Tuesday, Apr. 23, 2019

La Danse, ou le ballet de l’Opéra de Paris vu par Frederick Wiseman

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6 octobre 2009

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Demain, il y a pleins de films qui sortent : le remake de Fame, le nouveau rôle de Catherine Deneuve (Mères et filles) ou le pamphlet de Nicolas Hulot (Le syndrome du Titanic).

Mais demain, il y en a un autre qui sort dans les salles et qui m'intéresse beaucoup. Il s'agit du dernier film de Frederick Wiseman, intitulé sobrement La Danse. Et sous-titré encore plus simplement Le ballet de l’Opéra de Paris.

Je ne peux pas vous dire que je vais me ruer dans les salles dès demain matin pour le voir, parce que je l'ai déjà vu hier. Par contre, je peux vous en parler dès à présent, histoire de convaincre les quelques rares addict(e)s de la danse qui n'auraient pas envie de le découvrir (il y en a ?), et de convaincre tous les autres.

Et pourtant, je ne l'ai pas complètement aimé. Mais tout de même, un film uniquement consacré à la danse, je ne peux pas ne pas en faire une promo outrageuse.

Qu'est-ce que donc que le film La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris ? Il ne raconte pas une histoire, ce n'est pas à proprement parler un documentaire. C'est juste (si l'on peut dire) un film sur la danse.

Pendant trois mois, de septembre à décembre 2007, Frederick Wiseman a promené sa caméra dans les coulisses du ballet de l'Opéra de Paris. Il filme les répétitions, les représentations, les discussions administratives dans le bureau de la directrice, la cantine... Il mélange tout ça et le diffuse tel quel. Sans parole ou presque, sans sous-titre, sans explication, sans entretien, sans interview. La Danse, à l'état pur. Cela aurait pu être monstrueusement ennuyeux du début à la fin si Frederick Wiseman ne savait pas si magnifiquement filmer la danse. Je n'ai jamais vu de telles images, une caméra saisir avec une telle vigueur l'essence de cet art. Les amateurs de danse ne pourront qu'aimer. On est au plus près des danseur(se)s, on entend leur respiration, on vit le spectacle avec eux, on voit leurs muscles se tendre, leurs expressions... C'est beau et saisissant.

Quand aux non-connaisseurs de Danse, je ne peux que les pousser à y aller. Oui, vous, au fond de la salle, qui zappez automatiquement tous mes articles parlant de danse. La danse, vous n'avez pas d'a priori négatif, mais vous ne connaissez pas. La danse, pour vous, c'est joli, vous l'admettez. Ce film montre que justement, la danse, ce n'est pas que joli. C'est un art universel. Je sais, c'est un peu stupide d'écrire ça comme ça. Mais lorsque la caméra se trouve à quelques mètre du (de la) danseur(se) sur scène, qu'elle montre au plus près son corps entier pris dans les émotions de son personnage, et qu'il n'y a pas besoin de faire des études chorégraphiques pour être immédiatement dans son histoire et de ce qu'il(elle) veut nous faire passer, cette vérité nous revient brusquement en mémoire. La danse, un art universel.


Néanmoins, et pour vous prouver que je sais rester très objective, le film de Frederick Wiseman ne m'a pas entièrement convaincu. C'est donc un film sur la danse, qui montre la danse. Sans trame, sans histoire. Et moi, en bonne spectatrice, j'ai un peu besoin de tout ça pour ne pas m'ennuyer. Surtout lorsque le film dure 2h38. Oui, j'avoue, malgré les scènes de danse d'une beauté stupéfiante, j'ai eu plusieurs fois l'envie de regarder ma montre. Je ne l'ai pas fait parce que je n'ai plus de montre, et que j'avais peur de gêner tout le monde en sortant mon iPhone de mon sac. Mais voila, le fait est que, par moment, c'est un peu longuet tout ça. Surtout qu'il y avait de quoi faire une mini-trame, entre les grèves, la nomination de Dorothée Gilbert ou le concours de promotion, qui se déroulaient au moment où Frederick Wiseman y était.

Deuxième défaut, j'ai eu l'impression gênant que Brigitte Lefèvre n'était pas tout à fait naturelle face à la caméra. Peut-être est-ce la critique du Nouvel Obs qui m'a influencée. Mais j'ai eu le perpétuel sentiment qu'elle jouait un peu le rôle de la directrice parfaite, qu'elle soit face à un chorégraphe à lui expliquer la hiérarchie de l'Opéra ou à organiser un voyage pour les sponsors. Et puis le film, s'il montre au plus près la danse, reste en surface de l'Opéra de Paris, cette maison si particulière. Le mythique Tout près des Etoiles arrivait à la fois à montrer la danse et les danseur(se)s dans toute leur splendeur, et en même temps à appuyer là ou ça fait mal (l'expression "Machine à broyer les faibles" vient tout de même de là). La Danse donne une image un peu trop parfaite de cette troupe, et c'est toujours un peu frustrant.

Niveau Etoiles, je n'ai pas fait le compte, mais il me semble qu'on les voit tout(e)s. Aurélie Dupont n'est pas beaucoup filmé, Nicolas Le Riche encore moins, mes deux chouchous. Par contre Marie-Agnès Gillot bouffe l'écran. Sa personnalité attire toujours les réalisateurs, à chaque documentaire sur l'ODP, on ne voit qu'elle. De ses nombreux passages, je retiens surtout une répétition d'un ballet contemporain, de je-ne-sais-pas-qui, avec Pech ou Moreau comme partenaire. Je retiens aussi un passage contemporain sur scène avec Wilfried Romoli, une répétition de Paquita avec Agnès Letestu, une de Casse-Noisette avec José Martinez, Laurent Hilaire en répétiteur, Le songe de Médée (?) avec ? tout simplement hallucinant, un Mats Ek avec Manuel Legris pas mal non plus dans le genre, le sourire d'Angelin Preljocaj, 32 fouettés par MA Gillot, Mathias Heymann pas encore Etoile à l'époque mais déjà explosif... Et puis tous ces moments de grâce chopés par-ci par-là. Le public a d'ailleurs plusieurs fois applaudi spontanément après certains passages.


Et puis au milieu de tout ça, un dialogue d'anthologie. Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmar se disputant lors d'une répétition de Paquita. Il est clair qu'ils ne sont d'accord sur rien, qu'ils détestent tout ce que l'autre adore, qu'ils veulent toujours avoir raison sur l'autre, et que ça se passe comme ça entre eux à chaque fois... Mais le ton reste toujours courtois, et puis quoi encore ?

N'empêche, ce film m'a marqué. C'est en écrivant l'article que je viens de me rappeler que cette nuit, j'ai rêvé de danse. Ce qui m'arrive très, très rarement.

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Amélie Bertrand

(11) commentaires

  1. Sonia
    7 octobre 2009 at 05:38

    J’aime­rais pou­voir le voir, mais j’habite exces­si­ve­ment loin! Alors… j’atten­drai sage­ment la sor­tie DVD. Ton site est vrai­ment agréa­ble à lire. Merci de Tai­wan.

  2. Elisa
    7 octobre 2009 at 13:36

    Je viens d´appren­­dre sur ton blog. C´est très joli.
    J´aime la danse, mes filles sont dan­­seu­­ses et chan­­teu­­ses…. de jazz.
    A très bien­­tôt
    Elisa, Argen­­tine

  3. nicolas
    7 octobre 2009 at 13:43

    dans le même sujet, j’ai été tou­ché par l’expo d’UFE­RAS au MEP, beau­coup d’émo­tion et dou­ceur…ton arti­cle est véri­ta­ble­ment excel­lent.

  4. marie
    7 octobre 2009 at 16:14

    Bon­jour,
    J’attends aussi avec impa­tiente la sor­tie DVD. Il devrait sor­tir quand
    Je recher­che éga­le­ment une autre de ses réa­li­sa­tion de 1995 sur l’ame­ri­can bal­let thea­tre à New York…. HELP…
    a+

  5. Helen
    7 octobre 2009 at 17:44

    Allez hop, petite séance ciné diman­che pour aller le voir! :-)

  6. vieille danseuse
    11 octobre 2009 at 16:38

    Je n’ai trouvé aucun inté­­­rêt à ce docu­­­men­­­taire . Mon­­­tage, ima­­­ges ne sont pas excep­­­tion­­­nel­­­les. de trop longs plans dis­­­tille l’ennui. Le clas­­­si­­­que est rela­­­ti­­­ve­­­ment mas­­­sa­­­cré. Les spec­­­ta­­­teurs aver­­­tis atten­­­dont plus (nom­­­bre de séquence auraient eu un inté­­­rêt majeur si repla­­­cées dans un con­­­texte (Pon­­­tois et sa fille, C Gan­­­dolfi la surnu qui veut entrer dans le CDB etc.) , les autres sor­­­ti­­­ront ou n’en n’auront pas plus dans leur besace (con­­­naissnce ou émo­­­tion) qu’en entrant. Heu­­­reu­­­se­­­ment que j’aime la danse et que me “vau­­­trer” pen­­­dant 2h40 dans la sueur et les chaus­­­sons me fait encore plai­­­sir, sinon …
    Seule B Lefè­­­vre en sort “gran­­­die” pas l’Opéra et encore moins le bal­­­let clas­­­si­­­que
    Au moins avec le DVD nous pour­­­rons met­­­tre en “avance rapide” les moments trop longs …
    bon film à tous et merci pour ce blog bien fait et sym­­­pa­­­thi­­­que


    > A tous : merci beau­­coup pour vos gen­­tils mots, et bien­­ve­­nue aux nou­­veaux ! Ce film a l’air en tout cas d’inté­­res­­ser pas mal de monde, et fait par­­ler de lui. Les avis sont tran­­chés !

    > A Sonia et Marie : le DVD devrait sor­­tir dans 6 mois nor­­ma­­le­­ment. J’espère qu’il arri­­vera jusqu’à Tai­­wan !

  7. mimylasouris
    13 octobre 2009 at 16:44

    La rudesse du docu­men­taire m’a un peu désar­çon­née sur le coup, mais fina­le­ment, je crois que c’est aussi comme cela que Wise­man a réussi à faire un film qui aille au-delà du docu­men­taire pur et dur. Il mon­tre ainsi bien plus de cho­ses qu’il n’en veut bien dire.

    Je ne trouve pas que Bri­gitte Lefè­vre sonne faux. Ton impres­sion est peut-être due au mon­tage : prise dans son rôle de direc­trice de la danse qui a affaire à des per­son­nes exté­rieu­res à l’opéra, elle en devient for­cé­ment la repré­sen­tante, et les dan­seurs n’étant pas inter­viewés, elle se retrouve la seule à par­ler. Elle-même s’est trou­vée curieuse dans ce film, si l’on en croit sa réac­tion citée dans les “secrets de tour­nage” sur allo­cine.

    Dans les dia­lo­gues crous­tillants, je pré­fère les com­men­tai­res lors de la répé­ti­tion sur scène de Paquita… ^^

    Et je ne trouve pas qu’il se dégage une image “trop par­faite” de la troupe. Que dire des plain­tes de la jeune géné­ra­tion à pro­pos de la dif­fi­culté d’abor­der un nou­veau réper­toire lorsqu’elle ne dai­gne pas assis­ter aux cours de con­tem­po­rains heb­do­ma­dai­res ?

    Je ne sais pas si j’ai aimé non plus, mais je m’en con­tre­fi­che - ce film m’a éga­le­ment mar­quée, et je trouve ça plus impor­tant.

  8. Beledia
    31 octobre 2009 at 09:19

    @vieille dan­seuse : merci pour vos com­men­tai­res éclai­rés, pour­riez-vous en dire plus sur les “con­tex­tes” que vous avez repé­rés ? Merci d’avance

  9. Lucile
    24 décembre 2009 at 15:53

    La répé­ti­tion qui t’as mar­quée n’ était-elle pas celle de Wayne Mac Gre­gor ???
    Elle était d’enfer !

  10. Sophia
    26 avril 2010 at 12:34

    Bon­­jour je m’appelle sophia. Hier je suis allée voir ce film, qu’il me tar­­dait vrai­­ment de voir, et votre cri­­ti­­que m’a beau­­coup plu, car c’est exac­­te­­ment mon point de vue. Je l’ai trouvé inté­­res­­sant, mais mal­­heu­­reu­­se­­ment, il ya des fois où l’ennui se fait sen­­tir (peut-être aussi le non-con­­fort des siè­­ges de la salle de ciné…). Tou­­jours est-il qu’en grande fan de danse, il y a quel­­ques peti­­tes cho­­ses que j’aime­­rai vous poser, car je sens que ces ques­­tions vont m’aga­­cer. Par exem­­ple lors­­que vous disiez : “De ses nom breux pas­­sa­­ges, je retiens sur tout une répé­­ti­­tion d’un bal­­let con­­tem­­po­­rain, de je-ne-sais-pas-qui, avec Pech ou Moreau comme par­­te­­naire.”. Est ce que par hasard vous auriez trouvé le nom de ce bal­­let!? Car mon dieu j’étais scot­­chée! On décèle sa grande sou­­plesse, et cet extrait était fan­­tas­­ti­­que.
    Et pour finir la der­­nière image que vous met­­tez :pen­­dant le film on a de nom­­breux extraits de ce bal­­let très con­­tem­­po­­rain, et cela m’inté­­res­­se­­rai beau­­coup si vous aviez le nom!
    Enfin, merci donc pour cette cri­­ti­­que que j’ai pris plai­­sir à lire
    Sophia


    > Aïe, aïe, aïe, tu me poses une colle Sophia… Sur­tout que j’ai vu ce film il y a déjà quel­ques temps, même si je vois très bien de quels pas­sa­ges tu par­les. Si quelqu’un a la réponse, qu’il ou elle n’hésite pas.

  11. mimi91250
    20 juin 2010 at 10:23

    je n’ai pas pu voir le film est il sorti en DVD, et ou peut on le trou­­ver car j’ai beau cher­­ché mais je ne le trouve pas


    > Le DVD est prévu pour le 7 juillet

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