Saturday, Aug. 8, 2020

Anne Teresa de Keersmaeker – Fase

20 février 2020

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Après le portrait que le Festival d'Automne lui avait consacré l'an dernier, Anne Teresa de Keersmaeker poursuit sa démarche artistique patrimoniale en remettant sur scène ses premières oeuvres. Fase, créé en 1982 alors qu'elle avait 21 ans, est une pièce qui annonce les axes fondamentaux de son style : la fusion nécessaire entre chorégraphie et musique, non pas dans un propos illustratif  mais dans une recherche d'osmose. Déjà, elle sollicite Steve Reich, dont la musique minimaliste l'accompagnera durant toute sa carrière. Conçu pour deux danseuses, Fase explore la figure du cercle, emblématique de l'écriture de la chorégraphe belge. Deux distributions de jeunes interprètes de Rosas se succèdent pour redonner vie à une pièce qui, il y a 38 ans, affichait sa radicalité mais apparait aujourd'hui très conceptuelle.

Fase d'Anne Teresa de Keersmaeker - Soa Ratsifandrihana et Laure Bachman- F

Anne Teresa de Keermsaeker a entrepris ce travail passionnant : faire revivre son répertoire ancien en le transmettant à de jeunes danseuses et danseurs. Quel meilleur moyen pour savoir si ces oeuvres ont résisté au temps ? Fase, construit sur quatre morceaux empruntés au répertoire du compositeur américain Steve Reich, est une des toutes premières créations d'Anne Teresa de Keersmaeker. Elle vient alors tout juste de rentrer de New York quand elle met sur scène cette pièce pour deux danseuses, elle-même et Michèle Anne de Mey. Ce fut à l'époque un choc esthétique majeur. Naissait ainsi une chorégraphe qui abordait la danse contemporaine de manière très radicale, refusant toute concession à la beauté du geste et d'une exigence absolue dans son écriture. Le mouvement est chez elle inféodé à la musique et vice-versa. Il s'agit de construire une partition où les notes et les gestes sont en permanence indissociables. "La chorégraphie est l'organisation du mouvement dans le temps et l'espace", revendique Anne Teresa de Keersmaeker.

Cette profession de foi est à l'oeuvre dans Fase, divisé en quatre mouvements distincts correspondant à quatre morceaux différents de Steve Reich. Le premier, Piano Phase (1967), s'articule sur une mesure répétée ad libitum au piano. Anne Teresa de Keersmaeker donne à voir deux danseuses - Laure Bachman qui a quitté l'Opéra de Paris pour Rosas et Soa Ratsifandrihana - qui tournent sur un axe et lèvent les bras dans un mouvement synchronisé avant qu'il ne se différencie petit à petit. La répétition du mouvement fait écho à celle de la musique de Steve Reich. Le travail des lumières est somptueux : chacune des danseuses se reflète sur le fond de scène blanc mais au centre, leurs deux ombres s'entremêlant. 

Fase d'Anne Teresa de Keersmaeker - Yuika Hashimoto et Laura Maria Poletti

Cette figure du cercle se poursuit dans la deuxième partie Come out (1966). Les deux interprètes sont perchées sur des tabourets en hauteur et s'adonnent à des mouvements de tête et de bras d'une intense sophistication. Puis vient le solo qu'Anne Teresa de Keersmaeker interprétait sur Violin Phase (1967) lors de la création et qui est repris par Soa Ratsifandrihana. Le cercle devient plus complexe, la danseuse tourne sur elle-même et décrit une ronde. Enfin Clapping Music (1972) sur des battements de mains montre les deux danseuses en pantalon et chemise, baskets aux pieds, de profil sur un fond lumineux en trapèze. Cette séquence finale apparait plus légère et moins conceptuelle que les précédentes.

Fase propose ainsi une entrée passionnante dans l'oeuvre d'Anne Teresa de Keersmaeker, permettant d'aborder son travail et d'en comprendre intimement l'organisation. Tout le vocabulaire de la chorégraphe belge est déjà là. Il ne demandait qu'à s'incarner dans des oeuvres qui ne se laissent pas dévorer par un propos trop conceptuel, tel un péché de jeunesse !

 

Fase d'Anne Teresa de Keersmaeker par la compagnie Rosas à l'Espace Cardin, Théâtre de la Ville hors-les-murs. Avec Laura Bachman et Soa Ratsifandrihana, Remon Fromont (lumières), Martine André (costumes). Mercredi 19 février 2020. À voir en tournée en France et en Belgique d'avril à juin

 



 

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(1) commentaire

  1. David
    24 février 2020 at 21:03

    Pour saisir toutes les subtilités de l'oeuvre d'ATDK : https://www.college-de-france.fr/site/evenements-culturels/Conference-Anne-Teresa-De-Keersmaeker-choregraphe-Choregraphier-Bach-incarner-une-abstraction.htm.

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