Sunday, Jun. 16, 2019

Soirée Hommage à Roland Petit, épisode 2

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12 octobre 2010

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EDIT : Roland Petit est mort le 10 juillet 2011, à l'âge de 87 ans.

J'ai finalement réussi à me glisser plusieurs fois à Garnier au milieu de mon emploi du temps pourri. Donc résumé de ma deuxième soirée Roland Petit, celle du 4 octobre.

Le Rendez-vous

Je suis encore tombée sur le couple Nicolas Le Riche / Isabelle Ciaravola, ce qui ne m'a pas posé vraiment de problème.

Je dois dire qu'au tout début, quand les premières notes ont retenti, j'ai eu un instant de lassitude. Tout de même cette musique, cet accordéon et ce décor, c'est bien clichés. Et puis je me suis retournée vers la voisine de gauche, une touriste anglaise qui mettait pour la première fois les pieds ici, et qui regardait la scène la bouche ouverte et les yeux écarquillés d'émerveillement. Je ne sais pas si ça a joué, mais je suis ensuite, de nouveau rentrée dans le ballet.

J'aime décidément beaucoup la scène du début du corps de ballet, assez inquiétante. Il y a tout de suite une ambiance particulière. Huguo  Vigliotti était toujours aussi extraordinaire, danser à côté de Nicolas Le Riche sans souffrir, il faut le faire. Michaël Denard m'a paru par contre un peu fade. Quant au duo principal, c'est toujours un ravissement. Lui est un poète dans la lune, une espèce de Gavroche plus âgé qui se laisse porter par le vente avec une infinie musicalité. Elle, la vampe mystérieuse, qui apparait comme dans un rêve. Mais qui devient bien réel au moment de jeter la lame de rasoir aux pieds du jeune homme mourant.

Ce n'est certes pas un grand ballet, qui marquera à vie l'histoire de la danse, un chef d'oeuvre. Mais il y a pourtant quelque chose, un état d'esprit touchant. 

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Le Loup

Oh, surprise, j'ai apprécié Benjamin Pech. Ce danseur que je n'aime pas beaucoup m'a impressionné. Enfin un Loup comme dans mon souvenir, sauvage, au haut du corps très marqué et vif. Cela nous change du chien peureux de Stéphane Bullion. Laetitia Pujol était une très belle jeune fille, mais je trouve finalement ce personnage un peu fade. Il n'y a pas grand chose à lui reprocher : elle a une belle danse, elle est dans son personnages, elle évite l'écueil d'en faire trop dans la pantomime. La découverte de la vérité était d'ailleurs très juste, le temps s'est suspendu l'espace de quelques secondes... Mais leurs pas de deux m'a ennuyé, encore une fois.

Définitivement, je préfères les passages de corps de ballet, très typés. La fin restait poignante, avec un sursaut d'animalité chez Pech et une vrai osmose dans le couple. 

Sabrina Mallem assurait le rôle de la Bohémienne. S'il n'y a rien non plus à lui reprocher techniquement, je n'ai pas trop accroché à son interprétation. Elle était une femme hautaine, peut-être un peu trop classe pour son personnage. J'ai préféré la fraîcheur piquante d'Amandine Albisson.

Le Jeune Homme et la Mort

Le chef d'oeuvre, le voila. Je rentre dedans à chaque fois, c'est admirable. "J'ai les poils", comme dit un ancien juré de la Nouvelle Star, et les larmes aux yeux à la fin.

Stéphane Bullion est très différent que Bélinguard. Il est un vrai enfant, un pauvre petit être sans défense. Dès que la sublime et magistrale Eleonora Abbagnato entre en scène, on le sait, elle ne va en faire qu'une bouchée. La mort du Jeune Homme est inéluctable. D'ailleurs il ne lutte pas, il se laisse guider. On assiste à sa lente condamnation pendant 20 minutes sans pouvoir rien y faire. C'est affreux. Mais très beau. 

Eleonora Abbagnato est tout simplement subjugante. On sent que chacun de ses gestes a été pensés et chaque mouvement d'épaule a une signification. C'est un rôle qu'elle a travaillé, qu'elle améliore à chaque soirée, le ballet de sa vie. Le duo est ainsi beaucoup plus équilibré que pour Bélingrad/Renavand, j'ai d'ailleurs regretté qu'ils ne viennent pas saluer ensemble, dès le début. C'est elle qui porte le ballet comme c'est la Mort qui guide le Jeune Homme, avec au passage une beaucoup plus forte allusion sexuelle qu'Alice Renavand. Stéphane Bullion ne serait peut-être pas grand chose sans cette partenaire. Surtout que, techniquement, il lui manque ces légers temps de suspensions, lors des mouvements au sol ou lors des attitudes sur la table, qui donne toute la magie à d'autres interprètes.

Retour à ma voisine anglaise. Je n'ai pas pu m'empêcher de la regarder plusieurs fois, son visage était un spectacle à lui tout seul. Elle n'avait clairement pas révisé avant de venir, et ne savait absolument pas à quoi s'attendre. Elle a passé le ballet bouche bée (encore) et les yeux écarquillés (encore). Mais de stupéfaction cette fois-ci. Elle ne s'imaginait pas ce qui allait lui tomber sur la tête, qu'il était possible qu'un danseur et une danseuses créent autant de chose, qu'il était possible de voir une telle tension sur scène, un tel scénario implacable.

Elle s'est prise le ballet en pleine figure.   

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Photo 1 : Anne Deniau-Opéra national de Paris/2  : Rêves impromptus

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Amélie Bertrand

(3) commentaires

  1. mimylasouris
    15 octobre 2010 at 19:04

    Morte de rire pour le "chien peureux" de Stéphane Bullion ; un désamour passager ?
    Ta critique m'a rendue curieuse de Benjamin Pech dans le Loup ; je ne l'imaginais pas là-dedans, mais en y pensant, il y a un passage dans le Rendez-vous où il est comme attiré magnétiquement par la Mort et ses secousses pourraient très bien être transposées sur le loup (on se fabrique les images qu'on peut - l'imagination fait avec ce qu'elle a en stock). Quant à Eleonora Abbagnato, je ne m'en lasserai jamais : elle a une de ces présences qui transforment chaque mouvement (imposé par la chorégraphie) en geste (intention qui surgit de l'interprète). Vivement la suite de cette saison !

  2. Amélie
    17 octobre 2010 at 17:43

    Moi aussi, je n'imaginais pas Pech dans Le Loup... Comme quoi il faut se laisser surprendre. 

  3. fée Dragée
    20 octobre 2010 at 09:04

    J'ai "vu" Nicolas Le Riche dans le Rendez-Vous... Avec lui, le ballet paraît moins désuet qu'on pourrait le penser.... Une danse si fluide, si juste. Je regrette de ne l'avoir pas pu apprécier dans Le Jeune Homme.
    Là, c'est Stéphane Bullion que j'ai découvert : fragilité, véritable "jeune peintre" presque Naïf... Il ne peut en effet échapper à la Mort... Une superbe partenaire, disons-le au passage.

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