Sunday, Jun. 24, 2018

Le Boléro de Maurice Béjart – Quatre interprètes qui ont marqué ce ballet mythique

23 février 2018

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Le Ballet de l'Opéra de Paris reprend Le Boléro de Maurice Béjart. Deux danseuses, Marie Agnès Gillot et Amandine Albisson, et un danseur, Mathias Heymann, s’apprêtent à monter sur cette table mythique. Pour cette reprise très attendue, DALP revient sur quatre interprètes qui ont marqué de leur art l’interprétation de ce chef-d‘œuvre populaire du chorégraphe français.

 

Jorge Donn - Charisme et magnétisme

Son nom et sa carrière sont étroitement liés à Maurice Béjart dont il fut la muse durant de longues années. Il est même le premier nom qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque Le Boléro. C’est un rôle qu’il a dansé un nombre incalculable de fois, quasiment jusqu’à son dernier souffle. Jorge Donn est le tout premier danseur masculin à monter sur la table rouge entouré de danseurs hommes. C'était en 1979 dans une transgression voulue et assumée par Maurice Béjart et à laquelle Jorge Donn donne tout son sens. Paradoxe d’un danseur qui pouvait apparaître parfois outrageusement maquillé mais qui jamais n’avait la moindre vulgarité dans sa manière de bouger au rythme obsédant de Ravel.

Jorge Donn n'était pas un grand technicien mais il avait mieux : une science innée de la danse nourrie par ses racines argentines et consolidée au Théâtre Colón de Buenos Aires. Son charisme et son magnétisme en font un interprète majeur du Boléro. Avec sa large crinière de cheveux qui encadrait ce visage angélique, Jorge Donn et celui qui a définitivement popularisé la chorégraphie de Maurice Béjart filmée par Claude Lelouch en 1981 dans le film Les Uns et les Autres.


 

Maïa Plissetskaïa - Jamais deux fois le même ballet

La star du Bolchoï a 50 ans lorsqu’elle s’envole pour Bruxelles retrouver Maurice Béjart, qui dirige alors le Ballet du XXe siècle. La danseuse russe veut découvrir un nouveau style et a été envoutée comme tant d’autres par la chorégraphie du Boléro. Mais les jours de répétition sont comptés et Maïa Plissetskaïa n’a jamais apprécié les longues séances de travail. Elle est à deux doigts de jeter l’éponge, redoutant de ne pas pouvoir mémoriser les pas. Rien de plus facile en effet que de se perdre dans cette suite épuisante d’un rythme unique où Maurice Béjart introduit à chaque fois de nouvelles nuances. Maïa Plissetskaïa réclame au chorégraphe des pilules pour stimuler sa mémoire ! Elle montera pourtant sur la table pour la première fois à Bruxelles, les yeux perpétuellement fixés sur Maurice Béjart, qui depuis la salle mime les gestes de sa chorégraphie.

Le Boléro constituera une nouvelle étape dans la carrière de Maïa Plissetskaïa. Le ballet sera très rarement programmé au Bolchoï car la direction le jugeait scandaleux. Mais elle le dansera dans le monde entier et même avec le Ballet de l’Opéra de Paris en 1976. Son interprétation est unique : Maïa Plissetskaïa prend des libertés avec la chorégraphie comme elle l’a fait toute sa vie, refusant de danser deux fois un ballet de la même manière. Sa version est la plus expressionniste, ses yeux et toute sa tête sont perpétuellement sollicités. C’est un feu d’artifice phénoménal. Maïa Plissetskaïa avait une présence sur scène hors du commun, une personnalité artistique qui s’impose comme nulle autre et c’est ce que l’on voit dans son interprétation singulière du Boléro selon Maurice Béjart.


 

Sylvie Guillem - Une danse hiératique

Celles et ceux qui ont eu le privilège de voir Sylvie Guillem dans Le Boléro en ont eu le souffle coupé. La ballerine française aux lignes superbes et à la technique inégalée a hissé l’interprétation de la chorégraphie de Maurice Béjart à un niveau de perfection sidérant. Aucun à-peu-près, aucune scorie quand Sylvie Guillem est sur la table. Ses bras interminables font évidemment merveille, l’ampleur des sauts est phénoménale. Mais c’est surtout la musicalité impressionnante de Sylvie Guillem qui fait de son interprétation un moment de pure danse : toute la ligne mélodique du Boléro se lit dans le moindre geste. C’est une osmose fascinante et qui a fasciné les foules.

Sylvie Guillem a dansé plus d’une centaine de fois Le Boléro, avec le Ballet de l'Opéra de Paris (très peu), avec le Béjart Ballet Lausanne mais surtout avec le Tokyo Ballet. Et il y a une évidence dans ce choix car la danseuse a résolument ancré son interprétation dans une esthétique japonaise, une passion qu’elle partageait avec Maurice Béjart. Sa danse est hiératique, sans jamais aucun effet et avec ce haut du corps très droit, spécificité de l’école française qui fait merveille dans ce ballet. Comme Jorge Donn avant elle, Sylvie Guillem a rempli des salles des mois à l’avance lors de tournées au Japon avec Le Boléro sans cesse réclamé. Et même si elle avait décidé de ne plus le reprendre, c’est finalement sur la table qu’elle fit ses adieux en direct à la télévision japonaise dans un compte à rebours qui la mena à la première seconde de l’année 2016. Elle est à jamais une référence absolue dans ce ballet. 

 

Nicolas Le Riche - Une danse guidée par les couleurs musicales

Curieusement, le danseur français aborda assez tard dans sa carrière Le Boléro. Nicolas Le Riche a 34 ans lorsqu’il monte sur la table qui pour la première fois en 2006, sur la scène de l'Opéra Bastille. L’interprétation de ce chef-d’œuvre par le danseur le plus talentueux et le plus populaire de l’époque est très attendu au-delà du cercle fermé des balletomanes. Elle ne décevra pas même si les reprises seront encore plus convaincantes. Nicolas Le Riche est un peu l’alter masculin de Sylvie Guillem : il incarne lui aussi l’essence de l’école française et on retrouve dans son interprétation l’élégance, la beauté des lignes et une technique jamais prise en défaut. Il y a dans la danse de Nicolas Le Riche sur la table du Boléro ce mélange de féminité et de virilité qui n’a rien à voir avec un quelconque personnage androgyne. Ce sont davantage les couleurs musicales de la partition qui guident le geste et donnent toute sa valeur à un déhanché, à la puissance d’un saut ou au mouvement perpétuel des pieds et des bras et à ce rituel forcément érotique qu’est Le Boléro.

Nicolas Le Riche est à ce jour le plus grand interprète masculin de ce ballet à l’Opéra de Paris. Comme Sylvie Guillem qui était sa partenaire à l’époque, il y a dans sa danse la recherche constante de la perfection et ce refus du pathos qui pourrait guetter les interprètes de ce ballet. Comme Sylvie Guillem - mais avant elle ! -, c’est avec Le Boléro qu’il fit ses adieux le 9 juillet 2014 au Palais Garnier. Ce fut la dernière fois que le ballet fut interprété par l’Opéra de Paris avant cette reprise de 2018. Il fallait bien laisser passer un peu de temps après cette représentation inoubliable du Boléro qui fixe la barre à jamais très haut pour ses successeur.se.s.


 

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(3) commentaires

  1. lahaye marie-laure
    23 février 2018 at 12 h 21 min

    J'ai eu le grand privilège de voir LE BOLERO à l'Opéra en novembre 1971 si je ne m'abuse mais j'ai oublié le nom du danseur de l'époque. par contre, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'admirer Jorge Donn dans le Bolérosur la scène de Forest National et c'était tout simplement magique.

  2. Anne laure Elgoyen
    15 mars 2018 at 23 h 23 min

    J ai pu admirer l autre soir Mathias Heymann ds le boléro à Bastille ...sublime prestaton. Sensualité, force et perfection. ...on est hypnotisés. 5eme fois que j admire ce ballet ...de l orangerie de Versailles à Bastille , je ne m en lasse pas... Merci Monsieur Béjart pr avoir sublimé ce morceau..

  3. Betou
    18 mai 2018 at 23 h 59 min

    J’ai vu dernièrement Diana Vishneva avec le ballet de Lausanne et je l’ai trouvée pas mal du tout !

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