Tuesday, Oct. 22, 2019

Roméo et Juliette : épisode 4

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27 avril 2011

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Mardi 26 avril 2011. Roméo et Juliette de Noureev par le Ballet de l'Opéra de Paris, à l'Opéra Bastille. Dorothée Gilbert (Juliette), Josua Hoffalt (Roméo), Stéphane Phavorin (Tybalt), Mathias Heymann (Mercutio). 

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Les soirées R&J, comme disent les intimes, se suivent et se ressemblent décidément. Je suis ressortie de la distribution Dorothée Gilbert/Joua Hoffalt avec les mêmes impressions que pour les spectacles Pujol/Ganio, Letestu/Magnenet et Ciaravola/Paquette. Ce fut une belle soirée, avec des moments très émouvants, mais trop hétérogène pour avoir le grand frisson. 

Ce couple était celui qui attisait le plus ma curiosité. Je restais dubitative sur le sens dramatique de Dorothée Gilbert, la présence de Josua Hoffalt, et ne les avais jamais vu danser ensemble. Je me demandais ce que ça allait donner. Résultat : beaucoup de belles surprises. Si Gilbert n'est pas encore une grande tragédienne, les progrès sont assez impressionnants. Hoffalt m'a séduite, avec une belle danse et une interprétation toute en simplicité qui a fait mouche. Leur partenariat a donné un très joli couple, très à l'écoute l'un de l'autre, tendre et passionné. Si cela a pêché, c'est plus par jeunesse qu'autre chose. Les deux danseur-se-s y faisaient tous les deux leur prise de rôle, difficile au bout de deux représentations de tout maîtriser. Il y a eu du pathos et de l'exagération pour elle, un manque de confiance et de brillant pour lui, mais l'idée de les revoir dans ce même ballet dans quatre ou cinq ans, avec l'expérience en plus, me réjouit d'avance. 

L'acte I fut le plus réussi de la soirée, et le meilleur premier acte de cette série. Sans véritable surprise d'ailleurs, tant Dorothée Gilbert semble être taillée pour cette jeune Juliette. Elle fut rayonnante. Portée par sa technique brillante, la danseuse s'est parfaitement fondue dans son rôle, joyeuse, drôle, pouffant comme une gamine de 16 ans lorsque Pâris lui adresse un baisemain. 

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Josua Hoffalt a pour sa part choisi la voie de la simplicité. Il ne cherche pas à sur-psychologer son personnage. Voilà un jeune homme bien dans son âge, aimant la vie et ses amis, généreux et d'une désarmante simplicité. Son Roméo, s'il n'est pas dramatique, est véritablement attendrissant. Lui et sa partenaire sont sur la même longueur d'onde. ils s'aiment comme on s'aime à 16 ans, éblouis, avec fougue, sans penser aux conséquences. Le sentiment d'urgence, que Noureev voulait rendre présent, s'est clairement fait sentir. "C'est le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure", comme dit la chanson. Un vent de fraîcheur a soufflé sur Bastille. 

Le duo était complété par une belle distribution de seconds rôles. Stéphane Phavorin est un très bon Tybalt, différent de Stéphane Bullion, et heureusement comme celui-ci semble inatteignable. Plus que le cousin, il joue véritablement le rôle du patriarche, décidant de la destinée de la famille, menant avec fermeté la danse des Chevaliers et la bataille contre le camps adverse. Il est envers Juliette plus comme un percepteur qu'un camarade de jeu, la guidant dans ce qui lui semble être le mieux pour elle, comme un second père. 

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Le trio d'amis Roméo/Mercutio/Benvolio était très équilibré, entre le rêveur, le clown et le pacificateur (sauf quand il s'agit de donner le poignard à Roméo tout de même). Dès son entrée en scène, Yann Saïz se remarque en voulant séparer les deux camps. Mathias Heymann est peut-être un tout petit peu moins bondissant que lors de la première, fatigue oblige, mais sa pantomime est de mieux en mieux. 

Le deuxième acte va d'ailleurs bien le mettre en valeur. Le clown se tait dès que le couteau le touche. Il est blessé, il souffre, mais personne ne le voit. Tragédie d'autant plus cruelle pour le public. J'avais été un peu fatiguée par le jeu d'acteur d'Heymann dans Coppélia, qui semblait se limiter à croiser les bras en fronçant les sourcils. Ce soir, il semblait enfin à l'aise avec le haut du corps, s'amusant, jouant, sans en faire trop. Son parti-pris pour sa mort était intéressant. Il arrête soudainement de rire, et en devient tout de suite dramatique. C'est l'une des premières fois où je le vois dans ce registre, et surtout où j'y crois. Ce Mercutio est peut-être la meilleure chose qui lui soit arrivé. 

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Quant à Roméo, il est frappé par la foudre. Comment se fait-il, alors que tout allait bien, alors qu'il venait de se marier à l'amour de sa vie, que tout s'écroule ? Le sang coule sur ses mains, il reste foudroyé, incapable de bouger face à sa dulcinée. Une dulcinée qui a un peu de mal à ne pas en faire trop, mais la chorégraphie très "scène de folie" n'est pas faite pour l'aider. 

C'est surtout dans le troisième acte que Dorothée Gilbert se dévoile- ou non. Et le résultat, s'il reste mitigé, n'en n'est pas moins encourageant. Cette danseuse n'est pas la tragédienne ou l'actrice du siècle, et elle avait souvent tendance à compenser en sombrant dans le pathos et en en rajoutant à chaque instant. Son jeu s'est révélé bien plus naturel, et donc plus touchant, mais qui restait inégal. 

Dorothée Gilbert avait la grande chance d'avoir un acte qui, de part sa nature, emporte de toute façon le public. Je me rend compte un peu plus à chaque représentation du pur génie de Noureev, non pas dans la chorégraphie, mais dans la mise en scène, et de sa formidable utilisation de la musique. La scène d'opposition aux parent est de nature dramatique, et je pense sincèrement qu'elle touche de toute façon le public, même avec une Juliette médiocre. Idem pour la scène de l'hésitation, ou, pour en revenir au deuxième acte, de la mort de Mercutio. Lorsque Gilbert est entourée, qu'elle a du répondant (surtout lorsqu'il s'agit de Delphine Moussin), elle sait être juste. Seule, comme la scène de mort, elle retombe des ses travers yeux écarquillés-gestes saccadés-mains qui tremblent-bouche ouverte. L'acte est un peu trop grand pour elle, pour l'instant. 

Josua Hoffalt a terminé comme il l'avait commencé : d'une façon simple et très touchante. La colère, l'amour, le chagrin se mélangent, il a su m'émouvoir. Etoilable, peut-être pas tout de suite, puisque c'est la grande discussion du moment, mais il est en tout cas sur la bonne voie. Il m'a vraiment surprise, même s'il ne m'a pas complètement emportée. Il s'en est fallu de peu tout de même. Un peu de confiance en soi, du brio, un petit grain de folie. Penser à lâcher la bride la prochaine fois.

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Cinquième et dernier épisode, samedi après-midi, pour Princesse Myriam bien sûr. 

© Photos 1 et 5 : A petits pas. Photo 2 : Julien Benhamou / Opéra National de Paris. Photo 4 : Agathe Poupeney

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Amélie Bertrand

(4) commentaires

  1. Fab
    27 avril 2011 at 13:27

    Je vois que nous avons vibré à l'unisson ;)

  2. cat
    27 avril 2011 at 14:06

    Tout à fait vrai pour Juliette et ses yeux écarquillés (et le grand sourire figé pendant tout l'acte 1, mais finalement ça va avec le rôle). ;) Par contre j'ai bien aimé l'exagération à la fin de l'acte 2, quand tout le monde est immobile sauf Juliette qui court dans tous les sens.

    Pour Romeo, il m'a aussi agréablement surprise. Plus mesuré que Juliette bien sûr, mais il a quand même beaucoup de charme, et danse avec brio après sa rencontre avec Juliette (contrairement aux premiers pas près de Rosalyne)

    J'ai été un peu déçue de la rapidité des 2 morts, on n'a pas vraiment le temps de prendre la mesure de leur désespoir... et je suis restée un peu sur ma faim.

  3. Amélie
    1 mai 2011 at 20:50

    @ Fab : c'est ça les blogueuses, il faut qu'on parle des spectacles avant, pendant et après ;)

    @ Cat : je vois que nous sommes d'accord sur pas mal de points :) C'est vrai que l'acte III est très long, et que la scène de mort ne prend finalement que peu de temps par rapport à tout le reste. 

  4. lianeK
    2 mai 2011 at 09:36

    Ould Braham était Juliette , avec un Travail hors comparasion à l'Opéra ( tout le monde la sait)
    Ballerine qui danse avec le haut du corps , avec des pieds et des bras, loin de toutes ces grimaces, loin de cette vraie - fausse tragédie

     Les bas de jambes de Lestesu et de Pujol sont également remarquables mais de là à en faire Juliette ! Ciavarolla très légere est d'entréee d ejeu bcp trop dans le drame , et dans la force alors qu'elle est si fine

    Gilbert reste dans sa caricature , fort aidée de Hoffalt =D> comme Ganio était Roméo , en dehors du monde,une Danse comme un Diamant .

    Hoffalt en a fait quelque chose de plus contemporain , avec une belle maitrise technique et plutôt musical
    Magnenet était un peu crispé mais il progressera !!

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