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Soirée Bombana/Bigonzetti – Ballet du Capitole

Après deux reprises réussies de ballets du répertoire – Giselle et Casse-Noisette – le Ballet du Capitole se tourne vers un répertoire plus néo-classique et contemporain en ce début 2018, avec un programme mêlant Les Liaisons dangereuses de David Bombana et Cantata de Mauro Bigonzetti. Ces deux oeuvres sont entrées au répertoire de la compagnie en 2015, l’occasion ainsi de voir comment la troupe a mûri ces ballets et se forge un répertoire, tout comme de constater que ces artistes aiment toujours autant plonger dans des styles différents. Du narratif néo-classique efficace en perruque aux danses populaires italiennes, le Ballet du Capitole réussit avec brio ce grand écart des genres. 

Cantata de Mauro Bigonzetti – Ballet du Capitole

Les chorégraphies de David Bombana peuvent paraître fatigantes à peine le rideau levé, tant l’on commence à se lasser de cette danse néo-classique qui s’appuie plus sur le visuel que sur son inventivité chorégraphique pour exister. Pour Les Liaisons dangereuses, ballet narratif condensant le roman épistolaire en une heure, place à une technique académique et sur pointes pour le bas de jambe, un haut du corps plus contemporain. Et même mélange des genres pour les costumes, entre des perruques XVIIIe siècle assorties à des tutus XXIe gentiment sexy, rappelant l’esthétique de la Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Bref, du déjà-vu dans le monde de la danse. Mais il faut pourtant le reconnaître : ces Liaisons dangereuses sont diablement efficaces. Car le chorégraphe a l’art de la trame narrative, de savoir dessiner des personnages vivants et bien différents, tout comme de maîtriser des ensembles percutants. Et la troupe toulousaine est décidément à l’aise dans ce genre de répertoire, tout comme pour faire vivre des caractères. 

Pas besoin ainsi de réviser son classique, l’action tout comme les contours des rôles sont assez bien dessinés pour se laisser emporter par la dramaturgie. L’on est dans une histoire de séduction, David Bombana travaille donc le pas de deux sous toutes ses formes. Presque agressif quand il s’agit de séduction-domination, plus enjôleur et romantique avec la jeune Cécile de Volanges, très sensuel avec la marquise de Merteuil, dans l’abandon avec la présidente de Tourvel. L’art du pas de deux dessine ici très bien les rapports de force, d’amour et de tromperie entre les personnages, avec en fond un pan incliné faisant office de lit, symbole du libertinage. Les ensembles placent les personnages dans une société avide de jugement, de rois et reines perdu.e.s après avoir été encensé.e.s au milieu de leurs nombreux doublons, peut-être leur remplaçant.e.s une fois la chute inévitable. Vie sociale et vie privée se mélangent – ou plutôt ne sont jamais séparées – par un décor réduit au minimum, quelques chaises et clins d’oeil au XVIIIe siècle, et bien sûr quelques lettres. Et l’on glisse de la chambre au bal sans s’en rendre compte, symbole de ce qui va causer la chute des protagonistes. 

Les Liaisons dangereuses de David Bombana – Kateryna Shalkina (Cécile de Volanges) et Minoru Kaneko (Le chevalier Danceny)

Après le départ de Maria Gutierrez, Julie Charlet apparaît comme la soliste de la compagnie. Dans ces Liaisons dangereuses, c’est elle qui mène le bal en marquise de Merteuil. Joueuse, amoureuse, manipulatrice aussi, elle tient dans sa main les personnages. Avant de sombre petit à petit et de se retrouver après une chute inévitable au ban d’une société avec qui elle a si souvent joué. Davit Galstyan joue un vicomte de Valmont brillant, volontairement charmeur, avant de perdre lui aussi pied à une vitesse vertigineuse. Minoru Kaneko apparaît en parfait contrepoint, jouant un chevalier Dancery romantique et aussi naïf. Kateryna Shalkina, venu du Béjart Ballet Lausanne et engagée il y a tout juste quelques mois, tire aussi son épingle du jeu en Cécile de Volanges aussi charmante que lumineuse et manipulable. 

Les Liaisons dangereuses de David Bombana – Davit Galstyan (Le vicomte de Valmont), Julie Charlet (La marquise de Merteuil)

Avec Cantata de Mauro Bigonzetti, l’on oublie les perruques et les tutus à panier. Place aux danses populaires italiennes, la rugosité des terres méditerranéennes, les pieds nus, l’accordéon, le tambourin et les castagnettes pour musique, pas de terre au sol mais on la sentirait presque. Là encore, il est question d’amour et de séduction au milieu d’une énergie de groupe débordante. Mais pas de faux-semblants, pas de tromperie, même si l’amour ne s’écrit pas toujours avec un grand A. On ne joue pas dans Cantata, l’on vit, au son de la musique traditionnelle d’Italie. Mais ce naturel semble un peu trop joué au début de la pièce. Notamment les ballerines, à la danse un peu trop lisse et aux cheveux un peu trop propres pour que l’on croit véritablement à cette simple trivialité. Et l’on fait ainsi plus attention aux trois musiciennes et chanteuses qui portent ce ballet qu’aux danseuses. À l’inverse, les danseurs semblent naturellement plus à l’aise dans cette chorégraphie entraînante, mêlant avec facilité les accents d’une gestuelle contemporaine aux pas des danses populaires. 

Mais le Ballet du Capitole remporte toutefois la mise grâce à une de ses qualités que j’apprécie beaucoup chez cette troupe : la force du collectifCantata est aussi construit là-dessus, et Mauro Bigonzetti sait construire des ensembles qui à la fois soudent les danseurs et danseuses comme emporte le public. Les ficelles sont parfois un peu grosses, l’on sent dès le début du final que tout est construit pour que les spectateurs et spectatrices se mettent à taper dans leurs mains et avoir la furieuse envie de venir danser avec les artistes. Mais pourquoi bouder son plaisir ? Les artistes prennent un évident plaisir à interpréter ce ballet profondément joyeux et entraînant, hymne à la danse comme au groupe, sur une musique profondément sincère. De quoi terminer cette soirée sur un moment vraiment festif et réjouissant. 

Cantata de Mauro Bigonzetti – Ballet du Capitole

 

Soirée Bombana/Bigonzetti par le Ballet du Capitole à la halle aux grains. Les Liaisons dangereuses de David Bombana, avec Julie Charlet (la marquise de Merteuil), Davit Galstyan (le vicomte de Valmont), Julie Loria (la présidente de Tourvel), Minoru Kaneko (le chevalier Dancery), Kateryna Shalkina (Cécile de Volanges), Solène Monnereau (Madame de Volanges) et Norton Ramos Fantinel (le comte de Gercourt) ; Cantata de Mauro Bigonzetti, avec Sofia Caminiti, Manon Cazalis, Louise Coquillard, Olivia Lindon, Ichika Maruyama, Solène Monnereau, Karina Moreira, Tiphaine Prévost, Lateryna Shalkina, Juliette Thélin, Amaury Barreras Lapinet, Timofiy Bykovets, Dennis Cala Valdés, Simon Catonnet, Ramiro Gómez Samón, Minoru Kaneko, Jérémy Leydier, Norton Ramos Fantinel, Nicolas Rombaut et Philippe Solano. Mercredi 24 janvier 2018. À voir jusqu’au 28 janvier.

 

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