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Ballet National du Portugal – Tânia Carvalho et Marco da Silva Ferreira

Après une longue absence, le Ballet National du Portugal était de retour à Paris dans le cadre de l’année France-Portugal, à l’invitation du Théâtre de la Ville pour sa dernière saison hors-les-murs au 104.  Au programme, deux chorégraphes portugais, très dissemblables : Tânia Carvalho avec S , une pièce sombre énigmatique écrite avec un vocabulaire classique et Marco da Silva Ferreira avec Corpos de Baile, résolument du côté des danses urbaines. Deux pièces bien ciselées opérant un grand écart stylistique qui montre la versatilité de l’excellent Ballet du Portugal.

de Tânia Carvalho – Ballet National du Portugal 

Le Ballet National du Portugal a plus d’un chorégraphe à son répertoire. On y danse aussi bien les grands ballets académiques que William Forsythe ou Jiří Kylián. Mais pour cette année France-Portugal, il fallait à la fois marier l’excellence et les régionaux de l’étape. Tânia Carvalho et Marco da Silva Ferreira choisi pour ce programme sont cependant bien plus que cela. Chorégraphes portugais, ils se sont l’une et l’autre frottés aux compagnies internationales. Marco da Silva Ferreira fut danseur chez Hofesh Shechter et Tânia Carvalho, formée à la danse classique, plasticienne et musicienne, a créé pour différentes compagnies notamment le Ballet de Marseille. L’un et l’autre ont déjà su nous séduire dans des registres très différents. Notre curiosité était donc piquée de les voir partager l’affiche avec leurs créations pour le Ballet du Portugal.

Et on ne fut pas déçu ! Tânia Carvalho couvrait le programme avec une pièce intitulée S, titre énigmatique à l’image de son univers toujours décalé. Tânia Carvalho aime à introduire de l’étrangeté, quitte à nous perdre. Mais le dédale dans lequel elle nous plonge est un superbe voyage onirique. Pour seul décor, un tableau en fond de scène façon toile de Jouy, évoquant une forêt profonde. Dans cet espace peu éclairé se succèdent trois groupes distincts : un trio de sylphides dans la plus pure tradition romantique, cinq danseuses en justaucorps noir mais avec un bras dénudé, croisement d’amazones et diane chasseresses, enfin cinq danseurs en collants gris et chemises vertes. Ils investissent la scène tour à tour avant de s’y réunir mais ils semblent ne pas se voir. Ils se frôlent à peine, ne se touchent jamais.

Comme de juste, les trois sylphides bougent dans la plus pure tradition romantique. Les danseuses en noir sont à la manière de William Forsythe, alors que les danseurs évoquent davantage l’univers de George Balanchine. Toutes et tous s’y appliquent impeccablement, visiblement rodés à ces déclinaisons des styles académiques. Tânia Carvalho les fait se mouvoir selon une géométrie savante. Un couple vient perturber cet équilibre pour esquisser un pas de deux. Qu’est-ce qui se dit ? Qu’est-ce qui se joue entre ces danseuses et danseurs ? Il ne faut pas compter sur la chorégraphe pour nous donner des réponses. On peut trouver cela frustrant mais Tânia Carvalho parie que chacune et chacun dans le public ira solliciter son propre imaginaire, attisé par les sons électro-acoustiques de Diogo Alvim soulignant cette atmosphère fantasmagorique.

Corpos de Baile de Marco da Silva Ferreira – Ballet National du Portugal 

C’est un virage radical auquel nous invite Marco da Silva Ferreira. Avec Corpos de Baile, on quitte les pointes, les arabesques, les jetés ou pas de bourrée pour une ambiance 100% urbaine. Cinq danseurs, quatre danseuses et à l’avant-scène une fabuleuse percussionniste, Valentina Magaletti, qui sans partition manie sa batterie interprétant sa musique tel un ouragan déchaîné. Ça pulse en permanence alors que sur scène, les danseurs et danseuses entrent sur scène un par un dans un torrent d’énergie ininterrompu. En groupe, avec des entrées en canon, en solo, Marco da Silva Ferreira construit une chorégraphie où tout est minutieusement dosé. On pourrait redouter de glisser vers une forme de transe comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui dans les danses urbaines. Le chorégraphe portugais évite cet écueil car il imprime un style, une gestuelle bâtie sur le balancement latéral, les chaussures serrant presque de pointes. Ces déhanchements synchronisés dessinent des tableaux percutants et survitaminés.

Voilà une soirée qui fait coup double : elle nous conforte dans l’idée qu’aussi bien Tânia Carvalho que Marco da Silva Ferreira sont des chorégraphes majeurs d’aujourd’hui, dotés l’une et l’autre d’un univers et d’un style singuliers. Et on espère revoir le plus vite possible une compagnie splendide au répertoire alléchant. Au fond, Lisbonne n’est pas si loin !

Corpos de Baile de Marco da Silva Ferreira – Ballet National du Portugal 

Ballet National du Portugal  – S de Tânia Carvalho – Corpos de Baile de Marco da Silva Ferreira. Jeudi 27 octobre 2022 au 104 (saison du Théâtre de la Ville hors-les-murs).




Commentaires (1)

  • Samba diop

    Je cherche une danseuse de ballet portugais que j’ai rencontré entre 2004 2006 au Sénégal. Elle s’appelle Adriana Sophia Esberard. J’aimerais beaucoup la retrouver. S’il vous plait

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