Tag - natalia ossipova

mercredi 21 décembre 2011

2011, le bilan danse

La fin de l’année appelle aux mêmes marronniers : les articles bilan. Que s’est-il passé dans le monde de la danse 2011 ? Quel spectacle retenir ? Rétrospective subjective.

Janvier

Les danseurs et danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris chorégraphes… avec plus ou moins de succès.

La soirée Danseur-se-s/chorégraphes organisée à l’amphithéâtre Bastillen, a révélé le jeune Florent Melac, qui à même pas 18 ans, montre une inventivité et une science des déplacements assez impressionnantes.

Jérémie Bélingard s’est lui lancé avec un certain mérite avec sa pièce Bye Bye Vénus au festival Suresnes Cité danse. Nicolas Le Riche a vu pour sa part son ballet Caligula re-re-pris à Garnier. La fois de trop, pour un ballet aux multiples faiblesses.

Belingard_172_1024.jpg

Février

Sortie du film Black Swan en France

Il est rare qu’un film grand public a pour décor la danse classique, et comme personnage principale une danseuse de ballet. Black Swan de Darren Aronofsky était donc très attendu par les balletomanes, et a suscité de nombreux débats. Sert-il vraiment la danse ? Comment le grand public perçoit le monde du ballet avec ce genre de film ?

Si personne n’est encore tombé d’accord (un père d’élève m’en a parlé pas plus tard que la semaine dernière), il a sacralisé Natalie Portman, et révélé son compagnon Benjamin Millepied, désormais chouchou des médias et des publicitaires.

natalie-portman-black-swan.jpg
Mars

Le Départ à la retraite de Patrice Bart

L’annonce a été faite presque en catimini. Le Maître de Ballet associé à la direction de la danse, que tout le monde pensait indéboulonnable, a tiré sa révérence à l’issue de la dernière de Coppélia. Patrice Bart a été très critiqué par les habitué-e-s à la fin de sa carrière, mais sa soirée d’adieux a pourtant fait le plein, démarrée par un beau Défilé. Je garde pour ma part des souvenirs passionnants de répétitions publiques avec lui, où il livrait de nombreuses anecdotes et histoires sur les ballets de Noureev. 

patrice_bart.jpg
Avril

Sortie du film Pina de Wim Wenders

Grande première ! C’est la première fois que la technique de la 3D s’attaquait à la danse. Wim Wenders, un ami de Pina Bausch, a voulu lui rendre un dernier hommage en filmant quatre de ses ballets, entrecoupés de confidences de ses danseur-se-s. Si le sujet n’était pas forcément grand public - l’œuvre de Pina Bausch n’est pas toujours facile d’accès - le film a rencontré un grand écho dans la presse et le monde du cinéma. Un documentaire unique, et une vraie réflexion sur l’art de filmer la danse. 

19679778.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110222_051741.jpg
Mai

Le Bolchoï au Palais Garnier de Paris

Ahh, que n’a-t-on écrit sur cette tournée ? Il fallait ressentir cette énergie fantastique sur scène (Ivannnnnnn), il fallait entendre les cris de délire du public à chaque fin de représentation. Et il fallait voir la tête désabusée des danseur-se-s de l’Opéra de Paris, ne comprenant pas vraiment cet enthousiasme. Toutes ces soirées du Bolchoï furent fantastiques, et creusèrent un peu plus le fossé d’incompréhension qui règne entre la direction de Paris et le public. 

01opipovava.jpg
Juin

Le retour d’Aurélie Dupont sur scène

Evénement très parisiano-parisien, je l’accorde. Mais quel retour ! Après un an loin de la scène, Aurélie Dupont a rechaussé ses pointes pour L’Anatomie de la Sensation, dernière création de Wayne McGregor. Si le ballet n’était pas mémorable, la danseuse étoile irradiait la scène. Elle est depuis apparue en très grande forme depuis le début de la saison. Aurélie Dupont n’a plus que quatre saisons à danser, et compte visiblement en profiter au maximum.

Aurelie_Dupont.jpg
Juillet

Le Miami City Ballet à Paris

Après 10 ans loin des scènes européennes, le Miami City Ballet s’est installé trois semaines au Théâtre du Châtelet, dans le cadre des Etés de la danse. Dès la première représentation, le public a été conquis : par leur style poussé de Balanchine et Robbins, par leur enthousiasme, par leur qualité… Toutes les représentations ont été autant de succès, avec même plusieurs standing ovation. Galvanisée par ce succès, la troupe devrait revenir dans ce même festival en 2014.

miami-city-ballet-troupe.jpg
Août

Décès de Christiane Vaussard

Christiane Vaussard est morte le 4 août, à l’âge de 87 ans. Ancienne grande danseuse étoile du Ballet de l’Opéra de Paris sous l’ère de Serge Lifar, elle s’était consacrée à l’enseignement dès ses adieux à la scène. En tant que professeure au CNSMDP et à l’Ecole de Danse de l’Opéra, elle avait formé de nombreuses étoiles de ces dernières années, comme Isabelle Guérin, Isabelle Ciaravola ou Clairemarie Osta.

Sa mort fait suite à celle du grand chorégraphe Roland Petit, décédé le 10 juillet 2011. 

vaussard.jpg
Septembre

La Meilleure Danse

Tiens, tiens, voilà que la danse s’incruste à la télévision. Mi-septembre, un nouveau télé-crochet voit le jour sur W9, La Meilleure danse, avec dans le jury Marie-Agnès Gillot. Le but ? Des groupes de danse de tous styles (classique, hip hop, contemporain…) s’affrontent deux par deux, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un, en l’occurrence le couple de swing Yann-Alrick et Flore.

Si le choix de Marie-Agnès Gillot d’apparaître dans un télé-crochet n’a pas séduit tous les balletomanes, l’émission fut un succès, avec un million de téléspectateur-rice-s chaque semaine. Les projets ont depuis fleuri : Danse avec les stars a fait un retour fracassant sur TF1, tandis que M6 réfléchit à une adaptation de So You Think You can Dance. La Meilleure Danse devrait en tout cas revenir en septembre 2012, pour une deuxième saison.

LA MEILLEURE DANSE
Octobre

Création de La Source

La Source, c’est en soi une véritable histoire. Voilà un ballet typiquement français, datant de plus d’un siècle, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui. Jean-Guillaume Bart, chorégraphe maison, décide de le remonter pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Après des années de bataille, le projet a enfin vu le jour en 2011, auréolé de costumes dessinés par Christian Lacroix.

Les avis furent unanimes, cette création a été une réussite. Réalisée dans un style purement classique, elle montrait on ne peut plus clairement qu’il était encore possible de créer avec le langage académique. Une impression mitigée est toutefois restée, à la vue des distributions pour le moins déséquilibrées, voir assez incohérentes. Un grand problème de la compagnie depuis quelques temps.

La-Source-nymphes.jpg
Novembre

L’Affaire Ossipova/Vassiliev

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils ont le monde à leurs pieds… et n’ont pas peur de prendre des décisions pour le moins surprenantes. Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev, les stars du Bolchoï, ont claqué la porte pour le Théâtre Mikhaïlovsky, son directeur le chorégraphe Nacho Duato et un salaire sensiblement plus élevé.

Le monde de la danse serait-il devenu comme celui du foot ?  Le débat a fait rage depuis, entre ceux et celles qui saluent leur courage de prendre des risques, et les autres qui parlent d’une lente descente vers la fin de ce couple vedette. Reste à voir où il-elle-s seront dans un an.

flammes-de-paris-osipova-vassiliev.jpg
Décembre

L’Onéguine EvanMcKie/Aurélie Dupont

La danse réserve bien des surprises. Alors que chacun-e plissait du nez devant les distributions d’Onéguine, ce ballet a donné l’une des meilleures soirées de l’année. EvanMcKie, étoile de Stuttgart remplaçant au pied levé Nicolas Le Riche, forma avec une Aurélie Dupont transcendée un couple splendide, émouvant et très juste. Le genre de soirée dont on se souvient longtemps après.

Globalement, les différentes distributions se sont montrées (pour l’instant) toutes convaincantes er équilibrées. Cet Onéguine est en tout cas, et sans aucun doute, la meilleure production de la troupe en 2011.

Oneguine_Aurelie-Dupont_Evan-Mckie_2.jpg

Et pour compléter le tout, mon Top 5 des spectacles de l'année.

1- Don Quichotte Ossipova/Vassiliev
Si le taux de décibels des applaudissements reste l’échelle principale, nul doute, le spectacle est en tête.

2- Impressing the Czar de William Forsythe par le Ballet de Flandre
Deux heures de pur bonheur, tout simplement.

3- Onéguine de John Cranko McKie/Dupont/Hoffalt/Ould-Braham
Allez, à égalité avec la soirée du dessus. Rien de manquait à ce spectacle, un casting sans faute et beaucoup d’émotion.

4 - Vertical Road d'Akram Khan
De l’inventivité, du mystère et une folle énergie. Très belle découverte.

5 - Roméo et Juliette de Noureev, Ould-Braham/Duquenne
Cette distribution ne fut pas forcément l’idéal, comme toutes celles de cette série, toute bancales. Mais ce fut ma Juliette préférée. Et j’aime beaucoup ce ballet, où le mélange si réussi entre la musique de Prokofiev et la mise en scène lui donne une force toute particulière.

Et vous, quels sont les événements danse qui ont pour vous marqué l’année ? Quel serait votre Top 5 ?  

mardi 22 novembre 2011

L’Affaire Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev

J’avais voulu en parler dans mon petit bilan d’actu de dimanche dernier, que je n’ai finalement pas eu le temps de faire. Mais la désertion de Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev du Bolchoï vaut bien un billet à elle-seule.

Récapitulons les faits. Le lundi 14 novembre, Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev annoncent qu’ils quittent le Bolchoï pour signer un contrat avec le Théâtre Mikhaïlovsky, compagnie secondaire de Saint-Pétersbourg. Comme ça, sans prévenir, alors que le café du matin n’avait même pas eu le temps d’être avalé. Twitter s’affole, spécule, jusqu’à ce qu’une dépêche vienne confirmer les faits.

01opipovava.jpg
Natalia Ossipova
et Ivan Vassiliev, qui sont-ils en fait ? Un jeune couple star de la danse classique. Limite des Dieux vivants pour certain-e-s. Ils ont suivi le parcours classique du Bolchoï, ont intégré l’école dès leur plus jeune âge, puis la compagnie. Ils ont très vite explosé, dans la droite ligne du répertoire du Bolchoï, comme le Don Quichotte qui est devenu leur tube. De vrais enfants de la compagnie. Qui sans prévenir prennent leurs cliques et leurs claques pour aller voir une troupe moins prestigieuse. Bande d’ados ingrats.

Leurs motivations semblent au début justifiées. "Pour un artiste, la taille de la scène n’est pas importante". Soit. "La vie est devenue trop confortable pour moi à Moscou". Bon argument, ils nous refont un coup à la Guillem. "J’ai dansé tout ce que je pouvais danser". Mouai, à 25 ans, j’ai comme un doute. "We are looking for creative freedom". Là, ça commence à devenir pas crédible.

Il y aurait donc un problème de répertoire. Le Théâtre Mikhaïlovsky est dirigé depuis peu par le chorégraphe contemporain Nacho Duato, qui leur réserve sûrement quelques créations. Mais ce sont les seules de cette compagnie, contrairement au Bolchoï qui s’ouvre, même s’il reste dans une tradition beaucoup plus classique qu’à l’Opéra de Paris. Sans compter que le répertoire du Théâtre Mikhaïlovsky est objectivement bien moins riche et important que celui du Bolchoï.

Si je suis bien le débat qui a eu lieu sur Dansomanie (très intéressant au passage, entre des gens qui connaissent vraiment les compagnies russes, contrairement à moi qui fait semblant dans cet article), on aurait plutôt à faire à une vraie crise d’ego.

flammes-de-paris-osipova-vassiliev.jpg
Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev
sont très bien distribués au Bolchoï. Mais pas dans tout. Et pas sur toutes les premières. Et oui, il y a d’autres très belles étoiles là-bas qui ont aussi envie de danser. Et à 25 ans, on ne peut pas forcément tout danser, surtout quand ça demande un minimum de maturité artistique. Ils auraient été testés dans des ballets plus dramatiques, sans grande conviction de la part du public. Donc ils préfèrent le faire ailleurs, quitte à le danser mal, plutôt que de prendre le temps d’apprendre.

Car pour bien danser, il faut aussi être bien entouré. Leur départ est un coup dur pour le Bolchoï, Surtout niveau com’. Niveau scène, personne ne doute que la troupe s’en est déjà remis, grâce à la richesse de leur effectif. Mais pour ce couple, leur Don Quichotte sera-t-il aussi flamboyant avec derrière une compagnie moins bonne ?

Tous-tes- ceux et celles qui étaient Garnier en mars dernier se souviennent forcément de cette soirée d’anthologie. Un Don Quichotte par le Bolchoï avec dans les deux rôles principaux Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev. Quelques danseur-se-s de l’Opéra de Paris applaudissant du bout des doigts en faisant la mou au milieu d’un public complètement hystérique. 

Ce que les gens ont applaudi ce soir, ce n’est pas seulement ce couple, mais toute une compagnie. Si cette soirée fut si exceptionnelle, c’est bien sûr grâce au talent fou de Vassiliev, au caractère de star d’Ossipova, mais aussi grâce à chacun-e des artistes, du premier soliste au dernier des figurants, tous investis jusqu’au bout. Chacun parfaitement à sa place pour défendre une œuvre, ensemble. Preuve en est que les ovations ont eu lieu tous les soirs, OssipoVassiliev ou pas sur scène.

Ils s’en vont parce qu’ils n’ont pas tous les rôles, pas toutes les premières. Parce que des gens dans cette compagnies sont meilleurs qu’eux sur certains rôles. Ils s’en vont pour un contrat en or et un appart à Moscou (ce qui n’est pas un mal en soi, lorsqu’il y a de bonnes raisons derrière). Ils s’en vont pour briller dans des galas du monde entier, et être les seules stars d’une compagnie. Et dans quelques années, que vont-ils faire ? Comment réagiront-ils lorsque le public sera moins enthousiaste, voir lassé ?

C’est un peu comme si (toute proportion gardée), Mathias Heymann claquait la porte de Garnier parce que, sans déconner, il n’a droit qu’à des rôles brillants et personne ne veut lui donner Roméo et Juliette. M’en fous, je signe un contrat en or à Bordeaux, j’aurais tous les premiers rôles, et bien fait pour cette compagnie qui n’a même pas voulu reconnaître mon talent à sa juste valeur. 

flammes-de-paris-vassiliev.jpg
Une carrière, ce n’est pas aussi simple que ça. Et oui, il fait des rôles brillants parce que personne à l’Opéra ne sait les faire aussi bien que lui. Mais il tente aussi deux ou trois Lac, Giselle. Sans avoir la première, pour avancer. Et il est de plus en plus convaincant. Je suis sûre qu’après sa blessure, il va revenir en forme, et va être un formidable Solor. Dorothée Gilbert sera Gamzatti, Myriam Ould-Braham sera Nikiya, à la fin Brigitte Lefèvre montera sur scène pour la nommer étoile et tout le monde sera ravi.

Bref, cette désertion de Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev est pour moi une immense crise d’ego de deux jeunes baby-star au melon surgonflé, et qui n’ont pas résisté aux sirènes d’un mécène aux paroles mielleuses. Je pose le pari que, dans cinq ans, ils reviendront à la maison la tête basse, car ce nouveau répertoire qu’ils cherchent tant, ils ne l’auront pas trouvé, ou n’auront pas recueillis le succès escompté. 

Pour terminer, ce billet décousu appelle à deux conclusions.

De un, les débats autour du Concours de promotion, c’est de la rigolade. En Russie, non seulement ça se castagne dans une compagnie, mais c’est aussi la guerre entre toutes les troupes. S’il y en a, les blogueur-de-s danse doivent bien s’amuser.

De deux, Bolchoï ou Mikhaïlovsky, ce n’est pas le sujet. La seule question que l’on se pose, c’est est-ce qu’Ils vont bien venir danser La Fille mal gardée en juin. Parce qu’on commence à être en manque là, les résa vont bientôt ouvrir, il faudrait qu’on sache.

lundi 16 mai 2011

Don Quichotte du Bolchoï : épisode 2

Jeudi 12 mai 2011. Don Quichotte de Fadeyechev par le Ballet du Théâtre du Bolchoï, au Palais Garnier. Ekaterina Shipulina (Kitri), Alexandr Volchkov (Basilio), Alexeï Loparevich (Don Quichotte), Anna Nikulina (la Reine des Dryades).

don-quichotte-bolchoi-quichotte.jpg

Il y a toujours cette petite crainte après une représentation d'anthologie : est-ce que l'on pourra toujours apprécier ce ballet après ça ? La réponse est oui. Ce Don Quichotte n'a pas atteint les sommets de sa version avec Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev, mais cette soirée n'en fut pas moins savoureuse et enthousiasmante.

J'ai eu un peu tort lors de cette dernière critique, en écrivant que la bravoure l'emportait sur la trame. Le Bolchoï nous a bien raconté quelque chose, l'histoire d'un Don Quichotte au grand coeur et d'un couple de jeunes amoureux, l'histoire d'une joie de vivre. C'était bien un ballet, emmené par des numéros de pure virtuosité, mais qui n'étaient pas là par hasard.

Ekaterina Shipulina était une délicieuse Kitri. J'avais déjà remarqué son élégance, ses épaulements et sa belle danse dans des rôles secondaires lors des précédentes distributions. Elle n'a pas la rapidité de pas d'Ossipova, et ne fait pas de triples fouettés à la fin de sa coda. Mais elle est loin d'avoir déçu dans le rôle de la pétillante espagnole, joyeuse, mutine, et à laquelle il est vraiment difficile de résister. Alexandr Volchkov a bien tenu son rôle, mais paraissait peut-être moins à l'aise. Le danseur qui s'est véritablement fait remarquer reste définitivement Andreï Merkuriev, dans le rôle du toréador. Totalement rentre-dedans, totalement exagéré, mais tellement bien dansé qu'il serait dommage de bouder son plaisir. Le premier acte a été une véritable fête, entre la joie du couple soliste et la qualité de tous ces second rôles. 

don-quichotte-bolchoi-cdb2.jpg

En fait, le deuxième acte aussi a été une fête, tout comme le troisième. Le brio et le bonheur de danser étaient toujours présents chez l'ensemble de la compagnie. Il y avait un peu moins de prouesses techniques époustouflantes, quoique Shipulina et Volchkov n'ont pas vraiment à rougir de leur niveau technique, et je me suis ainsi plus attachée aux seconds rôles, à ce Don Quichotte si drôle, aux multiples danses de caractère. Une soirée dont on ressort avec le sourire, une soirée de belle danse, une soirée qui fait plaisir. 

Je crois que vous l'aurez compris, cette découverte du Bolchoï a suscité chez moi un véritable enthousiasme. Au-delà d'Ivan Vassiliev, phénomène hors-norme, c'est toute la troupe qui a montré son appétit de danser. C'est un style auquel nos yeux de parisien-ne-s ne sont pas forcément habitués, mais qui a su vaincre presque tou-te-s les récalcitrant-e-s. Les ballets présentés n'étaient pas de grandes tragédies, c'est le moins que l'on puisse dire, et les danseur-se-s de cette troupe aiment briller plus que de raison. Mais quand c'est si bien fait, pourquoi bouder son plaisir ? Je me suis pour ma part jetée dans l'enthousiasme collectif sans une once de remord vis-à-vis du pur style français. 

don-quichotte-bolchoi-cdb.jpg

Les ovations à chaque fois entendues font tout de même se poser quelques questions. Pourquoi le Ballet de l'Opéra de Paris n'y a-t-il pas droit ? Ces applaudissements cris de groupies hystériques n'étaient pas une échelle de popularité, qui voudraient dire que le public préfère le Bolchoï à la troupe parisienne. Je continue de penser que l'attrait de la nouveauté, la surprise de voir cette débauche de brio auquel nous ne sommes pas habitué-e-s, est en partie la raison de ces ovations. Et puis depuis le début de la saison, l'Opéra de Paris nous a aussi offert de très belles soirées que je pense le Bolchoï ne saurait pas danser, comme Le Jeune Homme et la Mort, Le Sacre du Printemps, ou même plus récemment la soirée Mats Ek... Que du néo-classique ou du contemporain soit dit en passant.

Ce Don Quichotte Ossipova/Vassiliev m'a fait penser à la récente série de Roméo et Juliette, et à la réflexion que je m'étais faite. Oui, ce furent de très belles soirées, mais il n'y a jamais eu de spectacle exceptionnel. A chaque fois, il manquait quelque chose : de bons seconds rôles, un couple en osmose, des solistes excellents techniquement. L'oeuvre et la qualité globale de la troupe sont telles que ce fut toujours de très beaux moments, mais les distributions ne sont jamais allées au-delà. Avec ce Don Quichotte, ce fut l'inverse. Tout était génial, du couple d'étoile au moindre danseur du corps de ballet. Ils-elles n'ont pas dansé Don Quichotte, ils l'ont transcendé pendant plus de deux heures.

don-quichotte-bolchoi-village.jpg

Le Bolchoï a sans aucun doute sorti l'artillerie lourde pour impressionner le public parisien (alors que l'Opéra a proposé Cozette/Magnenet dans Le Parc à Moscou en février dernier), mais tout de même. Sur les quatre représentations que j'ai vu, tout le monde était incroyables, il n'y avait pas un soliste un peu en-dessous ou pas à sa place. Cette troupe a indéniablement une sacrée réserve de personnalités. Même si Ossipova et Vassiliev sont ultra-médiatisé-e-s, ils sont très très loin d'être les seuls. C'est peut-être ça qui manque à Paris en ce moment. Pas un ou une soliste à forte personnalité et brillant-e-s techniquement, mais toute une flopée. Faire un peu sa star, de temps en temps, ça ne fait pas de mal. 

jeudi 12 mai 2011

Don Quichotte du Bolchoï : épisode 1 (et quel épisode !)

Mardi 10 mai 2011. Don Quichotte par le Ballet du Théâtre du Bolchoï, au Palais Garnier. Natalia Ossipova (Kitri), Ivan Vassiliev (Basilio), Alexeï Loparevich (Don Quichotte), Ekaterina Shipulina (la Reine des Dryades). 

don-quichotte-bolchoi-ossipova-vassiliev.jpg

Quel mot pourrait résumer cette soirée ? Magique, éblouissante, enthousiasmante... Une soirée comme il y en a peu, et dont on ressort abasourdi-e. 

Le couple Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev, et plus généralement la compagnie du Bolchoï, n'avaient en fait donné qu'un aperçu de leur talent vendredi dernier dans Flammes de Paris. Avec un ballet plus consistant, ils laissent place à toute leur démesure. 

Pourtant, le principe est resté le même : qu'importe l'histoire quand on a la bravoure. La pantomime, les personnages sont bien là, mais finalement, ce n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est ce bonheur indicible de danser, présent au plus profond de chacun-e, du couple d'étoiles au dernier-ère des figurant-e-s. Cette impression qu'ils-elles dansaient comme si c'était la dernière fois. Cette envie de dévorer la scène, et de transmettre au public leur plaisir. 

do-quichotte-bolchoi-vassiliev.jpg

Comment alors, pour ce dernier, rester de marbre face à un tel déchaînement ? Mieux vaut ne pas essayer de résister, et savourer plutôt sans restriction cet enthousiasme débordant, ce vent de folie qui emporte tout sur son passage. Garnier hier soir s'est transformé en Zénith de Paris, et ce public si sage en groupie de rock stars. Au dela des cris et des applaudissements, il y a eu plusieurs signes qui ne trompaient pas. Pour Fab, ce fut ce petit frisson qui parcourait l'assemblée à chaque préparation de Vassiliev. Ces quelques secondes avant que la musique ne démarre, et où l'on se réjouit d'avance de ce qui va nous arriver. Pour Elendae, ce fut l'absence de toux. Rien, pas même un petit crachotement, n'a surgi du public. Deuxième effet Kiss Cool du Bolchoï, savoir guérir les rhinopharyngites les plus récalcitrantes.

Il y avait Ivan Vassiliev. Je suis définitivement vaincue face à ce phénomène. Mais comment fait-il ? Mais comment est-ce possible ? Quelle importance, savourons et applaudissons. Malgré ses sauts pyrotechniques, jamais il ne se transforme en bête de cirque, tant tout ce qu'il fait est gracieux et musical. Face à lui, Natalia Ossipova donne l'impression d'être un cran en-dessous. Certes, ces jambes tricotent et elle sautent haut, mais une certaine raideur du haut du corps m'empêche d'adhérer vraiment à son personnage. Et pourtant, force est d'avouer que l'on a en face de soi une véritable de star, de celles qui savent tout donner et conquérir un public en un tour de main. Et l'on peut disserter sur ses qualités-ou non- d'actrice, elle est bien la plus crédible des Kitri qui soit, même avec ses mimiques, ses tics et sa bouche ouverte pendant ses grands jetés. 

don-quichotte-ossipova-bolchoi.jpg

Pour le reste, il faudrait citer chaque noms des solistes et du corps du ballet, tant tout le monde a été exceptionnel. Il y a eu les très drôles Loparevich (Don Quichotte), Petukhov (Sancho), Simachev (le père de Kitri) et Savin (Gamache). La pantomime est ici plus proche de la commedia dell'arte, avec une gestuelle très accentuée. Inutile d'apporter vos jumelles. Il y a eu Merkuriev, le toréador très grrrrr et sa partenaire femme fatale au possible. Il y a eu Shipulina, gracieuse et précise Reine des Dryades, que je me réjouis de voir dans Kitri dans deux jours. Il y a eu les danseuses de rue, les tziganes, les dryades, la foule. 

don-quichotte-bolchoi.jpg

L'enthousiasme et la folie de cette troupe est telle que l'on pardonne tout : les tutus kitchs des dryades, la perruque improbable de Cupidon, les mimiques accentuées ou les portés de Vassiliev à une main-sur demi-pointe-en arabesque-sans les pieds. C'est du pur plaisir, et puis c'est tout. Qu'importe le reste. 

Dans les couloirs, Dieu tire la tronche et murmure que Rudolf n'aurait sûrement pas apprécié. Quelques danseur-se-s du ballet de l'Opéra de Paris applaudissent mollement avant de partir bien vite une fois le rideau baissé. Certain-e-s ont dû se prendre une claque. Car, même si cela fait finalement peu de temps que je viens à Garnier - quelques années - je n'ai jamais vu un public comme ça, aussi déchaîné. Que doivent penser ces danseur-se-s en entendant ces applaudissements qu'ils-elles n'ont jamais reçu, alors que ce qu'ils-elles montrent chaque jour est beaucoup plus propre, élégant, et mieux joué ? 

En lisant les forums et les blogs, ce sont pourtant des qualités indispensables aux yeux des balletomanes françai-se-s. "Elle surjouait, elle n'était pas vraiment dans son personnage", "Il ne pensait qu'à briller. Et l'interprétation ?". "C'est bien interprété, dommage que son travail ne soit pas plus propre". Ce soir, le Bolchoï a finalement fait un étalage de ce que le public français est censé ne pas aimer : de la brillance avant tout, une pantomime exagérée, une attitude plus rentre-dedans qu'élégante et un travail pas toujours propre. Qu'est-ce qui fait que, pourtant, ce même public a adhéré comme jamais ? L'attrait de la nouveauté peut-être, renforcé par la présence d'Ivan Vassiliev, danseur véritablement hors-norme auquel il serait inutile de comparer qui que ce soit. Et puis cette joie de danse, si communicative, si enthousiasmante.

don-quichotte-bolchoi-ossipova-vassiliev-2.jpg

Quelle belle soirée décidément. Mon seul souci aujourd'hui est qu'il me reste encore deux soirées Bolchoï, et que je commence à être sérieusement à cours de superlatifs. 

- page 1 de 2