Thursday, Dec. 13, 2018

[Les Étés de la Danse] Hommage à Jerome Robbins – Miami City Ballet, Pacific Northwest Ballet et Ballet de Perm

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12 juillet 2018

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Le festival Les Étés de la Danse a été pour le moins frustrant cette saison. Non pas par la qualité des compagnies invitées et des programmes proposés, bien au contraire, mais par la brièveté de cette édition 2018. L'on avait ainsi la bonne habitude d'avoir trois semaines pour connaître les troupes, de revoir un danseur ou une danseuse dans un autre programme, de découvrir d'autres pièces. Cette fois-ci, à peine quelques spectacles - en pleine fin de saison, pas la meilleure des programmations, mi-juillet était décidément plus simple - et tout est déjà remballé. C'est ainsi de l'excellent hommage à Jerome Robbins que l'on aurait aimé voir sur plus de semaines, à l'instar de la superbe programmation George Balanchine par le Miami City Ballet en 2011. Comme le programme 1, ce programme 2 s'est révélé riche de belles surprises et d'oeuvres dont on redécouvre le sens, portées par une autre technique.

In the night de Jerome Robbins - Miami City Ballet

Tout a pourtant commencé plutôt calme. Le Miami City Ballet ouvre le bal avec In the Night, un ballet que le public parisien connaît bien, souvent dansé par le Ballet de l'Opéra de Paris. Les trois couples américains sont superbes dans leur danse, musicaux jusqu'au bout des doigts et évanescents, avec cette façon de bouger si fluide qui marque tellement les pièces de Jerome Robbins. Mais les trois couples sont censés être différents, représenter trois formes d'élans amoureux : le jeune et fougueux, le posé et rangé par les conventions, le plus colérique. Ces différences sont gommées pour une danse très propre, mais un peu trop lisse. S'il est de bon ton de louer l'énergie des danseurs et danseuses américaines par rapport à ceux et celles de l'Opéra de Paris, force est de constater que, pour cette pièce, la troupe parisienne a laissé des souvenirs plus marqués. Ce n'était toutefois que partie remise pour le Miami City Ballet, qui est revenu au cours de la soirée pour le très beau Other Dances, porté par Simone Messmer et Renan Cerdeiro, qui n'était qu'un jeune espoir lors de la tournée en 2011. Voilà en 2018 deux artistes en pleine maturité, qui rendent avec esprit et finesse toutes les complexités de la chorégraphie, tout en donnant l'impression qu'il s'agit d'une danse si naturelle que tout n'est qu'un grand élan d'improvisation. C'est là tout le mystère de la danse de Jerome Robbins : tout semble être créé sur l'instant, inspiré par la musique et l'humeur du moment. Un duo en pleine grâce.

Entre les deux, le Pacific Northwest Ballet s'est glissé pour Opus19/The Dreamer. Le ballet avait été donné pour la première fois à l'Opéra de Paris il y a deux saisons. Et c'est une totale redécouverte. La troupe parisienne le dansait de façon éthérée, gisellienne pourrait-on dire, où un jeune rêveur part à la recherche d'une muse évanescente  qui lui échappe. Ici, le ballet prend des notes beaucoup plus épiques, presque violentes parfois. C'est parfois une bataille qui se met en place entre le rêveur et sa muse qui lui échappe, le titille, le brusque un peu parfois, secondé par un corps de ballet très investi, dans la même tonalité que sa soliste. The Dreamer ne se déroule pas dans un monde cotonneux, mais presque une sorte de chaos, nécessaire finalement pour le rêveur - ou le poète - qui y puise son inspiration. 

Opus19/The Dreamer de Jerome Robbins - Pacific Northwest Ballet

Pour finale, le Ballet de Perm fait un peu figure d'ovni. La technique américaine à son sommet face à la technique russe par une troupe honnête, c'est un peu le choc des cultures. La compagnie s'en sort toutefois honorablement avec The Four seasons, un ballet qu'elle danse souvent et qu'elle maîtrise. Pour le public parisien, découvrir cette oeuvre est un petit régal. Souvent dansé dans les années 1990, le ballet a été oublié à l'Opéra de Paris. N'en reste que quelques variations devenues des grands classiques du Concours de promotion, petits bijoux chorégraphiques et musicaux que l'on a nous aussi fini par connaître par coeur. Comme son nom l'indique, The Four seasons voit passer les quatre saisons, des flocons sautillants du printemps à la fraîcheur du printemps, de la langueur de l'été à la joyeuse folie des vendanges de l'automne. Le principe reste le même à chaque fois : un petit corps de ballet entourant de superbes passages pour les solistes, entre pas de deux et variations. Le tout est délicieusement suranné, à la limite du kitsch. Pour danser The Four seasons, il faut non seulement avoir la technique et la musicalité avec soi, avec aussi une vraie dose de second degré, sinon gare à l'indigestion. Le Ballet de Perm a parfaitement compris cet équilibre, et offre ainsi 40 minutes de vrai bonheur. Le ballet a ses défauts - le corps de ballet est tout de même réduit à jouer les utilités - mais il reste un magnifique écrin pour les solistes, qui ont là une belle et riche nourriture chorégraphique.

Other dances de Jerome Robbins - Miami City Ballet

 

Hommage à Jerome Robbins par le Miami City Ballet, le Pacific Northwest Ballet et Ballet de Perm à la Seine musicale, dans le cadre des Étés de la Danse. In the night de Jerome Robbins par le Miami City Ballet, avec Emily Bromberg et Jovani Furlan, Tricia Albertson et Rainer Krenstette, Katia Carranza et Renato Penteado ; Opus19/The Dreamer de Jerome Robbins par le Pacific Northwest Ballet, avec Sarah Ricard Orza et Dylan Wald ; Other dances de Jerome Robbins par le Miami City Ballet, avec Simone Messmer & Renan Cerdeiro ; The Four seasons de Jerome Robbins par le Ballet de Perm, avec Marat Fadeïev (Janus), Kirill Makourine (l’Allégorie de l’Hiver), Ksenia Barbashyova, Alexander Taranov et Denis Tolmazov (pas de trois de l'Hiver), Maria Lifanova (l’Allégorie du Printemps), Inna Bilash et Nikita Chetverikov (Printemps), Anna Poïstogova (l'Allégorie de l’Été), Albina Rangoulova et Ivan Porochine (Été), Arnaï Omarbaïev (l'allégorie de l’Automne), Evguenia Chetverikova et Artyom Michakov (Automne) et Taras Tovstyuk (le Satyre). Samedi 30 juin 2018 en matinée.

 

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Amélie Bertrand

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