Monday, Nov. 11, 2019

Il était une fois… la véritable histoire de La Source

Ecrit par :

31 octobre 2011

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Il était une fois, à une époque lointaine, dans un pays lointain… un sombre crétin appelé Djémil. Il était non seulement un homme sans cœur et un abruti,  mais aussi un manipulateur de première. Le genre de personnage à séduire l’héroïne, son fidèle compagnon, la princesse, toutes ses suivantes et l’intégralité du public avant de planter sans prévenir un couteau en plein cœur de tout le monde.

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Il était une fois
… une histoire horriblement triste, d’autant plus que rien ne présage cette fin déprimante sur la nature humaine, surtout pas le début.

Imaginez-vous une clairière de conte de fée, ambiance Bambi, La Belle et la Bête et Peter Pan réunis. Une charmante clairière où les arbres sont verts, où il fait toujours beau, où les oiseaux gazouillent, où les fleurs sont trop belles pour être vraiment normales, où l’eau coule en faisant un jolie bruit de source. Un lieu adorable habité par des nymphes et des petits hommes verts dénué-e-s de toute mauvaise intention, ne pensant qu’à s’amuser gaiement dans les arbres verts et l’eau qui coule.

La reine de cet adorable petit monde s’appelle Naïla, et c’est l’esprit de La Source. Elle est la pureté incarnée. Pas naïve comme cette gourdasse de Giselle, mais véritablement innocente, loin de la noirceur des humains, ne pouvant même pas imaginer ce que cela peut être. Dommage, ça aurait pu l’aider.

Bref, tout démarre le plus merveilleusement possible dans le meilleur des mondes, avec cette joyeuse petite bande qui s’amuse. 

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C’est alors qu’arrivent les Caucasiens. Qu’est-ce que les Caucasiens ? Un peuple foncièrement machiste, qui considère que la principale qualité d’un homme est la violence, et celle des femmes de se taire. Mozdock est leur chef, et compte aller vendre sa sœur Nouredda au grand Khan du coin à prix d’or. Sympa le frère, très appréciable.

Nouredda est sous un voile, enfermée dans une charrette. Manquerait plus qu’elle montre un bout d son visage à un inconnu, cette inconsciente. Entre deux pans de rideaux, elle arrive toutefois à voir une très belle fleur (qui est en fait le talisman de Naïla, mais chuuut). Allez la chercher toute seule, il n’en est pas question, et puis quoi encore ? Il faudrait qu’elle utilise sa force par elle-même. Et ça se dit une femme ! C’est donc aux hommes d’aller la chercher. Après tout, monter à une corde fait partie des attributs du parfait petit Caucasien.

Mais cette fleur est un peu magique, puisque personne n’arrive à l’attraper. C’est là qu’entre en scène ce manipulateur de Djémil. Adorable. Visage charmant, enthousiasme de la jeunesse, sourire innocent jusqu’aux oreilles, on entend presque le petit cri d’émerveillement du public à son apparition, sous le charme dès la première seconde.

Djémil cueille la fleur et la donne à Nouredda. Comme sous sa crétinerie il a un fond de bon sens, à savoir qu'il veut voir à quoi ressemble la personne à qui il rend service, il soulève le voile de Nouredda. Le malheureux, que n’a-t-il pas fait. Devant un tel affront (voir le visage de la sœur du chef, sans déconner), les Caucasiens se jettent sur Djémil (à cinq contre un, quel peuple courageux), et le laissent presque mort dans la clairière.

Naïla apparait alors. Apparition totalement féérique au milieu de ce monde de brute. Elle, elle connaît bien Djémil, qui vient souvent boire à la clairière. Lui découvre avec béatitude cette jeune nymphe. Les voilà qui dansent tous les deux ensemble, bientôt rejoint par Zaël, le chef des petits hommes verts, et les nymphes. Tout le monde s’amuse joyeusement dans le meilleur des mondes, aaaawwwww so cuuuuute, semble se dire le public devant un tel ravissement total. Et le tout n’est même pas gnangnan, c’est dire si la réussite est totale.

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Mais la vraie nature des gens revient vite. Djémil, crétin et manipulateur mais fut-fut quand il veut, comprend bien que Naïla peut l’aider à conquérir sa bien-aimée. Nouredda, il ne l’a vu qu’une dizaine de secondes, mais c’est sûr, c’est la femme de sa vie. On est dans un conte de fée ou on ne l’est pas. Naïla accepte, avec néanmoins une pointe d’inquiétude à la fin. Rencontrer la faiblesse humaine, ce n’est pas forcément l’idée du siècle. Le public aurait dû commencer à deviner que tout ça allait mal se terminer, mais non, il est toujours sous le charme de ce premier acte vraiment trop trognon (c’est la crise, il en faut peu pour s'enthousiasmer).

Le deuxième acte démarre dans le harem du Khan, soit une vingtaine de femmes prisonnières pour le bon plaisir de ce dernier. Les pauvrettes, elles sont tellement habituées à cette situation que non seulement elles ne pensent pas à se rebeller, mais font tout pour rester la favorite du Khan. Exemple avec Dadjé, la future-ex préférée du Khan, furieuse de perdre son statut de première du harem au profit de Nouredda, au lieu de profiter de sa nouvelle liberté.

Zaël et les elfes sonnent alors au palais. Le plan malicieux démarre. Plutôt heureux de pouvoir détendre l’atmosphère entre toutes ces crises de jalousies, le Khan les invite à entrer. Zaël ne grimpe plus aux arbres, mais fait des tours de magie. Soit faire apparaître un bouquet de fleur, tour appris dans la Boîte du Parfait Petit Magicien 8-10 ans. Mais ça plait plutôt au public Caucasien+Haremien, à qui il en faut peu.

Nouredda voit alors la fleur magique. Alors qu’elle veut s’en emparer, Zaël la prend, ce qui fait apparaître Naïla. Arriver au milieu de nul part, c’est tout de même un autre tour de magie que de transformer une feuille de papier en bouquet de fleur. Le Khan ne s’y trompe pas, et tombe aussitôt sous le charme de la nymphe. Ce qui ne plait pas vraiment à Nouredda, et encore moins à son frère. Délaisser sa sœur, non mais vraiment, quel affront, ce Khan, quel manque de savoir-vivre.

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Tout le monde commence à se disputer, le Harem se transforme en champs de bataille. Les Caucasiens sont chassés, Nouredda est priée de faire ses bagages, fin des festivités.

Djémil, crétin mais manipulateur, profite de cette diversion pour montrer à Nouredda qu’il existe. Coup de foudre. On est dans un conte de fée ou on ne l’est pas comme je l’ai dit plus haut. Mozdock, veut sauver son honneur, c’est sa sœur non mais, quand tout le monde se fige. Autre grand tour de magie de Naïla, savoir arrêter le temps. Tout le monde peut s’enfuir.

Naïla, Djémil et Nouredda sont revenu-e-s dans la clairière. Pour des raisons que je ne m’explique pas trop, cette dernière est mourante. Je n’ai pourtant pas vu de coup de couteaux ou de charme maléfique, si Jean-Guillaume Bart veut bien venir expliquer cette situation, il est le bienvenu.

Bref,  Nouredda est sur le point de succomber pour des raisons mystérieuses, et pour la sauver, il lui faut la fleur de Naïla. Qui mourra s’il elle l’a lui donne. Et c’est là que Djémil se montre sous son véritable jour : le maître de la manipulation. Qu’il veuille choisir Nouredda, passe encore, chacun ses goûts. Que Naïla choisissent la mort, il faut bien un peu de drame dans un ballet classique. Mais que Djémil la pousse au suicidé sans aucun remords, là, je dis non. 

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Djémil
ne tente pas de se faire pardonner comme Albrecht, il ne noie pas son chagrin dans la drogue et l’alcool comme Solor. Non, il persuade Naïla que ça arrangerait tout le monde si elle pouvait mourir, et tiens, qu’il guide son dernier geste mortelle pendant qu’on y est. Naïla donne sa fleur presque contrainte et forcée par le bras de Djémil. La voilà qui s’éteint, tout doucement dans les bras de Zaël, pendant que les eux tourtereaux s’en vont sans aucun regard.

Quoi ? Mais comment un si adorable personnage comme Djémil peut-il aussi mal virer en à peine deux actes ? Le public se sent comme le-la lecteur-rice du sixième tome de Harry Potter. Il-elle vient de finir le livre et ne s’est pas encore rué-e sur Internet pour lire les théories. Il-elle n’en veut pas à Snape, mais à J.K.Rowling pour l’avoir fait adorer un personnage pendant 6 tomes, avant de le dévoiler sous son vrai jour et de planter un couteau dans le cœur de ses fans.

La Source, fin assez terrible et pessimiste sur la nature humaine. Sauf qu’il ne faut pas tout à fait le prendre au premier degré. On est en 2011, il faut avancer un peu, ça suffit les histoires d’inceste. En fait, La Source, c’est un ballet é-co-lo. Et le final ne fait qu’illustrer la façon dont les êtres humains traitent la nature : je prends les bienfaits et je jette lorsque j’ai de quoi satisfaire mes besoins de confort. Un ballet dans l’air du temps, qui colle à la préoccupation des Français-se-s. Mais pourquoi n’a-t-on vu aucun candidat-e à la présidentielle à Garnier, je vous le demande. 

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Amélie Bertrand

(7) commentaires

  1. Joël
    31 octobre 2011 at 20:24

    C'était assez drôle à lire, mais je suis en désaccord avec à peu près tout ce résumé !
    Tout d'abord, on ne peut pas être crétin *et* manipulateur. La manipulatrice, je suis désolé de le dire, mais c'est la Source. Elle fait tout pour plaire à Djemil, mais lui en aime une autre. Quand elle comprend que cela ne va pas être possible, elle se donne la mort. Djemil est juste trop bête pour ne pas comprendre qu'il l'a tuée (et qu'il a fait mal à la Nature avec un grand N si on veut inclure un message écolo). La quasi-absence de pantomime ne permet pas à mon avis d'attribuer à Djemil une responsabilité active là-dedans.
    Pour ce qui est de la sociologie du harem, je pense que c'est un peu plus compliqué. Pour une de ces femmes, être la favorite, ce n'est pas que voir un amour (obligé) assouvi, c'est surtout obtenir une position de pouvoir sur les autres femmes (ce que de mémoire on doit au moins entr'apercevoir au début de l'acte II). Si le Khan (je suis presque choqué d'entendre Jean-Guillaume Bart prononcer ça comme "quand"...), si le Khan, disais-je, en choisit une nouvelle, elle perd toute son influence (et à l'extérieur, sa famille peut perdre tous les privilèges qui allaient avec cette « fonction »). Aussi, et je ne l'avais pas remarqué le soir de la première, mais quand le Khan rejette Nouredda, on peut voir Dadjé se réjouir ostensiblement : malgré la présence d'une nouvelle nouvelle femme (Naïla), elle n'a peut-être pas encore perdu toute son influence.

  2. Audrey
    1 novembre 2011 at 11:14

    ça me fait plaisir de ne pas être la seule à ne pas avoir compris pourquoi Nourreda était mourante. Sérieusement, Mozdock se sort sans problème du moment où Naïla les fige, mais pas Nourreda ?? Quelqu'un a une interprétation ?
    Sinon, pas mal cette vraie histoire de La Source :)Je dirai que Djemil n'est peut-être pas manipulateur, mais surtout un crétin égoïste. Mais ce que dit Joël me fait douter : Djémil ne se rendrait même pas compte qu'il a tué Naïla ?

  3. Estelle
    1 novembre 2011 at 12:15

    Je n'ai pas pas (encore) vu le spectacle mais j'ai adoré ton article ! En ce pluvieux 1er Novembre, you make my day !

  4. Santi
    1 novembre 2011 at 18:08

    Comme toujours, merci pour ton blog, c'est un vrai plaisir le lire. :)

  5. Alice
    3 novembre 2011 at 12:26

    Je crois que parfois il vaut mieux ne pas penser à l'histoire parce que sinon ça en devient tellement cucul et insignifiant que c'en est pathétique.

    Sinon tout à fait d'accord avec toi quant à cette analyse de l'histoire.

  6. Amélie
    3 novembre 2011 at 17:50

    @ Joël : Ah mais c'est drôle ces divergences de perception ! Il faudra vraiment qu'on en reparle lorsqu'on aura vu les distribs manquantes, j'ai l'impression qu'on ne parle pas du même ballet :lol:

    @ Audrey : Sur ce point, j'ai l'impression que ça change beaucoup selon les interprétations. Florian Magnenet est plus naïf dans son interprétation, et c'est vrai que son personnage ne semble pas bien tout suivre.

    @ Estelle et Santi : Merci ! ;)


  7. Joël
    3 novembre 2011 at 23:24

    Effectivement, avec Myriam Ould-Braham, ce n'est pas le même ballet !

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