Tuesday, Dec. 18, 2018

Caligula, épisode 2

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1 mars 2011

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Ou une soirée du 16 février au Palais Garnier qui pourrait se sous-titrer par "La soirée de l'ennui".

On prend vite goût à revoir un ballet. Parce qu'il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Quel plaisir de découvrir, au fil des représentations, un détail, une gestuelle, un personnage que l'on n'avait pas vu la première fois. Il y a toujours quelque chose de nouveau.

L'effet sur le balletCaligula fut exactement l'inverse. A peine la musique a-t-elle démarré que j'ai eu la furieuse impression de déjà tout connaître. Je pouvais prédire la chorégraphie et les effets scéniques, les accents de la danse et les sentiments qu'elle voulait créer. Plus rien à découvrir après une seule représentation, c'est dur. Dur pour la deuxième, surtout, qui n'a donc plus aucune excitation.

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Caligula de Nicolas Le Riche ne dure qu'une heure et demie, mais que la soirée fut longue... Les passages de groupe me sont apparus particulièrement faibles. Dommage, il y en a beaucoup, beaucoup trop, il n'y a presque que ça. Les passages de Mnester, qui ne m'avaient pas passionnée la première fois, furent asse terrifiants. Et pourtant, je me suis bien concentrée face à Stéphane Bullion. Il ne manquait ni de charisme ni d'intentions, mais rien à faire, je n'adhère pas du tout à ces coupures. La musique de Louis Dandrel, qui m'ennuyait déjà bien fort la première fois, est cette fois-ci passée au stade de l'exaspération.

Le cinquième acte m'est apparu dans toute sa splendeur inutilité. Je sais bien, une tragédie racinienne, ça a cinq actes, mais quand on n'a pas grand chose à dire, est-ce bien nécessaire de suivre les règles ? Je ne reviens pas sur le personnage d'Incitatus (interprété cette fois-ci par Audric Bezard, et certain-e-s savent combien j'apprécie ce danseur), qui ne m'a pas fait meilleur impression que la première fois, malgré les applaudissements soutenus du public. 

Je n'ai même pas pu me rabattre sur la musique, la faute à mes voisines qui râlaient de ne rien voir, vu le prix qu'elles avaient mis dans leur place. Oui, les troisièmes rangs de loges sont une grosse arnaque, surtout quand il y a une géante au premier rang (et ce n'était pas moi).

Bref, une soirée pas folichonne, qui aurait viré à la grosse catastrophe s'il n'y avait pas eu Mathieu Ganio. Si je n'ai rien redécouvert de ce ballet, j'ai été par contre passionnée par le Caligula du danseur. Paradoxe, quand tu nous tiens. Il a fait quelque chose de très différent de Stéphane Bullion, ce qui finalement ne me fait pas regretter ma place.

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Mathieu Ganio suit plus la dramaturgie initiale de Caligula. Au début, il est un prince un peu pourri-gâté, beau comme un Dieu (son arrivée du haut des escaliers est assez scotchante). Il comprend petit à petit l'ivresse que peut avoir le pouvoir. Une ivresse qui va réveiller sa folie sanguinaire, qui ne demandait que ça pour se déployer. Plongé dans ses rêves étranges dans l'acte 2, il révèle toute sa noirceur dans l'acte 3, et ne sait plus trop où se situe la réalité. Mais il veut vivre, s'accroche coûte que coûte. Il est debout, continue à danser lors de son dernier solo, résiste crânement face à la mort avant de s'écrouler, lui-même surpris de ne pas lui avoir résisté.

Il est difficile de comparer Laetitia Pujol à Clairemarie Osta dans le rôle de la Lune, tant le personnage colle à la peau de la seconde. La première s'en est toutefois très bien sortie. Plus terrienne, Caligula est pour elle un objet de curiosité qu'elle a envie de découvrir. Leurs duos sont réussis, dommage qu'il y en ait si peu.

Yann Saïz en Chaera ne m'a pas fait grand chose. Habitude de la première déjà bien ancrée, je n'ai fait que regarder le crâne lisse d'Aurélien Houette. Miteki Kudo est apparue plus fragile qu'Eleonora Abbagnato, peut-être plus dans un rôle de femme traditionnelle. Mais il se dégage toujours d'elle une émotion, quelque chose d'assez sauve qui accroche le regard.

Dans leur ensemble, les interprètes ont donc en tout cas, en tout cas à moi, sauvé la mise de cette représentation. A défaut de ne pas avoir de grandes choses à danser, il y avait de beaux artistes sur scène.

Cette soirée de l'ennui a tout de même eu un effet assez étrange sur moi. Au lieu de me faire fuir Garnier à toutes jambes jusqu'à la première de Coppélia, j'y suis retournée une troisième fois, pour une soirée qui aurait pu s'intituler "la soirée des questionnements". A suivre dans quelques jours.

© Photos : Laurent Philippe / Opéra national de Paris

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Amélie Bertrand

(5) commentaires

  1. anne
    1 mars 2011 at 23 h 46 min

    Bonsoir,

    Merci pour ces impressions, j'en profite pour te poser la question suivante : il était écrit sur le programme que le ballet a fait l'objet d'une captation audiovisuelle ; sais-tu par hasard quel jour celle-ci a eu lieu, et si elle est destinée à un dvd Opéra de Paris (qui sortirait quand ?) ?

    Merci d'avance,

    Et longue vie à ton blog !

  2. elendae
    2 mars 2011 at 11 h 08 min

    Pour ma part j'y suis retournée comme prévu pour la dernière le 24, je ne me suis pas ennuyée mais je confirme que les passages avec Mnester sont un peu pénibles. Surtout quand le niveau de concentration est particulièrement vacillant avec le chahut habituel de l'amphithéâtre (gloussements de scolaires), auquel s'est ajouté ce soir-là quelqu'un qui avait fait un malaise et qu'il a fallu évacuer (comme quoi si si, sur certaines personnes la chorégraphie de Le Riche produit un effet boeuf :lol: )
    Le choix des interprètes de la femme de Caligula (j'ai oublié son nom) est étrange car complètement à l'opposé ! Abbagnato campant plutôt une femme fatale et Kudo une femme enfant.
    J'ai très peu vu Ganio jusqu'à présent, j'espère avoir l'occasion de le découvrir un peu plus à l'avenir.

  3. Amélie
    2 mars 2011 at 13 h 03 min

    @ Anne : La captation est pour une retransmission TV dans l'année à venir, sur France 2 ou 3. Dès que j'ai la date, je le signalerai.

    @ Elendae : :lol: J'y étais aussi le 24, en orchestre, et on n'a rien entendu du malaise !
    J'ai l'impression que ce ballet, même avec un livret très précis, laisse une grande part de liberté aux interprètes, d'où parfois de grandes différences.

  4. Anne
    2 mars 2011 at 22 h 54 min

    Merci pour cette précision sur la destination de la captation ! Et saurais-tu quelle distribution a été filmée ?

  5. Amélie
    4 mars 2011 at 15 h 43 min

    @Anne:C'était Bullion/Osta/Paul/Houette/Heymann/Abbagnato :)

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