Monday, Sep. 23, 2019

Le très perplexe Parzival de John Neumeier, par le Ballet de Hambourg

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13 novembre 2010

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Perplexe, c'est bien le mot, face au Parzival de John Neumeier, interprété par le Ballet de Hambourg.

J'ai passé une soirée très ennuyeuse vendredi au Palais Garnier. Vraiment. Et pourtant, j'ai bien ressenti que j'avais en face de moi un ballet extrêmement puissant, un chef d'oeuvre. Quelque chose de très réfléchi, où chaque geste a un sens. J'ai eu en plus un vrai coup de coeur pour cette troupe. il(elle)s étaient tou(te)s excellent(e)s, avec une danse très fluide, et les solistes ont montré beaucoup de personnalités. 

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Mais il y avait comme un mur de verre très épais entre la scène et moi. Quelque chose qui empêchait toute émotion de m'atteindre. Je voyais leurs gestes, mais ne ressentais rien. Alors que je ne demandais qu'à m'enthousiasmer, car j'aime les danseur(se)s qui ont de la personnalité. 

Pourtant, je m'étais préparée. J'avais bossé le dossier de presse durant la file d'attente, j'avais bossé le programme pendant 1/2 heure, ayant eu un Pass très tôt. Et le mélange ballet narratif+cheminement philosophique me tente plutôt bien.

Il faut dire que ça avait plutôt mal commencé : Parzival déguisé en enfant, avec robe tout droit sorti de la Petite Maison dans la prairie et ours en peluche. Je n'adhère pas du tout à ce genre de chose, l'adulte qui joue à l'enfant. Lorsqu'il traverse la scène en trottinette, je me retiens pour ne pas rire.

Vient ensuite le solo de la mère interprétée par la magnifique Joëlle Boulogne (cocorico). Je sens que le solo est somptueux, qu'elle y met tout ce qu'elle a et qu'elle est juste dans son interprétation... Mais rien à faire, encéphalogramme plat, je ne ressens rien. Mes paupières se font lourdes, et je lutte pour ne pas sombrer.

Mais le mur de verre n'est pas infaillible. Au tableau Amour et Prophétie, il tombe d'un coup pour un très beau duo entre Parzival (Edvin Revazov) et la Femme qui ne rit jamais (Anna Laudere). C'est au moment où Parzival cesse d'être un enfant-adulte pour être un homme. Je suis en tout cas vraiment et profondément touchée, et, le temps de quelques minutes, adhère pleinement au ballet.

Le mur de verre se referme dès la fin du duo, pour ne se fissurer à nouveau que lors du dernier tableau Parfum de femmes : blessé. Sous-titré, la partie de jambes en l'air à trois. Je suis comme une téléspectatrice de TF1, qui devient tout de suite beaucoup plus attentive dès qu'on parle de sexe. Mais ce passage était bien fait, sensuel sans tomber dans le galvaudage.

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Comme pour un livre, je ne lâche pas un spectacle qui m'ennuie. J'espère toujours avoir le coup de foudre ultime, la scène incroyable qui vaut à elle seule toute la soirée. Je me suis concentrée, j'ai lutté. Mais j'ai abandonné. Du moins psychologiquement. Lors de la deuxième partie, j'étais bien présente dans la salle, mais je réfléchissait surtout à mon emploi du temps du lendemain (cours de barre au sol à 13h45, la rencontre du Lac à 16h à Bastille, la rencontre Neumeier à 17h30 à Garnier, ça me semble jouable si je me dépêche. Sauf si je sèche Neumeier pour faire des courses ? ça me semble plus raisonnable).

J'ai regardé ma montre une bonne dizaine de fois en /12 heure. Et poussée un énorme soupir de soulagement intérieur lorsque le rideau s'est baissé. Et pourtant, j'ai applaudie avec beaucoup de chaleur les artistes (dont un, je ne sais pas trop quel rôle il faisait, il ressemblait à Jérémie Bélingard). et le chorégraphe.

D'où ma perplexité. Je reconnais que le ballet est intense, je reconnais le génie de Neumeier, je reconnais la qualité des danseurs... Et rien, nada, j'ai passé une des pires soirées à l'Opéra depuis le Proust et le Intermittences du coeur d'il y a deux ans. Pourquoi est-ce que ce ballet ne m'a pas atteint ? Il y a toujours des soirées sans pour le(la) spectateur(rice), où rien ne pourra le(la) toucher, mais si toute la salle est en pleur. Mais je sens bien que je ne suis pas en cause, et que c'est bien ce ballet qui n'a pas su m'emporter. Et j'en cherche encore la raison.

Perplexe, je suis.

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Amélie Bertrand

(1) commentaire

  1. Pink Lady
    14 novembre 2010 at 10:51

    Perplexe, tu n'es pas la seule... j'ai eu moi aussi l'impression de passer totalement à côté, bien qu'ayant lu le programme. On essaye de rentrer dedans (au premier rang, je n'étais pas trop mal placée pour y arriver), puis ça paraît long, et ça s'étiole... La musique est le gros point faible de ce ballet, les danseurs indéniablement le point fort. Mais ce grand benêt de Parzival est exaspérant dès le premier regard... et le reste.

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