Thursday, Jul. 18, 2019

Ballet de l’Opéra de Bordeaux – Notre-Dame de Paris de Roland Petit

6 juillet 2019

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Pour sa fin de saison, le Ballet de l’Opéra de Bordeaux a choisi un chef-d’œuvre du répertoire : Notre-Dame de Paris de Roland Petit, ballet iconique créé par le chorégraphe français sur la scène du Palais Garnier en 1965. Grâce à la coopération avec l’Opéra de Paris et l’Opéra de Rome qui ont prêté les décors et les costumes, le public bordelais découvre une pièce éblouissante, devenue un classique. Les représentations sont évidemment affectées d’un surcroît d’émotion après l’incendie de la cathédrale. C’est Luigi Bonino, danseur et assistant de Roland Petit qui, depuis sa disparition, remonte partout dans le monde ses œuvres, a transmis Notre-Dame de Paris à la troupe bordelaise qui ne l’avait jamais dansée. Et la compagnie a su faire sien le style de Roland Petit et sa manière singulière de raconter une histoire. Et dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Bordeaux  et le Chœur sous la baguette de David Garforth ont fait résonner magnifiquement la partition composée par Maurice Jarre. Plaisir garanti !

Alvaro Rodriguez Pinera (Quasimodo), Austin Lui (Frolio)et Vanessa Feuillatte (Esméralda)

Le répertoire de Roland Petit fait face à une traversée du désert à l’Opéra de Paris. Ses grands ballets ou ses pièces courtes n’y sont plus montrées depuis plusieurs saisons. Heureusement, Kader Belarbi à Toulouse et désormais Éric Quilleré à Bordeaux ont la riche idée de perpétuer cette page majeure de la danse française. Et dans  le vaste répertoire que laisse Roland Petit, Notre-Dame de Paris a une place à part. En héritier de l’esprit des Ballets Russes, le chorégraphe a réuni autour de lui une équipe artistique de choc : Maurice Jarre, qui dans les années 1960 est le compositeur star des musiques de film, René Allio, scénographe génial que l’on s’arrache dans tous les grands théâtres d’Europe, enfin le couturier Yves Saint-Laurent qui dessine les costumes. Cette équipe crée miraculeusement une osmose idéale et synchrone avec le propos du chorégraphe.

Notre-Dame de Paris n’est pas un ballet purement narratif. Roland Petit a retenu quelques épisodes du roman de Victor Hugo et en propose une vision expressionniste et très stylisée. S’il conserve le vocabulaire classique, il évacue la pantomime. C’est la danse seule qui donne le sens et conduit la narration. La dernière fois que le ballet fut montré en France, c’est à l'Opéra Bastille pour les adieux de Nicolas le Riche en juin 2014. Dans cet immense vaisseau, Notre-Dame de Paris perd beaucoup de son impact théâtral. À l’inverse, l’Opéra de Bordeaux, superbe théâtre à l’italienne avec ses 1.000 places, permet d’avoir une toute autre vision. La tension dramatique permanente qui traverse le ballet est à tout moment perceptible. 

Alvaro Rodriguez Pinera (Quasimodo).

On reconnaît aussi un chef-d’œuvre à la diversité d’interprétation qu’il autorise. Pour cette entrée au répertoire au Ballet de l'Opéra de Bordeaux, Luigi Bonino, a renoncé à appeler des invité.r.s, repérant dans la compagnie quelques jeunes danseuses et danseurs prêts à endosser les quatre rôles de solistes. Pour cette représentation, Vanessa Feuillatte (Esméralda), Alvaro Rodriguez Piñera (Quasimodo), Austin Lui (Frollo) et Pierre Devaux (Phoebus) forment un quatuor  formidable. Ils ont l’âge des rôles, de l’énergie à revendre et de belles qualités dramatiques. Alvaro Rodriguez Piñera, malgré son physique ténébreux d’hidalgo, campe un Quasimodo très crédible, parvenant à contrefaire son corps avec ce fameux avant-bras qui pend et dessine la déformation physique du personnage. Vanessa Feuillatte incarne pour sa part une magnifique gitane, racée et droite sur ses pointes. Austin Lui est pour sa part phénoménal, enchaînant les tours en l’air avec une facilité technique déconcertante. 

Notre-Dame de Paris - Roland Petit

Notre-Dame de Paris est aussi exigeant pour le corps de Ballet avec de longs ensembles rapides où, là encore, il faut adopter des positions de bras et de mains peu courantes. La danse de Roland Petit est physique, parfois athlétique et demande de prendre beaucoup de risques sur scène. Le Ballet de l’Opéra de Bordeaux y est excellent.

On pourrait dire bien sûr que cette esthétique est datée. Elle l’est. Le décor peint, les costumes colorés, la musique, tout est ancré dans un style qui se réfère aux années 1960. C’est la magie de Roland Petit d’avoir façonné en 1965 un ballet d’après un roman de 1831 évoquant une histoire qui se déroule en 1482. Il construit ainsi une œuvre intemporelle et universelle qui fait toujours écho aujourd’hui parmi les artistes et dans le public. Celui de Bordeaux ne s'y est pas trompé en prenant d’assaut la billetterie. Les oeuvres de Roland Petit ont encore de beaux jours devant elles, pour peu que l'on choisisse de les montrer en scène. 

Notre-Dame de Paris- Ballet de Bordeaux

 

Notre-Dame de Paris  de Roland Petit par le Ballet de l'Opéra de Bordeaux au Grand-Théâtre. Avec Vanessa Feuillatte (Esméralda), Alvaro Rodriguez PIñera (Quasimodo), Austin Lui (Frolio) et Pierre Devaux (Phoebus). Jeudi 4 juillet 2019. À voir jusqu'au 9 juillet.




 

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(4) commentaires

  1. Isabelle Dupuys
    7 juillet 2019 at 08:18

    Et que dire de la 1ère distribution avec Oksana Kucheruk, Oleg Rogachev et Neven Ritmanic !!!!! Esméralda éblouissante, Quasimodo touchant et Frollo incroyable de présence et de technique Un trop court moment de bonheur

  2. Léa
    7 juillet 2019 at 19:29

    Une très belle soirée pour un chef d'oeuvre, et pourtant je n'ai pas réussi à entrer dans l'émotion. Musique formidable, Austin Lui magnifique et Quasimodo très touchant, mais malgré un indéniable charisme, V. Feuillate m'a peu transportée. Très bon corps de ballet, comme toujours, et cette fois-ci sans problème technique. Et contrairement à vous j'ai trouvé que cette oeuvre qui se prête au gigantisme perdait en impact, réduite à l'espace mignon mais trop étriqué de ce théâtre. Difficile d'être emportée quand on est trop prêt. Mais je me réjouis de voir Bordeaux se saisir de ces grandes pièces du répertoire, de voir un public conquis et nombreux. Je regrette le petit nombre de représentations, tant de travail et de moyens pour à peine 2 semaines de soirées archi-combles depuis des mois.... Espérons que comme pour la Fille Mal Gardée, ces ballets seront redonnés régulièrement par l'Opéra de Bordeaux !!

  3. Aventure
    8 juillet 2019 at 12:21

    Quant à moi j'ai vu la distribution Oleg Rogachev, Sara Renda et Neven Ritmanic, superbes interprètes ! C'était un plaisir de retrouver sur scène Sara Renda, Neven Ritmanic ne cesse de m'étonner, et j'aime beaucoup la force théâtrale d'Oleg Rogachev qui s'empare de rôles très différents avec succès.

    • Amélie Bertrand
      15 juillet 2019 at 16:28

      @ Isabelle, Léa et Aventure : Merci pour vos différents avis ! D'autant plus que nous n'avons pas pu voir toutes les distributions.

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