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Sarah Baltzinger – Vénus Anatomique

Après une première au Luxembourg, Sarah Baltzinger a présenté chez elle à Metz, dans l’immense théâtre de l’Arsenal Cité Musicale, sa dernière création Vénus Anatomique. Une pièce poétique et onirique qui donne à voir les représentations du corps féminin et les biais qui l’accompagnent, déformé au propre et au figuré par la vision patriarcale qui lui impose une fonction et des interdits. Si la pièce est parfois brouillonne, elle est émaillée par quelques superbes fulgurances, sublimées par ses cinq interprètes féminines aussi engagées sur scène que dans le processus de création. Sarah Baltzinger leur offre un matériau riche et disparate qui s’appuie sur de longues séquences au sol et une danse qui lorgne aussi vers l’acrobatie et la contorsion. 

 

Vénus Anatomique de Sarah Baltzinger

 

Vénus Anatomique. Le titre intrigue, interroge. Il fait référence à ces poupées de femmes grandeur nature, moulées en cire, que l’on utilisait à la fin du XVIIIe siècle pour réaliser précisément des études anatomiques. Ainsi en tout cas le dit l’histoire que nous raconte Sarah Baltzinger. Elles sont là sur scène, le plateau ouvert quand on pénètre dans le théâtre. Cinq au total, toutes apparemment identiques et formées sur un même modèle, immobiles telles des mannequins époussetés et nettoyés minutieusement devant nous. Des cintres pendent comme des pelotes de laine détricotées. Cette scénographie ample installe une atmosphère étrange, décalée et d’autant plus inquiétante que toutes les cinq fixent intensément les spectateurs et spectatrices. 

Mais ce tableau prend fin et ces poupées de cire redeviennent des corps animés. Ces femmes habillées de justaucorps qui dessinent de manière réaliste les seins n’ont aucun des artifices habituels de la féminité. Elles évoquent davantage des walkyries contemporaines matinées de Lara Croft. Et le geste que leur propose Sarah Baltzinger renforce cette sensation de force qui se dégage du plateau. La chorégraphe fait du travail au sol son terrain de jeu privilégié. C’est là que tout se joue, que la danse se fait et que son vocabulaire est le plus singulier entre hip-hop, acrobatie, contorsions qui construisent de longues phrases collectives.

Sarah Baltzinger construit ainsi avec ses cinq interprètes féminines un travail qui colle à son sujet : le corps de la femme dans une vision qui conjugue à la fois l’anatomie clairement signifiée par cette exposition revendiquée de leur corps et les différentes déclinaisons de ses représentations. La chorégraphe exige beaucoup de ses cinq interprètes qui ont toutes des qualités gymniques impressionnantes et indispensables pour son langage.

 

Vénus Anatomique de Sarah Baltzinger

 

Toutes sont remarquables. Mais Chiara Corbetta mène la danse et offre un long solo époustouflant. Elle semble pouvoir tout demander à son corps, l’étirer, le tordre, le réduire. Ces quelques minutes sont sans conteste le climax de la représentation, alors que le spectacle surfe sur un spectre d’émotions diverses. La colère, la détresse, la peur, la tristesse jusqu’au désespoir, Sarah Baltzinger fait surfer ses interprètes sur ce fil ténu dans une série de sarabandes collectives surchauffées à l’énergie.

Mais à mesure que le spectacle avance, l’intensité faiblit et le récit s’épuise dans une série de redites qui affadissent le propos. L’explosion finale exprimant la joie comme une délivrance est quelque peu brouillonne et tarde à mettre un point final. À ceci près, Vénus Anatomique est une belle découverte. Sarah Baltzinger a su tourner une écriture originale et une singularité qui épate.

 

Vénus Anatomique de Sarah Baltzinger

 

Vénus Anatomique de Sarah Baltzinger, avec Chiara Corbetta, Shynna Kalis, Marie Lévénez, Clara Lou Munié et Océane Robin. Jeudi 18 janvier 2024 à l’Arsenal Cité Musicale Metz. À voir le 9 février au Festival Faits d’hiver à Micadanses Paris – le 5 juillet au Festival Mimos Périgueux

 


 




 

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