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[Photos] Retour en images sur la soirée George Balanchine du Ballet de l’Opéra de Paris

Le Ballet de l’Opéra de Paris a proposé du 3 février au 10 mars une soirée consacrée à George Balanchine, avec deux des œuvres du chorégraphe faisant leur entrée au répertoire de l’institution : Ballet Impérial et Who Cares?. De nombreuses distributions s’y sont succédé, avec là encore de nombreux changements à la clé. Si le corps de ballet, composé parfois majoritairement de surnuméraires, a eu du mal à proposer une unité, les solistes y ont souvent brillé. Que ce soit les Étoiles que l’on a découvertes dans un style différent dans Who Cares?, que les Premières et Premier Danseurs qui ont assuré avec panache dans Ballet Impérial. Amenant même à une nomination d’Étoile pour d’eux d’entre eux. Au final, malgré des aléas et approximations, la série fut agréable et riche de belles découvertes.

Retour sur les différentes distributions du programme George Balanchine :

DALP a publié en début de série la chronique de l’une des premières représentations. Malgré des imprécisions et les difficultés à maîtriser le style balanchinien pour la troupe, les deux ballets ont été emportés par leurs solistes féminines : Hannah O’Neill et Héloïse Bourdon dans Ballet Impérial, Dorothée Gilbert, Bianca Scudamore, Roxane Stojanov dans Who Cares? Qu’en fut-il en fin de série ? J’ai assisté à la toute dernière date du 10 mars et mes conclusions se rejoignent à celles de Jean-Frédéric Saumont qui a couvert l’une des premières représentations. Deux ballets qui entrent au répertoire dans des styles très différents, avec un corps de ballet féminin contrasté, il ne fallait pas s’attendre à des miracles. Ce n’est pas la faute des danseuses sur scène, qui y montrent toutes beaucoup de sérieux et d’envie. Mais on ne crée par une unité de groupe en quelques semaines, avec des artistes découvrant parfois la compagnie. Dans Ballet Impérial, les piliers du corps de ballet sortaient forcément du lot, dont ce soir-là la lumineuse Charline Giezendanner, cheffe de file impeccable. Mais tout s’illumina avec l’apparition des solistes : Héloïse Bourdon dans le rôle de l’Étoile, Hannah O’Neill en soliste. Avec la nomination de cette dernière, la hiérarchie aurait voulu d’inverser les rôles. Cela a été maintenu comme tel et c’est un joli geste pour la Première danseuse qui a assuré l’immense majorité des dates de cette longue série. De fait, l’on ne voyait pas de différence de grade entre ces deux magnifiques ballerines, qui illuminent la scène par leur danse musicale, brillante, vivante. Tout ce qu’on aime ! Jérémy-Loup Quer a endossé une fois de plus le rôle de partenaire idéal, plutôt en retrait mais infaillible dans les longs adages. Lui et Héloïse Bourdon, qui ont littéralement porté à bout de bras les spectacles de cet hiver, mériteraient une date ensemble sur L’Histoire de Manon pour services rendus.

Ballet Impérial est un peu un hommage aux grands ballets académiques de la Russie tsariste. Entre les tutus chargés des danseuses et les vestes presque militaires des danseurs, l’on se croyait comme à la cour. De fait, le trio joue dessus et nous raconte une histoire. Héloïse Bourdon est comme l’impératrice, régnant sur sa cour, altière et régnante. Hannah O’Neill serait la petite sœur à la danse plus juvénile et espiègle, mettant un peu de désordre dans ce protocole. Je n’aime rien tant chez George Balanchine que quand son abstraction devient lieu d’une histoire, d’un petit drame. Ce grand cyclo bleu en décor, au contraire d’être triste, permet d’y imprimer ce que les artistes ont envie d’y raconter et/ou le public d’y voir. Le trio du soir aurait même pu aller plus loin dans ce jeu. Peut-être lors d’une prochaine reprise ? Si Ballet Impérial n’est pas le plus grand chef-d’œuvre du chorégraphe, le ballet n’en reste pas moins d’une grande inventivité, que ce soit dans l’enchaînement des pas ou les déplacements du groupe qui ne cessent de surprendre. Et puis ce sens de la musicalité, de la façon si organique de prendre le mouvement… Nous sommes tellement loin des soupes néo-classiques que l’on nous sert depuis 20 ans.

Ballet Impérial de George Balanchine – Ballet de l’Opéra de Paris

Who Cares? souffre aussi au début et s’illumine par ses solistes. Et quel plaisir d’y voir débouler Marine Ganio ! Bombe technique, glamour à souhait, voilà une tornade emportant tout sur son passage. Héloïse Bourdon apparaît un peu sage à côté, les accents jazzy du ballet ne sont pas forcément ce qui la mettent le mieux en valeur. Silvia Saint-Martin y montre par contre beaucoup de prestance. Parfois injustement boudée par le public, la Première danseuse déploie ici une danse aboutie, à la fois vive et précise dans le bas de jambe, moelleuse et musicale dans le travail de bras. Et du charme, du piquant. Il manque encore comme une pointe de confiance en soi pour vraiment s’emparer de la scène. Marc Moreau, partenaire attentif et un peu en retrait envers ses trois partenaires, se révèle gouailleur et plein d’humour, et brillant techniquement, dans une variation savoureuse. Dans le corps de ballet, malgré un style qui a du mal à paraître naturel, les pas de cinq révèlent de belles surprises. Victoire Anquetil brille et se révèle dans cette ambiance jazz, tandis qu’Antonio Conforti épate par son brio, sa virtuosité et son côté farceur. Voilà un danseur que l’on aurait aimé voir dans le rôle principal.

Autre distribution, celle du 4 mars, vue sur écran via CultureBox. Hannah O’Neill y était à nouveau l’Étoile dans Ballet Impérial et il n’y a rien à dire de plus : elle y fut brillante et irrésistible. Silvia Saint-Martin, qui se fond décidément bien dans le répertoire balanchinien, s’y montra aussi à l’aise dans cette redoutable technique sans jamais se départir de sa musicalité, avec toujours cette pointe de réserve que l’on aimerait voir s’estomper. Marc Moreau fut un danseur attentif et maîtrisant sa partition, peut-être un peu en retrait sur le fond. Les trois solistes choisirent la veine de l’abstraction, ne cherchant pas forcément à raconter quelque chose mais à faire vivre la musique, la base absolue de toute œuvre de George Balanchine. Hannah O’Neill que l’on retrouvait toute aussi brillante et irrésistible dans Who Cares?. Mais comment résister devant cette tornade rouge absolument radieuse ? Ses deux comparses paraissaient à côté un peu distantes. Ludmila Pagliero, d’une parfaite élégance doublée d’un glamour pétillant, était cependant presque un peu trop sage. Idem pour Laura Hecquet, que l’on sentait limite à la peine dans My One and only. Ces deux danseuses brillèrent plus dans leur adages, montrant une maturité et une musicalité bienvenues. Mathieu Ganio fut leur partenaire. Sans jamais se départir de son élégance si française, le danseur s’amusa avec un charme fou à ce gentil jeu du flirt aux accents Broadway. Même si là encore son solo le laissait plus en retrait, nous avions toutes envie de repartir à son bras au baisser de rideau. 

 



Commentaires (1)

  • Merci pour vos commentaires et vos belles photos. N’ayant pu voir en direct le spectacle, j’ai regardé la diffusion sur Culture Box dans la distribution choisie par France télévision. La vidéo était aussi disponible en replay sur la Box. donc disponible sur un écran de téléviseur. A part Mathieu Ganio et Annah O’Neil ce n’est peut-être pas la distribution que j’aurais choisie pour Who Cares.

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