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Le Ballet de l’Opéra de Perm en tournée – Giselle

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6 février 2014

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Après la Giselle théâtrale du Royal Ballet de Londres, place à la Giselle russe à l'acte blanc éthéré du Ballet de Perm. Moins connu à l'international que les prestigieux Bolchoï ou Mariinsky, le Ballet de l'Opéra de Perm n'en est pas moins une compagnie de qualité, soucieuse de restituer dans la plus pure tradition, et toujours avec esprit, les grands ballets classiques.

Sa Giselle répond parfaitement à ces critères. Le premier acte a un charme léger, un peu suranné mais très plaisant à regarder grâce à la grande unité de la troupe. Natalia Moiseeva est une jolie Giselle vive et rieuse, tout à sa joie de danser. Sergey Mershin, danseur plutôt athlétique, joue un Albrecht  un peu rustre mais non moins allumeur et dédaigneux. Si la Berthe du soir semblait encore un peu jeune pour vraiment porter sa pantomime, la tragédie est plutôt venue du côté d'Hilarion (Dmitry Krylov) très bon acteur et tout à fait à sa place dans un rôle de demi-caractère. Les ensembles sont harmonieux, marqués par le très bon duo des vendangeurs, notamment par la demoiselle virtuose Ksenia Barbasheva. 

Giselle

Giselle

C'est néanmoins dans le deuxième acte que le Ballet de Perm se montre véritablement sous son meilleur jour. Le corps de ballet a cette précision et cette légèreté propres aux Willis. Chacune a ce délicat travail du haut du corps, ce lyrisme qui rend ces êtres de la forêt à la fois vivantes et mystérieuses. Si Natalia Moiseeva ne semblait pas toujours totalement à l'aise avec la pantomime dans le premier acte, sa technique fluide s'épanouit dans le deuxième. Sa tête reste légèrement baissée en permanence, dans une attitude distante, contrastant particulièrement avec l'autorité de Myrtha. Le pas de deux est une petite leçon de style romantique, dansé avec beaucoup d'esprit et ce souci de rendre ce ballet au plus juste.

La troupe n'a pourtant pas été aidée par la forme. Les décors étaient réduits au strict minimum : une tombe en tout et pour tout pour le deuxième acte, un rideau noir pour fond de scène et une musique grésillante. Mérite de plus pour la compagnie que d'avoir réussi à faire vivre l'histoire. Le Ballet de Perm possède bien un décor pour Giselle. Mais sa toile mesure 15 mètres, alors que le théâtre du soir n'en a que 7. Il a fallu faire avec les moyens du bord, ce dont cette troupe est habituée, même si cette situation, "c'est le pire", selon Béatrice Grueber, qui organise cette tournée.

Giselle

Giselle

Depuis six ans, cette productrice passionnée de danse fait venir le Ballet de Perm en France. Giselle, Le Lac des Cygnes, Don Quichotte, quelques soirées mixtes plus néo-classiques... La troupe tourne beaucoup en région parisienne et en province, restant souvent le seul moyen pour un public de découvrir ces grands classiques. Le succès est en général au rendez-vous (ce soir-là, la salle était pleine), mais les tournées restent toujours difficiles à organiser. "La danse classique n'est pas une priorité", explique Béatrice Grueber. "Il y a pourtant un public pour ça, mais les directeurs et directrices de théâtre ne sont pas intéressés. Ils ne connaissent souvent pas la danse classique, en ont une image poussiéreuse. En général, ils préfèrent se tourner vers des créations contemporaines. Le patrimoine ne fait pas partie de leur mission".

Pari d'autant plus dur que faire venir le Ballet de Perm coûte cher. Ce ne sont pas moins de 70 personnes et plusieurs décors qu'il faut gérer. La direction d'un théâtre sera forcément déficitaire avec ce genre de spectacle et aura du mal à se faire aider par des subventions, "souvent tournées vers la création". "Il y a très peu d'aide pour la danse classique", déplore Béatrice Grueber. "Pour les institutions, la danse classique, c'est l'Opéra de Paris et puis c'est tout".

Giselle

Giselle

La productrice a essayé de faire venir le Ballet de Perm dans des grands théâtres parisiens, sans succès. "Les théâtres ne sont pas intéressés. Pour un directeur ou une directrice, il faut qu'il y ait le mot 'Saint-Pétersbourg' ou 'Moscou' dans le nom de la troupe, sinon ça ne fonctionne pas pour eux". Elle refuse aussi le Palais des Congrès et les Zéniths, peu adaptés à ce genre de spectacle. Néanmoins, la troupe a réussi à séduire plusieurs théâtres qui l'accueillent depuis presque chaque année, comme à Amiens ou à Mérignac, devant un public ravi. La Maison de la Danse de Lyon, plutôt dédiée à la danse contemporaine, s'est aussi laissée séduire et programme régulièrement la compagnie russe (elle devrait y être de retour dans deux ans). Petit à petit, le Ballet de Perm se fait une place. "Mais chaque année c'est difficile", concède Béatrice Grueber. "Il faut un acharnement constant".

Le Ballet de Perm termine sa tournée en France le 11 février à Carcassone. Elle sera de retour en janvier 2015, pour une tournée un peu plus courte que d'habitude (quatre semaines à la place de six), car appelée à Perm pour un gros projet artistique en février.

Giselle

Giselle

 

Giselle de Marius Petipa par le Ballet de Perm, au Théâtre des Sablons de Neuilly. Avec Natalia Moiseeva (Giselle), Sergey Mershin (Albrecht), Albina Rangulova (Myrtha) et Dmitry Krylov (Hilarion). Mardi 28 janvier 2014.

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Amélie Bertrand

(4) commentaires

  1. Aubraque
    7 février 2014 at 22:21

    Merci pour cet article qui nous fait découvrir une nouvelle troupe! Alors certes, elle ne se fait pas programmer dans les grands théâtres parisiens, mais pour une fois, il n'y en a pas QUE pour les Parisiens. J'ai eu la chance de voir Giselle en banlieue grâce à cette troupe, et de faire découvrir ce ballet à des novices, qui ne seraient jamais montés à Paris pour cela. Ça fait du bien, un peu de démocratisation!

  2. K9
    10 février 2014 at 02:23

    J'ai pu - enfin ! - avoir 2 places quelques heures seulement avant le spectacle. Musique enregistrée et scène bien trop petite, on sentait que les danseurs étaient bridés à cause de ça. Mais c'est un tel plaisir de voir ce ballet ! J'aimerais bien le voir à Garnier...

  3. Anne-Laure
    12 février 2014 at 17:00

    Merci pr cet article! Je n'ai pas réussi à voir la troupe lorsqu'elle est venue à Neuilly (92): les places étaient déjà vendues avant même la fin de la période d'abonnement... : (

    • Amélie
      13 février 2014 at 23:00

      @ Aubraque : Mais tout à fait ! C'est une excellente chose que cette troupe tourne un peu partout.

      @ K9 : Oui, on sent que cette troupe serait plus à son aise dans une grande salle et un théâtre à l'italienne.

      @ Anne-Laure : Il faut parfois tenter le coup le soir-même du spectacle, ça peut marcher.

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