Tuesday, Nov. 12, 2019

Swan Lake de Frederik Rydman

Ecrit par :

17 octobre 2013

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Le Lac des Cygnes - sous toutes ses formes - a déferlé sur les salles de spectacle parisiennes en cette rentrée 2013.  Swan Lake de Frederik Rydman en a fait partie. Conte raccourci et XXIème siècle-isé, il est ici question de Siegfried (un jeune cadre dynamique), de Rothbart (un dealer) et de 32 cygnes (des prostituées carburant à la poudre blanche). Ce n'est pas toujours de la haute subtilité, et ça ne fait pas regarder ce ballet d'un autre regard. Mais cette version ne mérite peut-être pas non plus ce rejet un poil méprisant de la presse française. Ce Swan Lake propose en effet quelques bonnes idées, et reste surtout un show divertissant et bien rôdé. Pourquoi s'en priver ?

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L'histoire est condensée en 80 minutes et se débarrasse de tout agrément psychologique. Siegfried n'est même pas gay, rendez-vous compte. Frederik Rydman a simplifié l'histoire pour la rendre compréhensible à tout le monde du premier regard : un homme, qui tombe amoureuse d'une femme, qui veut l'aider mais se heurte à la dure loi de la vie. Le tout se termine de façon triste, mais morale. Odette est tuée, Siegfried s'en va noyer son chagrin, mais les 32 femmes-cygnes se débarrassent de leurs plumes de pute et laissent Rothbart sur le carreau.

L'accent est donc mis sur la forme, avec parfois de très bonnes trouvailles. Il ne s'agit ainsi pas vraiment d'un ballet (n'y allez pas en pensant voir un spectacle de danse), mais d'un show. La scène d'ouverture est ainsi d'une totale efficacité. Rothbart fait défiler son smartphone sur un écran géant placé à l'avant-scène, c'est visuellement très bien fait et calibré pour plaire au public ado. Plus généralement, la danse - un peu de modern' jazz, un peu de hip hop - n'est pas novatrice, mais elle est bien balancée. Les danseurs, aux physiques assez fins de danseur classique, arrivent parfaitement à se servir de cette énergie. Les ensembles concernant Siegfried sont clairement les plus réussis, très efficaces et modernes. Il est un jeune homme bien né, mais peut-être fatigué du métro-boulot-dodo. Ses amis boivent pour oublier le certain vide de leur vie. Ça n'évite pas les clichés mais il y a du vrai là-dedans.

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Qui dit Lac des Cygnes dit bien sûr Tchaïkovski. La musique est parfois jouée telle quelle, mais souvent mixée avec un son électro. J'entends les puristes grincer des dents, mais il faut reconnaître que, là encore, c'était plutôt bien fait, se servant très efficacement de la rythmique de la partition, sans en dénaturer les mélodies souvent connues du grand public.

Le problème de Frederik Rydman est qu'il ne va pas finalement au bout de ses idées. Les personnages masculins sont bien pensés, leurs chorégraphies sympas et les interprètes au niveau. Mais qu'en est-il des cygnes, pourtant si importants dans l'histoire ? La danse côté fille est laissée totalement de côté, vaguement inspirée des clips et pas très bien dansée (quand il y a quelque chose à danser). Tchaïkovski est parfois oublié pour les tubes sirupeux des princesses de R'n'B. Et tous les clichés et les over-scènes du spectacle apparaissent soudainement beaucoup plus difficilement supportables.

Dommage, parce qu'au final, on ne voit pas passer les 80 minutes. Notre vision du Lac des Cygnes n'en est absolument pas bouleversée, mais ce n'est pas très grave. Ce Swan Lake se veut avant tout fun et accessible à un large public. Rien de plus. Mais c'est déjà pas mal.

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Swan Lake de Frederik Rydman au Casino de Paris. Mardi 8 octobre 2013.

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Amélie Bertrand

(1) commentaire

  1. Joelle
    17 octobre 2013 at 21:06

    Très bien vu ! Je souscris à 100% !!!

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