Monday, Jun. 18, 2018

Dancing with Bergman – Mats Ek, Alexander Ekman et Johan Inger

11 juin 2018

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TranscenDanses achevait sa saison au Théâtre des Champs-Élysées avec un proposition suédo-suédoise : Dancing with Bergman, spectacle imaginé par Mats Ek, Alexander Ekman et Johan Inger. Plus qu'un hommage à l'un des plus grands cinéastes de l'histoire dont on célèbre cette année le centenaire de la naissance, Dancing with Bergman est un regard croisé qui se veut une évocation de l'univers et des thèmes chers au réalisateur suédois. Spectacle cours, resserré et sans entracte qui offre des moments de grâce mais peine à emporter l'adhésion tant il paraît parfois anecdotique.

Alexander Ekamn, Mats Ek et Johan Inger

Mats Ek, Alexander Ekman, Johan Inger. Ces trois là se connaissent bien et partagent bien plus qu'une nationalité ou une origine géographique. Ce sont trois chorégraphes de trois générations différentes qui ont façonné depuis 30 ans le socle de la danse en Suède et ont évidemment largement dépassé les frontières pour s'imposer sur les scènes mondiales. Quoi de plus logique que de vouloir s'associer pour célébrer un artiste immense dont ils partagent la langue et la culture. Mat Ek, l'ainé des trois, a même été l'assistant d'Ingmar Bergman pour sa mise en scène de Woyzek de Georg Buchner au Théâtre Royal de Stockholm. Cet épisode, Mats Ek le raconte dans le programme, analysant l'héritage du metteur en scène et son intérêt pour l'introspection et les situations individuelles. Alexander Ekman et Johan Inger parlent eux-aussi de l'impact du cinéaste dans leur univers artistique : " Bergman et moi avons une énorme point commun : notre amour  pour la création", écrit Alexander Ekman alors que plus sobrement, Johan Inger estime que le cinéaste a su "identifier et capturer dans ses oeuvres l'identité même de l'âme suédoise...". 

Des trois chorégraphes, c'est sans conteste Johan Inger qui se prête le plus à cette proposition de danser avec Ingmar  Bergman. Il a exhumé un court-métrage  du cinéaste réalisé en 1976. C'est une collaboration avec la chorégraphe Donya Feuer, un film en noir et blanc dans lequel Ingmar Bergman montre quatre femmes dans un environnement isolé exprimant leurs émotions avec leurs visages et leurs mouvements. La chorégraphie est montrée un fois sur l'écran puis est suivie d'une explication sur les intentions et le sens de cette chorégraphie. C'est cette structure que reprend Johan Inger sur scène dans 4 Karin, où quatre femmes d'âge différent qui s'affrontent et se confrontent. La pièce est donnée une fois puis on nous livre sur grand écran le sens de ce  jeu à quatre : qui est qui, la mère, la grand-mère, la fille. Johan Inger a du style bâti sur les références majeures que sont Mats Ek et Jiří Kylián. Sur la musique de Monteverdi extraite de Il Ballo delle Ingrate, Anna Herrmann, Nina Botkay, Olivia Ancona et Alva Inger Armenta délivrent une danse puissante, technique, élégante. Mais 4 Karin ne dépasse pas le cadre d'un exercice de style réussi.

4 Karin de Johan Inger

Alexander Ekman leur succède. On connait désormais le chorégraphe mais pas encore le  danseur. Avec Thoughts on Bergman, il se montre seul sur scène, assis, effectuant des mouvements de bras  sur la partition du 2ème Nocturne de Chopin tandis qu'une vidéo géante nous montre le visage du chorégraphe qui petit à petit, se recouvre de peinture pour complètement disparaitre. Puis Alexander Ekman se lève. Sa danse est superbe mais trop chiche ! On en voudrait davantage d'autant qu'elle se perd dans un discours stérile sur le thème du qu'est ce que la danse. N'est-ce pas tout mouvement dès lors qu'il n'a pas d'utilité ? Enfin, Alexander Ekman descend dans la salle pour inviter une spectatrice à faire quelques pas de danse avec lui. Tout cela est plaisant. On retrouve l'univers ludique et quasi enfantin d'Alexander Ekman. On pourrait presque y voir un appendice de Play, la pièce qu'il créa avec grand succès en décembre dernier à Garnier. Mais Thoughts on Bergman paraît bien anecdotique et vaniteux.

Thoughts on Bergman d'Alexander Ekman

Puis arrivèrent Ana Laguna et Mats Ek. Déjà, la rumeur qui courait était confirmée : le maître suédois, qui doit créer deux nouvelles pièces la saison prochaine à l'Opéra de Paris, autorisera quelques compagnies qui lui sont chères à remettre à l'affiche des pièces qui appartiennent déjà au patrimoine de la danse. La plus belle nouvelle de cette fin de saison ! Comme en prélude, Mats Ek et sa muse et compagne Ana Laguna nous offrent ce Memory créé en 2010, revu et visité pour ce programme. Les voir sur scène est un bonheur total : on est dans l'essence même du style de Mats Ek en forme olympique. Et qui pour mieux l'interpréter qu'Ana Laguna, danseuse exceptionnelle au charisme évident. Memory est comme une longue citation évoquant Appartement avec un couple qui a vécu, se souvient et continue de s'amuser et se battre dans autour des objets : la télévision, le fauteuil, l'aspirateur, la fameuse porte au fond et à droite. C'est tout un univers à la Jacques Tati plutôt que dans la veine d'Ingmar Bergman qui se développe dans Memory, foutraque et drôle.

La promesse de dialoguer avec Ingmar Bergman est-elle vraiment tenue ? Pas sur ! Le style de Mats Ek et sa danse s'imposent et ne laissent de place à quiconque. Mais qu'importe, même si le cinéaste n'est là qu'un alibi, il aurait sans aucun doute goûté l'hommage de son ancien assistant car à ce moment précis du spectacle, Mats Ek et Ana Laguna tutoient les dieux de la danse.

Ana Laguna et Mats Ek - Memory

 

Dancing with Bergman au Théâtre des Champs-Élysées, dans le cadre de la saison TranscenDanses. 4 Karin  de Johan Inger, avec Anna Herrmann, Nina Botkay, Olivia Ancona et Alva Inger Armenta ; Thoughts on Bergman de et avec Alexander Ekman ; Memory de Mats Ek avec Mats Ek et Ana Laguna. Samedi 9 juin 2018. À voir à l'Opéra de Monte-Carlo les 12, 13 et 14 juillet

 

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(1) commentaire

  1. Joelle
    11 juin 2018 at 21 h 01 min

    Moi j ai adoré cette soirée : du clan féminin étouffant aux facéties d'Alexander Ekmann (Et ses clins d'œil) sans oublier le couple jubilatoire pour la fin ! Trois opus suédois très différents à mes yeux mais superbes chacun à sa manière ! J ai deja des noms en tête pour la distribution ONP de 4 Karin

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