Sunday, Oct. 21, 2018

Johanna Raynaud : “Je savais que le Prix de Lausanne allait être dur”

Ecrit par :

7 février 2012

|

Catégorie :

Johanna Raynaud est l’une des quatre Français-es à avoir participé au 40e Prix de Lausanne. Elève à l’Ecole Supérieure de Danse de Cannes Rosella Hightower, elle est revenue sur cette expérience enrichissante, même si elle ne repart avec aucun contrat à la clé.

Johanna_Raynaud_Prix-de-Lausanne_4.jpg
Commet a débuté l’aventure du Prix de Lausanne pour toi ?

J’avais déjà essayé l’année dernière, mais je n’avais pas été sélectionnée sur vidéo. J’ai réessayée cette année, et j’ai été prise.

Tu as l’habitude des concours ?

C’est le premier concours que je faisais depuis 10 ans ! Les concours et la compétition, c’est nécessaire, mais ce n’est pas ce côté-là qui m’attire le plus. Si j’ai tenté Lausanne, c’est plus pour rencontrer tous les gens qui y sont. Pendant une semaine, c’est là où se réunissent tous les gens importants de la danse. Et puis c’est intéressant de voir le niveau d’autres jeunes de son âge.

Dans la longue liste des variations, tu as choisi celle de la vision de La Belle au Bois Dormant. Pourquoi ce choix ?

J’ai regardé toutes les versions de chaque variation en vidéo. J’aimais bien celle-là, elle correspondait un peu à mes qualités.

C’est-à-dire ?

J’ai toujours eu des qualités de mouvements pour l’adage. Les lever les jambes, les équilibres, j’aimais bien ce côté-là. Aussi le travail des lignes et de propreté du bas de jambes.

Et pour la variation contemporaine ? Tu as choisi Tender Hooks

J’ai regardé les quatre variations, et j’ai tout de suite vu que je pourrais faire celle-là. Au niveau du mouvement, ça me plaisait beaucoup, et c’était proche de ce que je fais en cours cette année.

Comment as-tu travaillé ces deux variations ?

J’ai été sélectionnée en novembre, et j’ai commencé à travailler à partir de là. J’ai préparé ma variation classique avec Dominique Lainé, et celle contemporaine avec Joëlle Donati, deux de mes professeures à Cannes.

Dans le cadre du Cannes Jeune Ballet, où je suis cette année, j’avais d’autres choses à travailler, on avait des spectacles à côté. J’ai dû trouver du temps quand j’en avais. J’essayais de faire les deux variations tous les jours, mais ça n’a pas toujours été possible. A l’école, on a quatre studios, toutes les classes les utilisent, elles n’étaient pas toujours disponibles.

Johanna_Raynaud_Prix-de-Lausanne.jpg
As-tu eu assez de temps pour te préparer au mieux à ce concours ?

Honnêtement, j’ai un peu manqué de temps de préparation. L’école nous soutient et nous aide le plus possible. On répète avec nos professeurs, c’est ma directrice qui a trouvé mon costume à Marseille. Mais on ne peut pas abandonner tout ce qu’on fait à côté, c’est ça qui est dur. Les professeurs ont aussi leur planning avec d’autres classes.

Avant de partir, pensais-tu pouvoir aller en finale ?

J’étais la candidate la plus âgée, je savais que ça allait être dur. Je connaissais déjà certain-e-s des participant-e-s, qui avaient passé d’autres grands concours. On a toujours un espoir, on n’y va pas perdant. Mais j’étais consciente que ça allait être difficile.

Quels ont été tes premières impressions en arrivant au Lausanne, le premier jour du Prix ?

Je m’attendais à ce que les gens soit plus renfermés, dans un état d’esprit plus compétitif. Finalement, c’était une assez bonne ambiance, on s’est vite assez bien entendu. On a eu qu’une semaine, on n’arrivait pas forcément à bien se connaitre, mais on restait assez solidaire.

Et entre les quatre candidat-e-s français-es ?

C’est sûr qu’on avait au début notre petit groupe de Français ! Célestin Boutin et moi sommes dans la même école, forcément on restait ensemble. Il est plus jeune de moi, on m’avait dit  de prendre soin de lui (rires).

Comment se sont passés les cours devant le jury ? 

C’est stressant ! J’ai été à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris et j’ai eu toute une formation académique. Mais à Cannes, tout en gardant cette propreté, on a des cours plus libres, au niveau des ports de bras ou des épaulements par exemple. A Lausanne, toutes les filles étaient très académiques, et j’ai dû faire attention à ça aussi, en plus de suivre le professeur et voir le jury qui regardait.

Les professeurs t-ont-ils fait des corrections particulières ?

Ils ne nous ont pas beaucoup corrigés personnellement, ils ont surtout fait des corrections générales. Ils n’avaient pas le temps et c’est dur en une semaine. Après, c’est intéressant de prendre des cours avec tous ces très bons professeurs, c’est intéressant de voir une autre manière de travailler.

Et pour le coaching ? Vous avez finalement eu assez peu de temps pour travailler…

C’est vrai que c’était très rapide. On a eu deux coaching de 4-5 minutes chacun, un sur scène et un en studio.

Cela sert tout de même ?

Sur scène, cela sert toujours à quelque chose, parce qu’il y a tout ce qui est placement qu’on ne peut pas travailler en studio. C’est une grande partie du travail qu’on a fait le premier jour. C’est différent de danser sur une scène ou dans un studio, surtout que je ne suis pas habituée à danser toute seule. En studio, avec la pente, il y avait toujours des conseils à recevoir par rapport à ça. On a toujours l’impression que ce n’est pas assez, on aimerait bien faire une heure de coaching !

Quels conseils t’a donné Monique Loudières ?

Techniquement, ma variation n’est pas forcément très dure, il n’y avait pas beaucoup de corrections à faire là-dessus. C’était surtout du placement sur scène et l’interprétation. Monique Loudières  m’a conseillé de trouver ma direction, c’est quelque chose d’assez personnel.

Johanna_Raynaud_Prix-de-Lausanne_1.jpg
Et quelle direction as-tu prise ?

C’est un ressenti par rapport à la musique, qui est magnifique. La chorégraphie est très libre dans les bras, cela m’a aidé à interpréter, à me mettre à la place du rôle à ce moment-là. C’est la vision, elle n’est pas forcément réelle.

Et pour la variation contemporaine ?

On a eu un coaching pendant une heure, mais tout le monde écoutait les corrections de tout le monde. Je passais la dernière, c’était plutôt bien pour ça. On a appris cette variation sur une vidéo, c’est toujours plus dur. On nous a expliqué ce que certains mouvements voulaient dire, ce que l’on devait transmettre. Ce n’est pas forcément très clair avec une vidéo.

On a l’impression que les candidat-e-s passent beaucoup de leurs journées à attendre. C’est dur à gérer ?

C’est vrai qu’on attend beaucoup. Comme j’étais la plus âgée, et qu’on passe par ordre d’âge, je suis toujours passée la dernière. Si on regarde tout le monde, on commence à se déconcentrer et à stresser. Et puis il faut rester chaud. On fait des petites barres, la musique sur les oreilles…

Qu’est-ce qui est le plus dur à gérer durant toute cette semaine ?

La pression. Même si l’ambiance est bonne, cela reste un concours, cela reste le Prix de Lausanne. Il y a toujours des caméras un peu partout… Cela reste assez stressant comme atmosphère.

Comment se sont passées les épreuves de sélections sur scène ? 

J’étais un peu déçue pour ma variation classique. Je n’étais pas complètement stressée à en perdre tous mes moyens, mais je n’étais pas à l’aise. C’est assez impressionnant une scène comme ça, le public, la pente… A  Cannes, on danse quelques fois sur scène, mais la plupart du temps dans des ballets contemporains. Passer toute seule, c’est différent.

J’étais par contre contente pour la variation contemporaine, ça s’est bien passé. J’ai réussi à me mettre dedans, et j’ai pris beaucoup de plaisir à la danser. Mais j’aurais dû réussir les deux. Les gens avec qui j’ai pu parler m’ont dit que c’était surtout la variation classique sur scène qui m’avait pénalisée.

Johanna_Raynaud_Prix-de-Lausanne_5.jpg
Comment as-tu réagi à l’annonce des résultats, en voyant que tu ne passais pas en finale ?

Je n’ai pas été surprise. On était beaucoup de candidat-e-s, je savais très bien qu’il n’y avait que 20 places en finale. Sur les 60 éliminé-e-s, il y en a qui sont bien aussi. J’ai parlé avec le jury et je comprends pourquoi je n’ai pas été prise. Je ne vais pas m’obstiner à dire que ce n’est pas juste. Pour moi, le jury a eu raison. En sachant que j’étais la plus âgée, je m’attendais bien à ce que l’on soit exigeant avec moi, et donc forcément que cela soit un peu plus dur que pour des filles plus jeunes.

Qu’est-ce qui t’a manqué ?

Après réflexion, je pense que j’aurais dû prendre une autre variation. Peut-être Raymonda ou le Grand pas Classique… On m’a dit que je n’avais peut être pas assez pris de risques par rapport à la variation et par rapport à mon âge. Comme la variation que j'avais choisie était un peu répétitive, le jury s’attendait à plus. Pour passer en finale, il aurait vraiment fallu la faire très très bien.

Les jeunes danseur-s-es francais-es ont du mal à se faire une place à Lausanne depuis quelques temps. Comment l’expliques-tu ?

On a moins l’habitude de faire des concours en France. Il y en a, mais ils sont beaucoup plus amateurs. Au Japon, les concours sont du même niveau que Lausanne, c’est vraiment très compétitif et de très haut niveau. En France, on est beaucoup moins préparé à ça.

C’est une bonne ou une mauvaise chose ?

C’est une autre manière d’aborder la danse, ni mieux ni pire. Il y a de très bons danseur-se-s français-es qui n’ont jamais fait de concours. C’est vrai que si on fait un concours tous les mois depuis ses 10 ans, quand on arrive à 18 ans dans une audition, on est mieux préparé. On a l’habitude d’être sur scène et de présenter une variation, d’être à l’aise. Mais après, lorsque l’on arrive dans une compagnie, on n’est plus en compétition, c’est totalement notre travail.

Regardais-tu les candidat-e-s pendant les épreuves ?

Oui…mais pas trop non plus ! Je ne voulais totalement oublier ce que je faisais moi. Dans les cours, généralement, je me concentrais sur ce que je faisais. Pour le coaching, j’en ai regardé quelques-uns.

Que penses-tu des finalistes et des gagnant-e-s ?

La plupart des finalistes avaient fait un gros concours pas an, quand ce n’est pas tous les mois. Forcément, comme ils travaillent plus de variations, qu’ils ont l’habitude d’être en compétition, ils sont forcément plus à l’aise sur scène. Je n’ai pas vu tout le monde. J’avais repéré Madoka Sugai, celle qui a remporté le premier prix, dès le premier jour. J’étais contente que ce soit elle qui gagne.

Comment s’est déroulé le Networking Forum, vaste audition pour les non-finalistes ?

On a fait un cours. Je n’ai pas eu de contrat à la clé, mais je pense que c’est beaucoup plus pour les jeunes. Il y avait énormément d’écoles, mais uniquement cinq compagnies : Honk Kong, c’est un peu particulier, le Royal Ballet, l’American Ballet… J’ai tout de suite compris qu’il n’y aurait pas beaucoup de chance Les gagnant-e-s en général choisissent d’aller dans ces compagnies, elles n’ont pas besoin d’aller repêcher ceux et celles qui ont perdu.

Vu mon âge, j’ai bientôt 19 ans, je me suis dit qu’aucune école allait me proposer quelque chose. Je suis en jeune ballet, j’ai déjà fini mon école, je ne veux pas en recommencer une autre.

Johanna_Raynaud_Prix-de-Lausanne_3.jpg
Ce n’est pas difficile de rentrer sans rien après autant d’investissement ?

C’est forcément un peu frustrant. Je pense aussi à mes parents, qui ont beaucoup investi sur ça. Ils ont tellement fait d’efforts pour moi. C’est décevant de revenir au point de départ, même si je ne regrette pas du tout d’y être allée, ça a été une grosse expérience, j’ai rencontré beaucoup de gens.

Dont José Martinez, le directeur de la Compagnie Nationale de Danse, chez qui tu aimerais bien aller ?

Je faisais partie du ballet Scaramouche à l’Ecole de Danse de l’Opéra. José Martinez se souvenait de moi, il m’a tout de suite dit bonjour. J’ai pu parler avec lui, et il m’a encouragé à venir passer l’audition chez lui, même si aucune date n’est encore fixée.

Et les Ballets de Monte-Carlo, dirigés par Jean-Christophe Maillot, Président du jury du Prix de Lausanne cette année ?  

J’aime beaucoup cette compagnie. J’ai été faire un stage là-bas, et les danseur-se-s sont très matures. J’aimerais bien y rentrer, mais je ne sais pas si je ne suis pas encore un peu jeune. J’ai pu discuter avec Jean-Christophe Maillot, pas sur les auditions, mais sur ma prestation lors du concours. Il m’a conseiller de m’affirmer plus, de décider de ce que je veux, et d’y aller.

Share This Article

Related News

About Author

Amélie Bertrand

(5) commentaires

  1. Aurélie
    7 février 2012 at 20 h 10 min

    Merci pour cette interview! Cette danseuse est vraiment très intéressante, j'espère qu'elle ira loin!

  2. Alice
    7 février 2012 at 21 h 19 min

    Merci pour l'interview. Johanna a un comportement très positif et réfléchi. Ca compte beaucoup pour faire carrière. Je lui souhaite une belle carrière.

  3. Audrey
    8 février 2012 at 9 h 36 min

    Merci pour l'interview ! C'est intéressant de lire ses commentaires, et je suis d'accord avec Alice, ses réflexions sont très posées.

  4. Estelle
    8 février 2012 at 17 h 10 min

    j'aurais aimé pouvoir la voir danser !

  5. Amélie
    8 février 2012 at 18 h 14 min

    @ Toutes : Merci ! Johanna avait l'air d'avoir beaucoup de recul sur son parcours. Cela ne doit pas être évident de rentrer les mains vides malgré tout, j'espère aussi qu'elle trouvera une belle place.

Réagissez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial