Sunday, Oct. 21, 2018

Juliette Roustan : “Lausanne, c’est un concours vraiment particulier”

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20 février 2012

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Il est temps de clore le chapitre du 40e Prix de Lausanne. Après Johanna Raynaud, Célestin Boutin et Carl Van Godtsenhoven, place à Juliette Roustan, la plus jeunes des candidates françaises, de nous raconter son expérience. L’apprentie danseuse est repartie du concours avec une bourse pour la Palucca School de Dresde, en Allemagne.

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Comment es-tu arrivée à l’Ecole Nationale Supérieure de Danse de Marseille ?

Je faisais de la danse en amateur, chez moi, à Montpellier. Il y a presque deux ans, j’ai passé l’audition pour Marseille, j’ai été prise au premier coup. J’y suis depuis septembre 2010.

Comment t’es-tu présentée au Prix de Lausanne ?

C’est toujours notre directeur, Gabriel Kosman, qui choisit les élèves qui se présenteront à Lausanne. Il me l’a proposé à la fin de mon examen de danse classique l’année dernière, qui s’était très bien passé. C’était inattendu, je ne pensais pas faire Lausanne, c’était un rêve. On a été deux de l’Ecole de Marseille à envoyer nos vidéos, j’ai été la seule retenue.

Comment as-tu choisi ta variation de Coppélia ?

J’ai beaucoup hésité entre Paquita et Coppélia. Dans Paquita, il y a beaucoup de sauts, ça me correspondait assez bien. Finalement, j’ai choisi Coppélia, la variation était un peu plus longue, elle demandait plus de qualité d’interprétation, avec des tours, des sauts… J’aimais bien le personnage.

Beaucoup de candidates choisissent cette variation. Cela a joué sur ton choix ?

J’ai beaucoup réfléchi au fait que tout le monde la prenait. Mais c’est celle-là que je voulais vraiment faire. Je me suis dit que ça ne serait pas les mêmes versions, que j’allais montrer mon interprétation à moi.

Comment as-tu travaillé l’interprétation justement ?

Ça a été un peu dur pour moi. Je suis habituée, dans les cours de répertoire, à ne pas forcément aller dans l’interprétation. Alors que là, Coppélia, la poupée, il faut bien jouer sur ses expressions, quand elle n’est pas contente, quand elle demande à danser… Il faut vraiment changer de visage tout au long de la variation. Au début, c’était un peu compliqué.

J’ai regardé beaucoup de vidéos de Coppélia, y compris celles d’ancienne candidates. J’ai essayé de me mettre dans la peau du personnage en écoutant la musique, en m’imaginant une poupée qui me regardait à un balcon… des choses concrètes.

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Et pour la variation contemporaine, comment s’est fait le choix de Traces ?

J’ai tout de suite accroché à cette variation. La musique m’a entraînée, j’aimais bien la liberté des gestes, les petits sauts.

Comment as-tu travaillé ces variations ?

J’ai travaillé Coppélia avec Isabel Hernandez, ma professeure de danse classique cette année, et un peu avec Mireille Bourgeois pour l’interprétation. Pour le contemporain, c’était avec ma professeure Juliette Vezat. J’ai commencé en novembre, une ou deux semaines après avoir été sélectionnée sur vidéo. Je travaillais les variations quatre fois par semaine, ¾ d’heure, 1 heure, 1 heure ½… C’était intégré dans mon emploi du temps, après les cours. Puis j’ai passé ma variation classique face au public lors des Portes Ouvertes, un peu avant Lausanne.

Avais-tu passé d’autres concours avant ? Qu’aimes-tu dans ce genre d’expérience ?

J’avais déjà passé des concours l’année dernière, Grasse, Toulon et Montpellier. Le métier de danseuse, c’est d’aller sur scène. Je trouve ça très bien d’expérimenter, de voir comment on réagit sur scène. J’aime beaucoup être toute seule sur le plateau, face au public…

Quel était ton objectif à Lausanne ?

Mon but était de réussir tout le travail qu’on avait fait sur les variations, les cours, et de me faire repérer par une école. La finale n’était pas vraiment mon objectif, même si on y pense toujours, ça fait rêver. Je voulais déjà faire une bonne semaine, profiter de cette superbe expérience, et faire mes variations comme il faut.

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Quelle a été ta première impression, en arrivant le premier jour ?

Ça m’a tout de suite plu ! C’était immense, magnifique. Je n’avais qu’une hâte, c’était que ça commence.

Comment s’est passé le travail sur la pente ?

Je n’avais jamais travaillé sur une pente avant. Le travail a été compliqué, surtout les deux premiers jours. Ça change tous les appuis… Le troisième jour, ça allait mieux. Pour la demi-finale, je voulais vraiment que ça se passe bien, alors j’ai oublié  la pente.

Comment se sont passés les cours de danse classique ?

Les cours étaient géniaux ! Ils étaient très dansants, il y avait plein de petites pas, c’était assez libre. La professeure nous montrait les pas, nous observait toutes, et les corrections restaient globales.

Que t’a conseillé Monique Loudières lors des coaching ?

Elle ne m’a pas donné de correction précise sur des pas ou sur la technique, ça, ça allait. Elle m’a surtout aidé pour l’interprétation. Il fallait que je respire, que je prenne la variation moins rapidement, que je trouve des nuances… Ce n’est pas facile à corriger en si peu de temps. Quelques minutes de coaching, c’est trop frustrant, on aimerait tellement que cela dure une heure ! Surtout que Monique Loudières donnait des corrections géniales.

Concernant le travail contemporain, tu as l’habitude d’en faire à Marseille ?

On a deux ou trois cours de contemporain par semaine, mais je n’en fait que depuis que je suis là-bas, soit un an ½.

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Et comment cela s’est passé à Lausanne ?

J’ai eu une petite révélation ! Le premier jour a été assez difficile pour essayer de reproduire les mouvements. Pour la suite, j’ai vraiment senti une évolution, j’étais très à l’aise, j’ai vraiment accroché aux cours. C’est très différent de ce que je faisais à Marseille, ça danse beaucoup plus, les enchaînements sont comme des mini-variations. A Marseille, on est plus sur un travail au sol, sur des improvisations, des ateliers.

Comment est l’ambiance à Lausanne par rapport aux autres concours que tu as pu faire ?

L’ambiance était géniale ! Les premiers jours, tout le monde était un peu timide, on restait entre Français-es, on s’entendait très bien. Dans ma catégorie, j’ai discuté avec tout le monde, on a tous appris à se connaître. On s’est pris en photos, on s’est fait des petits mots, on se suit sur Facebook. On se parlait en anglais, en se faisant des gestes.

La pression ne se sentait pas entre vous ?

Pas vraiment… Peut-être avant les cours, il faut bien s’échauffer, se concentrer. Sinon, il n’y avait pas d’animosité entre nous. Lausanne, c’est particulier. C’est étonnant, c’est pourtant le meilleur concours, peut-être parce que c’est sur une durée d’une semaine.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer durant toute cette semaine ?

Le rythme est dur, on démarrait tôt. Le dernier jour, on commençait à ressentir la fatigue. Ça devenait dur pour la demi-finale.

Comment s’est-elle déroulée pour toi ?

Elle s’est vraiment très bien passée. On a eu un petit cours avant sur la scène. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre, qu’il fallait que je me fasse plaisir et bien faire tout ce que j’avais appris. Je me suis fait plaisir en classique, je n’ai rien raté. En contemporain aussi. J’étais très contente de ma demi-finale.

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Tu n’as pas été déçue de n’être pas allée en finale ?

On a toujours l’espoir d’aller en finale, mais je me doutais que je n’irai pas, il y avait vraiment un très très bon niveau. Je n’étais pas déçue du tout. Je voulais être en forme pour le Networking Forum du lendemain. J’étais très contente pour les finalistes, et j’ai pu regarder une très belle finale.

Qu’est-ce qui t’a manqué pour aller en finale ?

Je pense que ça s’est plus joué sur la technique. Toutes les candidates avaient des lignes incroyables, je suis un peu plus musclée que la plupart des filles qui font du classique… mais on ne peut pas avoir un physique parfait. Peut-être le manque d’expérience, certain-e-s candidats-es passaient régulièrement des concours depuis deux ans.

Quels étaient tes candidat-e-s favoris-tes lors de la finale ?

J’ai beaucoup aimé Mingxuan Wang, et Barbosa Edson, qui dansait Don Quichotte, qui était vraiment exceptionnel. Pour la gagnante, j’aurai choisi Hannah Bettes, même si Madoka Sugai, la lauréate, était dans ma petite liste pour remporter une bourse.

Au matin de la finale s’est déroulé le Networking Forum. Tu as eu une proposition ?

On m’a proposé une bourse pour la Palucca Schule de Dresde, en Allemagne. J’ai eu un entretien avec le directeur, qui m’a tout expliqué. Ça me dirait vraiment d’y aller, ça a l’air d’être une école complète, avec du classique, du contemporain, des pointes, de l’adage, du répertoire, des ateliers, pleins de choses assez intéressantes. Et j’ai aussi gagné un stage à la NDT cet été. J’étais plutôt contente.

Comment va se faire ton choix d’aller ou pas dans cet école ?

Le directeur m’a proposé d’aller faire une semaine en avril là-bas, pendant mes vacances. Je serais en internat, je pourrais vraiment voir comment ça se passe, l’école, les cours… Si ça me plait vraiment, j’irai l’année prochaine.

Pourquoi souhaites-tu quitter l’Ecole de Marseille ?

Il y a des très bons professeurs à Marseille, mais on n’a pas beaucoup d’heures de cours. Le lundi, mardi et jeudi par exemple, on a juste 1h15 de classique, c’est tout, rien d’autre. C’est assez frustrant, les horaires ne sont pas suffisamment aménagés. A la Palucca Schule, on commence la danse à 8 heures et on finit vers 15 heures. Tous les jours, il y a un cours de presque 2 heures de classique, puis des cours complémentaires. Je devrais continuer le lycée par le CNED, pour mon bac.

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Vers quelle compagnie souhaiterais-tu aller après ?

Je ne sais pas trop vers quoi je voudrais aller, je suis encore à l’école. J’aimerais aller dans une compagnie classique et néo-classique. A Dresde, il y a aussi le Ballet qui a l’air génial, et un jeune ballet.

Quelles sont les danseuses que tu admires ?

J’aime beaucoup Alina Cojocaru et Isabelle Ciaravola. Elles ont tout ! Mais celle que je trouve vraiment magnifique, c’est Svetlana Zakharova.

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Amélie Bertrand

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