Sunday, Nov. 17, 2019

Troisième Symphonie de Gustav Mahler : un conte mythologique

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9 mai 2013

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Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier, par le Ballet de l'Opéra de Paris, à l'Opéra Bastille. Avec Mathieu Ganio (l'Homme), Vincent Chaillet (l'Âme), Alessio Carbone (la Guerre), Nolwenn Daniel (la Femme) et Laëtitia Pujol (l'Ange).

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(Photo : Danse Opéra)

Pour la première de la Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier, Karl Paquette jouait un Homme spectateur. Il regardait le monde se former d'un oeil attentif mais sans intervenir. Pour la deuxième distribution, Mathieu Ganio a choisi un tout autre chemin. Il est un Homme acteur, créateur du monde, dans un esprit mythologique du Dieu face au chaos.

La Terre est sombre, apocalyptique. L'Homme apparait étrangement calme face à cette noirceur. Il range le désordre, guide le pas des humains. La Guerre n'apparait pas par hasard, c'est lui qui l'appelle, la lance, l'encourage presque. Au milieu d'un corps de ballet un peu fatigué, qui peine à donner toute sa force à ce passage difficile, Mathieu Ganio apparait comme le point central et lumineux du ballet. Le charisme, c'est comme ça que cela s'appelle. Etre habité de l'intérieur, à tel point d'illuminer la scène par un simple regard ou un mouvement de tête. Le public pleure déjà Nicolas Le Riche, Mathieu Ganio pourrait bien être son remplaçant : une danse si belle, si précise, et toujours totalement habitée. Le pauvre se traîne pourtant une réputation de bellâtre un peu fade, peut-être due à la mèche. Voilà la solution : Mathieu Ganio devrait se couper les cheveux pour véritablement entrer dans l'âge adulte de l'artiste qui n'est plus préoccupé par ses effets de mèches.

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Le propos divague un peu, mais à l'image de ce premier mouvement, où la force du groupe a du mal à prendre forme. Comme pour la première, la poésie viendra des deux mouvements suivants : l'Été, poétique et léger, et surtout l'Automne, le temps des Amours. L'Homme se glisse parmi les couples et s'essaye au jeu de la séduction innocente. Mais face à une jeune femme, il imagine son futur s'il suivait cette voie, personnifié par Eve Grinsztajn lumineuse de lyrisme (lui confier le rôle de l'Ange, voilà qui aurait été une idée intéressante). Mais l'Homme doit jouer son rôle, celui du créateur et de guide. Encore une fois, il reste l'acteur de son destin : il ne se retire pas parce que c'est comme ça, mais parce qu'il prend la décision de jouer son rôle, et d'accepter une certaine part de sacrifice.

du 9 Avril au 12 Mai 2013

Ce très beau moment aura malheureusement du mal à trouver sa suite pour le restant du ballet. Le quatrième mouvement, malgré l'investissement de Nolwenn Daniel, semble toujours sorti de nul part. Et l'Ange de Laëtitia Pujol casse définitivement toute poésie. L'Etoile a du mal à se défaire de son principal défaut : celui du surjeu et de premier degré. Ouvrir la bouche n'est pas forcément signe d'amusement passionné ou de lyrisme. Et l'attitude, parfois empruntée à l'enfance, a du mal à devenir symbolique. Suite logique ? Le sixième mouvement perd de sa force, malgré l'implication des solistes du soir. Reste la dernière ligne droite de l'Ange, qui émeut bien plus par la réaction de l'Homme, dos tourné, laissant les humains dans leur monde et se contenant de les regarder de haut et de les laisser se débrouiller, maintenant que la Terre est construite.

Troisième Symphonie de Gustav Mahler de John Neumeier, jusqu'au 12 mai à l'Opéra Bastille.

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Amélie Bertrand

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