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Story Water – Emanuel Gat et l’Ensemble Modern

Emanuel Gat a intitulé sa dernière création Story Water. Elle réunit sur une même scène sa compagnie, avec six danseuses et 6 six danseurs, et l’Ensemble Modern  de Francfort qui fait rayonner dans le monde la musique contemporaine. Créée dans la Cour d’honneur du Palais de Papes lors du dernier Festival d’Avignon, Story Water se définit selon le chorégraphe israélien comme un dialogue en direct entre danse et musique et non comme une illustration où les pas viendraient  se poser sur les notes. Pièce ambitieuse, exigeante pour le public, Story Water n’échappe pas à une certaine aridité mais parvient néanmoins à nous attirer dans son univers.

Story Water d’Emanuel Gat (dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes à Avignon)

Emmanuel Gat a toujours été soucieux de l’interaction entre danse et musique. Musicien lui-même, il n’a cessé d’explorer dans son œuvre les liens intimes entre la partition et la chorégraphie. Le propos dans Story Water est de mettre côte à côte deux groupes, celles des danseuses et des danseurs, et à l’arrière-scène les musicien.ne.s de l’Ensemble Modern. Le spectacle se déroule dans une scénographie le plus souvent d’un blanc immaculé. Ce dialogue débute avec deux groupes de six danseurs et danseuses qui semblent davantage chercher le mouvement que l’interpréter. Ils sont en shorts et débardeurs et la lumière de salle n’a pas été éteinte. Tout se passe comme s’ils étaient devant nous en train de construire une chorégraphie. Les gestes sont amples, précis et c’est davantage entre eux que s’opèrent les interactions. Mais tout change avec l’interprétation de la pièce de Pierre Boulez Dérive 2 pour 11 instruments. Cette pièce qu’il a composé en 1988 et revisité 20 ans plus tard est comme une longue phrase ininterrompue sur laquelle se dessine la chorégraphie. Après cette première phase où chacune et chacun semblaient tâtonner, se crée ainsi un ensemble nerveux et harmonieux. Les danseuses et les danseurs ont troqué shorts et débardeurs au profit de sous-vêtements blancs. Les séquences s’ordonnent  sur un rythme ininterrompu, fluide comme l’eau et d’une grande élégance.

Story Water – Emanuel Gat

La partie suivante exige davantage du public. La musique de Rebecca Saunders qui est un Concerto pour contrebasse, laquelle est au milieu de la scène, n’est pas familière à nos oreilles. Elle ne séduit pas dès la première écoute et peut dérouter l’auditoire. La chorégraphie devient à ce moment plus insaisissable et parfois brouillonne, jusqu’au moment où les danseur.se.s reviennent recouverts d’immenses draps blancs portés comme des toges. Et la dernière partie est résolument politique : sur un écran en fond se scène s’égrainent des statistiques désespérantes sur la vie à Gaza où 98% de l’eau n’est pas potable, nous dit-on. Mais la danse à ce moment-là devient toute autre chose. L’Ensemble Modern interprète Folk/Dance écrite par Emmanuel Gat. Et malgré la liste de chiffres attristants sur l’enclave palestinienne, le final se veut joyeux, plein d’espoir avec ces mouvements de danse folklorique.

Il n’est pas simple de connecter les différentes parties du spectacle et de saisir le propos. Story Water avait pu déconcerter à Avignon où les artistes doivent composer avec les redoutables et immenses murs de la Cour d’Honneur. La salle Jean Vilar du Théâtre de Chaillot lui sied davantage : le spectacle a besoin de  proximité avec le public pour se déployer complètement car Story Water est une œuvre complexe qui ne se  livre pas facilement.  

Story Water – Emanuel Gat

 

Story Water d’Emanuel Gat au Théâtre de Chaillot. Avec Thomas Bradley, Robert Bridger, Peter Juhasz, Zoé Lecorgne, Michael Löhr, Emma Mouton, Eddie Oroyan, Geneviève Osborne, Karolina Szymura, Milena Twiehaus, Sara Wilhemsson, Ting-An Ying et les musiciens et musiciennes de l’Ensemble Modern. Paul Cannon (contrebasse solo). Samedi 12 janvier 2019. 

 

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