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Coppélia : épisode 1

Plus d’une semaine après la première de Coppélia au Palais Garnier, il serait grand temps que je me mette à ma première critique de ce ballet de Patrice Bart, dansé par le Ballet de l’Opéra de Paris.

Cette matinée du samedi 19 mars fut bien. Pas top, pas mémorable, mais sympathique. Bien sans plus. Comme ce n’est pas vraiment grâce au couple principal (Mélanie Hurel et Christophe Duquenne) que le spectacle fut sauvé, passons directement à l’histoire.

Beaucoup critiquent la version de Coppélia de Patrice Bart. Mauvais découpage, livret pas intéressant et sans idée directrice, version brouillonne. Ce n’est pas le chef-d’œuvre du siècle, mais je continue à lui trouver un certain charme, malgré les pas compliqués et malgré l’histoire qui se cherche un peu.

Le but de Patrice Bart était de la rendre cette Coppélia plus sombre. Freud vient en effet se mêler à tout ça, ou tente en tout cas, mais le tout reste tout de même plus charmant que terrifiant.

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Tout commence dans la maison de Coppélius, peuplées d’automates et d’étranges créatures. Il est désespéré par la mort de sa femme, Coppélia (seule allusion au titre, le ballet dans cette version reste bien mal nommé), et pas aidé par le professeur Spalanzani (Fabrice Bourgeois) qui lui fournit alcool et opium (la drogue, c’est mal). Dans un coin, une poupée et un livre représentant sa bien-aimée.

Acte1, place du village. Frantz revient tout fiérot de la ville où il est étudiant. Il compte bien sur sa collection de papillons pour impressionner Swanilda, sa chérie. Sauf que cette dernière n’en a 1) rien à faire et 2) est étrangement attiré par le mystérieux Coppélius. Tomber dans les bras d’un homme plus âgé, mystérieux et un brin inquiétant, pourquoi pas ? Le premier acte est un éternel pas de trois entre ces personnages, entrecoupé de nombreuses danses de caractère. Car Coppélius voit bien qu’il a du pouvoir sur cette jeune fille, qui ressemble d’ailleurs beaucoup à sa chère défunte. Il l’hypnotise, la séduit et décide de lui tendre un pièce, en bon personnage névrosé. Spalanzani donne la clé de chez lui à Swanilda pour la jeter dans la gueule du loup.

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Le tout est so charming, et en grande partie grâce au corps de ballet. Les huit amies de Swanilda (Bance, Froustey, Giezendanner, Westermann, Clément, Gestin, Levy et Verdusen) en font des tonnes et des tonnes, mais cela fonctionne très bien avec l’esprit suranné du ballet. Les amis de Frantz (Bodet, Ibot, Madin et Bertaud) ne sont pas en reste, et les deux groupes passent leur temps à se tourner autour avec un humour auquel il est difficile de résister. En bonne ancienne danseuse de caractère, j’ai beaucoup aimé la czardas, très vivante et colorée. J’ai dû beaucoup danser sur cette musique, les chaussons me démangeaient. L’ambiance est assez étrange, car quand Coppélius envoûte Swanilda, les autres personnages se figent. S’agit-il d’un rêve ? 

Mélanie Hurel est par contre totalement mono-expressive. Elle est jolie, gracieuse, mais garde le même visage durant sa variation, face à Frantz ou sous la coupe de Coppélius. Pas terrible dans un ballet où la pantomime a son importance. Christophe Duquenne n’est lui pas vraiment crédible en étudiant fringuant. C’est mou du genou, quand ça ne se casse pas carrément la figure. C’est terrible à dire, mais ce couple est un parfait assortiment de premier-ère danseur-se : ça assure, ça tient la route, mais ça ne passe pas forcément la rampe. Benjamin Pech domine tout le monde en Coppélius. Je ne suis pas sa première fan, loin de là, mais il faut reconnaître qu’il sauve le ballet, avec toute la noirceur et la présence qu’il faut.

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Deuxième acte, la maison de Coppélius. Les neuf copines découvrent avec un peu de frayeur, puis très vite beaucoup d’amusement, les poupées grandeur nature qui se mettent en mouvement. Spalanzani met un terme à la fête et chasse tout le monde, sauf Swanilda. Cette dernière n’a peur de rien, ni de se transformer en poupée le temps d’une variation, ni d’un Coppélius très entreprenant. Elle comprend finalement où il veut en venir : la tuer pour donner son âme à la poupée Coppélia, et la faire ainsi revenir à la vie (quand je disais plus haut qu’il s’agissait d’un personnage névrosé). Les huit amies, plutôt fut-fut, ont compris le danger et alertent Frantz, qui va bien finir par servir à quelque chose. Son arrivée fait sombrer la maison, qui s’écroule. S’agissait-il d’un songe ou de la réalité ? Les deux tourtereaux finissent dans un grand pas de deux, et reviennent petit à petit au village. Même si l’ombre de Coppélius semble toujours planer sur eux. 

Un deuxième acte pas mal, mais qui m’a semblé curieusement un peu long, malgré son temps très court (à peine 1/2 heure). Le début est plutôt bien emmené par les amies et les automates. La relation Swanilda/Coppélius prend tout son sens, d’autant que Mélanie Hurel semble plus en forme dans la pantomime.

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Mais le grand pas de deux final n’arrive pas à passer. Il n’y a plus rien, plus de décors, plus de figurant-e-, juste le couple de danseur-se. Et pour tenir plus de cinq minutes en scène seulement à deux, il faut y aller dans le lyrisme et la passion. Ce que n’avait décidément ni elle ni lui. C’est long, très long. Trop long, mes yeux commencent imperceptiblement à se fermer. Dommage, l’impression finale n’est pas terrible, alors que le ballet en lui-même garde un certain charme. Heureusement qu’il y avait la musique, qui m’a fait tenir jusqu’au tombé du rideau. Oui, au risque de me faire huer par les musicien-ne-s pointilleux-ses, j’ai bien aimé le charcutage de la partition d’origine.

© Photo 2 : Sébastien Mathé / Photo 3 : Colette Masson – Roger Viollet / Photo 4 : Laurent Philippe / fedephoto.com

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