Friday, Nov. 15, 2019

Le 12ème Fall for Dance Festival de New York

16 octobre 2015

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La 12ème édition du Fall for Dance Festival vient de s’achever à New York sous les ovations du public. Ce fut à peu près le cas tous les soirs tant cette manifestation s’est rapidement imposée comme un rendez-vous majeur fédérant à la fois balletomanes et novices. Ce succès doit beaucoup aux deux idées simples mais géniales qui ont présidé à la création de cet événement : proposer des places très bon marché avec un tarif unique de 15$ pour tous les sièges du City Center theater (qui fut longtemps la salle du New York City Ballet avant la construction du Lincoln Center) et offrir un programme éclectique sans aucun à priori si ce n’est celui de l’exigence artistique.

Killer Pig-L.E.V.

Killer Pig - L-E-V

La programmation mélange donc allègrement et avec bonheur ballet classique et danse contemporaine, hip-hop et flamenco, grandes compagnies mondiales et troupes débutantes, chorégraphes réputés et talents prometteurs. Le cinquième et dernier programme de cette édition 2015 en fut la parfaite illustration, réunissant la compagnie israélienne L-E-V, le danseur flamenco Jesus Carmona, le Boston Ballet et la danseuse du New York City Ballet Tiler Peck dans un duo étonnant avec le clown Bill Irwin.

La compagnie L-E-V qui inaugure la soirée n’a que trois ans d’existence, mais sa co-fondatrice n’est pas une débutante : Sharon Eyal a dansé près de 20 ans dans la compagnie de son compatriote Ohad Naharin, Batsheva où elle débuta sa carrière de chorégraphe. Très logiquement, on retrouve cette filiation dans Killer Pig, une pièce créée avec son collaborateur Gai Behar, venu du monde de la musique techno et des raves parties de Tel-Aviv. Killer Pig raconte l’histoire "d’une âme troublée dévorée par l’instinct primal  de tuer son âme sœur avant de mourir"explique brièvement le programme.

Killer Pig- L.E.V.

Killer Pig - L.E.V

Mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu cette introduction pour apprécier la force cette pièce : huit danseur-se-s, rassemblé-e-s et compacts, qui tapent des pieds en cadence avant de se séparer pour exécuter des solos et finalement entourer l’un des leurs, Doug Letheren, la victime sacrificielle. La musique répétitive d’Ori Lichtik contribue à la force de ce tableau où l’on retrouve l’esthétique familière d’Ohad Noharin et de Batsheva, cette étonnante flexibilité coordonnée des bras, des jambes et du dos. L’effet est puissant, le spectacle magnétique, superbement dansé par une troupe dont la technique n’est jamais prise en défaut parce qu'elle se nourrit de la grammaire du ballet classique.

Le registre est bien différent dans la pièce proposée par Tiler Peck , danseuse "Principal" du New York City Ballet et le clown Bill Irwin, intitulée de manière énigmatique Time It Was/116. Au rythme d’un métronome, Tiler Peck  sur pointes et Bill Irwin en clown se succèdent sur scène pour faire naitre une conversation et faire sien l’univers de l’autre. Tout cela finira dans un bref pas de deux hilarant sur la sonate pour violon de Philip Glass. C’est léger, drôle et cela tient parfaitement son rôle d’interlude. On aime rien tant que de rire du ballet classique ! Tiler Peck est lumineuse et s'amuse de cette pochade qui ne se prend pas au sérieux.

Time It Was/116- Bill Irwin et Tyler Peck.

Time It Was/116 - Bill Irwin et Tiler Peck

Changement d'humeur ou de tempérament avec le superbe pas de quatre du chorégraphe russe Leonid Yakobson, l’un des maîtres du ballet soviétique, interprété sans failles par le Boston Ballet sur la musique de Norma de Vincenzo Bellini dans une version orchestrale. C’est une pièce hommage au classicisme et au ballet romantique très inspiré par Les Sylphides de Michel Fokine, qui rappelle que Leonid Yakobson fut un artiste majeur dont la carrière fut hélas entravée par l’antisémitisme en vigueur à l’époque de Staline. Ce pas de quatre, trop court, donne envie de voir repris et restaurer l’œuvre de Leonid Yakobson.

Pas de Quatre de Leonid Jakobson- Boston Ballet.

Pas de Quatre de Leonid Jakobson- Boston Ballet.

Jesus Carmona est une des nouvelles stars du renouveau flamenco : il s’impose dans la sphère très étroite de ces artistes espagnols qui s’emploient à élargir la palette de cette danse populaire venue d’Andalousie et refusent de la limiter à un art folklorique. Retrouver la pureté du geste flamenco sans les scories qui l'ont affadi, enrichir le répertoire musical du flamenco avec des oeuvres nouvelles, c'est l'enjeu artistique de cette nouvelle vague. qui depuis quelques années brûle les planches.

Impetu, sa dernière pièce laisse tout le monde KO et debout. Partageant la scène avec cinq musiciens dont le compositeur Daniel Jurado et deux chanteurs, Jesus Carmona danse un zapateado époustouflant de rapidité et de virtuosité : il tape le sol avec une rage stupéfiante tout en ne reniant pas une forme de féminité inhérente au flamenco et indispensable dans un solo. C’est implacable, superbe. Du flamenco à son sommet !

Impetu- Jesus Carmona

Impetu- Jesus Carmona

 

2015 Fall For Dance Festival au New York City Center. Killer Pig par L-E-V, chorégraphie de Sharon Eyal et Gai Behar ; Time it was/116, chorégraphiée et interprétée par Tiler Peck et Bill Irwin avec l'aide de Damian Woetzel ; Pas de Quatre de Leonid Yakobson  par le Boston Ballet interprété par Maria Baranova, Erica Cornejo, Ashely Elli, Misa Kuranga ; Impetu chorégraphié et interprété par Jesus Carmona, musique de Daniel Jurado. Dimanche 11 octobre 2015.

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(2) commentaires

  1. Jérôme
    16 octobre 2015 at 20:34

    Ce festival a l'air d'être une super expérience ! J'aimerai beaucoup voir danser Tiler Peck en vrai , j'en entends beaucoup de bien. Merci pour cet article ,j'ignorais l'existence de ce festival malgré de nombreux séjours à NYC, j'espère ne pas louper le prochain!

  2. jean frederic
    17 octobre 2015 at 09:12

    Oui, je crois que c'est unique au monde ce mélange heureux des genres. Le plus difficile, c'est d'obtenir des billets: il faut se connecter sur le site le jour d'ouverture de la vente car tout part très vite, surtout les fauteuils d'orchestre. Ou alors faire la queue au City Center ce qui peut être l'occasion de faire connaissance avec des passionnés.

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