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mercredi 29 février 2012

J’ai testé : la bourse Ze Pass de l’Opéra de Paris

Il y a quelques semaines, une nouvelle intrigante était tombée : l’Opéra de Paris allait ouvrir une bourse en ligne, en partenariat avec Ze Pass, permettant de revendre ses billets entre spectateurs et spectatrices.

Quoi ? Un service pour aider le public ? Mais c’est énorme ! Il n’en fallait pas plus pour titiller mon âme de journaliste de terrain, prête à tester tout et n’importe quoi pour rendre compte de la réalité.

ze-pass.jpg
Première approche positive

Il faut bien le dire, quelques jours avant le lancement de ce site, c’était un peu le jeu des mauvaises langues dans le Grand Foyer. Et que ça ne sera réservé qu’à certaines catégories, et qu’on ne pourra pas échanger les e-tickets, et que la commission sera énooooorme…

A l’arrivée, bonne surprise, tous les tickets sont vendables, sous toutes leurs formes, même à 10 euros à visibilité réduite, même avec un tarif spécifique (moins de 28 ans…). Pour la fameuse commission, elle est proportionnelle au prix du billet. Bonne ou mauvaise idée ? J’aurais tendance à dire que, vu la variété des prix des tickets, cela reste plutôt une bonne initiative. Une place à 170 euros se voit ainsi majorée d’une quinzaine d’euros, mais une place à 15 n’aura que 90 centimes en plus. Égoïstement parlant, moi qui suis plutôt intéressée par les petites places, je trouve ça plutôt bien.

Le site a visuellement la même tête que le site de l’Opéra, mais d’un point de vue navigation, cela n’a rien à voir. C’est simple, facile, instinctif, très explicite. Oui, oui, parfaitement. Enfin un site véritablement conçu par des internautes pour des internautes. A se demander pourquoi l’Opéra n’a pas déjà repris ce site pour sa propre billetterie, qui a urgemment besoin d’un grand nettoyage (il parait d’ailleurs que c’est en réflexion). Très bon travail en tout cas de Ze Pass, qui a conçu un site vraiment facile à utiliser.

Premier problème de confidentialité

Voulant tester le système, je veux me créer une alerte. Très simple là encore. Pour finaliser, il faut ensuite se créer un compte. Très simple… trop simple ? Votre identifiant, indiqué partout et visible de tout le monde une fois que vous vendez un billet, n’est pas créé par vous-même, mais par votre adresse mail.

Autrement dit, mon identifiant consistait en mon nom et mon prénom, sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Plutôt moyen niveau politique de confidentialité.

Je contacte donc le support technique du site Ze Pass/Opéra, assez facilement accessible depuis mon profil personnel. Message envoyé à 11h30 un vendredi, réponse reçue à midi. Je peux changer mon identifiant, mais uniquement en passant par le support technique. A 16 heures, tout est réglé.

Mouai… Le support technique est très réactif, mais ça ne résout pas fondamentalement le problème.

On passe à la vente

Ne reculant devant aucun reportage sur le terrain, je me décide à mettre une place à la vente. Là encore, la procédure est ultra-simple et efficace. On peut choisir entre plusieurs mode de retrait du billet, de l’échange main à la main à plusieurs types de courriers (plus ou moins cher pour l’acheteur-se) ou par mail pour un e-ticket.

Différentes options payantes permettent également de mettre l’annonce plus en valeur. Un service pas vraiment utile à mon avis, lesdites annonces apparaissant tout à droite du site, dans un mauvais champ de vision. 

Ze-pass_2.jpg
Puis vient ce qui, je trouve, est le point fort de ce site : la sécurité du paiement. Lorsqu’un-e acheteur-se paye un billet, il-elle est débité-e, mais le vendeur ne touche rien. C’est uniquement après confirmation qu’il-elle sera crédité-e. Le site joue donc pleinement son rôle d’intermédiaire, d’autant plus sécurisant lorsqu’il s’agit d’une vente par voie postale.

La rapidité est en tout cas impressionnante. Je mets ma place en vente à 18h30, elle apparait sur le site à 19 heures (comme annoncé). A 19h38, je reçois un mail d’un acheteur.

Attention toutefois, il faut ensuite être rivé-e à ces mails. Le premier courriel vous avertit bien que, si vous ne répondez pas dans les 24 heures, la vente est annulée. Un peu anxiogène à lire (oui, moi aussi, c’est rare, mais cela m’arrive de passer plus d’une journée sans lire mes mails), mais finalement efficace. Cela évite à la vente de traîner.

Deuxième problème de confidentialité

Et c’est là qu’arrive le point le plus ennuyeux du site, à mon avis.

L’acheteur a choisi la vente main à la main, que je proposais. Je reçois un mail automatique du site me l’indiquant… avec en prime le prénom, le nom, l’adresse postale complète et le mail de l’acheteur. Ce qui me semble beaucoup trop pour une vente de visu.

En tant qu’acheteuse, si je choisie ce mode de transaction, c’est d’une part pour la facilité, d’autres part pour une certaine transparence. Pas besoin d’en savoir trop sur l’autre. Je n’ai pour ma part aucune envie qu’un-e parfait-e inconnu-e reçoive, et sans que cela me le soit à un moment notifié, mes coordonnées complètes.

Si ces données sont capitales pour une venter par voie postale, elles sont totalement inutiles pour une vente main à la main. Techniquement parlant, cela ne me semble pas trop dur à mettre en place de la masquer pour ce type de cas.

Pour le mail, il pourrait parfaitement être remplacé par une messagerie privée, dont disposent pas mal de sites marchands.

Et si l’on va jusqu’au bout du raisonnement, le nom et prénom de la personne ne sont même pas nécessaires pour un échange main à la main. La sécurisation de la transaction se fait par code confidentiel, que l’acheteur-se et le-la vendeur-se ont reçu, et qu’ils-elles doivent s’échanger lorsqu’ils se rencontrent.

Je teste donc de nouveau le support technique, dont la réponse arrive ½ heure après. Certes, je ne les ai pas mailé le dimanche à 4 heures du matin, mais en pleine journée de semaine, force est de constater que l’équipe reste extrêmement réactive.

Pour mon adresse postale, le support me conseille de "mettre à jour mon profil  sans oublier de la remettre si je devais un jour acheter un billet par courrier". L’adresse est obligatoire dans le compte, on ne peut pas laisser le champ vide, mais on peut mettre n’importe quoi. Un peu bancal.

Pour le reste du message, "La Bourse de l'Opéra est basée sur un principe communautaire, et la transparence y est donc de mise, mais seulement lorsque acheteur et vendeur ont contractualisé ensemble, c'est à dire seulement après que l'acheteur ait payé sur le site et le vendeur accepté la vente. Avant ce moment, les coordonnées ne sont jamais diffusées, et une messagerie interne permet un échange de question et réponse entre acheteur et vendeur sans transmission d'email ni de coordonnées".

Peut-être que je l’ai raté, mais il n’existe pas à ma connaissance de messagerie privée (ou alors elle est bien cachée, ce qui est mal). Quand un-e acheteur-se pose une question à un-e vendeur-se, elle est visible par tout le monde, idem pour la réponse.

Je trouve aussi que leur vision communautaire est un peu simpliste. Ce n’est pas parce que j’ai accepté une transaction que je connais la personne à qui j’ai affaire, et encore moins envie qu’il-elle est accès à mes coordonnées dont il-elle n’a pas l’utilité. Ce n’est pas un problème de transparence, mais de fonctionnement de base sur le net.

Acheter un billet

Là encore, rien de plus simple. Pour chaque billet, l’emplacement précis est en général indiqué par le vendeur-la vendeuse. Le système d’alerte est très simple à utiliser et efficace. J’achète en ligne un billet un samedi, la vente est entièrement finalisée moins de 24 heures après, rien à redire.

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Et la visibilité du site ?

Mis à part quelques problèmes de confidentialité, ce site est donc clairement une réussite… A se demander pourquoi l’Opéra le met si peu en valeur. Sur la page d’accueil du site de l’Opéra, il faut ainsi scroller plusieurs fois avant de tomber sur un lien, et dans la colonne de droite, manquant de visibilité.

Surtout, il n’y a aucune trace de ce système de bourse dans la partie la plus stratégique : la billetterie. Absolument aucun lien sur son espace personnel, ni sur les pages réservations de chaque spectacle. Le succès de ce genre de sites est pourtant lié à sa popularité. Plus de gens vont l’utiliser, plus il sera performant, car offrant plus de places. Aujourd’hui, qui connait ce site d’échange, à part quelques habitués-es ?

Si Ze Pass/Opéra a démarré doucement, il n’y a pas eu le boum que j’attendais avec la parution des distributions de La Bayadère. Je ne vois pas non plus comment les touristes lambda, les plus grosses victimes du marché noir (ce contre quoi est en priorité censé lutter Ze Pass, selon la communication de l’Opéra) peuvent entendre parler de ce site, vu le peu de communication.

Reste une billetterie de secours. On ne sait pas ce qu’on va trouver, pour quelle date et à quelle prix…. comme sur la billetterie officielle en fait. A la différence que le système d’alerte permet de savoir quand les places sont mises en vente. Dans certains cas, Ze Pass permet même d’avoir ses billets moins chers. Un "vrai" ticket de 20 euros cartonné coûtera 23 euros sur la billetterie officielle (le prix+ 3 euros de frais de transport), mais 21 euros 50 sur Ze Pass (1,50 euros de commission avec échange main à la main).

Et vous, vous avez déjà testé ce service ? Qu’en pensez-vous ?

jeudi 12 janvier 2012

L’Opéra de Paris, les chiffres, le Figaro, et comment décrypter tout ça

Il y a un exercice auquel tous les services de presse se plient à chaque mois de janvier : faire le bilan de l’année écoulée, et mettre en avant tout ce qui a fonctionné. Puis, essayer de le diffuser au plus grand nombre.

L’Opéra de Paris se conforme bien sûr à la règle. Pour le public lambda, c’est un peu lassant de lire autant de triomphalisme alors que ça ne fait que râler sur le web, mais c’est après tout le travail d’un servie de presse.

Le communiqué a été repris presque tel quel par l’AFP qui en a fait une dépêche, elle-même reprise aussi sans retouche par pas mal de médias. Classique, ça arrive tous les jours.

Le plus intéressant vient du Figaro. Le journal ne s’est pas contenté d’une dépêche, et a recueilli les réactions de Nicolas Joel (le directeur de l’Opéra de Paris). Et c’est là que ça devient drôle (ou pas). Extraits.

1) Le titre : "L'Opéra national de Paris baisse le prix de ses places"

Accrocheur, vendeur, cliquable. Lorsqu’on lit l’article, on s’aperçoit que ça arrivera (un tout, tout petit peu, ne rêvez pas) l’année prochaine. Donc à mettre au futur.

2) "Nicolas Joel est en homme heureux: en pleine crise, l'Opéra national de Paris a accueilli en 2011, 795.000 spectateurs, soit 1,7% de plus qu'en 2010, avec un taux de fréquentation maintenu à 94% ".

Il serait intéressant de savoir par qui est composé ce public : des habitué-e-s ou des touristes ? Et quelle tranche d’âge/sociale est représentée ? Laquelle augmente/est en baisse ?

3) "Dans le seul mois de décembre, la fréquentation des opéras Bastille et Garnier a culminé à près de 130.000 spectateurs, soit la fréquentation annuelle du Théâtre de l'Odéon, et 1,5 fois celle de l'Opéra de Lyon" (extrait du communiqué).

Coup classique de guéguerre entre les théâtres. L’opéra accueille plus de monde aussi parce qu’elle a plus de places de disponibles. L’Opéra de Lyon compte 1.100 places, l’Opéra Bastille 2.745, et donne plus de représentations. Il est donc logique que, mathématiquement, elle rassemble plus de monde. Ce n’est pas une preuve de qualité. Sans compter que les budgets sont bien plus importants qu’ailleurs.

C’est également une réponse au Monde, qui avait le 6 janvier dernier encensé l’Opéra de Lyon et descendu en flèche la politique artistique de Paris (mais l’article n’était pas forcément sans parti pris non plus apparemment)

4) "Du même coup, les recettes de billetterie progressent de 6%, atteignant 57,14 millions d'euros".

Un point totalement passé sous silence : si les recettes de la billetterie augmentent, c’est aussi parce que les prix augmentent. Forcément, quand une place à 5 euros se vend maintenant autour de 30, c’est mathématique, ça augmente les recettes (parfois ma logique m’impressionne).

5) "Ces chiffres confirment le succès de la politique artistique et tarifaire de la maison», explique Nicolas Joel".

La fameuse conclusion qui tue. En quoi ces chiffres montrent que les gens sont contents après une représentation ? En quoi vendre 95 % des places d’un spectacle prouve qu’il est bon ? On en revient à la question du début, qui remplit les salles : les touristes, les habitué-e-s, les entreprises ? Et quel type de classe sociale ?

6) "Sur le plan tarifaire, depuis trois ans, les places n'augmentent pas" (Nicolas Joel)

La plus grosse énormité jamais proférée par Nicolas Joel, officiellement élue phrase de l’année 2012. Les chiffres, c’est assez facile, on peut leur faire dire un peu ce qu’on veut. Mais un fait, il est vrai ou il est faux. Dire que "depuis trois ans, les places n'augmentent pas", c’est tout simplement un mensonge, quelque chose de faux, il n’y a même pas d’argument contre. Le fait est que chaque année, les prix ont augmenté.

Le silence de la journaliste en face est tout simplement aberrant. Soit elle ne lit plus les grilles tarifaires (c’est ça d’avoir trop d’invitations presse), soit elle juge que ce n’est pas important (on ne va quand même pas se préoccuper d’argent, c’est de l’art), soit elle assume qu’il ne s’agit ici que d’une campagne de communication dissimulée.

7) "‘Les places vont baisser la saison prochaine: 5 euros de moins à Bastille pour le lyrique dans les catégories 4, 5 et 6, sans augmentation corrélative du prix des places des catégories supérieures’. Dès lors, chaque soir de lyrique à Bastille, 600 places seront vendues à moins de 45 euros".

Un grand geste de bonté, mais qui ne rattrapera pas les hausses de ces dernières années. Et le "Dès lors" de la journaliste est de trop. Si je lis la grille tarifaire de Manon, qui a lieu en ce moment à Bastille, la catégorie 4 est à 105 euros, la 5 à 75 euros et à 6 à 40. Donc même avec la réduction, le quota de places à moins de 45 euros restera le même que cette année.

8) "L'État a construit l'Opéra Bastille, pourvu de 2.745 places qui viennent s'ajouter aux 1.800 de Garnier, dans le but de démocratiser l'opéra, ajoute encore Nicolas Joel. Il a soutenu la maison à travers vents et marées. Il n'y a aucune raison qu'elle change de mission".

Bon, je crois qu’on en déjà bien assez parlé au cours de ces derniers mois.

9) "Avec 4 millions et demi de visiteurs, le site de l'Opéra de Paris est le deuxième le plus visité après celui du Met de New York" (Nicolas Joel)

Ça aussi, ça fait toujours rire beaucoup de monde.

L’article se termine sur ce qui est le plus intéressant : le récent accord de l’Opéra de Paris avec Zepass. Dès le 6 février, un espace dédié sur le site de l’Opéra permettre de revendre ses places à d’autres spectateur-rice-s. Une idée plutôt judicieuse, reste à voir quelles seront les formalités (taux de commission ? types de billets ?).