Tuesday, Oct. 22, 2019

Onéguine : épisode 1

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13 décembre 2011

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Samedi 10 décembre 2011. Onéguine de John Cranko, par le Ballet de l’Opéra de Paris, au Palais Garnier. Avec Clairemarie Osta (Tatiana), Benjamin Pech (Eugène Onéguine), Josua Hoffalt (Lenski), Mathilde Froustey (Olga) et Christophe Duquenne (Prince Gremine)

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La loi des comparaisons est cruelle. Seule, la version Noureev de Cendrillon apparaît comme une soirée sympathique. Mise à côté de l’Onéguine de John Cranko, elle semble soudainement beaucoup vieillotte et ennuyeuse. Le deuxième est pourtant de 30 ans plus âgé que la première, mais la modernité est définitivement de son côté.

Quelle belle soirée, car quel beau ballet. Dans cet Onéguine, la danse est belle, pure, et elle n’est jamais là par hasard. Chaque pas, chaque élément de virtuosité et chaque porté plus ou moins dangereux sont avant tout mis au service de l’histoire. Le livret est limpide, la construction clairvoyante, la mise en scène remplie de sens. Tout y est, rien n’est de trop.

Mais encore faut-il qu’un chef d’œuvre soit porté par une troupe à sa hauteur. Et, ô miracle, c’est le cas dans cette série. Le corps de ballet de l’Opéra de Paris apparaît très en forme et investi. Chacun-e est à sa place, apportant ce qu’il-elle doit apporter pour que cette si triste histoire se déroule. Les scènes de groupe sont joyeuses et enlevées au début, implacables dans le bal. Tout y est extrêmement vivant. Et ce, dès la première représentation, alors qu’il a fallu une bonne semaine pour que leurs collègues de Cendrillon se réveillent.

En voilà un paradoxe. A la vue de ces deux œuvres, le ballet de l’Opéra de Paris semble beaucoup plus à l’aise pour danser du Cranko que ce Cendrillon. Onéguine n'est arrivé dans la compagnie qu'il y a deux ans, Noureev est censé faire partie de l’ADN de la troupe.

Du 9 au 31 Décembre 2011
Mais reprenons cette flopée de compliments. Nous avons donc un ballet sublime, une troupe excellente… et des solistes magnifiques. Ou presque.

Commençons par le seul petit point noir : Benjamin Pech. Ce dernier est très crédible dans le personnage d’Eugène Onéguine, véritable acteur empreint de son personnage. Le problème est qu’il ne garde par le même parti-pris entre chaque acte, ce qui provoque quelques interrogations.

Plus triste qu’égoïste au début, l’Onéguine de Benjamin Pech ne rejette pas vraiment Tatiana. Son geste de déchirer sa lettre d’amour au second acte, tout rempli de cynisme, ne semble donc pas d’une grande logique, à la vue du personnage qu’il a proposé précédemment. D’où une impression étrange, celle de voir deux rôles différents. Dommage, car il fut à chaque fois très investi, mais ce manque de cohérence était gênant dans la deuxième partie.

Les trois autres solistes furent formidables, à commencer par Clairemarie Osta. Son interprétation ne fut pas surprenante, elle a suivi l’évolution classique de Tatiana. Mais le tout fut fait avec une conviction et une émotion qui ne pouvaient laisser de marbre. J’aime quand les danseur-se-s savent si bien me raconter une histoire.
 
Tout commence dans les jardins Madame  Larina. Des jeunes gens s’amusent, élégants, insouciants. Parmi ce joli monde, il y a ses deux filles, Olga et Tatiana. La première est joyeuse, mutine, et fiancée à Lenski. Mathilde Froustey connaît bien ce genre de rôle de jeune fille espiègle. Elle a appris à ne pas trop en faire, et règne véritablement par sa présence sur ce premier acte, très bien accompagnée par Josua Hoffalt en charmant et fougueux amoureux.

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La deuxième sœur, Tatiana, est plongée dans ses rêves… Clairemarie Osta est ailleurs, totalement crédible malgré ses 41 ans dans le rôle de l’adolescente en fleur. Quand je disais que rien n’était une question d’âge. La seule chose qui peut la sortir de ses songes est un miroir, dans lequel apparaît, dit-on, le visage de l’être aimé… qui est celui d’Onéguine. Celui-ci, ami de Lenski, cherche à s’occuper dans cette partie de campagne.

Tatiana s’isole avec Onéguine, qui ne semble pas la rejeter. Esseulé, il semble porter le deuil, et ne trouver quelques consolations qu’aux bras de Tatiana. Voilà un homme doux, rempli de nostalgie, mais certainement pas cynique.

Le soir venu, Tatiana ne peut s’empêcher de laisser cours à sa passion. Après une très belle scène de songe, où Onéguine la rejoint pour un pas de deux amoureux, elle lui écrit une lettre enflammée, pour lui faire part de ses sentiments.

L’acte deux, l’anniversaire de Tatiana, s’ouvre sur une charmante scène de bal. La jeune et l’ancienne génération se retrouvent pour danser, constituant par moment des couples pour le moins improbables, qui laisseront échapper quelques rires au public. Tatiana, radieuse, n’a d’yeux que pour Onéguine. Mais celui-ci apparaît sous un tout autre visage. Froid, distant, il la rejette et déchire la lettre. Pour se venger, il décide même de séduire Olga, tout fiérote que ce beau ténébreux s’intéresse à elle. De rage et de jalousie, Lenski finit par provoquer son ami en duel.

Beaucoup de choses se passent dans cette scène. La reine est cette-fois Clairemarie Osta, qui entre la joie, le doute, la tristesse et l’effroi, passent par toutes les émotions. Mathilde Froustey joue très bien la jeune frivole, flattée par cette marque d’attention, un peu égoïste elle-aussi. Josua Hoffalt, très crédible, porte toute la tension du passage. Sa lutte intérieur se lit sur son visage, la fureur monte petit à petit avant d’éclater et de commettre l’irréparable.

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Le deuxième acte se termine sur la scène du duel. Josua Hoffalt a droit à une variation, seul. Cela sera son passage à l’âge adulte. Il comprend la sagesse, il comprend ses erreurs. Il sait aussi qu’il va mourir ce soir. Malgré deux ou trois vacillements, le danseur a donné là l’un des plus beaux moments du spectacle. S'il y a six mois la question pouvait encore se poser, la réponse ce soir est clair : la future étoile masculine de l’Opéra de Paris, c’est bien lui.

Coup de feu, cris d’effroi, pleurs. Lenski s’effondre. Onéguine comprend son erreur, et perd en une seconde tout cynisme et légèreté.

10 ans ont passé en arrivant au troisième acte. Tatiana a choisi la sagesse, un mariage avec le Prince Gremine. Onéguine, lui, est toujours hanté par ses souvenirs. Les deux se retrouvent dans un bal. Mais les rôles s’inversent. Tatiana est distante, Onéguine  enflammé. Il lui écrit une lettre qu’elle rejette.

Onéguine retrouve finalement Tatiana dans sa chambre. Celle-ci n’a pas perdu la flamme, mais elle tient à rester fidèle à ses vœux de mariage. Cet indicible dilemme porte toute cette dernière scène. La raison l’emporte finalement, Onéguine s’enfuit. Reste Tatiana, en proie à l’effroi, sombrant presque dans la folie. Une dizaine de secondes qui valent presque à elles-seules la soirée entière.

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Prochain épisode ce soir, avec le très attendu couple quatuor Aurélie Dupont/Evan Mc Kie/Myriam Ould Braham/Josua Hoffalt

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Amélie Bertrand

(9) commentaires

  1. Audrey
    13 décembre 2011 at 17:51

    Oh ça donne envie ! C'est dans une semaine pour moi, avec le gros regret de ne pas voir Josua Hoffalt sur cette distribution...:(

  2. elendae
    13 décembre 2011 at 17:58

    Hoffalt en Lenski ? ça devait être Fabien Révillon pour cette distrib, non ? il est blessé ?
    Au fait, sur un tout autre sujet, je ne sais pas si ton blog connaît des problèmes de surcharge due à ta grande popularité, mais je trouve que le temps de chargement des pages s'est beaucoup ralenti dernièrement...

  3. Libellule
    14 décembre 2011 at 01:14

    Oui, CA DONNE ENVIE ! J'y vais le 22, avec cette distrib (mais avec le changement Hoffalt -> Révillon)

  4. Anne-Laure
    14 décembre 2011 at 15:41

    "Le livret est limpide, la construction clairvoyante, la mise en scène remplie de sens. Tout y est, rien n’est de trop." Tu as tout dit... J'ai vraiment bcp aimé ce ballet et n'ai qu'une hâte, y retourner.
    J'étais à la 1° avec le quatuor Aurélie Dupont/ Evan Mc Kie/ Myriam Ould Braham/ Josua Hoffalt. C'était magnifique et vraiment très bien joué et dansé! Josua Hoffalt a de bonnes chances de devenir étoile selon moi!!

  5. Cams
    14 décembre 2011 at 21:32

    Moi aussi j'aime énormément ce ballet!
    Il y a trois ans j'avais trouvé Clairemarie Osta superbe. Tellement émouvante. Pourtant je n'avais pas accroché à son partenaire mais sa prestation à elle seule vallait le coup d'oeil. J'ai hâte de la revoir.
    Onéguine est un rôle assez complexe. Ca ne m'étonne pas que certains danseurs ne s'y retrouvent pas. Hier McKie était parfait! il a tout compris au personnage!! =D>

  6. Amélie
    16 décembre 2011 at 13:19

    @ Audrey : J'espère qu'il sera aussi bien distribué que maintenant pour le reste de la saison !

    @ Elendae : Les eux alternent sur cette distrib, Fabien Révillon entre en jeu un peu plus tard. Ça va mieux maintenant du côté des problèmes techniques ? J'ai fait une petite manip qui a dû amélioré le truc.

    @ Libellule : Je suis curieuse d'entendre les avis sur la prestation de Révillon, j'ai hâte d'entendre tes impressions.

    @ Anne-Laure : Onéguine est vraiment un joyaux, je crois que je pourrais le voir encore et encore sans me lasser.

    @ Cams : Clairemarie Osta a vraiment fait une superbe prestation, je vais la voir partir avec beaucoup de regrets.

  7. elendae
    20 décembre 2011 at 07:58

    Il était prévu que F.Révillon commence dès le 10. Mais de ce qu'on a pu voir à la pré-générale, il n'était peut-être pas tout à fait prêt...
    Oui ça marche beaucoup mieux maintenant, merci :-)

  8. Audrey
    21 décembre 2011 at 10:26

    J'ai vu "quasiment" cette distribution hier. C'était vraiment superbe. Assez d'accord sur le problème de parti pris de Benjamin Pech, que j'avais trouvé las au début, ce qui amène difficilement à la scène de la lettre. Par contre pour le reste je l'ai trouvé très convaincant. Clairemarie Osta était magnifique.
    Juste un petit mot sur Fabien Révillion, son Lenski était plutôt réussi, j'ai bien envie de le revoir dans un rôle de premier plan.

  9. Amélie
    23 décembre 2011 at 19:05

    @Audrey: C'était son premier "vrai" grand rôle en plus, j'espère qu'il aura aussi de belles occasions en 2012. 

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