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dimanche 2 octobre 2011

Le petit bilan d'actu, S05 EP05

Cette semaine, des nouvelles de La Source, du concours de promotion, des galas de part le monde ou de la soirée Lifar/Ratmansky. 

COTE ACTU

- Des nouvelles de La Source

La série des Lifar/Ratmansky n'est pas encore terminée que l'on se penche déjà sur la suivante, La Source. De l'avis unanime, ce ballet reste le plus attendu de la saison : une création, classique, menée par le très apprécié Jean-Guillaume Bart, et avec des distributions nouvelles, voilà qui fait envie. Les quelques avis entendus ici et là sont pour l'instant très favorables, en témoigne Claude Bessy lors d'une récente rencontre avec le public qui a multiplié les compliment sur ce futur ballet. 

Comme presque tout ce qui reste de ce ballet a disparu, il ne s'agira pas d'une reconstitution, mais bel et bien d'une création. Jean-Guillaume Bart assure se reposer sur un langage classique, avec "d’incontournables moments de bravoure". Pour lui, ce ballet peut se diviser en deux mondes, qu'il tient à distinguer chorégraphiquement : celui des elfes et des nymphes, avec "un parfum beaucoup plus fluide, et proche de la nature" (ndlr : un petit Psyché bis ?), et le monde terrestre, avec l'utilisation de nombreuses danses de caractère (caucasiennes, d’Arménie, de Géorgie...). En résumé pour jean-Guillaume Bart ? "C’est un spectacle pour faire rêver, comme ces contes que l’on nous raconte, enfant, avant de s’endormir".

Côté distribution, le trio Laetitia Pujol, Karl Paquette/Isabelle Ciaravola devrait assurer la première, ainsi qu'au moins les soirées des 29 et 31 octobre et du 4 novembre, qui seront filmées. Les autres couples seront Myriam Ould-Braham/Florian Magnenet et Ludmila Pagliero/Josua Hoffalt. Pour patienter un peu, voici les premières images disponibles : l'affiche, la maquette des décors (signés Eric Ruf) et celle de quelques costumes (de Christian Lacroix).

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- Le concours de promotion interne

Après avoir diffusé le nombre de postes vacants, les variations libres sont désormais connues. Les quadrilles femmes auront la variation du 3e acte de la Belle au Bois Dormant (Noureev), les coryphées femmes la variation de Polymnie issue d'Appolon (Balanchine), et les Sujets femmes la variation de la Cigarette de Suite en blanc (Lifar). Très techniques pour les premières, et beaucoup de style pour les deux autres classes. Pour les hommes, les quadrilles se départageront sur la deuxième variation du Pas de six de Napoli (Bournonville), et les coryphées sur la Mazurka de Suite en blanc (Lifar). Pour rappel, ce concours se tiendra les 9 et 10 novembre. L'accès est gratuit, uniquement sur invitation. 

- Les danseurs et danseuses de l'Opéra de Paris hors les murs 

Malgré cet emploi du temps bien rempli, de nombreux artistes de la compagnie parisienne trouvent le temps de se produire en gala en province et à l'étranger. Le dimanche 16 octobre sera ainsi chargé, avec trois spectacles en banlieue parisienne. Il y aura ainsi La Carte Blanche à Agnès Letestu à l'Opéra de Massy, avec un programme alléchant, entre étoiles et jeunes talents. Une création de Pierre Lacotte (Lettre d'un joueur) y sera entre autres présentée, ainsi qu'une chorégraphie de Samuel Murez et de grands pas de deux classiques. Au même moment, un groupe de huit danseurs et danseuses se produira au Théâtre Roger Barat de Herblay, pour là-encore de nombreux extraits du répertoire. La veille, Myriam Kamionka emmènera six artistes de la troupe au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-En-France

Le groupe de Bruno Bouché Incidence Chorégraphique a également publié sur son Facebook le programme de la saison 2011/2012, qui ira jusqu'au Japon. 

Au niveau des grands galas internationaux, Isabelle Ciaravola et Yann Saïz participeront au sixième Ballet Star Gala de Taipei (Taïwan), les 7 et 8 janvier 2012. 

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Après le succès de ses spectacle Etoiles Gala, Benjamin Pech monte pour sa part un gala prestigieux, toujours Japon, sobrement intitulé Love from Paris, les 28 et 31 janvier. Derrière ce titre un peu pompeux se cache un programme plus qu'alléchant, avec de nombreuses étoiles et de jeunes talents souvents un peu oublié-e-s. On veut avoir la même chose en France !


COTE MEDIA

- La soirée ifar/Ratmansk

Après un début plutôt calme, la presse s'est enfin décidée à parler de la soirée Lifar/Ratmansky. Et tous les titres ont eu la même conclusion : Phèdre est une vieillerie, Psyché un ravissement (en caricaturant à peine). Libération parle ainsi de "deux curiosités", et en profite pour tacler le Défilé. Le Figaro juge Psyché "enchanteur", mais n'adresse à Phèdre qu'un intérêt historique. Resmusica se demande même s'il "était vraiment nécessaire d’exhumer ce ballet ?", tandis que Psyché est vu comme une "délicieuse vision céleste". Les Echos ne se penche enfin quasiment que sur l'oeuvre de Ratmansky, y voyant "un charme qui vous poursuit longtemps après avoir quitter Garnier". La presse étrangère a également vu cette soirée, et en a tiré les mêmes conclusions, à lire sur le Financial Times et sur le New York Times

A voir également sur le site de l'Opéra, une interview d'Aurélie Dupont avec plusieurs extraits de Psyché. 

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- A lire, voir, écouter 

De la danse tous azimuts cette semaine dans la presse. Sylvie Guillem donne d'abord une longue interview au site The Arts Desk, où elle revient plus particulièrement sur son attachement au Japon. Autre ambiance, Jean-Christophe Maillot raconte à Nice-Matin comment gérer une compagnie (en l'occurrence les Ballets de Monte-Carlo) quand son budget est amputé de 10 %. Paris-Normandie a rencontré pour sa part une ancienne élève du CNSMDP devenue soliste au Lido, tandis que L'Est-Eclair a dressé le portrait de Charlotte Siepiora, ancienne de chez Preljocaj aujourd'hui danseuse dans la comédie musicale Dracula de Kamel Ouali. En parlant d'Angelin Preljocaj, le chorégraphe a donné une interview à La Provence, revenant sur le tournage de la publicité Air France qu'il a dirigé.  Pour en savoir plus sur le jeune espoir chorégraphique Pierre Rigal et sa pièce Micro, direction Les Inrocks ou Le Figaro. Enfin Le Monde a traversé la Manche pour aller voir l'exposition Degas and the Ballet : Picturing Movement à la Royal Academy of Arts de Londres. 

- Sur Twitter

Le Théâtre du Châtelet a lancé depuis la mi-septembre un compte Twitter. Pas de grosses exclusivités pour le moment, mais il faut encourager ce genre de pratique, rares dans les insitutions publiques. Allez, hop, on le followe. 

- Sur les blogs

Pas de mystère, les blogs aussi se sont penchés cette semaine sur la soirée Lifar/Ratmansky. A petits pas a été totalement de mon avis concernant la deuxième distribution, tandis que Danse-Opéra a goûté à la première. Anne-Laure inverse quant à elle la tendance, en donnant sa préférence à Psyché. Palpatine a fait plus simple et n'a aimé nu l'un ni l'autre, mais "L'important, c'est de participer, hein ? (heureusement, y'avait la musique)", comme il le conclue lui-même. Côté anniversaire, Musica Sola a fêté ses 20 ans de spectateur d'opéra, et Danse-Opéra sa première année d'existence. Happy blog-day !  


COTE AGENDA

- Sur scène

La soirée Lifar/Ratmansky continue pour encore quelques dates au Palais Garnier, avec notamment la délicieuse Clairemarie Osta dans le rôle de Psyché. 

Côté contemporain, la saison 2011/2012 démarre enfin au Théâtre de Chaillot. La Trisha Brown Dance Company s'y installe ainsi dès le 5 octobre, avec un programme composé de quatre pièces de la chorégraphe américaine, dont une création et une première européenne. Les Ballets C de la B, créés par Alain Platel, seront dans ce même théâtre du 5 au 8 octobre, pour un duo-vidéo Pénombre. Au Théâtre de la Ville, la troupe DV8 de Lloyd Newson continue pour sa part de donner Can we talk about this ? chaudement recommandé par les critiques, jusqu'au 6 octobre. 

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Enfin pour les musicals, Cabaret revient au Théâtre Marigny dès le 6 septembre, dans sa version française. Cette adaptation, très réussie, avait remporté un vif succès il y a quelques années. Elle revient avec une troupe quasi à l'identique, si ce n'est l'arrivée surprenante d'Emmanuel Moïre dans le rôle du Maître de cérémonie. 

- Rencontres

Pour en savoir un peu plus sur le ballet La Source, évoqué plus haut, une répétition publique est organisée le samedi 8 octobre à 16 heures, à l'amphithéâtre de Bastille. Elle devrait être dirigée par Jean-Guillaume Bart. 

- Il est temps de réserver

Beaucoup m'ont posé la question de l'organisation des Démonstrations de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris cette semaine. Il n'y a pas de hasard, les ventes des billets pour cette manifestations démarrent en effet dès ce lundi 3 octobre, à 9 heures, pour l'instant seulement sur le site web de l'Opéra de Paris. Pour rappel, les séances du matin sont différentes de celles de l'après-midi. Pour voir toutes les classes, il faut donc prendre un billet pour les deux séances d'une même journées. Les premières places pour le Ballet Royal du Danemark seront également en vente le 3 octobre. S'il n'est pas forcément utile de se précipiter sur les Démonstrations (il reste toujours des places au guichet le jour-même), la compagnie du Danemark devrait plus attirer les foules. 

- A la télévision

Marie-Agnès Gillot occupe encore le petit écran cette semaine. Notamment dans La Meilleure danse, dont les demi-finales auront lieu le mardi 4 octobre, à 20h40 sur W9. Pas de live-tweet pour ma part, sauf si des grèves de dernière minute bloque la représentation de Faust du soir. Marie-Agnès Gillot sera également sur Canal+, le mercredi 5 octobre à 22h30, dans le documentaire God Save My Shoes. Pas d'impatience pour les fans, elle n'y apparaît qu'une grosse minute sur l'heure du documentaire, qui tente d'expliquer l'addiction des femmes pour les chaussures à talon. Objet de pouvoir féministe ou énième assouvissement de la femme en tant que figure du désir ? 

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COTE BLOG

- A lire la semaine prochaine sur Danses avec la plume : un appel aux pronostiqueurs et pronostiqueuses, le troisième et dernier épisode de la soirée Lifar/Ratmansky, le résumé des demi-finales de La Meilleure danse, la critique du nouveau film de Frederick Wiseman Crazy Horse, le compte-rendu du programme Trisha Brown, et peut-être enfin un peu d'opéra. Programme chargé et varié en résumé. 

Bonne semaine à tous et toutes ! 

jeudi 29 septembre 2011

Soirée Lifar/Ratmansky : épisode 2

Mercredi 28 septembre 2011. Soirée Lifar/Ratmansky par le Ballet de l'Opéra de Paris, au Palais Garnier. Phèdre, avec Agnès Letestu (Phèdre), Stéphane Bullion (Thésée), Sabrina Mallem (Oenone), Josua Hoffalt (Hippolyte) et Mathilde Froustey (Aricie). Psyché, avec Dorothée Gilbert (Psyché), Mathieu Ganio (Eros) et Alice Renavand (Vénus).

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Un deuxième épisode aussi étrange que le premier pour cette soirée Lifar/Ratmansky, et avec des avis aussi contrastés. Pour ma part, la soirée m’a confortée dans mes positions : Phèdre est un ballet à découvrir, à défaut pour certain-e-s de l’apprécier, et Psyché est d’un conformisme limite pénible.

Phèdre est cette fois-ci découverte de tout haut. Surprise, avec la distance, les costumes apparaissent moins choquants, tandis que les formes géométriques du corps de ballet sont révélées. Inspiration : Phèdre, c’est un ballet à voir d’en haut. Les loges sont désertées, profitez-en.

Claude Bessy l’a dit tout comme Marie-Agnès Gillot : pour danser Phèdre, il faut de fortes personnalités, c’est un ballet à personnages. Le casting de ce deuxième épisode était très différent du premier, et l’impression a été radicalement différente.

Agnès Letestu est au début un peu inquiétante pour la suite du spectacle, tant son jeu est normal. Sa reine est parfaite de pouvoir, elle est triste, elle est jalouse, elle aime. Comme une personne absolument lambda. Sauf que l’étoile évolue au milieu de décors et de costumes tout sauf banals, qui appellent à quelques chose d’accentué. Et là, son jeu tout en pudeur semblait étrangement décalé avec le monde qui l’entourait.

Mais Reine Agnès n’a pas ce surnom pour rien. A partir du moment où Hippolyte la rejette, tout bascule, et la fameuse tragédie grecque prend la place de la simple histoire. Plus que la pensée incestueuse, ce rejet est ce qui révèle la folie enfouie de Phèdre. C’est de là d’où viennent les envie de meurtre, de suicide, et tous les drames de l’histoire. La différence entre les deux parties du ballet, et encore plus le moment précis où la folie meurtrière de Phèdre s’empare d’elle, est saisissante.

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Si la première distribution tenait surtout au duo Phèdre/Hippolyte, c’est cette fois-ci le couple Phèdre/Thésée qui tient le les rênes. Stéphane Bullion est surprenant dans ce rôle. D’abord, parce que ce costume, qui semble importable à n’importe qui, lui va presque bien. Son allure athlétique, un peu trapue, supporte  d’une certaine façon l’armure blanche de carton-pâte, et même la perruque. Ensuite, comme il n’est plus aux prises avec une technique trop difficile, sa personnalité artistique peut prendre le pas.

Et puis deuxième vérité de la soirée, quand Agnès Letestu et Stéphane Bullion sont sur une même scène, il se passe forcément quelque chose. En grands costumes XIXe siècle ou en académiques improbables, leur couple est toujours criant de vérité. Face à Phèdre, Stéphane Bullion joue un Thésée à peu près normal, s’entend comme il peut l’être avec son passé (fils d’un Dieu, marié à la demi-sœur du Minotaure à tendance incestueuse). Sa douleur est réelle, sa jalousie et son amour non feints. Même les héros ont une âme, et sont soumis aux sentiments humains. Conclusion : sur un même rôle, ma préférence a délaissé Nicolas Le Riche pour Stéphane Bullion. Voila, c'est dit, c'est écrit, et je n'en reviens toujours pas.

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Le reste du casting, et c’est dommage, est un peu trop appliqué pour vraiment séduire. Sabrina Mallem joue une Oenone convaincante, sculpturale, à l’allure presque trop princesse. La différence de vision avec Alice Renavand n’est toutefois pas assez accentuée, et si la danseuse s’en sort bien, elle a du mal à imposer son empreinte. A sa décharge, Sabrina Mallem a peu l’occasion durant les dernières saisons de construire un véritable personnage en solo, tandis qu’Alice Renavand est une habituée des rôles de premières danseuses depuis plusieurs années.

Josua Hoffalt est un Hippolyte plutôt séduisant aux premiers abords, un jeune fougueux bondissant heureux de ses amis et de la vie. Mais dès que le drame apparait, le jeune danseur semble avoir un peu plus de mal à trouver sa place, un peu écrasé par la présence d’Agnès Letestu. Déception, son pas de deux avec Mathilde Froustey s'est révélé très scolaire. Cette dernière était charmante en académique rose, mais elle n’avait pas cette extrême musicalité de Princesse Myriam, ni cette attention aux plus infimes détails.

Difficile au final de dire quelle distribution emporte mon adhésion, tant le rendu fut différent. Phèdre reste en tout cas une découverte très intéressante.

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Pour Psyché, ce fut l’inverse : une bonne impression au début, et un decrescendo interminable à la moitié du ballet.

Etais-je dans un mood positif ? Mais ces êtres si mignons et si graciles du début, dans cette pénombre et cette si jolie musique, m’ont fait douter de ma mauvaise première impression. C’est tout de même si plaisant et charmant tout ça…

Comme attendu, Mathieu Ganio est l’image parfaite du Dieu Eros. Un beau sourire par-là, une belle technique élégante, quelques effets de mèches par-ci, un jeu plutôt convainquant et une plastique sans défaut… Rien à dire et rien à reprocher. Dorothée Gilbert apparait aussi comme une créature des plus adorables, poussant des petits cris de ravissement muets devant chaque homme-animal et femme-fleur. Voilà pour la parfaite ambiance conte féérique.  

Alors quand est-ce que tout cela a commencé à déraper ? Par la variation de Psyché. Dorothée Gilbert est fulgurante de technique, mais il manque cette si riche musicalité d’Aurélie Dupont. Et sans cette qualité, la certaine pauvreté de la chorégraphie apparaît de plus en plus criante.

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Très vite, Dorothée Gilbert montre qu’elle n’aura que deux expressions dans ce ballet : la joie émerveillée-grand sourire d’une part, la frayeur-yeux écarquillés d’autre part. Point barre. L’étoile a également confondu le second degré avec le sur-jeu. De si mignonne, elle passe donc d’énervante, puis d’exaspérante, pour finir la tête dans les mains de désespoir face au tableau final écœurant de dégoulantitude (je suis comme MAG et sa physicalité, j’aime bien inventer des mots) (En fait, il parait que ça existe, mais je ne suis pas sûre qu’il soit correctement utilisé) (Bref).

Après le grand pas de deux, Psyché ne fut qu’une suite de regards incessants vers ma montre. C’est long, c’est vide, c’est creux, et le public est en extase. Je me sens incomprise au milieu de l’amphi en total état de ravissement. Heureusement, Fab retrouvée à la sortie semble plutôt de mon avis (ça y est, après notre désaccord sur In Paris, nous somme enfin reconnectées, la saison peut donc véritablement commencer). 

Au final, malgré leur départ en pôle-position, le couple Gilbert/Ganio s’est retrouvé le moins convainquant pour moi dans ce ballet. Si l’on doit parler de partenariat et de complémentarité, le duo Osta/Pech arrive en tête.Mais Aurélie Dupont reste inégalable dans le rôle-titre.

mardi 27 septembre 2011

Claude Bessy : "Lifar a fait de Phèdre quelque chose d’extraordinaire"

A l'occasion de la soirée Lifar/Ratmansky, et de la reconstitution de Phèdre de Serge Lifar, une rencontre avec le public a été organisée la semaine dernière avec Claude Bessy. Interprète privilégiée du chorégraphe, c'est elle qui a été chargée de remonter le ballet. Compte-rendu.

Pouvez-vous tout d’abord nous dresser un portrait de Serge Lifar ?

C’était quelqu’un d’assez beau, et complètement fascinant. Avec des grandes mains, du charme, du charisme… J’étais amoureuse, tout simplement, comme tous les hommes et les femmes qu’il croisait.

Quand avez-vous vraiment été en contact avec lui ?

Imaginez la petite gamine de 14 ans que j’étais, tout juste engagée dans la compagnie. C’est la guerre, et Serge Lifar a été exclu. Tout ce que j’ai vu à l’Ecole de Danse, quand j’allais voir des spectacles, c’était des créations de Lifar… Et voilà que nous repartions à faire Les deux pigeons, toutes ces vieilleries. C’est charmant, mais on ne faisait que ça. Il y a eu un mouvement important parmi les danseur-se-s, des grèves, des manifestations, pour le faire revenir. Jean Babilée l’a énormément défendu.

Lifar est donc revenu. Il travaillait très vite… Et il oubliait aussi vite ce qu’il créait, dans la seconde. "Bessy, vous faites ça", est devenue "Bessy, faites", puis "Bessy, refaite", puis "Qu’est-ce que j’ai fait Bessy ?". Parce que Bessy = mémoire. Cela a été prodigieux pour moi.

Vous l’avez aussi connu personnellement ?

Très vite, nous sommes partis en tournée en Amérique du Sud. J’avais 15 ans. Mon père a dit à Lifar : "Je vous la confie". Il a pris ça au pied de la lettre, et il m’a trimballé partout, pendant toute la tournée : les ambassades, les diners… Partout, il y avait toujours Lifar, et la gamine derrière. Je me suis faîtes toutes les ennemies du monde ! Ça a créé une situation dans le ballet qui ne m’a pas été favorable du tout. Mais j’ai eu la chance de le côtoyer dans la vie quotidienne, de l’entendre raconter sa vie. C’était un être complètement passionné de danse, d’art, de musique… Il avait fait tous les musées du monde. Je l’écoutais parler. Il n’était pas mécontent non plus d’avoir une jolie fille à côté de lui. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, j’ai eu des relations humaines avec de grands personnages.

Lifar aimait beaucoup faire parler de lui ?

Il me disait : "Même si on parle mal de vous, l’important c’est qu’on en parle". Dès qu’il y avait un photographe, hop ! Il arrivait. Dès qu’il y avait une star, il se précipitait pour l’embrasser, même s’il ne la connaissait pas. Moi, ça m’amusait beaucoup.

Il a gardé ce trait de caractère très tard…

A la fin de sa vie, il est venu à Paris pour une exposition sur Diaghilev. Il était malade à ce moment-là. C’est moi qui suis allée le chercher, il marchait lentement. A l’exposition est arrivée Maïa Plissetskaïa, avec tous les photographes. Il m’a planté là ! De cette soirée, il n’y a pas une photo de moi avec Lifar.

Il était aussi ami avec de grands artistes de son époque, comme Chanel...

Chanel lui a offert une bague. Dans pas mal de photos, on voit Lifar avec cette bague au doigt. Puis il me l’a donné. Aujourd’hui, c’est moi qui la porte, et elle ne me quitte pas (ndlr : elle montre alors sa main gauche, où brille la fameuse bague).

Comment peut-on définir la danse de Serge Lifar ?

Lifar n’était pas un très grand danseur. Il a commencé à 19 ans, et c’est sa beauté qui a fait que. Mais c’est ce qui lui a permis de faire des chorégraphies personnelles, parce qu’il y a des choses qu’il ne pouvait pas faire. C’est ce qui l’a poussé à faire cette recherche sur le néo-classicisme. Il créait d’après sa technique. J’en ai discuté longtemps avec Maurice Béjart, et il a eu le même problème. Il le prenait avec humour. Toutes les chorégraphies qu’il a faites, c’est parce qu’il avait envie de voir autre chose, et de danser autre chose.

Parlez-nous de la création de Phèdre, en 1950…

J’avais 15 ans à l’époque de la création, je faisais l’une des suivantes. On n’avait pas notre mot à dire. J’écoutais tout. Cocteau avait des idées géniales, comme ces grands bracelets rouges que porte Phèdre. Ça donne une dimension très théâtrale au geste. Ce sont des choses intéressantes qui vous marquent.

Comment cela se passait-il entre Lifar et Cocteau ?

Il y a pas mal de choses que je n’ai pas vu du tout. Cocteau est venu aux premières répétitions, il a bien défini ses scènes. Ensuite, il devait dire oui pour chaque élément scénique : les costumes, les maquillages… Cocteau ne s’immisçait pas dans la chorégraphie.

La musique de Georges Auric était-elle difficile pour l’époque ?

Elle paraissait comme une musique moderne pour nous, à la limite du dodécaphonisme. Pendant les répétitions, tout a été joué au piano. Mais on ne peut pas donner avec un piano les couleurs de l’orchestration, qui sont très importantes dans Phèdre. La première répétition avec orchestre a été la panique générale. On ne reconnaissait plus rien du tout. Maintenant, c’est devenu quelque chose que je peux chanter. C’est pour ça que j’ai demandé à ce qu’on ait le plus souvent possible la bande-son, pour que les danseur-se-s aient dans l’oreille cette orchestration et ces sonorités.

Comment Georges Auric est-il arrivé sur ce projet ?

C’est Lifar qui avait dans l’idée de faire Phèdre, depuis un long moment. Il cherchait une musique, il a beaucoup travaillé sur des partitions déjà écrites. Je crois que c’est finalement Auric qui en a parlé à Cocteau, puis c’est revenu à Lifar.

Comment situez-vous Phèdre dans l’œuvre de Lifar ?

Pour moi, Phèdre est l’un de ses meilleurs ballets, avec Les Mirages. Je parle des ballets qui restent bien sûr… On a essayé de remonter Les Noces fantastiques à un moment. Mais on n’avait pas les moyens de faire de nouveaux décors. On a donc fait remonter les anciennes toiles, on les a dépliées… et toute la peinture est tombée. On a abandonné. Dommage, parce que c’est l’un des derniers grands ballets de Lifar.

Peut-on dire que Phèdre est ballet moderne sur un sujet classique ?

La modernité, c’est Cocteau. Dans sa scénographie, les costumes, les couleurs, le découpage des scènes. La chorégraphie de Lifar, c’est du Lifar, c’est un style qui lui est propre. Phèdre, c’est typiquement l’esprit Lifar. Il savait raconter des histoires. Il aimait les personnages. Il avait en plus entre les mains Tamara Toumanova, qui était un personnage dans la vie. Serge Lifar était très gâté avec le personnage de Phèdre, et il en a fait quelque chose d’extraordinaire.

Comment était Tamara Toumanova, la créatrice du rôle ?

Il faut imaginer une femme pas très grande et très belle, un visage très beau, de grands cheveux noirs, des épaules assez larges. Et surtout une façon de danser un petit peu spéciale. C’est la première qui a eu des équilibres aussi incroyables .Il y en d’ailleurs dans Phèdre. Pour le personnage dans la vie, c’était l’excessivité totale. Elle pouvait avoir des rages épouvantables pendant les répétitions. Et puis il y avait "Mamma" qui était à côté, tout le temps. Dès que sa fille apparaissait sur scène, elle faisait le tour du plateau en faisant des signes de croix ! Elle était toujours dans les coulisses.

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Quand avez-vous voulu danser ce ballet ?

C’est au fur et à mesure de ma carrière que j’ai eu envie de raconter des histoires, et que je me suis dit que c’était Phèdre que j’avais envie de raconter. Sauf que je n’avais pas le physique pour danser Phèdre. C’est justement ça qui m’a donné envie de faire ce ballet. Pour moi, Phèdre est une femme brune. Moi, je suis une blondasse…

Brigitte Lefèvre : Solaire !

Claude Bessy : Solaire, c’est plus joli (rires). J’ai eu beaucoup de mal à cause de ce côté solaire. On me voyait toujours comme une jolie fille, et il ne fallait pas sortir de là. Moi, j’en avais ras-le-bol. J’avais envie d’être une actrice, je n’avais pas seulement envie d’être un corps et une tête. L’idée était que le travail que j’avais fait, et ce que j’avais dans ma petite tête, je voulais le montrer. Un jour, j’ai fini par dire à Georges Hirsch (ndlr : l’administrateur de l'Opéra de Paris de l’époque), qui voulait encore me mettre en maillot académique : "Ecoutez, si c’est comme ça, je vais au Casino de Paris, je gagnerais plus d’argent, et je m’emmerderais moins". En l’occurrence, c’était très précis !

Vous êtes allée demander le rôle à Lifar ?

Oui. Je lui disais : "Je veux essayer, je veux le faire, il n’y a pas de raison que je n’y arrive pas". Il m’a laissé le rôle lors de la tournée en URSS, en 1958. Un grand souvenir… Je dansais Phèdre, Nina Vyroubova était Oenone. J’ai travaillé directement avec Serge Lifar. Il y a d’un côté la chorégraphie, puis le personnage à mettre au milieu des pas. Il y avait des choses qui venaient de moi, que j’avais envie de jouer, et les conseils de Lifar.

Vous vous êtes inspirée de la tragédie de Racine ?

J’ai beaucoup parlé avec Marie Bell, une grande actrice de théâtre qui a beaucoup joué Phèdre. Je suis allée la voir sur scène. Lors de cette reprise, j’ai dit à Marie-Agnès Gillot et à Agnès Letestu de relire la pièce. Sans connaître les tirades par cœur, il faut absolument s’inspirer des scènes principales.

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Comment s’est passée cette reconstitution de Phèdre en 2011 ?

Quand on a recommencé à parler de Phèdre, je me suis replongée dans les notes que j’avais prises à l’époque…Incapable de me relire ! J’ai vraiment fait du déchiffrage.

Comment avez-vous transmis le rôle à la nouvelle génération ?

C’est très difficile de parler de Phèdre, et d’expliquer aujourd’hui ce ballet. Je ne travaille qu’avec ma mémoire. Expliquer pourquoi je demande ça à un-e danseur-se… Cela me vient instinctivement. J’ai enregistré depuis fort longtemps tous les conseils de Lifar,  puis tout ce que j’ai assimilé de Tamara Toumanova. Quand je demande un pas, et que je me lève instinctivement pour dire : "Non, c’est comme ça"… Ce n’est pas réfléchi, c’est absolument instinctif. C’est difficile de donner des indications par rapport à la chorégraphie, par rapport au style. Il y a des moments où c’est très instinctif dans le ballet.

Qu’est-ce que c’est que cet instinct ?

Ce que j’appelle l’instinct, c’est tout ce qui ressort de ce que j’ai appris. Je dois ça à tous les professeurs et maître de ballet que j’ai eu. Cela revient automatiquement. Pendant les répétitions, lorsque je vois que Vincent Chaillet a un petit problème avec ses tours, que Nicolas Le Riche ne met pas la force qu’il faut à la fin de ses pirouettes, c’est absolument instinctif, je me mets à les corriger, je deviens le professeur. Puis je me dis : "Bon, ce sont des étoiles tout de même…". Mais ça ne fait rien, "Le dos, l’épaule !", je n’ai même pas besoin d’y réfléchir.

Qu’est-ce qui a changé entre le ballet de 1950 et la version d’aujourd’hui ?

Ce qui a changé ? Les danseur-se-s ! Il-elle-s n’ont pas la même technique, il-elle-s ont fait plein de choses, du contemporain. Il y a une évolution dans la façon de bouger que nous n’avions pas, et qui est beaucoup plus intéressante. Ils savent bouger d’une façon intelligente et joliment. Ce n’est plus la même façon de danser. Les mentalités ont changé, les danseur-se-s ont changé.

Comment avez-vous choisi les distributions ?

On a choisi ensemble les interprètes, avec Brigitte Lefèvre. Je suis restée très précise quant à Marie-Agnès Gillot et Agnès Letestu. Et je suis très heureuse quant aux choix que nous avons faits, elles sont formidables, toutes les deux très différemment. Nicolas Le Roche est superbe, Vincent Chaillet, tout jeune, est un artiste, il a quelque chose à donner. C’est très agréable de retrouver des danseur-se-s que j’ai connu, souvent à l’âge de 9 ans, et qui ont maintenant 35-40 ans maintenant. Je les retrouve inchangé-e-s dans les visages et dans les yeux, mais je trouve des artistes fabuleux. Ils ont bien évolué, et ça fait très plaisir.

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Comment s’est passé votre retour à l’Opéra pour remonter ce ballet ?

Je suis partie de l’Ecole de Danse très heureuse, parce qu’on m’avait beaucoup salie. J’ai fait une croix sur une quantité de sentiments que j’ai eus en partant de l’Ecole. Je suis ravie, vraiment, que ça se soit passé comme ça parce que je n’ai pas souffert. J’évite maintenant ce monde, je suis un peu en dehors. Les choses s’éloignent… On regarde tout ce monde avec beaucoup d’aisance et de sourire.

J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler à l’Opéra, alors que je n’y avais pas remis les pieds depuis six ans, rien que pour revoir les enfants. C’est surtout pour eux. Quand je suis revenue, tous les gamins m’ont sauté au coup, m’ont embrassée, tout le monde était content. "C’est sympa de vois voir là, ça nous rajeuni !". Cela réchauffe le cœur ! Je n’ai pas eu d’enfant, je n’en ai pas voulu de toute ma vie. J’ai voulu consacrer ma vie à la danse. Et la vie m’a apporté des quantités de mômes.

samedi 24 septembre 2011

Soirée Lifar/Ratmansky : épisode 1

Jeudi 22 septembre 2011. Soirée Lifar/Ratmansky par le Ballet de l'Opéra de Paris, au Palais Garnier. Phèdre, avec Marie-Agnès Gillot (Phèdre), Nicolas Le Riche (Thésée), Alice Renavand (Oenone), Karl Paquette (Hippolyte) et Myriam Ould-Braham (Aricie). Psyché, avec Aurélie Dupont (Psyché), Stéphane Bullion (Eros) et Amandine Albisson (Vénus). 

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Quel étrange ouverture de saison que cette soirée Lifar/Ratmansky. A la sortie, personne n'était d'accord, à croire que nous avions vu un programme différent. Phèdre ? "Un choc esthétique" ou "Une vieillerie qu'on n'aurait jamais vu ressortir". Psychée ? "Un moment de délice" ou "Le plus affligeant ballet que j'ai jamais vu". Ça se fightait jusqu'à l'arrêt de bus. 

La seule chose qui a mis tout le monde d'accord, comme d'habitude, est resté le Défilé. Tout le monde a sa petite larmiche lorsque le Petit Rat apparaît, tout le monde trouve ça tellement mignon tous-tes ces gami-ne-s tellement fier-èr-s, tout le monde adore jouer à l'applaudimètre. La planète de la danse est cruelle, ce sont toujours les mêmes qui gagnent (Nicolas Le Riche, Agnès Letestu, Aurélie Dupont...) et les mêmes qui reçoivent le minimum syndical d'applaudissements polis. Petits moments de joie lorsque des lignes de premier-ère-s danseur-se-s (Myriam Ould-Braham, Alessio Carbone et Emmanuel Thibault) ont droit à de véritables ovations. Le Défilé, c'est le seul moment de la saison où le public a la parole, et il ne s'en prive pas. 

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Cette soirée pourrait avoir comme sous-titre "Le mythe grec dans tous ses états". Les deux ballets prennent en effet pour thème une histoire venue tout droit de l'Antiquité, mais avec une vision diamétralement opposée. 

Phèdre, le ballet de Serge Lifar, va chercher dans la pure tragédie. On s'aime et on se déteste, sur fond de pouvoir et d'inceste

Cette oeuvre reste tout d'abord un choc visuel dès que le rideau s'ouvre. Voilà une toile blanc, avec au milieu un mini décor de théâtre, aux rideaux bleu vif. C'est là qu'apparaissent les personnages au loin ou évoqués, ou alors le destin qui approche. Les costumes tranchent, du violet, de l'orange, du bleu... euh... étrange pour les vagues. Et cette gestuelle permanente propre à Lifar, avec ses pliés en seconde position et ses poignets et ses coudes cassés. Le public n'est pas, ou plus, habitué à cette esthétique. Est-telle vieillie ou dépassée ? Pour ma part, non, car le parti-pris est trop tranché. Phèdre est une proposition artistique jusqu'au-boutiste. Trop-c'est-trop, peut-être, mais on ne peut pas en tout cas reprocher au chorégraphe de ne pas avoir voulu imprimer un style différent, ce qui manque cruellement à la deuxième oeuvre de la soirée. 

Marie-Agnès Gillot parlait de "casting démentiel" pour cette première. Pas totalement vrai, même si la déception n'a pas été là où on l'attendait. Marie-Agnès Gillot est pour sa part une Phèdre formidable, totalement tragédienne. Elle aime et déteste trop fort, en sachant très bien qu'elle n'y peut rien, c'est la Destiné. Son allure atléthique, qui déplait souvent dans le classique, lui confère une véritable autorité. C'est une reine qui n'est pas seulement souveraine par son mariage, mais qui a su prendre le pouvoir. Sa Phèdre dirige, et ne supporte pas d'être désobéie. C'est là d'où vient le drame. Elle sait qu'aimer Hippolyte, son beau-fils rappelons-le, n'est pas l'idée du siècle. Mais la jalousie de le voir dans les bras d'une autre est plus fort que la raison. Phèdre se précipite dans la tragédie en tout conscience.  

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Passée la surprise du vert fluo de sa tenue, Karl Paquette est un Hippolyte intéressant. Personne n'attend de lui un sommet de technique, mais comme à son habitude, il compense par une proposition artistique forte et qui tient tout au long du ballet. Son Hippolyte  est un personnage relativement "normal", s'entend des réactions à peu près logiques face à ce qui se passe : un amour joyeux pour Aricie, une frayeur écoeurée face à l'inceste de Phèdre, une peur de Thésée. Celle qui se détache reste toutefois Alice Renavand, très sincère dans son rôle d'Oenone, portant la tragédie, et sculpturale en académique. J'ai un peu l'impression qu'elle fait toujours la même chose, mais cela reste efficace. Dommage pour Myram Ould-Braham, son personnage d'Aricie n'est pas assez consistant pour la mettre véritablement en valeur. 

La déception vient - et oui, ça devait bien arriver un jour - de Nicolas Le Riche. Il n'est pas forcément gâté par son costume, rose et avec une espère d'armure sur le corps. Etait-ce un peu lourd à porter ? Sa danse paraissait en tout cas comme déjà fatiguée, et l'on a guetté en vain ses habituelles envolées. Le Riche a également eu du mal à trouver sa place dans ce  quintette. Si les quatre autres se répondaient admirablement bien, lui semblait en-dehors. Son solo reste en tout cas la seule partie du ballet où j'ai décroché.

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Tout cela évidemment se finit en drame, trois morts en à peine 1/4 d'heure. Du sang, des larmes, et une oeuvre assez unique en son genre.

Psyché d'Alexeï Ratmansky apparaît à côté de Phèdre comme un sommet de danse académique. Pas de tragédie, place plutôt au monde rempli d'allégresse des Dieux Romains, entre belle terrienne, nymphes des bois et forêts enchantées.

Alexei Ratmansky s'est bien amusé avec les décors et les costumes. Les premiers sont dans les tons des meilleurs Walt Disney, les deuxième sont adorables d'humour et de second degré. Parfaitement, la moumoute passe très bien, nous ne sommes pas dans un monde réel après tout. En homme qui aime la musique, Ratmansky a choisi une très jolie partition, Psyché de César Franck, admirablement interprétée entre l'Orchestre National d'Ile-de-France et le choeur de Radio-France. Il a en plus très bien su s'en servir. 

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Mais Psyché transpire trop le bon goût de tous les côtés pour pouvoir vraiment se laisser emporter. Ratmansky semble avoir pris le plus grand soin de ne jamais choquer le public, encore moins d'essayer de le surprendre. Chaque pas et intention est calibré pour plaire au plus grand nombre. Psyché est indéniablement un ballet très joli à regarder, plaisant par moment, mais tellement attendu que l'ennui arrive trop vite. Voilà deux deux fois que je le vois, et j'ai déjà l'impression d'en avoir fait plus que le tour. Etrange impression de voir en face de soi un ballet horriblement passéiste, alors qu'il s'agit d'une création. 

Heureusement, il y avait Aurélie Dupont. Sublime de bout en bout, un pur régal. Il y aurait donc un an qu'elle n'aurait plus chaussé ses pointes sur scène ? Inimaginable, tant chacun de ses pas semble le plus naturel, le plus délicat, le plus musical et le plus gracieux du monde. Son solo sur la partition de choeur est un véritable petit régal. Loin de tomber dans une vision éthérée du personnage, Aurélie Dupont joue une Psychée plutôt spontanée. Par naissance, sa beauté devait la mener à un destin exceptionnel. Alors il n'y a pas à être surprise lorsque des Zéphirs vous enlèvent, que vous découvrez une forêt magique où chaque être de la Nature semble vous adorer (très joli corps de ballet au passage), qu'un Dieu tombe amoureux de vous et que vous finissez Déesse. Il y a juste à se laisser porter par les événements. 

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Amandine Albisson
offre une formidable Vénus en face. Elle aussi resplendit, mais d'une tout autre beauté. La sienne est décidée, tranchante. Elle règne avant toute chose. Dommage, face à ces deux fortes personnalités, Stéphane Bullion a du mal à exister. Son Eros est trop terrien, et peut-être un peu trop humble, pour lui conférer ce côté magique qui fait tout le charme de ce genre de ballet. Un peu dépassé par la technique lors de son solo, son partenariat avec Aurélie Dupont fonctionne toutefois plutôt bien. 

Tout cela évidemment se finit en happy-end, un mariage adoubé par la belle-mère et un futur bébé en à peine 5 minutes. S'il y avait une seule kitcherie à enlever, c'est bien ce faux ventre et l'air béat de chaque protagoniste. La dernière goutte d'eau de bons sentiments qui fait déborder le vase du dégoulinant. Je suis toutefois curieuse de voir les autres distributions, notamment le duo Gilbert/Ganio qui semble assez prometteur dans ce ballet.

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