Thursday, Sep. 19, 2019

Alonzo King – Constellation

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17 décembre 2013

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La venue d'Alonzo King à Paris était vendue (et par Danses avec la plume aussi) comme un événement. Une troupe saluée dans le monde entier depuis trente ans, un chorégraphe fan de Petipa et de Forsythe, des commentaires enthousiastes venus de Lyon où la troupe passe depuis quelques années : cela ne présageait que du bon. Au final, Constellation a comme un goût de déception. Ni du chorégraphe, encore moins des interprètes (12 bombes sur scène, ni plus ni moins). Plutôt du ballet en lui-même, qui ne dévoile pas vraiment la pensée du chorégraphe. Ou plutôt je l'ai cherché, devinant qu'elle était là, sans vraiment la trouver.

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Alonzo King aime les spirales. Il aime aussi les excellents danseurs et les danseuses trop grandes pour les compagnies traditionnelles. De fait, la gestuelle séduit très vite. Les douze interprètes tournoient du dos, du bassin, des bras, des jambes avec une grâce absolue. C'est un superbe développé seconde qui se décale, ce sont deux corps qui s'entrecroisent, c'est une pirouette masculine qui ne semble jamais s'arrêter. Tout est beau dans la gestuelle, tout est précis, tout est sous tension, tout en ayant beaucoup de poids dans le sol.

La question est donc : bon, c'est beau, et après ? Avec ConstellationAlonzo King veut explorer des images visuelles entre la danse et la lumière. Lors de la première partie, les danseurs et danseuses partent à la pêche aux étoiles. C'est parfois joli lorsqu'ils cueillent littéralement les lucioles, c'est parfois très émouvant, comme lors d'un sublime pas de deux final, bien aidé par une danseuse extrêmement musicale. Mais le plus souvent, les scènes manquent d'une ligne directrice pour vraiment s'y intéresser. C'est presque comme si le chorégraphe s'était contenté d'aligner des duos et des trios sans vraiment leur donner de sens ou de liant. La joliesse ne suffit pas malheureusement, le fond semble un peu trop vide, les gestes perdent de leur sens. Pourtant, visiblement, Alonzo King veut nous dire quelque chose. Mais quoi ? Son cheminement n'arrive pas à être clair aux yeux du public.

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Visuellement, la deuxième partie est plus intéressante. Les interprètes ont visiblement trouvé les étoiles. Ils s'enroulent dans des guirlandes lumineuses ou jouent avec des tableaux phosphorescents. Mais cela retombe très vite dans le redondant, la beauté du geste sans une réelle signification. Il suffit pourtant de peu, comme l'excellence d'un interprète, pour créer pourtant de la tension. Le climax arrive lorsque tous sont ensemble sur scène. Chacun tournoie, chacun se spirale, à la fois individuellement et ensemble. L'énergie de groupe est à couper le souffle, mais ne dure malheureusement que quelques secondes, avant que chacun ne s'éparpille à nouveau. Il est d'ailleurs curieux qu'Alonzo King ne ne soit pas plus servi des ensembles dans ce ballet, alors qu'il maîtrise visiblement le genre et que sa troupe s'y prête parfaitement.

Constellation dure 1h30, le problème est peut-être là : sur la durée, l'énergie du chorégraphe se perd. Je reste donc curieuse de découvrir des pièces plus courtes d'Alonzo King, plus condensées, où les danseurs et danseuses puissent vraiment créer une explosivité.

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Constellation d'Alonzo King, par le LINES Ballet, au Théâtre de Chaillot. Avec Robb Beresford, David Haevey, Courtney Henry, Ashley Jackson, Babatunji Johnson, Yujin Kim, Michael Montgomery, Caroline Rocher, Jeffrey Van Sciver, Meredith Webster, Keelan Whitmore et Kara Wilkes. Jeudi 12 décembre 2013. 

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Amélie Bertrand

(2) commentaires

  1. Lalo
    18 décembre 2013 at 22:15

    Entièrement d'accord avec vous : j'ai aimé le style chorégraphique, j'ai trouvé les danseurs magnifiques, rapides et puissants (avec une mention spéciale pour les danseuses) et pourtant, je suis repartie avec un sentiment d'insatisfaction. Tout ce talent, cette énergie, toute cette beauté... pour dire quoi ?

  2. David
    21 décembre 2013 at 12:18

    Bonjour, Je partage entièrement cet avis. Je ne regrette pas d'avoir vu cette chorégraphie même si je suis sorti dubitatif. "Meyer" et "Writing Ground" (http://liveweb.arte.tv/fr/video/Alonzo_King_presente_Meyer_et_Writing_Ground/) m'ont paru plus enthousiasmantes.

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