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Roméo et Juliette : épisode 2

Mardi 19 avril 2011. Roméo et Juliette de Noureev par le Ballet de l’Opéra de Paris, à l’Opéra Bastille. Isabelle Ciaravola (Juliette), Karl Paquette (Roméo), Vincent Chaillet (Tybalt), Mallory Gaudion (Mercutio). 

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Les Roméo et Juliette se suivent mais ne se ressemblent pas. Cette représentation Ciaravola/Paquette étaient comme les autres, une belle soirée sans être exceptionnelle, mais pour tout un tas d’autres raisons. 

Roméo et Juliette, c’est tout de même l’histoire d’un couple. Et ce soir, enfin, il y en avait un, de vrai couple. Isabelle Ciaravola et Karl Paquette étaient à l’écoute, attentif-ve à l’autre, en osmose. Il-elle dansaient véritablement ensemble. Séparément, il-elle étaient peut-être un peu moins bons que les autres distributions, mais les pas de deux d’amour faisaient enfin passer quelque chose. 

Le ballet ne démarre d’ailleurs véritablement que lorsque le couple se croise. Alors que j’avais un peu de mal à rentrer dans l’histoire, tout d’un coup, tout s’éclaire. Ils se voient, se regardent, se touchent. L’histoire commence enfin. C’est ça que ce ballet va nous raconter, un drame d’amour, entre lui et elle. Le pas de deux du premier acte étaient ainsi rempli de douceur et de complicité, celui du troisième acte de passion et de douleur. A la réflexion, c’était tout de même étrange de quitter les précédentes représentations en se disant que Roméo et Juliette étaient mieux lorsqu’il-elle dansaient seul-e-s. 

Mais malgré cette complicité, la soirée ne fut pourtant pas mémorable. Les deux étoiles ne m’ont pas totalement convaincue sur la durée, et les seconds rôles étaient plus éteints.

C’est d’ailleurs pour ça que ballet met du temps à s’installer, le premier acte repose beaucoup sur eux. Vincent Chaillet fait ce qu’il peut en Tybalt. Il y croit, et sa danse est élégante. Mais il n’a ni la froideur, ni la profondeur, ni surtout la présence de Stéphane Bullion. Il est dur de passer après lui, mais la différence est assez criante. Le premier danseur n’a en plus pas su instaurer une véritable relation avec Juliette, qui fait pourtant tout le sel de ce premier acte. Mallory Gaudion est un très honorable Mercutio, prenant son rôle très à coeur et avec beaucoup d’humour, même s’il n’a pas la puissance de feu d’Emmanuel Thibault ou de Mathias Heymann. Plutôt que grand soliste face à Benvolio (plutôt bon Fabien Révillion), il donne avec lui un duo assez équilibré et complice.

Karl Paquette n’est plus un jeune premier, et heureusement, il n’essaye pas de jouer à ça. Plus qu’un jeune homme fringuant, son Roméo est perdu dans ses pensées, mélancolique, peut-être déjà marqué par la tragédie qui se prépare. Sa relation avec Rosaline semble assez poussive, et on a du mal à y croire. Laura Hecquet, qui interprète cette dernière, a une très belle danse. Mais après 18 mois sans danser, le stress semble être encore un peu trop présent pour vraiment la laisser jouer son personnage. 

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Du côté de Juliette, même si j’aime beaucoup Isabelle Ciaravola, je dois reconnaître que son premier acte n’est pas forcément ce qui se fait de mieux. Est-elle angoissée par le fait qu’elle n’a pas vraiment l’âge de l’héroïne ? Elle en fait beaucoup en tout cas dans le côté juvénile, beaucoup trop pour être totalement crédible. 

Bref, malgré un corps de ballet toujours aussi investi et une musique toujours aussi belle, le drame a un peu de mal à s’installer. Jusqu’à la danse des Chevaliers, heureusement qu’elle est là. Malgré un Tybalt décidément pas transcendant, il y a quelque chose dans ce passage, un sens de la mise en scène et de la dramaturgie assez fantastique. Juliette et Roméo se croisent, tout commence à prendre sens. Quel joli pas de deux final… 

Le deuxième acte passe à toute vitesse. Karl Paquette est très crédible dans son rôle d’amoureux transi, avec toujours ce petit quelque chose de mélancolique, comme s’il se doutait de ce qui allait arriver. Le duo Gaudion/Révillion se dépasse, la scène de mort de Mercutio est prenante. C’est un peu comme la danse des Chevaliers ce passage, tout est tellement en symbiose, entre la musique, la chorégraphie et la mise en scène, que l’on se demande s’il est vraiment possible de le rater. 

Et puis Isabelle la tragédienne arrive. Il y a Tybalt mort à sa gauche, Roméo incapable de faire un geste à sa droite, comme foudroyé. Et elle, au milieu, rattrapée de plein fouet par le destin. Moment où le temps se suspend. Cette image finale le poignard à la main est depuis toujours dans ma tête (et la musique dans mes enceintes, mes voisin-e-s sont ravi-e-s). 

Troisième acte magnifique. Pour une fois, je n’ai pas trouvé le temps long, où qu’il y avait des scènes inutiles. Tout était à sa place, comme d’inéluctables marches vers cette tragique destinée. Un mot au passage sur celui qui porte en parti cet acte : Pâris, aka Florimond Lorieux. Il a réussi à donner de l’épaisseur à ce rôle ingrat, et pas seulement pendant son morceau de bravoure technique. Après tout, de son point de vue, c’est aussi un drame. Voilà un jeune homme courtois, gentil, qui n’essaye pas de tuer ceux de la famille adverse à chaque coin de rue, amoureux d’une fille qui, visiblement, ne veut pas de lui. Il n’est pourtant même pas jaloux de Roméo, l’idée d’avoir perdu sa bien-aimée l’emporte sur tout le reste. 

Ce troisième acte, c’est le moment de Juliette, le moment d’Isabelle Ciaravola, décidément plus à l’aise dans ce genre de registre. Elle porte le drame sur ses épaules, vivant chaque instant, intensément. Tous ses moments sur scène furent extrêmement touchants, de son pas de deux à la scène de l’indécision, de sa rébellion à sa mise à mort. Tout est juste, tout est là. Prenant, encore une fois. 

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Prochain épisode de Roméo et Juliette, le mardi 26 avril, avec Dorothée Gilbert et Josua Hoffalt. En attendant, histoire de se mettre les idées au clair, quelques petits Top 3. 

Le top 3 du Roméo – 1 : Mathieu Ganio / 2 : Karl Paquette / 3 : Florian Magnenet.

Le top 3 de la Juliette – 1 : Agnès Letestu / 2 : Isabelle Ciaravola / 3 Laëtitia Pujol.

Le top 3 du couple – 1 : Ciaravola et Paquette / 2 : Pujol et Ganio / 3 : Letestu et Magnenet.

Le top 3 de la soirée (tout compris, distribs complètes, etc.) – 1 : la soirée Pujol et Ganio / 2 : La soirée Ciaravola et Paquette / 3 : la soirée Letestu et Magnenet.

© Photos 1 et 3 : Dansomanie. Photo 2 : Fomalhaut 

Commentaires (2)

  • Toute la splendeur de ce ballet est portée par les deux derniers actes. Je retiendrais -pour ma première- le pas de deux intime, le soir venu entre Roméo et Juliette tout de blanc vêtus. Très beau !

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  • @Fred: Ce fut clairement l’un des plus beaux moments de la soirée. J’espère que le cadeau a plu 🙂

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