Wednesday, Oct. 4, 2023

Benjamin Millepied : « L’un des enjeux est la popularité de la danse classique »

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5 février 2015

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La saison 2015-2016 du Ballet de l'Opéra de Paris, la première de Benjamin Millepied, a enfin été dévoilée. Rencontre avec le nouveau Directeur de la danse, alors qu'il vient d'annoncer son programme à la presse.

Benjamin Millepied

Benjamin Millepied

 

Quel est le grand axe de cette saison 2015-2016 ?

Le rapport à la musique et la danse. C'est un lien très fort, c'est l'histoire du Ballet de l'Opéra de Paris. Ce rapport a toujours existé. L'art du ballet tient beaucoup à exprimer, avec toute la technique de la danse classique, la musique. Je souhaite mettre l'art chorégraphique à la hauteur des partitions choisies. L'idée n'est pas d'illustrer la musique, mais de faire entendre des choses nouvelles.

Les grands chorégraphes d'aujourd'hui aussi sont là. Je tenais à présenter des chorégraphes comme Boris Charmatz, Justin Peck, Christopher Wheeldon ou Maguy Marin, qui n'a pas été présente depuis longtemps à l'Opéra de Paris. Ce sont des artistes que j'apprécie énormément. J'attends septembre avec impatience.

 

Vous avez dit : "L'enjeu, c'est l'avancement du ballet". C'est-à-dire ?

Il faut créer des ballets de notre temps. C'est important d'avoir conscience de l'importance de l'élargissement du public, même si en France on a la chance d'avoir une éducation à la culture très forte. Je veux réussir à faire des projets avec des artistes modernes, qui sont issus des arts visuels, ou des cinéastes. Et aller dans d'autres lieux, le Palais de Tokyo, Beaubourg...

Il y a en ce moment des chorégraphes fantastiques qui font avancer le ballet, qui font des propositions modernes. Je veux que ça se passe avant tout à l'Opéra de Paris. Il faut faire des œuvres qui vont parler aux gens d'aujourd'hui, et c'est possible de le faire en utilisant la danse classique ou d'anciennes partitions. Les chorégraphes sont sensibles à l'instant présent. Ils vont pouvoir exprimer leurs œuvres à travers des artistes qui sont modernes, qui sont des gens d'aujourd'hui.

 

Pourquoi ce choix de faire beaucoup de soirées mixtes ?

C'est un rôle difficile de faire que mes 154 danseurs et danseuses arrivent tous au bout de leur potentiel. Avoir un programme avec plusieurs ballets courts, c'est aussi l'occasion de mettre en avant plus d'Étoiles chaque soir, qu'elles travaillent plus de choses. Il faut que tout le monde soit motivé tout le temps.

La direction de l'Opéra de Paris : Philippe Jordan, Stéphane Lissner et Benjamin Millepied

La direction de l'Opéra de Paris : Philippe Jordan, Stéphane Lissner et Benjamin Millepied

C'est important de mettre plus en valeur les Étoiles, du point de vue de la communication ?

J'ai fait partie d'une compagnie qui, pendant très longtemps, mettait en avant les œuvres plutôt que les artistes. Ça a changé. C'est une force de communication extraordinaire de mettre les artistes en avant, ces Étoiles qui font rêver. La danse est un art qui mérite une plus grande médiatisation. Il faut utiliser tous les moyens que nous avons, mettre en avant les personnalités, montrer l'envers du décor, c'est important. La popularité de la danse classique, c'est un de mes enjeux.

 

Si l'on vous dit que votre programme ressemble beaucoup à une saison du New York City Ballet, vous répondez quoi ?

Je pense que ce n'est pas le cas ! On a au contraire un bon équilibre Europe/Etats-Unis. Christopher Wheeldon ou Justin Peck sont aussi des chorégraphes de ballet qui savent parler avec un vocabulaire qui est celui de la danse à l'Opéra de Paris, avec la technique classique, avec les pointes. J'ai besoin de chorégraphes qui vont nourrir la technique des danseur-se-s, offrir des créations qui vont être un challenge pour leur technique. Les ballets de George Balanchine et Jerome Robbins vont aussi stimuler cette technique. C'est important d'avoir beaucoup de ballets sur pointes.

 

Cette nouvelle saison, c'est aussi l'arrivée de William Forsythe en tant que chorégraphe résident...

C'est déjà important, avant cette possibilité, de présenter le répertoire de William Forsythe au sein de l'histoire de la danse, comme Merce Cunningham (ndlr : une reprise d'un ballet de Cunningham devrait être prévue pour les prochaines saisons). J'ai découvert ce chorégraphe à l'âge de 13 ans, je n'aurais pu imaginer qu'un jour, j'aurais l'occasion de lui commander un ballet. Il aura un endroit où il va pouvoir créer, j'espère un nouveau ballet tous les ans pour l'Opéra de Paris.

Il travaillera aussi quatre semaines par an à l'académie chorégraphique. Il a ce désir de partager avec les jeunes chorégraphes de la maison. Et il y a un véritable intérêt pour la chorégraphie dans la compagnie. J'ai vraiment hâte de voir le résultat.

 

Les chorégraphes français comme Roland Petit ou Maurice Béjart sont absents cette saison. Ils seront programmés pour les prochaines années ?

Absolument ! J'ai envie de surprendre le public en allant chercher des œuvres de ces chorégraphes que l'on a peut-être pas vues depuis longtemps, en les mettant à côté d'oeuvres qui vont les faire briller davantage. Je connais les ballets principaux que l'on a vus et revus au répertoire. Il faut aussi prendre le temps, apprendre à connaître, à concevoir les choses. Le but n'est pas de mettre trois noms sur un programme, il faut avoir une raison derrière tout ce que l'on fait.

 

Grand chamboulement : le Défilé se fera sur la musique de Tannhäuser de Wagner (ndlr : la musique originale du premier Défilé), et non plus sur Berlioz. Pourquoi ce choix ?

C'est une préférence musicale, un désir aussi de Philippe Jordan (le Directeur musical de l'Opéra de Paris). Mais il ne faut pas s'inquiéter là-dessus ! Cette partition de Wagner a la même durée que celle de Berlioz, la même rythmique, le même esprit. La chorégraphie ne change pas, en soi, on est exactement dans le même principe. Je ne suis pas en train de mettre Indochine sur le Défilé (rires).

Ce Défilé doit continuer à exister, il est magnifique, extrêmement touchant. Quand on voit les enfants au fond, puis les adultes arriver, c'est un moment magique. Et je pense qu'il le sera d'autant plus avec Wagner ! Ce projet avec l'Opéra tient sur six ans. Quand je partirai, il y aura tout à fait l'occasion de remettre Berlioz (sourire).

La pose finale lors du Défilé du Ballet clôturant la soirée.

Défilé du Ballet

Le Défilé n'est programmé qu'une seule fois cette saison, lors d'un gala qui devrait être, de par ses prix, fermé à une majorité du public. Ce n'est pas une décision maladroite ?

Effectivement, on ne présente le Défilé qu'une seule fois, c'est une première saison... Mais nous ferons en sorte qu'il soit présenté davantage lors des saisons suivantes.

 

Comment les danseurs et danseuses réagissent-ils face à ces nouveautés de programmation ?

La rigueur dans le Ballet existe toujours. Les danseurs et danseuses de l'Opéra de Paris sont très professionnels, ils ont un grand dévouement à leur art. Ils vont aborder plus de ballets différents, c'est évidemment un changement, mais ils sont prêts à tout. Il n'y a pas d'inquiétude.

 

Leur travail au quotidien a aussi changé. Comment avez-vous procédé ?

Avec mon expérience de danseurs et de chorégraphes, j'ai fait certaines modifications dans leur emploi du temps ou leur l'approche de la santé. Ce sont des choses que l'on est en train de mettre en place. Les coureurs de marathon ne courent pas avec les mêmes chaussures qu'il y a 20 ans, tout évolue. Toutes les compagnies du monde ont évolué dans leur approche. Le rôle d'un directeur est aussi d'être à l'écoute de tout ça et de faire évoluer constamment l'environnement des danseur-se-s.

 

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Amélie Bertrand

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