trompe pas. Elle aime son mari, d’un autre amour, moins passionné. Son combat intérieur n’en paraît que plus intense face à un Onéguine passionné, qui a compris avec la mort de Lenski qui rien ne sert de se protéger de ses sentiments.

La Tatiana de ce soir ne doit pas choisir entre l’amour et la raison, entre la passion et la fidélité au mariage. Ce serait trop simple. Elle doit trancher entre deux amours, le passionné et destructeur, ou le sage et réconfortant. Qui pourrait prendre une telle décision ?

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Le pas de deux final, l’un des plus beaux du répertoire, le genre de pas de deux qui vaut à lui seul le déplacement, n’est que ce tiraillement. Dans les pas, et dans le regard. La lettre déchirée et le geste qui chassent n’en feront rien. Tatiana ne passera pas sa vie à regretter son refus, mais à se demander si elle a eu raison. Une immense incertitude bien pire que d'éternels regrets.

mercredi 26 octobre 2011

La Source : épisode 1

Mardi 25 octobre 2011. La Source de Jean-Guillaume Bart par le Ballet de l’Opéra de Paris, au Palais Garnir. Avec Myriam Ould-Braham (Naïla), Josua Hoffalt (Djemil), Muriel Zusperreguy (Nouredda), Christophe Duquenne (Mozdock), Alessio Carbone (Zaël), Charline Giezendanner (Dadjé) et Alexis Renaud (Le Khan).

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Pour raconter une belle histoire, il ne faut pas forcément un bel endroit. Parfois, il faut simplement monter au grenier, cette pièce poussiéreuse où personne ne met les pieds, peut-être même que tout le monde l’a oublié. Sous un amas de vieux tissus, il y a un livre, qui n’a sûrement pas été ouvert depuis des années au vu de son état.

Les fées ont entre autres pouvoirs d’avoir l’immortalité. Même si plus personne ne se souvient de leur histoire depuis un siècle, il suffit de tourner une page de ce vieux livre pour qu’aussitôt, elles prennent possession de ce grenier oublié. Et se mettent à raconter des histoires.
C’est un peu ce qui se passe au Palais Garnier depuis samedi, avec la création de La Source, ballet perdu depuis années, et exhumé grâce à Jean-Guillaume Bart.

La scène est ce grenier, entre lambeaux de rideau rouge et cordes qui pendent. Le noir se fait, et tout semble normal sous les toits de l’opéra, jusqu’à ce que débarque un elfe très étrange, un Peter Pan rieur et joueur. Le merveilleux est arrivé, le spectacle peut commencer.

Ce premier acte de La Source est un pur régal. Voilà un ballet comme on les aime, avec une belle danse extrêmement ciselée et musicale, des personnages féériques, un jeune homme courageux et une pointe d’humour par-ci par-là. 

Dans cette clairière, les nymphes et elfes sont rois et reines durant la nuit. Zaël est leur chef, un irrésistible Alessio Carbone tout en finesse, même s’il n’est peut-être pas dans sa plus grande forme dans cet enchevêtrement de sauts.

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Leur reine à tous est Naïla, l’esprit de la Source, absolument exquise Myriam Ould-Braham. Une fée, c’est elle. Une personne gracieuse en permanence, innocente car jamais confrontée au mal des humains. Ce qui ne fait pas d’elle un être naïf. Naïla est une jeune femme qui aime jouer et faire des tours, profiter de sa clairière et monter aux arbres avec Zaël.

Tout est adorable chez elle. Sa variation ciselée est un régal, son apparition face à Djemil, lorsque celui-ci est mis à terre par les Caucasiens pour avoir osé soulever le voile de Nouredda, un pur moment de délice. Il y a de la technique, et surtout de la musicalité et du style. Son partenariat avec Josua Hoffalt est très tendre, avec une belle harmonie. Le danseur s’investit beaucoup dans son personnage un peu creux de Djemil, courageux jeune homme de service. Il met beaucoup de cœur de son interprétation, et d’entrain dans ses variations.

Si les quatre elfes accompagnent Zaël comme il se doit, les nymphes ne sont pas forcément au diapason. Très (trop) concentrées sur leur (non) alignements, les huit danseuses manquent de magie. Ce n’est que vers la fin de l’acte qu’elles donnent enfin un peu de piquant à leurs ensembles. Les Nymphes ne sont pas des Willis torturées par la vie, mais des êtres joyeux et vivants. Et tout ça manquait un peu de vie et de joie justement.

Les Caucasiens et Caucasiennes ne rattrapent pas vraiment la mise. Malgré les coups de bottes et des barbes d’hommes, des vrais, voilà des danses de caractère bien sages pour un peuple guerrier. Christophe Duquenne est un Mozdock très honnête, jaloux-protecteur envers sa sœur, sachant mener ses troupes. Idem pour Muriel Zusperreguy, très investie dans son personnage de Nouredda. La promise au Khan est mélancolique, devant renoncer à l’amour avant même de le connaître. Les deux font un travail sincère, sans que l’on puisse toutefois parler de flamboyance.

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Ce délicieux premier acte se termine par un tout aussi délicieux pas de deux. Elfes et Nymphes se réjouissent d’avance de jouer un bon tour aux humais, et d’aider Djemil à conquérir Nouredda. Seule Naïla, sur les dernières secondes de la musique, laisse entrevoir son inquiétude. Et si tout cela n’était plus un jeu ? Et si les contes de fées ne se terminaient pas toujours comme il le fallait ?

Dommage, le deuxième acte est moins bien construit. Si tout le monde semble avoir râlé sur la fin, pour ma part, je rechignerais plutôt sur le début.

Le décor de grenier est parti, place à de longues cordes raides pour montrer le harem. Un décor simple, mais qui ne met que mieux en valeur les magnifiques costumes de Christian Lacroix. Ensembles sublimes visuellement, mais pas forcément des plus pratiques.

Charline Giezendanner est ainsi une Dadjé très investie. La favorite du roi comprend que son règne touche à sa fin lorsque Nouredda, la future promise, arrive. Elle met tout son cœur, et le fait bien, à jouer la femme jalouse. Mais son accoutrement (pantalon bouffant+tutu+corset+coiffe haute+voile), cela n’aide pas beaucoup pour danser une variation technique de la plus gracieuse des manières. Le passage des odalisques est ainsi très joli, mais peut-être dispensable, et pas aidé par les Caucasiens toujours aussi sage.

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Nouredda
danse, Dadjé est chassée, tout ça est un peu fouillis. Heureusement, Zaël est là pour mettre un peu de magie, accompagné de Naïla. Cette dernière est formidable : elle peut arrêter le temps, troubler la vue et les souvenirs, et aussi se transformer en femme glamour pour séduire le Khan. La fée innocente devient le temps d’un pas de deux une adulte glamour. Toujours aussi précise, Myriam Ould-Braham montre dans ce passage tout son lyrisme et son charisme. Le monde ne voit qu’elle, pas étonnant que le Khan oublie Nouredda.

La suite de l’histoire est là encore un peu brouillonne. Djemil en profite pour séduire Nouredda, mais Mozdock est furieux et veut les tuer. A l’aide d’un tour de magie, Naïla les sauvent tous les deux, et tout le monde se retrouvent dans la clairière, pour l’un des plus beaux moments du ballet.

Les décors sont partis. Il fait noir. Naïla réalise que tout ça n’est pas qu’un jeu, l’amour n’est pas drôle. Pour sauver Nouredda, elle doit lui donner sa fleur, et se sacrifier. Au fond, elle sait déjà quel choix elle va faire. Mais elle danse, encore une fois. Djemil, qui en profite pour montrer sa vraie nature de monstre d’égoïsme, guide son dernier geste et l’aide à poser la fleur sur Nouredda.

La vie s’en va doucement du corps de Naïla, tandis qu’elle revient dans celui de Nouredda. Le nouveau couple d’amoureux s’en va main dans la main, sans un regard pour l’esprit de la Source morte dans les bras de Zaël. La magie a quitté la jolie clairière. Les contes de fées ne se terminent pas toujours comme il faut. Fin du livre.

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Et pour le public que reste-t-il ?
Une très belle œuvre, indéniablement. Une très belle danse, un ballet qui sait faire rêver, un très jolie couple de jeunes premiers. Dommage que le reste de la distribution ne soit pas forcément à leur hauteur. Muriel Zusperreguy et Christophe Duquenne n’ont rien à se reprocher, ils ont fait leur travail très honnêtement, vraiment investi-e-s. Mais on ne peut pas parler non plus de forte personnalité.

C’est toujours comme ça maintenant. Il y a assez de talents à l’Opéra de Paris pour passer une bonne soirée, pour que cela fonctionne. Mais il y a aussi toujours quelque chose qui manque pour avoir une soirée extraordinaire. A croire que la distribution parfaite, où chacun et chacune est absolument à sa place, n’existe plus.

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